Jacques Gautier (*): «Il est nécessaire que les candidats à l’élection présidentielle préparent les éléments d’une Revue Stratégique qui serait lancée officiellement dès l’élection du Président avec tous les partenaires » (*) Sénateur (LR) des Hauts de Seine et Vice-président de la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées

Quels sont les enjeux et les défis qui attendent le prochain ministre de la Défense. Quelles doivent être les priorités de la LPM 2017-2022?

Tout d’abord, derrière le futur Président de la République (PR), un homme aura une importance capitale c’est le ministre de la Défense. Sa tache sera particulièrement lourde notamment parce qu’il devra succéder à Jean-Yves le Drian, un grand ministre de la Défense, qui a aura marqué ces cinq années passées à l’Hôtel de Brienne. Le PR lui a donné du temps et leur proximité a fait que les arbitrages ont été rendus généralement en faveur de la Défense. On vient encore de le vivre pour la sortie de l’exercice 2016 et l’entrée en 2017. De plus, Jean-Yves Le Drian a su créer une « équipe France » à l’export, il a su travailler étroitement avec la DGA, les représentants diplomatiques et les industriels. Il a su trouver le ton juste auprès des clients potentiels. La succession sera donc difficile.

Une fois dit cela, il va falloir gérer les engagements du PR actuel et notamment ceux décidés lors du congrès de Versailles après les attentats de 2015 et en janvier 2016 : réduction puis suppression de la déflation des effectifs, primes pour l’opération Sentinelle, primes pour les jours d’absence au-delà de 150/200 jours, revalorisation de la condition militaire. Un « bouquet » qui coûte en 2017 pas moins de 900 millions d’euros sur le budget de la Défense qui représentera 1 milliard en 2018 et 1,2 milliard en 2019.

Nous n’avons pas de plan triennal mais nous savons déjà ce que cela nous coûtera ! Et il est impossible au prochain PR ou au prochain ministre de la Défense de supprimer ces dépenses puisqu’il s’agit d’effectifs recrutés et des améliorations apportées aux conditions des militaires dont on ne peut pas dire qu’ils étaient des privilégiés. On leur demande beaucoup, probablement trop, et il était absolument naturel de faire un geste dans leur direction. Seul hic, ce geste représente chaque année du prochain quinquennat en année pleine 1,2 milliard. Cela veut dire que le prochain PR et son ministre de la Défense, avant même de faire quoique ce soit, devront rajouter 6 milliards d’euros au budget de la Défense sur la durée du quinquennat.

Outre les problèmes budgétaires à régler, les efforts à porter, selon moi, devront l’être sur les matériels et non pas sur les effectifs. Tout va dépendre de ce que le futur ministre de la Défense attend de la réserve opérationnelle, de sa montée en puissance et comment on l’organise. L’entrainement des forces est un autre sujet alors que l’on voit bien que nous sommes en-dessous des niveaux indispensables pour maintenir une qualité d’engagement des hommes (jours passés en mer, heures de vol etc.).

Autre sujet sur la table, c’est le maintien en condition opérationnel (MCO). Puis se posera une question très importante à mes yeux, c’est le financement des OPEX. Depuis toujours le ministère de la Défense inscrit une somme destinée aux OPEX mais qui ne correspond pas à la réalité des coûts. Aujourd’hui, on met environ 450 millions pour les OPEX mais on sait très bien que sur la réserve interministérielle il faudra rajouter 700 à 800 millions chaque année. Cela ne nous choque pas, c’est classique. Mais on devrait les inscrire en interministérielle dès le début puisque l’on sait que les OPEX vont coûter plus cher ! Et nous, parlementaires, n’apprécions pas que ces sommes soient imputées sur le budget de la Défense.

Nous préconisons par ailleurs de ne pas lancer un nouveau Livre blanc qui nous ferait perdre 8 à 12 mois et malheureusement, quand on regarde les menaces, les coûts budgétaires, il y a le feu à la maison. Il nous semble nécessaire que les candidats à l’élection présidentielle préparent les éléments d’une Revu Stratégique qui serait lancée officiellement dès l’élection du Président avec tous les partenaires pour parvenir rapidement à proposer fin septembre 2017 la mise en place et la définition d’une LPM de façon à intégrer dans la Loi de finance rectificative 2017 ou du PLF 2018 les décisions du PR en matière de défense. Cette LPM couvrirait le quinquennat et permettrait d’anticiper sur le suivant. Voilà, pour résumer, les pistes, selon moi, qui devraient servir de base, soit pour une actualisation de la LPM, soit plutôt dans le cadre d’une nouvelle LPM.

