Numérique : un défi pour les armées françaises

Le numérique s’est introduit dans les vies quotidiennes, dans les entreprises, dans les administrations… mais aussi dans les armées et c’est devenu un enjeu, un rendez-vous à ne pas manquer faute d’être marginalisé. Des parlementaires se sont récemment penchés sur la numérisation dans les armées et leurs conclusions, qui doivent être présentées tout prochainement, sont pour le moins contrastées.

Si cette évolution ne pose guère de problèmes dans le segment opérationnel (réseaux, matériels, etc.) en revanche, d’un point de vue organique, beaucoup reste à faire semble-t-il pour que le fonctionnement militaire soit optimum et que la mise en place en place de systèmes informatiques dans les armées ne se transforment pas en usine à gaz. Comme les entreprises et les administrations, les armées ont tout à gagner en utilisant de nouveaux modes de travail grâce aux systèmes d’information, mais à condition que ceux-ci soient bien pilotés et qu’ils fassent l’unanimité en interne.

Or, comme on l’a vu récemment avec le fiasco de la mise en place du système de gestion des paies Louvois, un projet mal piloté se révèle être un gouffre financier et crée une défiance des personnels concernés pas forcément envers le « système » lui-même mais plutôt envers ses géniteurs. La responsabilité et l’engagement de la hiérarchie militaire sont essentiels pour assurer le succès du numérique dans les armées. Ce qui n’est pas aisé d’autant que la génération actuelle d’officiers supérieurs a découvert Internet « en route ». Ce n’est pas une critique mais la génération née dans les années 1980-1990 nage dans le numérique. C’est un fait générationnel.

Pour autant, «il ne faudrait pas que le fossé se creuse entre les soldats qui utilisent personnellement Internet et les réseaux sociaux au quotidien et ce qu’ils vivent au professionnellement. Le risque ? C’est que les GAFAM (Google, Amazone, Apple,  Facebook, Microsoft) en sachent plus sur nos soldats que nous-mêmes ! Il y a un travail de formation nécessaire d’autant que les armées sont généralement réfractaires aux changements d’organisation et dans certains cas, la culture numérique militaire des officiers supérieurs est proche de zéro», estime un militaire.

Les entreprises de services informatiques ont, elles aussi, un rôle déterminant pour le numérique ; elles ont réussi leur entrée dans les armées. « Les réseaux des armées sont très complexes et bien souvent sous-estimés par les industriels qui ne comprennent pas toujours que tout se qui se passe dans le secteur civil n’est pas transposables dans les armées. Nous devons faire face à la juxtaposition de très nombreux métiers qui n’ont rien à voir avec le monde de l’entreprise », poursuit ce militaire. Le numérique pourrait par exemple permettre d’optimiser le MCO tant décrié ces dernières années. «L’une des difficultés actuelles du MCO est justement la non utilisation du numérique».

Outre le fonctionnement en interne se posent des problèmes de ressources humaines. Où trouver les compétences nécessaires ? Comment former les combattants ayant une compétence numérique ? Comment attirer des talents exerçant dans le privé et avec quelles formes de contrat ? C’est un véritable défi pour les armées. «Pour les nouvelles compétences comme l’intelligence artificielle il faut des statuts sur-mesure sinon ils ne viendront jamais chez nous. Il en va de même pour les jeunes ingénieurs de l’armement que nous envoyons dans les universités étrangères ; que va-t-on leur proposer à leur retour, saurons-nous les garder ? Ce n’est pas sûr», s’interroge un militaire. Heureusement, la ministre de la Défense, Florence Parly, est loin d’être réfractaire aux changements numériques, tout comme le gouvernement qui en a fait une priorité ; il y a donc bon espoir que les choses avancent dans le bon sens.

