Les dépenses militaires mondiales se sont stabilisées

En 2016, les dépenses militaires mondiales se sont élevées à $1 666 milliards, soit 2,2% du produit intérieur brut mondial et environ $227 par habitant. Après treize années consécutives d’augmentation (1998 à 2011), les dépenses militaires mondiales se sont stabilisées, avec quelques diminutions mineures entre 2011 et 2014 et de légères augmentations en 2015 et 2016. Les États-Unis comptent à eux seuls pour 36% du total mondial. C’est ce que révèle un rapport du GRIP (*) présentant une synthèse des principales tendances et statistiques relatives aux dépenses militaires mondiales, à la production et aux transferts internationaux d’armements conventionnels.

Le volume des transferts d’armements conventionnels a augmenté de 8,4% entre la période 2007-2011 et la période 2012-2016, constituant un record depuis la fin de la Guerre froide. Les États-Unis, la Russie, la Chine, la France et l’Allemagne ont été les cinq plus grands exportateurs entre 2012 et 2016. Ensemble, ils représentent 74% du volume total des exportations d’armes, tandis que les États-Unis comptent à eux seuls pour 33% de ce total.

Le chiffre d’affaires cumulé réalisé dans la production d’armements par les 100 principaux producteurs d’armement dans le monde est évalué à $370,7 milliards pour l’année 2015. Ce chiffre marque un recul de 0,6% par rapport à 2014, et la deuxième année consécutive de déclin. Les ventes d’armes des entreprises américaines ont diminué de 2,9%, celles des producteurs d’armes d’Europe occidentale ont augmenté de 6,6%.

Les six entreprises françaises classées au Top 100 ont augmenté leurs ventes d’armes de 13,1%, contribuant ainsi fortement à la croissance régionale. La croissance de l’industrie de l’armement russe s’est poursuivie en 2015 avec une hausse de 6,2% par rapport à 2014. Les entreprises d’armement sud-coréennes du Top 100 se distinguent avec une croissance de leurs ventes de 31,7% en 2015.

La valorisation boursière des firmes d’armement cotées affiche une nette surperformance par rapport aux indices généraux, ce qui pourrait indiquer que les marchés financiers, confortés par les déclarations optimistes des bureaux d’audit et des dirigeants d’entreprises sur les effets positifs des guerres et tensions dans le monde, anticipent une relance des commandes et dépenses militaires.

Source : GRIP

(*)Dépenses militaires, production et transferts d’armes – Compendium 2017

http://www.grip.org/fr/node/2416

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Belgique : le Rafale n’a pas perdu la bataille

Le dossier pour le renouvellement des F-16 de la composante Air belge est d’autant plus passionnant qu’il ne concerne pas seulement les aviateurs belges mais aussi les politiques locaux et que la décision finale influencera, toute proportion gardée, la construction ou l’arrêt de l’Europe de la défense. Tout comme le choix allemand le sera pour le renouvellement de la flotte des Tornado. L’offre faite par la ministre de la Défense, Florence Parly, gêne d’autant le gouvernement belge que le package industriel proposé par Paris est extrêmement attractif même si la Wallonie est plus favorisée par les retombées industrielles que la partie flamande.

Dans cette affaire, les Français ont mis le paquet. D’ailleurs, la proposition française est jugée tellement «innovante» que même l’ambassadeur du Royaume-Uni à Bruxelles pousserait Londres à faire une démarche comparable à celle des Français. Que manque-t-il pour que le Rafale l’emporte face au F-35 ? A Bruxelles, on assure qu’une manifestation du président français Emmanuel Macron pourrait « chauffer les cœurs et enflammer les esprits ». En attendant, il reste encore quelques efforts à produire pour convaincre les différentes parties : gouvernement, composante Air, les Flamands et les Wallons…

