Airbus s’impose une cure d’austérité d’une envergure inédite et à risque

Les faits. L’avionneur européen va se redimensionner et adapter ses effectifs à la nouvelle donne économique de l’industrie aéronautique alors que l’activité dans l’aviation commerciale a chuté de près de 40 % au cours des derniers mois : « cette adaptation devrait se traduire par une réduction d’environ 15 000 postes au plus tard à l’été 2021 ». Le plan proposé par Airbus comprend des réductions « de 5 000 postes en France, 5 100 postes en Allemagne, 900 postes en Espagne, 1 700 postes au Royaume-Uni, 1 300 postes sur les autres sites d’Airbus dans le reste du monde ».  Ces chiffres incluent les filiales d’Airbus Stelia, en France, et Premium AEROTEC, en Allemagne. En revanche, ils n’incluent pas approximativement 900 postes résultant d’un besoin d’adaptation identifié avant la crise COVID-19 pour Premium AEROTEC en Allemagne, et qui sera désormais implémenté dans le cadre de ce plan d’adaptation global.

Tout l’enjeu pour Airbus sera de maintenir ses compétences aussi bien au niveau des compagnons qu’à celui des techniciens et des ingénieurs car dans ce genre de situation les risques de voir partir les talents sont importants. Airbus est une société bâtie sur la technologie et le savoir-faire, c’est une entreprise qui a des programmes de long-terme avec finalement des petites séries (de 600 à 1000 avions livrés par an au maximum, ndlr). On se souviendra qu’il y a une vingtaine d’années Boeing a commis cette erreur en se séparant de plusieurs milliers de personnes dont il avait tant besoin au moment du lancement du programme 777… Au point qu’il avait même ouvert un bureau de recrutement à Toulouse ! Il est donc essentiel pour Airbus d’être prêt pour la reprise.

Analyse. La croissance du transport aérien cette année devait être de 4,5%… Aujourd’hui il est quasiment impossible de dire ce que sera l’industrie du transport d’ici à la fin de l’année et même sur la période 2021-2022. Avions cloués au sol, aéroports fermés, suppressions d’emplois massives notamment dans les compagnies aériennes américaines, frontières fermées, etc. Le paysage d’Airbus, comme celui de son concurrent américain a viré au cauchemar depuis le mois  de mars dernier. « Le trafic aérien ne devant pas renouer avec les niveaux pré-COVID d’ici à 2023, voire 2025 », estime l’avionneur,  Pour l’avionneur européen et l’ensemble de la chaîne de fournisseurs la question est de savoir quand et comment se fera la reprise du transporta aérien : les passagers pourront-ils de nouveau voyager « normalement », les entreprises vont-elles réduire drastiquement leurs dépenses de voyages…

Seule bonne nouvelle pour le groupe Airbus, les budgets de défense en Europe sont épargnés (jusqu’à quand ?) et devraient permettre d’assurer un volume d’activité pour la division Airbus Defence and Space. Quant au secteur spatial, pour le moment, il a résolument pris la voie des grandes aventures scientifiques (la Lune, Mars…) ce qui assurera là-aussi une manne pour les bureaux d’études du groupe européen en Allemagne et en France. Cette dynamique nouvelle grâce aux programmes scientifiques fait oublier que l’espace commercial (satellites et lancements) est en crise depuis près de trois ans maintenant et qu’il ne donne aucun signe tangible de rebond. Airbus n’est toutefois pas un cas isolé. « Chacun attendait l’annonce d’Airbus pour savoir où mettre le curseur», nous explique un familier du secteur aérospatial européen. L’automne devrait être l’occasion d’annoncer des plans sociaux douloureux dans toute la supply chain européenne en particulier chez les motoristes. B.L.

 

A propos aerodefensenews

Bruno Lancesseur est rédacteur en chef la lettre bi-mensuelle AeroDefenseNews. Pour nous contacter envoyez votre adresse mail à aerodefensenews@gmail.com
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