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Roumanie : le nouvel Eldorado aérospatial

Avec sa position géographique aux marches de l’Europe et sur les rives de la mer Noire, la Roumanie est devenue ces dernières années un pays stratégique pour la défense de l’Europe et pour un repositionnement géostratégique des troupes américaines motivé par les incertitudes de l’allié Turc. Les industriels américains et européens de la défense ne s’y sont pas trompés et faisaient la course aux futurs contrats lors de la 7ème édi­tion du salon de défense Black Sea & Defence Aerospace qui a eu lieu du 16 au 18 mai à Bucarest. Le ministre de la défense Roumain a clairement planté le décor dès son discours d’inauguration affirmant « qu’il ne s’agissait pas d’un salon mais plutôt d’un forum où les entre­prises étaient invitées à présenter leur offre à la Roumanie » confirmant également que son pays allait investir 2 % du PIB jusqu’à 2026 dans la défense. Une manne bienvenue d’autant que le PIB Roumain est en constante augmentation depuis une dizaine d’années et pourrait représen­ter sur la période près de 12 milliards de dollars. La feuille de route roumaine est claire : « restau­rer son industrie aéronautique et de défense à travers des partenariats stratégiques et être un partenaire privilégié de l’OTAN ». Pour cela, elle a besoin de moderniser ses équipements – 70 % des investissements annuels y seront consacrés, et d’acquérir de nouvelles capacités notamment pour l’interopérabilité (30 % du budget y sera alloué). Après l’annonce d’achat des 36 F-16, c’est la rénovation des flottes C-130 et d’hélicoptères qui est désormais devenue une priorité ainsi que l’acquisition de frégates, de missiles et de moyens de communications.

Dans cette course, l’Europe est un allié straté­gique et la France en particulier. La Roumanie est un des premiers contributeurs au fond de défense Européen et la France entend bien faire valoir ses liens historiques initiés par le général De Gaulle pour aider ses industriels à se tailler une bonne part du gâteau. Reste que les Américains à tra­vers l’OTAN restent en embuscade. Preuve en est la présence massive des industriels américains, 55 sur 250 exposants, contre 14 industriels fran­çais. Les opportunités sont là, reste à la Roumanie à démontrer quelle zone d’influence elle privilégie entre l’OTAN ou l’Union Européenne et aux indus­triels à démontrer leur capacité à construire de vrais partenariats pour redynamiser l’industrie de défense roumaine.

 

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Iran/Etats-Unis. Guerre improbable, paix impossible, terrorisme certain

« Guerre improbable, paix impossible» : cette citation bien connue de Raymond Aron (Le Grand Schisme, 1948) demeure d’actualité. Relancée en Europe où Patriot et Iskander se font face comme au bon vieux temps des Pershing et des SS-21 (mais sans pacifistes à l’Ouest), la Guerre froide s’est progressivement étendue au Golfe où le retrait américain de l’accord 5+1 la durcit dangereusement. Deux blocs s’y font face dans une posture aronienne : la guerre apparaît improbable mais la paix, elle, est tout-à-fait impossible.

D’un côté, un triangle équilatéral est désormais pratiquement formé  entre les Etats-Unis, l’Arabie saoudite et Israël. La menace commune plus que les intérêts faisant les meilleures alliances, c’est l’Iran qui est le ciment naturel de cette coalition triangulaire. Le Grand Satan est bel et bien l’Iran comme la Russie l’est en Europe : les sanctions, sans cesse renforcées, sont là pour tenir en laisse (il n’y a pas d’autres mots) les pays tentés par un dialogue avec l’un et l’autre. A sa tête, se trouve une Amérique du dollar (Trump), de la Bible (Pence) et du fusil (Bolton), trois civils qui, dédaignant les conseils avisés de leurs militaires (après McMaster, Mattis), replongent les Etats-Unis dans le néo-conservatisme unilatéral suicidaire de l’équipe de Bush (Cheney, Rumsfeld, Armitage) sur fonds de conflits d’intérêts.

Cette vision binaire des relations internationales a pris la voie de la guerre sous les mandats des Bush avec les résultats que la France – encore lucide à cette époque-là -, leur avait prédit à tous : les dictatures laïques détruites, les minorités chrétiennes massacrées et le salafisme, partout triomphant. Avec Trump, elle prend désormais un visage nouveau : l’affairisme dont son gendre est la figure de proue. L’image d’un Donald Trump égrenant un à un les milliards extorqués à l’Arabie dans le Bureau Ovale en est la consternante illustration.