« Nous sommes favorables à cette proposition de l’Etat français d’abord parce qu’elle  s’inscrit dans une logique de création d’un pilier européen de la défense au sein de l’Otan et ensuite parce que ce partenariat propose de vraies collaborations industrielles, technologiques structurantes avec les industries et les universités en Belgique», résume Sébastian Pirlot, député fédéral groupe PS, membre des commissions Défense, Suivi des opérations militaires à l’étranger et Achat de matériel militaire. Avec trois de ses collègues, le député a déposé mi-octobre une « proposition de résolution visant à inclure impérativement le remplacement des F-16 décidé par le gouvernement dans une véritable politique européenne de la défense et de la sécurité ». Les parlementaires soulignent dans ce document que « ce remplacement (des F-16) doit se faire dans une offre globale tenant compte également des retours sociétaux potentiels pour notre économie et notre recherche et développement sur le long terme. En l’occurrence, le but est de dépenser mieux et non pas de dépenser plus ».

Flamands/Wallons ? C’est la grande question, car il y a une différence de vision. Les Wallons sont sensibles aux retombées économiques car c’est là que se fait une grande partie du chiffre d’affaires aérospatial belge. Le Nord, plus nationaliste, plus centré sur un atlantisme bien ancré est beaucoup moins sensible aux retombées industrielles et économiques. « C’est donc moins dommageable pour la Flandre de choisir le F-35 puisqu’il y a moins d’emplois en jeu ! Sincèrement, aujourd’hui, il est difficile de discerner quelle est la vision politique qui va l’emporter », nous explique Sébastian Pirlot.

Composante nucléaire ? « Je suis favorable à ce que les Rafale achetés par la Belgique n’emportent pas de bombe nucléaire, indique Sebastian Pirlot. « Il y aura quelques F-16 qui seront disponibles au cours des prochaines années et qui pourront remplir cette mission. Objectivement, est-ce que la Belgique, vue sa taille et sa zone d’influence traditionnelle a besoin d’assurer le transport d’armes nucléaires ? Personnellement je n’en suis pas convaincu ».

En outre, certains estiment que la Belgique n’étant pas dans le club fondateur des pays F-35, en termes de retombées économiques, ce sera quasi nul pour l’industrie belge. De plus, les coûts astronomiques du programme F-35 inquiètent : explosion des coûts de maintenance et très grande différence entre les coûts promis lors de l’achat et ceux lors de la livraison comme les Israéliens l’ont découvert à leurs dépens semble-t-il. « J’ai l’impression que Lockheed Martin veut faire payer les surcoûts du programme à ses clients », tranche le député belge.

La Belgique doit conclure en 2018 l’achat d’un total de 34 nouveaux avions de combat afin de remplacer sa flotte de F-16 américains, un marché estimé à 3,5 milliards d’euros. Les premières livraisons sont prévues autour de 2024. La décision finale, attendue courant 2018, doit être prise par le gouvernement de coalition (associant des libéraux francophones au centre-droit et aux nationalistes flamands) et non par le seul ministère de la Défense.

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Le marché des lancements de satellites commerciaux face à un nouveau contexte concurrentiel

L’actuel duopole entre Arianespace et SpaceX va évoluer au cours des prochaines années avec la montée en puissance de l’Inde et du Japon. Ces deux pays ne sont pas des nouveaux venus dans le secteur spatial mais leurs ambitions et leurs investissements financiers sur le marché spatial vont les propulser sur la scène internationale. Si jusqu’à maintenant les lanceurs indiens et japonais ont été réservés pour les lancements nationaux, la situation bouge.

Pour Arianespace et SpaceX, cela ne représente pas encore aujourd’hui une réelle menace concurrentielle mais d’ici trois-quatre ans les cartes pourraient bien être rebattues. Et si le marché des satellites commerciaux GTO ne repart pas à hausse avec quinze à vingt contrats signés annuellement, la concurrence risque d’être féroce.

En juin dernier, l’Inde a lancé, pour la première fois, un nouveau lanceur qui n’utilise que des technologies localement conçues, dont un moteur cryotechnique, augmentant ainsi sa capacité de lancement de satellites. Le lanceur GSLV-MkIII a placé en orbite un satellite de communication de plus de trois tonnes GSAT-19. C’est un peu moins que les satellites de la famille GSAT (3,4 tonnes pour GSAT-17) construits sous la responsabilité de l’Agence spatiale indienne (ISRO) et traditionnellement lancés par Arianespace. La société européenne a dans son carnet de commandes un autre satellite indien, GSAT-11, qui pourrait bien être l’un des derniers lancés par les Européens si le lanceur GSLV-MkIII tient ses promesses.

