La production du mythique B747 s’arrêtera en 2022, l’avion qui a révolutionné le voyage aérien et le tourisme. Le paquebot des airs c’était lui ! Entretien avec Pierre Vellay, président de New&Next et ancien directeur de la flotte d’Air France.
Le premier vol du 747 a lieu en février 1969, quelle est la genèse du programme ?
Au début des années 1960, l’US Air Force a lancé un appel d’offres pour le Logistic Air Command afin qu’il dispose d’un avion capable de transporter 80 tonnes de charge sur une distance de 5 000 kilomètres et avec une espérance de vie de 10 000 heures de vol ! Ce qui est vraiment très peu pour un avion par rapport à aujourd’hui c’est à dire entre 140 000 heures de vol et 60 000 cycles. Deux entreprises, Boeing et Lockheed Martin, ont répondu à cet appel d’offres avec deux concepts assez différents : un avion cargo à voilure haute et un autre à voilure basse. Dans les spécifications de l’US Air Force l’appareil devait pouvoir être chargé par l’avant et par l’arrière. Ceci explique que le C5A Galaxy est doté d’un nez qui s’élève avec une rampe arrière et que sur le 747 il y a un chargement latéral à l’arrière par une porte cargo et par la pointe avant de l’avion d’où la position très haute du cockpit qui permettait de charger des conteneurs de 96 pouces de hauteur. A noter que la porte latérale du 747 fut conservée pour développer la version Combi du 747-200. Les deux avionneurs ont présenté à l’US Air Force chacun un prototype, le 747 et le Galaxy C5A. C’est ce dernier appareil qui a eu la préférence de l’Air Force. Le C5A Galaxy étant sélectionné, Boeing s’est donc retrouvé avec un avion prototype sur le tarmac de Seattle.
Sans Juan Trippe, Boeing se retrouvait avec un quadrimoteur sur les bras ?
Effectivement, heureusement pour Boeing, Juan Trippe, alors patron de Pan Am, passe par Seattle et tout en discutant avec Boeing leur explique que l’avion peut l’intéresser à condition que l’avionneur transforme ce 747 pour transporter des passagers. A l’époque, Pan Am était partenaire de l’US Air Force dans le cadre d’un contrat avec la Civil Reserve, un service qui pouvait réquisitionner contractuellement des avions civils pour assurer un complément de logistique pour les armées américaines. C’était déjà le cas des 707 exploités par Pan Am et qui étaient dotés de portes plus grandes et de planchers renforcés justement pour le chargement de conteneurs et de palettes. Boeing travaille alors sur des modifications de son 747 pour en faire un appareil capable de transporter des passagers et c’est ainsi que le 747-100 est né. A l’époque, le pont supérieur n’était que le prolongement aérodynamique du cockpit et il ne pouvait pas accueillir de passagers. La structure de son plancher ne permettait pas d’y installer des sièges et des passagers pour le décollage et l’atterrissage…C’est pour cette raison que pour les premiers vols des premiers 747 cette partie était un salon en croisière et il faudra attendre que les structures du plancher du pont supérieur soient renforcées et certifiées par la FAA pour que cette partie soit accessible aux passagers du décollage à l’atterrissage. Ce sera le 747-200 qui sera suivi par le 747-300 et -400 en 1989 doté d’une nouvelle voilure, d’un cockpit digital et d’un équipage à deux pilotes.
La saga du 747 commence avec Lockheed et McDonnell Douglas…
Le 747-100 équipé de moteurs P&W JT-9 est commercialisé et, outre Pan Am, des compagnies américaines et européennes, dont Air France, vont commander cet appareil. L’avion, baptisé « Jumbo », fera son premier vol transatlantique en février 1969 et devient la nouvelle référence des flottes d’avions long-courriers (707 et DC-8). Il est intéressant de noter que les trois constructeurs de l’époque (Boeing, Lockheed et McDonnell Douglas) lancent tous les trois quasiment en même temps une version passager dite « Wide Body » pour faire face à la demande du marché : le 747, le L1011 Tristar avec ses moteurs RB-211 de Rolls-Royce et le DC-10-10 de McDonnell Douglas avec des moteurs GE CF66 pour le DC-10-10 et CF650 pour les DC-10-30 long Courrier. Ces trois avions avaient tous les trois une section de soute identique permettant de transporter les grands conteneurs LD3. Le 747 a donné une nouvelle dimension à l’industrie aéronautique de même que les aéroports qui se sont réorganisés pour exploiter les 747 (largeur des Gates, taille des parkings et distances entre Taxiways et Runways). On peut dire que le 747 a été à l’origine du développement des « Wide Bodies » et tous ces avions sont arrivés presque en même temps sur le marché. Au début de la commercialisation du 747, du L1011 et du DC-10, en gros le marché des «Jumbo » s’est divisé en trois parties : les compagnies aériennes du Commonwealth achetaient des Lockheed Tristar équipés de moteurs Rolls-Royce, les compagnies américaines des DC-10 pour leur marché domestique et le reste de la planète s’est équipé de B747 et de DC-10- 30.
A lire: « 747 » par Joe Sutter le « père » du 747, Smithsonian Books
Encore deux années difficiles pour le transport aérien. Dans une étude publiée la semaine dernière, la Coface, assureur-crédit, indique ne pas s’attendre à ce que le secteur revienne au niveau du 4ème trimestre 2019 avant 2022. Dans le scénario central, le chiffre d’affaires des sociétés cotées du secteur mondial des transports sera inférieur de 32% au 4ème trimestre 2020 et de 5% au 4ème trimestre 2021 par rapport au 4ème trimestre 2019. Dans l’hypothèse d’une deuxième vague de la pandémie au 3ème trimestre 2020, le chiffre d’affaires serait en baisse de 57% au 4ème trimestre 2020 et de 27% au 4ème 2021.
Le transport aérien, sévèrement touché par la crise du Covid-19, s’attend à plusieurs années de vaches maigres. Les compagnies aériennes américaines commencent à publier leurs résultats du deuxième trimestre, un indicateur qui montre l’étendue des dégâts. La crise du Covid-19 a touché de plein fouet le transport aérien en raison du confinement de la population et la restriction des voyages à l’international. Bon nombre de liaisons entre les Etats-Unis et l’Europe sont en effet suspendues ou annulées faute de passagers depuis mars…
Défense de la relance : le plan nécessaire pour 2020
L’Etat avait déjà annoncé 7 milliards d’aides en prêts à Air France pour sauver la compagnie et lui permettre de concrétiser ses commandes de 60 Airbus A220 et 38 A350, qui donneront du travail à l’avionneur et à ses fournisseurs.
Contrairement à l’aviation commerciale qui continue de subir de plein fouet cette crise sans précédent, l’aviation d’affaires semble peu à peu remonter la pente. En effet, en avril dernier, le trafic mondial du secteur était inférieur de 70% aux chiffres de 2019, alors qu’au 14 mai il ne l’était plus que de 58% (source : WingX). Hors contexte de Covid-19, ces 12% de différence représenteraient une hausse remarquable. Depuis mi-avril, chaque semaine a montré une augmentation, amorçant un redémarrage timide mais certain du trafic. Aux Etats-Unis où la pandémie continue de frapper durement, l’activité était en baisse de 58% à mi-mai, représentant paradoxalement un déclin plus faible qu’en Europe, en baisse de 66% malgré un processus de déconfinement progressif. Profitant de la paralysie de l’aviation commerciale, la part de l’aviation d’affaires au trafic mondial des voilures fixes a largement dépassé les 20% pour atteindre 35%.



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