Dans la même veine, la récente surenchère du Congrès dans l’aide militaire à Israël, notamment sur les programmes de défense anti-missiles, participe du même emballement qui profite majoritairement au complexe militaro-industriel déjà dopé par un budget domestique de $716 milliards pour 2019 et une offensive à l’exportation partout visible…

De l’autre côté, l’Iran. Régime mal connu et donc caricaturé à l’extrême. Profitant habilement des erreurs américaines, Téhéran a repris partout la main dans la région et se ménage un canal direct vers la Méditerranée. Ces cartes en main, elle poursuit trois objectifs. D’abord et avant tout le respect de l’accord nucléaire du 14 juillet 2015 (Joint Comprehensive Plan of Action) qui a ainsi valeur de test de confiance et de pierre angulaire de la paix régionale. L’ordre international étant bâti sur des accords ou des traités, la remise en cause américaine doublée de sanctions dures ne peut qu’amener les Iraniens à reprendre le chemin du nucléaire militaire et à renforcer leur coopération avec la Russie et la Chine. En aggravant la sécurité d’Israël sans changer le régime… Ensuite, la question des missiles balistiques. A Téhéran, ce programme est considéré comme une arme de dissuasion conventionnelle : l’Occident ne peut exiger la renonciation de l’arme nucléaire et en même temps la fin du programme balistique. Cette double option « zéro » laisserait en effet l’Iran sans défense. Comme en Europe, cette région peut vivre au rythme de la dissuasion mutuellement consentie : nucléaire en Israël, balistique en Iran.

Enfin, Téhéran a dévoilé fin février un plan régional de « grande réunion du Golfe persique », sorte d’OSCE régionale d’où personne ne serait exclu. Seul l’extrémisme saoudien l’empêche, la plupart des pays de la région étant prêts à étudier l’idée.

Pour la France, écrasée entre le marteau américano-israélo-saoudien et l’enclume iranienne, que faire ? D’un côté, elle est ou menacée (par les sanctions américaines unilatérales et la surenchère irresponsable du Congrès) ou tenue en laisse (par l’Arabie) avec des promesses de contrats jamais tenues comme la récente visite de MBS l’a largement démontré…

Comme M. Macron l’a rappelé en novembre à MBS, la France est souveraine : elle discute donc avec tout le monde. Mais la posture ne suffisant pas, il faut passer à l’acte. Si une visite à Téhéran s’imposerait mais ne semble guère à l’agenda, Paris serait bien inspiré de former avec Oman, le Koweït, l’Egypte, le Liban, voire le Qatar, une coalition qui refuse l’enfermement stérile dans une posture d’affrontement dont personne ne sortira vainqueur. Est-ce un hasard si c’est avec l’Egypte et le Qatar qu’elle a récemment signé ses plus grands contrats d’armement dans la région ? Pour une fois, il est possible que les ventes d’armes précédent la diplomatie.

A retenir

En mai 1988, Georgyi Arbatov, président de l’Institut des Etats-Unis et du Canada à Moscou, déclara à un journaliste américain de News Week : « Nous allons vous faire une chose terrible, nous allons vous priver d’ennemi». C’était sans compter sur la fertilité idéologique intéressée des Etats-Unis qui ont en recréé trois – la Russie, la Chine et l’Iran -, au lieu de se focaliser sur le salafisme, seul ennemi des populations occidentales. Le terrorisme n’est ni russe, ni chinois ni iranien : il est aujourd’hui sunnite. « Guerre improbable, paix impossible, mais terrorisme certain » : voilà la nouvelle équation des relations internationales que les Etats-Unis ont largement aidé à inspirer.

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Thales Cyber-sécurité : un marché qui ne connaît pas la crise

«La cyber-sécurité, c’est une assurance et cela coûte moins cher d’en souscrire une que d’assumer les sinistres», selon Marc Darmon directeur général adjoint de Thales en charge des activités de communication et de sécurité. La cyber-sécurité est aujourd’hui entrée dans les mœurs des entreprises et des administrations. Avant, ceux qui étaient attaqués ne le disaient pas parce que cela indiquait leur fragilité, aujourd’hui, ils n’hésitent pas à reconnaître qu’ils ont subi une attaque, comme leurs concurrents, ne serait-ce que parce que les attaques sont désormais multiples et fréquentes. A contrario, reconnaître un défaut c’est aussi une preuve que l’on a vu l’attaque. « Cela signifie que l’entreprise est mature et qu’elle prend des actions sérieuses contre les cyber-attaques », résume Marc Darmon, pour qui « la prise de conscience est désormais très forte dans les entreprises ». Selon des experts, parmi les incidents recensés en 2017, 39 % concernaient des violations de fichiers sur les salariés, dans 31 % des cas il s’agit de vols de propriété intellectuelle comme des « business plans » stratégiques, des contrats ou encore des documents financiers sensibles. Un peu moins d’un tiers des incidents ont aussi concerné la corruption de documents internes et 28 % la violation de fichiers clients. L’utilisation de logiciels malveillants, « ransomware », est minoritaire dans les incidents reportés : 19 % des cas.