Le succès des Indiens ne fait donc pas forcément les affaires d’Arianespace qui voit là l’un de ses plus anciens et de ses plus fidèles clients s’émanciper puisque l’Inde sera sous peu en mesure d’envoyer dans l’espace des satellites pesant jusqu’à quatre tonnes et rejoint ainsi le club très fermé de pays capables d’envoyer en orbite de gros satellites de télécommunications. L’Inde dépendait jusqu’ici de lanceurs étrangers pour ses satellites d’un poids supérieur à 2,5 tonnes.

Le programme spatial indien est très ambitieux puisque, outre l’autonomie en termes de lancements (institutionnels et commerciaux), l’Agence spatiale indienne travaille sur un pro­jet de navette réutilisable destinée à placer en orbite des satellites, elle planche également sur des missions vers Jupiter et Vénus.

Non seulement Arianespace perd un client traditionnel, mais le GSLV-MkIII pourrait se révéler un encombrant concurrent tant pour Ariane 5 que pour la futur Ariane 6 à l’horizon 2020-2022. La cadence de tirs et la fiabilité du GSLV-MkIII seront des éléments déterminants. Tout comme les tarifs de lancements qui seront pratiqués par les Indiens sur le marché commercial. A 60-70 millions de $ le lan­cement simple, la concurrence risque d’être très dure pour Ariane 6 qui est plutôt située dans une enveloppe de 80 millions de $, au mieux.

Outre l’Inde, le Japon est à l’offensive. Mitsubishi Heavy Industries (MHI) a été sélectionné par le groupe britannique Inmarsat pour le placement dans l’espace du premier satellite de télécommunications avancées de la flotte Inmarsat-6 ( satellite électrique construit par Airbus DS) dont le lancement est prévu en 2020. Il s’agit d’une nouvelle importante pour MHI qui peine à remporter des commandes commerciales faute d’être compétitif en termes de prix de lancement. De plus, l’actuel lanceur H-2A est mobilisé le plus souvent retenu pour des missions institutionnelles ou gouvernementales au Japon.

MHI se targue d’un taux de réussite de plus de 97% pour la H-2A qui a
enregistré 29 succès d’affilée depuis 2005. Ce lanceur, entré en service en
2001, n’a jusqu’à présent connu qu’un échec, en 2003, avec l’exemplaire numéro
6. Pour remédier à ce manque de compétitivité, MHI compte revenir dans le marché commercial aux alentours de 2020 avec un nouveau lanceur – le H-3-, censé concurrencer notamment Arianespace qui a placé jusqu’à aujourd’hui quelque 75% des satellites commerciaux japonais.

Ariane 5/Ariane 6, Soyouz, le GSLV-MkIII indien, un nouveau lanceur H-3 japonais, le Falcon 9 de SpaceX, le Proton M d’ILS ou encore le futur lanceur New Glenn du fondateur d’Amazon, Jeff Bezos. Si tous ces lanceurs se retrouvent effectivement sur le marché aux alentours de 2020, la concurrence risque d’être féroce. Voilà bien longtemps que le marché des lancements commerciaux n’avait pas connu une telle ébullition dans un contexte passionnant.

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Comment sauver l’industrie européenne des avions de combat ?

Parmi les décisions prises lors du Conseil franco-allemand de défense du 13 juillet dernier, il en est une qui, plus que les autres, a retenu l’attention : les 2 pays ont convenu de « développer un système de combat aérien européen pour remplacer leurs flottes actuelles d’avions de combat (…) ». Largement commentée, cette annonce a surpris ceux qui ne voyaient pas la chancelière Merkel s’engager sur un sujet aussi sensible quelques semaines avant les élections allemandes ou qui ne voyaient pas d’urgence à aborder cette question. Certains y ont vu un affichage politique de l’ambition nouvelle de coopération entre Paris et Berlin dans le domaine de la défense, d’autres la volonté d’ouvrir une perspective commune pour la succession, le moment venu, des actuels Rafale et Eurofighter. Rien de surprenant entre 2 grands pays européens qui n’ont pas fait le choix de s’équiper avec l’ultra-sophistiqué et fort coûteux F-35 américain.

