Les capacités d’emport nucléaire et le Meteor : les atouts-clés du Rafale en Inde

Les faits. Si les discussions ont mis tant de temps à aboutir c’est parce que très tôt, les négociateurs indiens s’intéressent aux capacités d’emport de l’arme nucléaire par le Rafale, contrairement aux autres avions concurrents. Cette capacité stratégique est à n’en pas douter un argument de poids en faveur du Rafale permettant à l’Inde de disposer d’un outil de dissuasion vis-à-vis de ses ennemis. Toutefois, les modalités sur ce sujet très sensible et quasiment tabou restent à définir (*).

En outre, l’Inde devrait passer commande de missiles Meteor (MBDA) considéré par les spécialistes comme une «arme de dissuasion dans le combat aérien». Il ne fait aucun doute que dans la compétition et la lutte d’influence qui oppose les Américains aux Européens, le Meteor est aussi aujourd’hui un atout majeur pour la compétitivité à l’export des avions de combat européens, donc du Rafale (*).

Le contexte. La Force aérienne indienne doit faire face aujourd’hui à une certaine obsolescence de ses matériels alors qu’elle a en face d’elle deux ennemis potentiels, la Chine et le Pakistan, dont les armées de l’Air sont considérées comme modernes. Les experts américains, notamment, estiment que la Chine sera en mesure de déployer de 300 à 400 appareils sophistiqués à partir de 2025 auxquels s’ajouteraient de 100 à 200 avions de combat pakistanais. Toutefois, aussi bien pour la Chine que pour le Pakistan et l’Inde les chiffres annoncés (nombre d’appareils total par armée de l’air) ne veulent pas dire grand-chose dans la mesure où l’on a de grande difficulté à savoir quel est l’état opérationnel exact de ces avions. La Force aérienne de l’Armée populaire de libération dispose ainsi de 866 J-7, de 80 Su-30 et de 25 Su-27. Près de 500 appareils qui pourraient lui permettre d’effectuer des attaques de saturation. La quantité plutôt que la qualité. La dissuasion ou la riposte capacitaire aurait dès lors un rôle clé dans un éventuel conflit.  B.L.

Lire à ce sujet «Le Meteor, une nouvelle arme de dissuasion dans le combat aérien», AeroDefenseNews N°136, 23 avril  2015. (*)http://indianexpress.com/article/india/india-news-india/behind-rafale-deal-their-strategic-role-in-delivery-of-nuclear-weapons-3036852/

Les principaux avions de combat en service en Chine : 130 J-11, 25 Su-27, 80 Su-30, 170 J-8, 866 J-7, 270 J-10; En  Inde: 205 Su-30MKI ‘Flanker-H’, 77 MiG-21 ‘Fishbed’, 116 MiG-21I ‘Bison’, MiG-27 ‘Flogger-J’ 116MiG-29 ‘Fulcrum’, 39 Mirage 2000 (en cours de modernization), 99 Jaguar, 5 C-130J Super Hercules (Special forces); Au Pakistan : 76 F-16 Fighting Falcon, 206 J-7, 70 JF-17 Thunder, 41 Mirage III, 64 Mirage 5.

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Point de vue : Victoire à l’exportation mais défaites nationales ?

Le succès du Rafale en Inde – comme les autres succès de nos armes ces trois dernières années – fait irrémédiablement penser au mot célèbre de Napoléon : « le plus grand péril se trouve au moment de la victoire ». Au risque de gâcher l’euphorie ambiante, cette chronique avertit qu’un succès à l’exportation n’exonère en rien le ministère de la Défense de ses devoirs industriels lesquels sont et seront toujours au nombre de trois : le maintien des compétences des bureaux d’études, la poursuite de la production et la préparation de l’avenir.

Qu’il s’agisse de Dassault Aviation (qui achève le standard F3 R en janvier 2018) ou de DCNS (qui a terminé les études sur la FREMM), l’activité des maîtres d’œuvre (et derrière tout le réseau d’équipementiers) doit être garantie par un niveau d’études constant. Le retour d’expériences des armées doit être aussi en permanence exploité par les industriels (enjeu du standard F4 du Rafale par exemple) comme les attentes du marché (FTI pour le segment naval). Il en va de même pour MBDA et Thales dont les bureaux d’études respectifs doivent être alimentés pour faire face aux nombreuses évolutions de leur secteur (anti-missile pour l’un et radar naval multifonctions à antenne active, par exemple).

