Soutien à la filière aéronautique : une intervention au niveau européen est nécessaire

Le ministre de l’Economie et des Finances, Bruno Le Maire, a sorti une nouvelle fois son carnet de chèques, cette fois-ci pour soutenir la filière aéronautique qui va bénéficier d’un vaste plan de soutien de 15 milliards d’euros (y compris le plan destiné à Air France). Ces mesures arrivent après celui pour le tourisme de 18 milliards d’euros et un autre pour l’automobile de 8 milliards. L’européanisation, voire même la mondialisation de la filière aérospatiale laisse penser qu’une réponse au niveau européen semblerait nécessaire même sil ne faut pas regretter l’initiative du gouvernement français. Bon nombre des entreprises de ce secteur sont en effet multidomestiques par leurs implantations et leurs clients.

Le secteur aéronautique (civil, défense et espace) est stratégique et représente 300.000 emplois directs et indirects. Avec les industries du luxe et de l’agroalimentaire (vins et spiritueux, notamment), c’est l’un des principaux secteurs de l’industrie française à sur-performer à l’exportation avec une balance commerciale positive de 34 milliards d’euros. Avec l’effondrement du trafic aérien depuis mars et les difficultés financières des compagnies aériennes, qui ont entraîné brutalement des annulations de commandes d’avions ou des reports de livraisons, le secteur aérospatial français était quasi sinistré. La crise met « la survie d’Airbus en jeu », a même alerté son CEO Guillaume Faury. Outre Airbus, toute la filière est concernée et surtout les PME à forte valeur ajoutée qui travaillent à la fois pour l’aéronautique et l’industrie automobile ; pour elles, c’est la double peine.

AirFranceL’Etat avait déjà annoncé 7 milliards d’aides en prêts à Air France pour sauver la compagnie et lui permettre de concrétiser ses commandes de 60 Airbus A220 et 38 A350, qui donneront du travail à l’avionneur et à ses fournisseurs.
Outre les mesures de chômage partiel qui devraient être allongées et les prêts garantis par l’Etat, Bruno Le Maire a annoncé l’extension des garanties export et un moratoire sur le remboursement des crédits à l’export. Un fonds d’investissement doté de 500 millions d’euros va être créé dès cet été pour abonder en fonds propres les PME et entreprises de taille intermédiaire en situation de fragilité. La banque publique BPIFrance apportera 200 millions d’euros, les industriels (Airbus, Safran, Dassault Aviation et Thales) 200 millions d’euros également, 100 millions au moins seront fournis par le gestionnaire de fonds qui sera choisi par appel d’offre. Un autre fonds de modernisation de l’outil de production doté de 300 millions sur trois ans doit accompagner la numérisation et la robotisation des PME et des ETI.

De son côté, le ministère des Armées va anticiper dès cette année des commandes d’aéronefs militaires qui étaient prévues pour plus tard, à hauteur de 600 millions d’euros, soit environ 5% de son budget d’équipements. Plus de 200 millions seront également consacrés à l’achat d’aéronefs pour la gendarmerie et la sécurité civile.
Sont notamment concernés 3 A330/MRTT, 8 hélicoptères Caracal pour remplacer les très vieux Puma, des drones de surveillance navals pour la Marine nationale mais aussi deux H145 pour la Sécurité Civile et dix H160 pour la Gendarmerie pour renouveler une partie du parc des 26 AS-350 Ecureuil.

 

A propos aerodefensenews

Bruno Lancesseur est rédacteur en chef la lettre bi-mensuelle AeroDefenseNews. Pour recevoir gratuitement un numéro, envoyez votre adresse mail à aerodefensenews@gmail.com
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