En réalité, cette déclaration a été proposée et obtenue par la France, inquiète de voir l’Allemagne lancer des études pour le remplacement de ses avions Tornado à l’horizon 2030 et afficher explicitement une option d’acquisition de F-35 dans ce cadre. On a compris en effet à Paris que si Berlin faisait l’acquisition d’avions américains, même en nombre limité, une coopération européenne sur un projet aussi ambitieux avait peu de chance de voir le jour. Et que, faute d’une coopération permettant le partage des coûts, l’industrie européenne dans ce secteur stratégique serait condamnée à terme.

Après l’annonce politique du 13 juillet, trois risques menacent ce projet.  

Celui de la convergence des calendriers :

– Du côté allemand, le plus urgent est de prévoir une solution pour la succession des Tornado qui doivent être retirés du service entre 2025 et 2035. Spécialisés dans la mission air-sol, ils sont complémentaires des Eurofighter et jouent un rôle stratégique dans le cadre de l’OTAN avec la capacité d’emporter des armes nucléaires américaines. Cette mission semble avoir aujourd’hui une place dimensionnante dans les raisonnements de la Luftwaffe (et favorise en définitive, ne serait-ce que pour des raisons d’interopérabilité, un scénario F-35 qui aurait ses préférences…). Si cette question n’est pas résolue autrement, avec par exemple le développement d’une version air-sol de l’Eurofighter, le risque est donc important de voir l’Allemagne rejoindre le camp des pays F-35, avec ses funestes conséquences pour l’industrie européenne de l’aviation de combat… Du côté français, l’approche est plus attentiste puisque le Rafale, dans sa version actuelle, pourrait durer jusqu’en 2040, voire au-delà, et que des versions dites MLU ou NG permettraient peut-être de le prolonger encore en améliorant ses performances.

2) Celui de l’entente sur la définition du ‘‘système de combat aérien’’: les 2 armées de l’Air semblent partager une même vision qui élargit la problématique au-delà du seul avion de combat, en considérant que la numérisation et la connectivité font de la plateforme aérienne de demain le poste de pilotage d’une manœuvre aérienne associant plusieurs vecteurs pilotés ou non-pilotés. Un gros travail de design conceptuel doit par conséquent précéder le développement du futur avion de combat (défini en fonction du rôle nouveau qui lui sera assigné, et non plus en améliorant les performances des plateformes actuelles).

3) Celui de l’organisation industrielle d’un projet dont l’ambition exige une mutualisation des compétences et des ressources et par conséquent un redécoupage du panorama actuel structuré autour du ‘‘schisme de 1985’’ (lorsque la France laissa ses partenaires européens développer l’Eurofighter pour se lancer seule dans l’aventure du Rafale). L’association des deux entreprises, Airbus et Dassault, qui se font aujourd’hui concurrence sur les marchés export, est une ardente obligation autant qu’un défi insoluble si on l’aborde en termes de leadership. La différence entre ces deux acteurs est que celui qui apporterait la contribution industrielle de l’Allemagne, avec un chiffre d’affaires vingt fois supérieur, ne risque probablement pas sa survie sur ce seul enjeu.

Les obstacles qui se dressent sur la route de la déclaration du 13 juillet sont donc de taille. Ils nourrissent le scepticisme de ceux qui, pour différentes raisons, sont hostiles à ce rapprochement. La capacité des décideurs politiques à imposer sans faux-fuyant un mariage de raison entre Dassault et Airbus est sans doute la clé de la réussite industrielle d’un projet capital pour l’Europe de la défense.