La poursuite de la production n’en est pas moins importante : les forces armées sont en permanence sous-dotées en plateformes de combat (évident pour l’armée de terre – toujours sollicitée mais jamais équipée -, pour la Marine à qui manque au moins 3 frégates sans parler des patrouilleurs pour les DOM-TOM, et pour l’armée de l’Air à laquelle il manque entre 20 et 30 Rafale au-delà des tranches 4 et 5 prévues), en munitions (bombes guidées laser, missiles de tous types) et en équipements de base (lunettes de vision nocturne par exemple). Le système D, même adopté avec génie par nos militaires, a toujours été un scandale politique que les armées ont payé (en 1914, en 1940, en Indochine et en Algérie) au prix du sang. En ce sens, le succès en Inde ne peut faire oublier la grande misère des équipements et des infrastructures de nos armées en OPEX et en France.

La préparation de l’avenir, passe par un effort supérieur dans la R&T et la R&D. Le montant d’un milliard d’euros est régulièrement évoqué tant dans l’industrie que dans le milieu politique afin d’éviter des ruptures technologiques qui seront capacitaires plus tard. L’enjeu est naturellement de maintenir les compétences d’une très petite communauté scientifique : chez chaque industriel du secteur, certains domaines très particuliers mais stratégiques (furtivité par exemple) sont maîtrisés par des équipes réduites de personnes (une dizaine parfois au grand maximum). Compétences qui trouvent leur correspondance à la DGA et leur prolongement dans les armées qui, elles aussi, doivent préserver des micro-populations ultra-spécialisées mais qui maintiennent la France au niveau des grandes nations militaires et industrielles. Ces compétences expliquent, fait souvent oublié, l’attractivité française dans les coopérations bilatérales internationales. La coopération avec le Royaume-Uni, l’Italie et l’Allemagne en est la preuve.

Si, donc, les succès à l’exportation sont à chaque fois une grande victoire diplomatique, industrielle et opérationnelle,

ils ne doivent pas exonérer le gouvernement de financer sa défense nationale par le biais des trois leviers évoqués. Or, de ce point de vue, l’expérience passée tend à démontrer que grisés de ses succès export, les gouvernements oublient leurs responsabilités régaliennes et se tournent avec délectation et intérêt électoraliste vers le social. Les succès récents de DCNS, de MBDA et du GIE Rafale ne peuvent servir de prétexte à décaler ou annuler des commandes nationales (Barracuda, FREMM, FTI, Aster 30B1NT, MMP, Meteor, tranches 4 et 5 du Rafale, etc.) car les forces armées françaises ont besoin de ces programmes. L’actuel modèle d’armée n’étant pas financé suffisamment pour se maintenir indéfiniment, en éviter l’écroulement prochain passera inévitablement par une hausse plus vigoureuse que ne le proposent les candidats de droite. Le succès de la gauche à l’exportation ne peut faire oublier que sa LPM même actualisée demeure une LPM de survie. Le 13 septembre dernier, le général de Villiers demandait un «effort de guerre» de 2% du PIB hors pensions durant le prochain quinquennat : espérons que la rafale de contrats à l’export ne fera pas oublier l’avertissement de Napoléon, faute de quoi l’exportation aura été un mirage de courte durée.

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Atteindre 2% du PIB pour la défense est devenu un plancher et non plus un objectif

Union et mobilisation politique autour des questions de défense. Gauche et droite convergent sur la nécessité de relever les dépenses militaires. «Nous sommes entrés dans une nouvelle phase de la vie internationale avec un renforcement des menaces existantes et l’apparition de nouvelles menaces» : voilà pour le contexte géopolitique résumé par Jean-Yves Le Drian, ministre de la Défense. Une nouvelle époque impliquant un effort supplémentaire de l’Etat pour le budget de la défense, hors pensions, afin de disposer d’un modèle d’armée (Terre, Air, Mer, Cyber et Espace) en mesure de préparer et de conduire les opérations à l’intérieur et à l’extérieur de la France.