Retrouvez l’intégralité de cet entretien dans la lettre AeroDefenseNews. Tél : 09.67.18.60.00

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Galileo : après le défi technique, le rendez-vous commercial

Le lancement réussi de quatre nouveaux satellites Galileo par Ariane 5 va donner un coup d’accélérateur au GPS européen lancé en 1999… Le système pourrait commencer à devenir opérationnel avant la fin de l’année. «L’objectif est de pouvoir afficher les services initiaux au mois de décembre», rappelle Jean-Yves Le Gall, président du CNES. Ce sont désormais 18 satellites de la constellation Galileo, prévue pour en compter 30 au total, qui sont en en orbite dont trois ont toutefois rencontré des problèmes techniques (une antenne mal déployée pour l’un et une mauvaise orbite pour les deux autres).

Projet emblématique de la Commission européenne, le système de navigation
Galileo vise à réduire la dépendance de l’Europe à l’égard du GPS américain, tout en améliorant les services rendus aux utilisateurs commerciaux et institutionnels grâce à une très grande précision. Les services complets sont attendus pour 2020. Les deux prochains lancements de satellites Galileo, prévus pour 2017 et 2018, seront également assurés avec une Ariane 5ES. Ensuite, Ariane 6 prendra le relais. Conçu plus récemment que le GPS américain, Galileo lancé par l’Union européenne en 1999, intégrera les dernières avancées technologiques, il offrira un signal plus précis et permettra de dater ce signal. Les systèmes concurrents de Galileo (le GPS américain, le Glonass russe ou encore le chinois Beidou) offrent une géolocalisation de 10 mètres et ne dispose pas de la datation du signal. «La concurrence va être dure face aux Américains, aux Chinois et aux Russes. Certes, nous partons en retard mais nous allons croître plus vite avec un service de meilleure qualité», avance Jean-Yves Le Gall.

Le marché des applications spatiales de Galileo est estimé à 90 milliards d’euros…selon les consultants qui analysent le marché. Une mine d’or pour certains d’autant que le marché mondial annuel des services et des équipements de positionnement est en croissance continue. D’ici à 2025, le marché européen devrait franchir le cap des 135 milliards d’euros et entraîner la création de nombreux emplois. Là encore, face à autant d’enthousiasme, le chiffre reste à confirmer. Les experts estiment que c’est en Extrême-Orient que se situent les plus grandes opportunités commerciales. «Il faut écouter les utilisateurs», temporise le président du Cnes. Il n’empêche que si l’intérêt technologique de Galileo est indéniable, il y a une vraie incertitude : les utilisateurs seront-ils prêts à payer pour le service Galileo et combien et combien. Quoiqu’il en soit, il y a bien un point sur lequel tout le monde est d’accord : les Européens ne peuvent pas être absents du segment de la géolocalisation par satellites, faute de quoi ils seraient sortis du marché et dépendants des Américains, des Russes ou des Chinois. Durablement. Galileo est donc une nécessité. CQFD.

Les quatre services de Galileo

D’une précision de positionnement au mètre près, le service ouvert (ou OS pour Open Service), librement accessible, s’adresse au marché de masse et est destiné à la navigation automobile et aux services de positionnement sur téléphones mobiles. D’une précision à l’échelle du centimètre, le service commercial (ou CS pour Commercial Service) est crypté et est destiné à des applications spécialisées. Il offrira des services garantis aux utilisateurs en échange d’une redevance.

Le service public réglementé (ou PRS pour Public Regulated Service), qui s’adressera aux utilisateurs remplissant une mission de service public, sera crypté et plus résistant grâce à ses mécanismes antibrouillage. Ce service trouvera une application dans le secteur de la sécurité, dans le domaine de la répression et dans les infrastructures stratégiques (par exemple : énergie, télécommunications, finances).

Le service de recherche et sauvetage (ou SAR pour Search and Rescue Service) mondial de Galileo aidera au transfert des signaux de détresse vers un centre de coordination des sauvetages.