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France. Les risques dans le monde expliqués par le CEMA François Lecointre

« Le nouveau désordre du monde ». S’exprimant auprès d’un panel de militaires, de parlementaires et d’industriels dans le cadre des Universités de la défense à Toulon début septembre, le Chef d’Etat-major des armées François Lecointre a fait le point sur les différentes menaces auxquelles la France, mais aussi ses partenaires européens, doivent et devront faire face à l’avenir.

Premier point. Le CEMA a notamment insisté sur la multiplication des foyers de tension, « pas si loin de nos côtes (Libye) »; la «résurgence de la violence comme mode de règlement des conflits, alors que nous avions pensé que l’Occident avait délégitimé le recours à la violence ».

Second point. D’autre part, le général François Lecointre estime qu’il existe «un trou noir dans le monde », dans le rééquilibrage des relations internationales c’est le continent africain. Cette situation est causée par de multiples facteurs : forte croissance démographique, absence de stabilité, flux migratoires, difficultés de croissance, pas d’accès à la prospérité économique. «L’Afrique ne parvient s’extraire de la pauvreté d’où une pression sur nos sociétés et sur l’Europe vieillissante», a-t-il résumé.

Troisième point. «Le défi que représente, non pas l’islamisme radical, mais la réaction de la frange la plus extrême de l’islam face aux transformations sociales et économiques, une menace qui risque de durer encore longtemps – notamment en Afrique ». « La France et l’Europe ont aujourd’hui la nécessité d’y répondre (à ces menaces)». La trajectoire budgétaire devrait refléter cette prise en conscience. Le CEMA a appelé de ses vœux un « élan nouveau, au-delà de l’ajustement du modèle » qui s’avère nécessaire «car, aujourd’hui, les engagements sont 30% au-delà du contrat opérationnel ». «La France est la 2e armée du monde libre après les Etats-Unis, elle a un rôle à jouer dans la résolution des crises dans le monde, quel que soit l’endroit où elles se passent (…)La France a un outil magnifique (ses armées), il faut le préserver, le renforcer et le conforter», a-t-il conclu.

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Typhoon. La commande du Qatar redonne un peu d’oxygène à Eurofighter

Les faits. Le ministre d’Etat à la Défense qatari Khaled ben Mohamed al-Attiya et son homologue britannique Michael Fallon ont signé à Doha une « déclaration
d’intention »
en vue de l’achat de 24 Typhoon. C’est le deuxième grand contrat conclu par Doha depuis le début de la crise diplomatique qui l’oppose à ses voisins. En juin, le Qatar avait signé avec les Etats-Unis une lettre d’intention d’un montant de $12 milliards pour l’achat de 36 avions de combat F-15. Le Qatar avait également donné son accord en 2016 pour l’achat à la France de 24 avions de combat Rafale (6,3 milliards d’euros).

A ces contrats s’ajouteront les contrats liés à l’armement des avions ; ce qui se présente comme une bonne affaire en perspective pour le missilier européen MBDA. Enfin, se pose la question des pilotes (recrutement et formation), une denrée assez rare dans la plupart des pays du Golfe mais aussi en Europe. L’armée de l’Air qatarie va devoir revoir ses procédures de recrutement si elle ne veut pas voir ses avions rester sous cocons dans des hangars. En à peine 14 mois, le Qatar s’est porté acquéreur de 94 avions de combat auprès de trois fournisseurs différents. On ne pourra pas reprocher au petit émirat de ne pas savoir diversifier ses sources d’approvisionnement !

La commande qatarie pour le Typhoon est sans conteste une bonne nouvelle pour les industriels du consortium Eurofighter puisqu’à fin juillet 2017 il ne restait plus que 87 Typhoon à livrer.

Royaume-Uni: 17 avions (sous fabrication BAE Systems à Warton) dont 4 au second semestre 2017, 7 en 2018 et 6 derniers en 2019.

Sultanat d’Oman : 10 avions (BAE Systems) : 6 au second semestre 2017 et 4 derniers en 2018.

Italie : 8 avions (sous fabrication Leonardo) : 2 au second semestre 2017, 5 en 2018 et 1 dernier en 2019.

Koweït : 28 avions (Leonardo) : 2 fin 2019, 9 en 2020, 9 en 2021 et 8 derniers en 2022.