Les discussions sur le niveau et les efforts à consacrer au prochain budget de la défense, se sont dernièrement focalisées sur le chiffre clé de 2% du PIB. Il est désormais admis par tous que ce chiffre, hors pensions, est un plancher et qu’il faudra le revoir à la hausse, ou à la baisse, en fonction des évènements qui pourraient intervenir sur le territoire français.

Le budget français de la Défense atteint aujourd’hui 1,8% du PIB, pensions comprises. «Jusqu’à la fin de mon mandat, ma priorité sera la sécurité des Français », a promis le Premier ministre Manuel Valls qui a estimé que le pays allait devoir continuer à augmenter son budget de la défense, face à la menace terroriste, pour atteindre 2% du (PIB), et «peut-être plus». «L’objectif des 2% qui est donné est atteignable. Il faut ce niveau», a-t-il déclaré lors de la 14è l’Université d’été de la Défense. De son côté, la présidente de la commission de la Défense à l’Assemblée nationale, Patricia Adam (PS), a jugé que l’horizon de la prochaine loi de programmation militaire (2019-2024) semblait «très raisonnable» pour atteindre 2% du PIB. «Avec une augmentation progressive de 500 millions d’euros par an, cet effort supplémentaire ne paraît pas inatteignable», a-t-elle déclaré. « Nous sommes face à des bandes armées qui veulent se conduire comme des Etats et des Etats qui se conduisent comme des bandes armées ». Voilà la nouvelle donne à laquelle doivent faire face les armées telle que résumée par le général d’armée Pierre de Villiers, chef d’état-major des Armées, s’exprimant lors de ces 14è Universités d’été. Ce dernier a tiré la sonnette d’alarme, c’est son rôle, sur l’état des forces françaises et sur leur «usure». «Le budget doit augmenter de 32,7 milliards actuellement à 41 milliards en 2020», a-t-il assuré, en insistant sur le fait qu’il s’agit seulement de mettre en cohérence les moyens avec les opérations demandées.

Quel que soit le futur chef de l’Etat en 2017, il devra trouver de nouvelles ressources pour le budget de la Défense. La loi de programmation militaire prévoit, par exemple, la mobilisation de 12 avions de chasse, mais l’engagement de la France en Syrie, au Sahel, en Irak et dans le cadre de l’Otan se traduit par l’emploi permanent de 20 chasseurs. A aucun moment le législateur n’avait anticipé l’opération Sentinelle et la mobilisation permanente de 7.000 à 10.000 soldats dans l’Hexagone… « Nous sommes une grande armée, respectée, mais elle s’use, je ne vois pas que nous puissions continuer comme cela», a insisté le général de Villiers.

Laurent Collet-Billon, délégué général pour l’armement, s’est voulu plus terre à terre en rappelant quelques obligations à venir du budget de la Défense comme le renouvellement de la dissuasion française qui a un coût : de l’ordre de 5 à 6 milliards d’euros d’ici à 2030 (rénovation indispensable des SNLE et des vecteurs balistiques). Sans oublier le financement du budget de la recherche… Enfin, nombreux sont ceux aujourd’hui à réclamer un service national ou civique, oubliant de préciser comment et par quel(s) ministère(s) il sera financé. Sans esquiver la prise en charge des djihadistes français engagés en Syrie et en Irak et de retour en France _ le nombre est estimé au minimum à 700 individus _, aura un coût très élevé. «2% c’est le plancher de notre souveraineté», a tranché Jean-Pierre Raffarin, président de la Commission des Affaires étrangères et de la défense au Sénat. Soit. Mais comme le rappelle Laurent Collet-Billon, «soit il y a de la ressource (financière, ndlr), soit il n’y en a pas et alors nous ne pourrons pas avoir les moyens de nos ambitions». Cruellement terre à terre le DGA.

A ne pas manquer. Dans le prochain numéro d’AeroDefenseNews daté du 29 septembre l’entretien exclusif d’Yves Fromion, Député de la 1ère circonscription du Cher, membre de la Commission de la Défense à l’Assemblée Nationale.