Avec tous les mouvements de transformation numérique (Internet des objets, cloud, serveurs, augmentations de débit des données, etc.) auxquels on assiste aujourd’hui la cyber-sécurité est devenue indispensable dans les entreprises au même titre qu’une politique de responsabilité sociale et environnementale (RSE) ou de compliance. «La cyber-sécurité doit être prise en compte dès le début du design du système d’information. Dès lors qu’un objet est connecté (personnel ou industriel) et qu’il comporte des logiciels la question de la protection cyber doit se poser», insiste Marc Darmon. Toutes ces évolutions ne sont possibles dans les entreprises et dans les administrations que s’il y a une vraie confiance et cette confiance c’est la cyber-sécurité. «La cyber-sécurité c’est l’oxygène des sociétés dans un monde hyper-connecté», résume Marc Darmon.

Mais cet investissement est d’autant plus crucial que la protection des systèmes d’information va devenir critique avec l’arrivée annoncée des voitures connectées, du wifi à bord des avions et de l’industrie digitale. D’autres secteurs comme les aéroports ou les compagnies aériennes figurent sur la liste des cibles vulnérables et critiques. Thales a, par exemple, des missions globales pour les aéroports de Bahreïn, d’Oman et de Lyon. Quant aux compagnies aériennes, elles prennent elles aussi au sérieux les risques cyber avec l’arrivée d’avions plus modernes, dont la cabine passagers et le cockpit sont connectés, et la généralisation des offres Wi-Fi à bord des Airbus A320NEO, A350 et A380 ainsi que chez leurs concurrents de Boeing. La moindre clé USB est considérée comme une menace potentielle.

Il n’empêche, c’est devenu un vrai casse-tête pour les directeurs de la sécurité informatique alors que les attaques sont quotidiennes dans la plupart des entreprises, de la PME au grand groupe, et que très souvent ceux-ci l’ignorent. Comment procéder ? «D’une manière générale personne n’est à l’abri et tout commence par une analyse de vulnérabilité. Personne n’est à l’abri à 100%, donc il est vital de détecter une intrusion le plus tôt possible», poursuit Marc Darmon. Entre le moment où une faille est détectée et le moment où une personne l’exploite pour lancer une attaque il faut compter environ vingt jours. Or, entre la détection et la correction dans les systèmes avec sa mise en œuvre, il faut ajouter 200 jours en moyenne. «L’hygiène de base c’est de mettre à jour ses logiciels et ses antivirus, recommande Marc Darmon, c’est la première des protections».

De part sa gamme de métiers dans l’aéronautique, la défense, les transports, Thales s’est très tôt investi dans la protection des systèmes et des données. Le groupe emploie près de 5 000 personnes dans cette activité qui a réalisé un chiffre d’affaires de 800 millions d’euros (clients directs et indirects) en 2017, en croissance de 10% par an. L’apport de Gemalto dans la cyber-sécurité générera un chiffre d’affaires supplémentaire de 500 millions. Un ensemble complémentaire destiné à créer un leader mondial de la sécurité numérique. «Chez Thales, le cyber est partout», rappelle-t-on en interne.