Allemagne: 16 avions (Airbus Defence and Space, Manching) : 7 au second semestre 2017 et 9 derniers en 2018.

Espagne : 8 avions (Defence and Space, Getafe) : 3 au second semestre 2017 et 5 derniers en 2018.

L’activité « Eurofighter » chez BAE Systems à Warton est donc la plus importante avec un Backlog de 27 avions (Royaume-Uni : 17 ; Sultanat d’Oman : 10) auxquels s’ajoutent désormais les 24 appareils commandés par le Qatar. Michael Fallon a d’une certaine façon sauvegardé le site de Warton jusqu’en 2021-2022.

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Point de vue. Pourquoi faut-il investir maintenant dans l’innovation de défense Par Guillaume Faury, PDG d’Airbus Helicopters

La France investit plus de 3 Mds€ par an dans la R&D de défense : un montant significatif en Europe, à parité avec le Royaume-Uni et nettement devant les 900M€ dépensés par l’Allemagne. Pourtant, cet effort est a minima et s’avère aujourd’hui insuffisant pour apporter à nos soldats les équipements dont ils ont besoin. De plus, un surcroît d’effort budgétaire est nécessaire pour adapter nos modes d’innovation aux évolutions des besoins opérationnels et du monde industriel.

Accompagner le nouveau cycle d’équipement des armées. L’obsolescence naturelle des équipements entrés en dotation il y a 10 ou 20 ans conduit à développer dès aujourd’hui les plateformes qui leur succèderont bientôt. L’armement s’inscrit dans des cycles d’acquisition de 15-20 ans. Nous allons donc entrer dans une phase de réinvestissement liée à l’usure des matériels, à la nécessité de dépasser certaines obsolescences et à l’adaptation des équipements aux évolutions géostratégiques et technologiques. Le défi qui est devant nous est lié à la nécessité de rééquiper les armées à partir de la prochaine décennie. Or la trajectoire budgétaire ne peut pas être linéaire quand nous entrons dans un nouveau cycle d’acquisition. Il faut accepter que les dépenses de R&D s’accroissent de manière significative – et non à la marge – dans les années à venir, d’abord en termes d’études amont puis de démonstrateurs et de développements capacitaires.

Mieux gérer les réponses aux menaces, notamment asymétriques. S’il y a une leçon à tirer des engagements militaires récents, c’est bien que raisonner à partir d’une logique d’affrontement classique entre Etats n’est plus suffisant pour équiper nos soldats. Nous ne choisissons ni nos adversaires, ni les modalités de la confrontation ou encore le terrain sur lequel elle se réalise, comme le montrent les opérations en Afghanistan, en Irak ou dans la bande sahélo-saharienne. Dans les conflits asymétriques et les guerres hybrides, nos adversaires ne jouent pas avec les mêmes règles que nous, même quand ils sont étatiques. Ceci induit une rupture dans les modes de conception et de production des équipements militaires. Les Urgences opérationnelles ont montré la nécessité d’être très réactifs pour répondre à court terme aux besoins capacitaires. L’approche de l’innovation doit donc s’adapter de manière à disposer de briques technologiques rapidement combinables dans des capacités nouvelles ou adaptées au contexte des missions et opérations. Ceci suppose un effort plus élevé de recherche amont et appliquée pour couvrir un spectre large de technologies et pour tester des concepts au travers de démonstrateurs.