 

 

 

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Le Koweït commande 30 hélicoptères militaires Caracal

Le ministère de la Défense de l’État du Koweït a signé ce jour en présence du ministre de la Défense français Jean-Yves Le Drian, un contrat avec Airbus Helicopters pour l’acquisition de 30 hélicoptères Caracal destinés à l’armée koweitienne et à la garde nationale du Koweït. Ces hélicoptères sont utilisés notamment par les forces spéciales françaises et sont capables de transporter jusqu’à 28 commandos. Ce contrat, d’un montant de plus d’un milliard d’euros, s’inscrit dans le cadre d’une relation stratégique entre le Koweït et la France qui s’est bâtie au fil de plus de 30 ans d’engagement de la France aux côtés de l’Émirat notamment lors du conflit qui a suivi l’invasion du Koweït en 1990. La France a par ailleurs toujours un accord de Défense avec le Koweït. En octobre 2015, la France et le Koweït ont signé un accord et des lettres d’acceptation portant sur trois volets de contrats d’armement terrestre, aérien et maritime, pour un montant estimé à 2,5 milliards d’euros.

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Après le Brexit, quel avenir pour l’Europe de la Défense ?

«L’objectif doit être de porter l’effort de défense à 2 % du PIB, ce pourcentage étant le seuil minimal fixé par l’OTAN », insistent les députés Joaquim Pueyo et Yves Fromion dans un récent rapport (*). Les États-membres, à la seule exception du Royaume-Uni, sont aujourd’hui loin d’atteindre ce seuil, y compris pour les pays les plus impliqués en matière de Défense. C’est ainsi que, selon le ministère de la Défense, en 2014, si les États-Unis consacraient 3,4 % de leur PIB à la Défense (hors pensions), ce pourcentage n’atteint que 1,5 % en France et en Pologne et seulement 1,1 % en Allemagne. Au niveau de l’Union, les dépenses consacrées à la Défense ne représentent que 1,2 % du PIB. « Il va sans dire que sans un effort supplémentaire, l’Union européenne ne pourra jouer un rôle majeur sur la scène internationale, ni atteindre les objectifs fixés par la nouvelle stratégie ».

Même si l’année 2015, marquée par les attentats de Paris, la multiplication des crises et la montée générale de l’insécurité internationale, a vu les budgets consacrés à la Défense augmenter dans plusieurs États-membres, notamment en Allemagne, en Pologne et dans les Pays Baltes, il est évident que les États-membres ne pourront pas seuls, indépendamment les uns des autres, mobiliser les sommes considérables qu’exigent les programmes d’armement modernes.

C’est pourquoi la Stratégie devra réaffirmer la nécessité d’une coopération entre les États-membres, à la fois pour identifier les lacunes capacitaires (parmi lesquelles le ravitaillement en vol, les transports intra-théâtre…) et développer leurs capacités respectives selon une programmation cohérente. L’Agence européenne de Défense (AED) aura un rôle majeur à jouer dans la mise en oeuvre de cette politique de renforcement en commun des capacités de Défense de l’Union. Le rôle de l’AED est également important en matière de recherche puisqu’elle est en charge de l’Action préparatoire du futur programme de recherche européen consacré à la Défense et à la sécurité à partir de 2021.

D’une manière générale, 20 % des 2 % de PIB consacrés à la Défense devraient l’être à la recherche et au développement, à la fois pour améliorer l’efficacité des armements mais également pour soutenir l’industrie européenne de Défense. En effet, si le renforcement des capacités de Défense européenne a pour objectif l’autonomie stratégique de l’Union, cette dernière serait réduite à néant si les Européens devaient se fournir à l’étranger – notamment aux États-Unis, faute d’une industrie européenne performante. Préserver les capacités industrielles de l’Union en matière de Défense et de sécurité doit aussi être un objectif mentionné en tant que tel dans la stratégie.

(*)Assemblée nationale. Rapport d’information sur la nouvelle stratégie européenne globale en matière de politique étrangère et de sécurité par Joaquim Pueyo et Yves Fromion.