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Hélicoptères : Varsovie tente de temporiser

«On ne va pas se fâcher pour une poignée d’hélicoptères », s’est récemment exclamé Witold Waszczykowski, chef de la diplomatie polonaise (17/11/2016.AFP). La Pologne semble bien ennuyée à la suite de l’abandon abrupt des négociations sur l’achat de 50 Caracal d’Airbus Helicopters. Les relations d’amitié pluriséculaires entre la France et la Pologne en seront-elles pour autant abîmées ? Oui, sans doute. Varsovie a choisi la carte américaine, c’était peut-être un bon choix avant les élections américaines mais le résultat des urnes va changer la donne : Washington a désormais d’autres priorités que la très vieille Europe. Et il est probable que Donald Trump ait plus d’empathie pour Vladimir Poutine que Barack Obama n’en avait pour le dirigeant russe. Cela, les Polonais risquent bien de le découvrir à leurs dépens.

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FOMEDEC : Babcock, une victoire prévisible

Un contrats sensible. Même si le patron de DCI, Jean-Michel Palagos (bientôt concerné par l’âge de la retraite) est un ancien collaborateur de Jean-Yves Le Drian, cette proximité n’aura pas suffi face à l’expertise de Babcock, particulièrement en Grande-Bretagne. La société britannique est retenue pour le contrat FOMEDEC (*) notamment pour l’entretien des appareils (des PC-21) sur lesquels vont désormais être formés les pilotes de chasse français. Un contrat, non encore annoncé par le ministère de la Défense, avec lequel Babcock compte créer une centaine d’emplois en France. C’est son efficacité à tenir la disponibilité technique au Royaume-Uni qui a fait la différence face à ses concurrents alors que depuis 2012, Jean-Yves Le Drian a vu la disponibilité de quasiment toutes ses flottes baisser à l’exception de celle du Rafale. La plupart des promesses des industriels français (Airbus en tête) n’ont pas entravé cette chute, d’où la tentation de faire confiance à de nouveaux acteurs. Babcock a déjà un beau portefeuille d’activité, à travers les SAMU (trois nouvelles bases créées en 2017), le MCO (flottes Fennec des armées, et H135 de la douane et de la gendarmerie, tous deux remportés en 2016) et évidemment, Helidax, un succès qu’il partage à 50% avec DCI. Cette première victoire majeure de Babcock France s’accompagne de plusieurs incidentes. Un nouveau directeur général est recruté pour succéder au Français Frédéric Goig, qui devient directeur de la stratégie du groupe britannique.

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Quels débouchés pour un long-courrier sino-russe ?

Les faits. La Chine et la Russie investiront jusqu’à $20 milliards dans le développement d’un avion long-courrier. L’ambitieux programme sino-russe avait été lancé entre les constructeurs chinois Comac et russe UAC en juin dernier à Pékin lors d’une rencontre entre les présidents russe Vladimir Poutine et chinois Xi Jinping.
Selon, Comac, le bras armé des ambitions chinoises dans le secteur aéronautique, la co-entreprise des deux constructeurs sera créée cette année à Shanghai et aura la charge de développer un gros-porteur de 280 places et d’un rayon d’action de 12.000
kilomètres.

Commentaire. Dans cette alliance, la Russie apportera son savoir-faire et ses bureaux d’études, ce qui n’est pas négligeable à condition que les ressources humaines soient au niveau pour se lancer dans une telle aventure industrielle. Le défi  pour les russes est de trouver et de mobiliser de jeunes ingénieurs aujourd’hui beaucoup plus tentés par les nouvelles technologies et les services, secteurs dans lesquels les carrières sont plus rapides et plus rémunératrices.

L’industrie spatiale russe peine ainsi à séduire de jeunes talents. La tendance est identique dans l’aéronautique civile russe qui ne parvient à s’imposer. La carrière commerciale en demi-teinte du SuperJet-100 de Sukhoï illustre les difficultés des autorités russes à relancer leur industrie civile. En revanche, le savoir-faire russe dans les domaines militaires (avions de chasse, hélicoptères, missiles…) est bien réel parce que Moscou en a fait une priorité d’état. De son côté, la Chine a fait de l’industrie aéronautique civile l’une de ses priorités, parmi tant d’autres. Pas de doute que Pékin aura à cœur de porter ce programme en y apportant les investissements financiers nécessaires. Reste les interrogations sur la motorisation et l’avionique : seront-elles sino-russes ou occidentales ?  L’appareil sino-russe devrait effectuer son premier vol vers 2023 et les livraisons suivront trois ans plus tard, selon la Comac. Si l’appareil est conforme aux standards techniques, cela pourrait être un succès commercial d’autant que les compagnies aériennes locales seront invitées à acheter cet appareil. Seule une analyse très fine des compétences en Russie et en Chine permettra à Airbus et à Boeing de considérer ou non ce futur long-courrier comment concurrent potentiellement dangereux.