Se donner les moyens de garder la main sur l’innovation technologique. Le besoin d’un effort accru de R&D est aussi lié à la fin de la superpuissance occidentale. En effet, depuis la première Guerre du Golfe, les pays de l’OTAN ont vécu dans un confort relatif quant aux menaces conventionnelles, parce que leur grande avance technologique assurait une domination quasi automatique en cas d’affrontement. Ceci s’est notamment incarné dans le concept de « Air Dominance ». Cette parenthèse historique est désormais bien refermée. La montée en puissance de la Chine (qui a multiplié par 5 son budget militaire depuis 2000), la renaissance militaire de la Russie (mise en évidence en Syrie) ou encore l’apparition de nouvelles puissances conventionnelles et parfois nucléaires, comme l’Inde, la Corée du Sud ou la Turquie, changent la donne sur la scène internationale. Le monde se réarme mais surtout se dote de nouveaux équipements qui réduisent significativement, voire annulent notre avantage capacitaire. Nos armées peuvent être bloquées par des stratégies de déni d’accès ou confrontées à des capacités adverses sans disposer de moyens de les contrer. Améliorer les capacités existantes ou en développer de nouvelles est une nécessité pour assurer la protection et l’efficacité de nos soldats. Il faut identifier les sources de rééquilibrage du rapport de forces capacitaires pour cibler les innovations technologiques (hypervélocité, furtivité) et non-technologiques (comme l’architecture appropriée des systèmes de combat aérien de demain) qui permettent de maintenir ou restaurer l’avantage opérationnel. Ceci suppose d’investir dans ce type d’innovations, seuls ou en coopération.

Tirer parti de la dualité sans abandonner les besoins spécifiques de la défense. Dans de nombreux domaines techniques, le rythme de l’innovation est plus soutenu dans le civil que dans la défense. Ceci découle de la nature des innovations demandées et de la taille des marchés civils comparativement aux commandes militaires. Il est donc tentant de réduire les budgets de R&D de défense pour s’appuyer uniquement sur les efforts d’innovation des entreprises civiles. Cependant ceci ne peut pas être la solution. Il est vraiment important que la base industrielle de défense travaille plus étroitement avec l’industrie civile pour mutualiser les efforts et tirer tous les bénéfices possibles des investissements quelles que soient leurs origines. Sans cette coopération, les coûts des équipements militaires risquent de devenir insoutenables tout en manquant des opportunités d’innovation. La convergence entre la base industrielle de défense et l’industrie civile est donc essentielle. A côté de cela, il ne faut pas perdre de vue qu’il restera toujours une part de spécificité dans les innovations liées aux équipements militaires. Dans ce cas, il n’est pas possible de compter sur le monde civil. Certaines spécifications et/ou performances recherchées par les armées ne seront jamais ou que très rarement recherchées par le secteur civil (inadaptation aux besoins civils, rentabilité trop faible, horizon trop lointain). La défense doit donc garder la capacité de financer ces activités spécifiques de R&D.

Adapter la base industrielle de défense pour pleinement tirer parti de la Quatrième révolution industrielle. Un effort budgétaire supplémentaire est enfin nécessaire pour transformer en profondeur la base industrielle. La France dispose d’une industrie performante mais, comme partout, elle est structurée sur des principes fordistes de la Troisième révolution industrielle. Or, cette approche, caractérisée par une production de masse de produits standardisés, n’est plus appropriée aux enjeux de l’armement. Ce modèle industriel suppose des séries de production longues et homogènes alors que la diversité aujourd’hui des opérations militaires favorise plutôt des séries courtes « customisées » aux besoins immédiats des soldats projetés en opérations. C’est ce que promet la 4ème révolution industrielle. Par la numérisation (digital transformation), l’impression 3D, la robotisation et d’autres outils, elle combine les avantages des modes précédents de production et une plus grande flexibilité à des coûts maîtrisés. Pour préserver l’autonomie stratégique, l’Etat doit accompagner la mutation des entreprises en soutenant l’innovation dans les modes de développement et de production. Les Etats-Unis s’y sont déjà attelés avec la Third Offset Strategy d’Ashton Carter tout comme la Chine où Xi Jinping a lancé une commission pour l’intégration civilo-militaire au plus haut niveau de l’Etat. Ces cinq défis majeurs ne pourront être relevés qu’à la condition que les outils contractuels de l’Etat s’adaptent. Les marchés publics actuels sont trop peu réactifs au besoin. Il faut aussi accroître l’attractivité des demandes militaires pour des entreprises en dehors de la base industrielle de défense. Une plus grande rapidité de traitement des achats et une simplification des démarches sont des éléments importants, ce qui ne devrait pas manquer de ressortir des travaux de la Revue stratégique de défense et de sécurité nationale.

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