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Comment Français et Allemands se redécouvrent des intérêts communs

Après des années de désamour, causé en partie par les psychodrames de la gouvernance d’EADS/Airbus, notamment, Berlin et Paris réapprennent à se connaître sur un terrain pourtant propice aux tensions entre les eux pays : le secteur aérospatial. On est encore loin de la lune de miel ou du contrat de confiance, mais on se reparle et on n’hésite pas de part et d’autre à mettre les points sur les i, quand cela s’avère nécessaire. Depuis peu de temps, il y a une volonté politique d’aller plus loin que les industriels observent avec méfiance mais force est de constater que les politiques y poussent. Quitte à remettre à plat les stratégies de coopération envisagées au cours du dernier quinquennat en France. Les Britanniques, qui ne voulaient plus entendre parler de coopération avec les Allemands après s’être frottés à eux dans le cadre des programmes Tornado et Eurofighter/Typhoon, pensaient avoir définitivement arrimé les Français avec les FCAS-DP, un démonstrateur de systèmes de combat futur. Las, les mauvaises relations entre François Hollande et Angela Merkel ont ajouté une couche politique à ce désamour franco-allemand ; ce qui a bien arrangé les industriels qui ne cherchaient guère à améliorer les relations entre Paris et Berlin.
Malgré tout, plusieurs petits sujets ont contribué à un début de rapprochement franco-allemand. Grâce à une économie florissante au niveau européen, les Allemands disposent d’importantes liquidités, le budget allemand de la défense est en forte hausse, cela leur a permis d’embarquer sur le programme de composante spatiale optique (CSO, successeur des Helios) et même d’obtenir en contrepartie, la maitrise d’œuvre du système Eurodrone, que la DGA ne trouvait pas stratégique pour l’industrie française. Et petit à petit s’est fait jour l’idée du retour d’un axe de coopération industrielle fort avec les Allemands, dans la lignée des accords de Bonn de 1963 (qui avaient notamment donné naissance à des programmes de coopération dans les missiles Hot, Milan et Roland, et conforté le Transall.

Des Eurofighter pour la Belgique et l’Allemagne ?

Parallèlement, la coopération franco-britannique s’est limitée essentiellement au secteur des missiles, via MBDA, de fait principal secteur où elle fonctionne. Et aux coopérations dans le domaine militaro-opérationnel. Entretemps, les Britanniques ont fait du FCAS-DP un drone de reconnaissance rapide, dont les Français ne voulaient plus puisqu’ils auraient en 2025 (si évidemment aucun retard ne vient changer la date) un drone MALE endurant franco-germano-italo-espagnol.
L’éclair de Jupiter a frappé le 13 juillet 2017, lors du premier Sommet franco-allemand de l’ère Macron, le futur de l’aviation de chasse des deux pays se retrouvait au centre des discussions à la surprise générale. France et Allemagne ont bien vu les ravages d’une coopération multinationale débridée, avec l’Atlas (là où le Transall à deux pays avait été un succès rapide). Ce message politique de Paris et de Berlin a été lancé alors même que plusieurs gros sujets étaient sur la table des deux côtés du Rhin : la succession du Rafale en France et du Tornado (qui est devenue ensuite celle de l’Eurofighter) en Allemagne.

L’idée de développer un avion de combat à deux pays – tout en y associant éventuellement d’autres pays par la suite, comme l’Espagne qui est déjà quasiment intégrée, ou la Suède, qui ne pourra seule faire un successeur au Gripen- est donc devenu une priorité politique pour la France parce que le budget de la défense ne pourra pas absorber seul une telle dépense si l’objet souhaité, le « Rafale 2 », est de haute technologie. Et en Allemagne, parce que c’est la seule façon d’assurer la capacité de son industrie de rester à un niveau technologique acceptable et donc de conserver une industrie aéronautique militaire. Sauf à choisir le F-35 ce qui reviendrait à détruire définitivement ce qui reste de l’industrie aéronautique militaire allemande ; Dassault Aviation ne dira pas le contraire.

Certains évoquent en Allemagne la possibilité que Berlin pousse à une modernisation des Eurofighter plutôt que d’acquérir des F-35. Une solution qui pourrait tenter les Belges désormais bien empêtrés dans un imbroglio politico-militaire dont ils ont seuls le secret. Des études techniques auraient même été engagées pour explorer la faisabilité d’emport d’une bombe nucléaire par un Eurofighter dans le cadre des missions de l’OTAN.