Note. Comac développe son premier moyen-courrier, le C919. Dévoilé en 2015, il n’a pas encore volé mais le constructeur assure avoir déjà reçu 570 commandes de 23 clients. Autre programme en cours, le jet régional ARJ21 (90 places) qui a effectué son premier vol commercial en juin après des années de retard.

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Pourquoi le Canada va bien acheter des F-35

Les faits. Les entreprises canadiennes du secteur de l’aéronautique continuent à décrocher des contrats liés au développement et à la production des F-35. La valeur de ces contrats totalise aujourd’hui $US 925 millions (1,235 milliard CAN) et pourrait franchir le cap du milliard de dollars US d’ici à quelques mois, selon les médias québécois (La Presse). En tout, plus de 110 entreprises canadiennes ont signé des contrats avec Lockheed Martin dans le cadre du programme de développement et de construction du F-35. Parmi ces entreprises se trouvent les sociétés québécoises Héroux-Devtek, CMC Electronics et Stelia. Les autres entreprises qui ont récolté leur part de contrats sont Honeywell et Magellan (Ontario), Avcorp Industries et Asco Aerospace (Colombie-Britannique) et Apex Industries (Nouveau-Brunswick). Magellan, qui a aussi une présence au Manitoba, a embauché 450 nouveaux employés en raison des contrats obtenus pour la construction des F-35. Le Canada fait partie du programme F-35 depuis 1997. Pour faire partie du programme, le gouvernement canadien verse annuellement une contribution de quelque $US 20 millions (le Canada a versé environ $US 330 millions à ce jour).

Commentaire. Bien que le gouvernement Trudeau ait décidé de donner «du temps au temps » sur le choix du futur avion de combat destiné à remplacé les CF-18, on ne voit pas bien comment il pourrait revenir sur ce choix qui pourrait se révéler très couteux pour les entreprises aéronautiques canadiennes et le gouvernement. Lockheed Martin a déjà fait savoir qu’en cas d’annulation les contrats industriels seront transférés à d’autres pays qui font partie du programme de développement. « Je ne veux pas que ce soit perçu comme une menace, mais nous n’aurons d’autre choix, si le Canada opte pour un autre type d’avion, que de déplacer le travail effectué au Canada dans un pays acheteur de notre avion », avait affirmé en juin le directeur du développement du commerce international du F-35 de Lockheed Martin, Steve Over, cité par La Presse de Montréal. On comprend donc que ni Dassault Aviation, ni le consortium Eurofighter, ni Saab ou même Boeing n’aient vraiment envie de jouer les sparring partners au profit de Lockheed Martin alors que le coût des appels d’offres ne cesse de croître. Pour la plupart des industriels, le Canada achètera des F-35, même si un nouvel appel d’offres est lancé.

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L’offensive française de Babcock Mission Critical Services

Première victoire d’une série qui pourrait s’avérer longue et douloureuse pour ses concurrents français : le britannique Babcock Mission Critical Services vient de remporter un contrat de soutien des 20 hélicoptères H135 français (15 en Gendarmerie, 5 à la Douane) auparavant soutenus par Inéo. Un coin dans la porte pour l’entité présidée par Frédéric Goig, qui a multiplié les réponses à appels d’offres ces derniers mois dans le MCO. La Gendarmerie doit, à terme, acheter des H135 supplémentaires pour remplacer sa vingtaine de vieux Ecureuil. Cette première victoire dans le MCO aérien est d’autant plus regardée que Babcock s’était déjà payé le rang de sponsor de premier plan aux Universités d’été de la Défense, en septembre dernier, avec d’autres ambitions, notamment sur FOMEDEC (Formation modernisée et entraînement différencié des équipages de chasse). Babcock rappelle qu’au Royaume-Uni il est au «cœur de la formation de l’ensemble des pilotes militaires britanniques (chasse, hélicoptère et de transport) en fournissant des avions, en maintenant des flottes et en proposant des services d’instructions de vol».

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