Si la France est désormais l’un des rares pays occidentaux à savoir développer de bout en bout un avion de combat, l’Allemagne n’a jamais passé ce cap, du moins depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Sans partenaire – la Grande-Bretagne ne voulait plus d’elle -, l’industrie aéronautique militaire allemande était condamnée à disparaître… ou à trouver un coopérant.
Mais une fois que le principe d’une coopération franco-allemande est acquis, tout le reste est compliqué. Où sont les compétences et l’expertise en Allemagne ? Où placer un bureau d’études commun car tout ne peut pas se faire à distance… ? Comment assurer que sur la durée de vie de l’avion une minorité parlementaire ne bloquera pas l’exportation de l’avion vers certains pays ? Un argument toutefois spécieux largement répandu en France alors que jamais l’Allemagne (5ème exportateur d’armement dans le monde derrière la France) ne s’est opposée à la vente d’un Eurofighter/Typhoon à l’export. «Il va falloir trouver et définir les règles du jeu très tôt pour éviter la moindre possibilité de blocage et éviter des décisions mortifères prématurées», résume un familier de la coopération européenne. Et peut- on sérieusement lancer un programme d’avion de combat européen sans les Britanniques ? «Personne n’imagine que Dassault Aviation n’ait pas le leadership avec à ses côtés Airbus, un couple auquel serait associé les Britanniques qui savent désormais qu’ils se sont fait avoir par leurs cousins américains avec le F-35 », avance cet expert.

 

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Thomas Gomart (*) : « Il n’y a pas de sécurité européenne tenable sans implication du Royaume-Uni » (*)Directeur de l’IFRI

Avec le Brexit, l’Allemagne va-t-elle redevenir un partenaire clé pour la France dans le domaine de la défense ?

Elle l’a toujours été, mais il y a deux dimensions à distinguer. La première est d’ordre industriel. Le Président Macron et la Chancelière Merkel ont exprimé leur volonté de progresser dans ce domaine. C’était le sens du Conseil conjoint de juillet 2017 au cours duquel il a été prévu un certain nombre de mesures pour approfondir la coopération en matière de défense et créer des synergies industrielles. Neuf mois plus tard, il est trop tôt pour tirer un bilan dans ce domaine qui par nature demande temps et constance. Cependant, de manière conjoncturelle, la situation a changé en raison des élections en Allemagne et de la constitution d’un gouvernement de grande coalition, qui est resté discret sur ses intentions réelles en la matière. Et surtout, on se rend compte – c’est la deuxième dimension -, qu’en matière opérationnelle, les frappes du week-end dernier en Syrie sont là pour le rappeler, il n’y a en réalité que deux aviations européennes capables de mener des opérations complexes dans la profondeur en liaison étroite avec les Etats-Unis : les Français et les Britanniques. Il y a une double une volonté politique : approfondir la relation avec l’Allemagne, le Royaume-Uni, l’Italie et d’autres partenaires européens sur le plan industriel et maintenir un savoir-faire opérationnel pour la haute intensité à laquelle seuls les Britanniques sont actuellement préparés.

Mais le Royaume-Uni peut-il être « dehors tout en étant dedans ? »

C’est la question politique centrale. Quand on écoute les dirigeants du Royaume-Uni, il y a une volonté affichée de leur part de rester lier au Continent en matière de sécurité et de défense. Une des leçons de l’histoire est qu’il n’y a pas de sécurité européenne tenable sans implication du Royaume-Uni. La France et le Royaume-Uni sont liés par un certain nombre d’accords bilatéraux très poussés en particulier dans le domaine nucléaire, je pense notamment aux accords de Lancaster de 2010. Leur importance a été rappelée par les travaux de la Revue stratégique de défense et de sécurité nationale 2017, qui affiche des ambitions élevées pour construire une autonomie stratégique européenne.

Ce qui semble prévisible, c’est la volonté conjointe de Paris et de Londres de maintenir une relation bilatérale substantielle en matière de sécurité et de défense, qui ne soit pas antinomique avec un approfondissement de la relation franco-allemande et des initiatives en matière de défense européenne. C’est évidemment compatible à partir d’un certain niveau d’ambition stratégique, mais cela implique de travailler à des montages post-Brexit permettant divers types de coopération avec Londres. Rappelons-le, la France et le Royaume-Uni sont deux puissances nucléaires, membres permanents du Conseil de sécurité et, à ce titre, partagent une même culture stratégique.

Le secteur de la défense pourrait être épargné par le Brexit ?

Il faut le souhaiter car c’est l’intérêt de l’Union européenne et du Royaume-Uni de maintenir un lien étroit dans ce domaine. Londres demeure un des piliers de l’OTAN. La question est désormais de savoir comment peut être envisagé un dispositif dans la relation entre le Royaume-Uni et l’UE au travers de coopérations étroites. Une question concerne, par exemple, l’initiative européenne d’intervention proposée par le Président Macron en septembre 2017. Pour l’instant, cette initiative a reçu un accueil poli à Berlin. Si la relation franco-allemande dans le domaine de la sécurité et de la défense a vocation à s’approfondir, elle se heurte encore à trois difficultés : le nucléaire ; les opérations extérieures exigeantes ; l’harmonisation des politiques d’exportations des systèmes d’armes. Un point sur lequel Français et Allemands devront évidemment progresser s’ils veulent parvenir à des synergies industrielles. Ces trois obstacles n’existent pas ou se présentent de manière très différente dans le cadre de la relation franco-britannique. Au sein de la communauté de défense, on ne sent pas les tensions liées aux négociations du Brexit, mais davantage une volonté de maintenir les liens de manière pragmatique au regard d’intérêts de sécurité largement partagés, de part et d’autre de la Manche.

Je pense que la communauté de défense cherchera à ce que le Brexit n’empêche pas l’arrimage du Royaume-Uni à la sécurité européenne.

Propos recueillis par Bruno Lancesseur

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Boeing, victime collatérale du protectionnisme américain ?

C’est le sujet sensible qui taraude les dirigeants de Boeing : quelles pourraient être les conséquences sur les ventes d’avions civils si Donald Trump décide vraiment de surtaxer les importations chinoises d’aluminium, notamment l’acier. Boeing qui prévoit qu’au cours des vingt prochaines années, la Chine aura besoin de 7 240 nouveaux avions ; ce qui en fera  le plus gros client de l’avionneur américain dans le domaine des avions commerciaux. Aujourd’hui, plus de 50 % des avions de ligne commerciaux opérant en Chine sont des Boeing. Les ripostes potentielles de la part de Pékin sont nombreuses comme le gèle des achats d’avions commerciaux à l’avionneur américain qui exporte 80% de sa production. La Chine est le marché aéronautique qui croît le plus rapidement au monde et cela rend par conséquent Boeing très vulnérable. En outre, l’avionneur compte beaucoup sur son centre de finition à Zhoushan pour les 737 qui doit être opérationnel cette année.

« Surprise du chef », Le ministère chinois du Commerce a annoncé le 4 avril dernier son intention de prélever des droits de 25 % sur les avions américains pesant entre 15 et 45 tonnes, selon l’agence Bloomberg. Une menace qui, si elle appliquée, ne fera qu’accroître l’inquiétude de dirigeants et des actionnaires de Boeing. « Cette annonce est clairement négative pour Boeing (et sa chaîne d’approvisionnement, en particulier les moteurs CFM en raison de leur position de fournisseur unique sur le modèle B737) car environ 1/4 des livraisons de Boeing sont destinées aux compagnies aériennes chinoises (23,2 % en moyenne sur les 5 dernières années contre 22,1 % chez Airbus) », explique Yan Derocles Aerospace & Airline analyst chez Oddo Securities.

Le gouvernement chinois a toujours plus ou moins utilisé les commandes d’avions pour envoyer des messages politiques, Airbus en sait quelque chose, mais de possibles représailles chinoises impacteraient forcément les résultats de l’avionneur. Enfin, Pékin pourrait retarder le projet de Boeing qui planche sur le lancement d’un nouveau programme sur le créneau des avions de 220 à 260 sièges ou « Middle of the Market » (MoM), couvert par Airbus avec l’A321neo et l’A330-800 neo.

Quoiqu’il en soit, personne, ni même Airbus, n’a intérêt à ce que la situation dégénère à ce point car de représailles en représailles, l’administration Trump est si surprenante _ c’est un euphémisme _, dans le choix de ses décisions que les victimes collatérales pourraient aussi être européennes. Il suffirait d’interdire pour une durée illimitée la vente de produits civils contenant des composants américains. Une décision stupide, qui impacterait la supply chain mondiale du secteur aéronautique, mais tout est possible…

 

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