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MRTT : Airbus vise 85 ventes d’ici à 2025

L’A330 MRTT d’Airbus se porte plutôt bien avec 49 commandes de la part de 7 nations (*), soit 85 % du marché mondial. Vingt-sept ravitailleurs MRTT sont aujourd’hui en service dans 4 armées de l’Air (Emirats arabes unis, Arabie Saoudite, Australie, et Grande-Bretagne). Il s’agit d’un marché certes étroit, mais à forte valeur ajoutée. Et les perspectives de ventes sont au vert : 85 commandes au cours des dix prochaines années dont 25 avions pour la zone Asie-Pacifique, 25 pour le Moyen-Orient, 20 appareils en Europe et 15 pour le Canada et les pays d’Amérique Latine. A cela pourrait s’ajouter une « nouvelle » commande des Etats-Unis alors que Boeing est à la peine (délais et surcoûts) avec son pro­gramme d’avions ravitailleurs KC-46 Pegasus destinés à l’US Air Force. Dans le cadre de ce contrat de $49 milliards initialement remporté par Airbus, Boeing doit fournir 179 appareils KC-46. Les 18 premiers avions devaient être livrés d’ici août 2017 mais ils ne le seront désormais que progressivement jusqu’en janvier 2018 sans être pleinement opérationnels avant octobre de cette même année. La porte du Pentagone n’est pas fermée pour Airbus. « Le Pentagone nous a fait le plus beau cadeau en nous accordant ce contrat en expliquant que notre avion était le meilleur, puis, en nous le retirant pour le donner à Boeing et sans expliquer pourquoi ! », s’amuse un familier du programme européen. (*) Australie, France, Emirats arabes unis, Arabie Saoudite, Corée du Sud, Singapour, Grande-Bretagne.

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Gare à la politique de l’autruche ! La chronique de Charlemagne

Il est devenu de bon ton de brocarder l’Union européenne et d’afficher son scepticisme quand on prête encore à celle-ci des ambitions dans le domaine de la défense. Quatre réalités alimentent à Paris ce moulin des eurosceptiques :

L’impression de surplace donnée par les initiatives prises pour donner de la substance à l’agenda militaire de l’Union Européenne.

La recrudescence des opérations extérieures où la France est engagée qui nourrit un discours centré sur l’autonomie et la souveraineté.

Les succès remportés par l’industrie française à l’exportation qui confortent ce sentiment d’indépendance et de supériorité.

Les difficultés rencontrées par les gros programmes d’armement en coopération en phases de développement comme de production.

Cette situation se trouve, en outre, exploitée par une phalange europhobe qui, croyant invoquer les mânes du Général de Gaulle, en profite pour remettre au goût du jour une vision foncièrement nationaliste de la politique de défense. Il semble loin le temps où un Livre Blanc formulait comme une incontestable évidence la théorie des trois cercles, dont celui de la dépendance mutuelle acceptée entre partenaires européens. Certains, y compris au niveau politique, veulent malgré tout y croire et, pour illustrer la vitalité de l’Europe de l’armement, citent avec conviction la coopération franco-britannique ou – depuis 15 ans… -, le projet de drone de surveillance européen. D’autres enfin déplorent la faiblesse des budgets militaires de nos partenaires, faisant mine de croire que l’augmentation de la dépense va favoriser les rapprochements alors que la logique suggère plutôt l’inverse. La vérité, c’est que l’autruche et Gribouille sont les géniteurs de ces positions à courte vue :

Nos succès à l’exportation sont naturellement un élément très positif pour nos entreprises et notre balance commerciale. A l’échelle de la programmation, ce n’est pourtant qu’une poire pour la soif. La preuve en est que pour honorer les commandes les plus importantes, on prélève des matériels destinés aux armées françaises que la LPM ne permet plus de financer.

La coopération bilatérale avec le Royaume-Uni est un acquis indiscutable. Force est cependant de reconnaître qu’elle est antinomique de toute avancée européenne élargie à d’autres pays, puisque, BREXIT ou pas, Londres y est hostile. On ajoutera que le Traité de Lancaster House est construit sur un respect absolu des souverainetés nationales, interdisant en pratique toute initiative ne respectant pas un strict équilibre entre les deux partenaires.

Les causes des déboires rencontrés dans les programmes en coopération sont connues : empilement des exigences techniques, gouvernance éparpillée du pilotage étatique, accord entre industriels fondé sur le juste retour. Etrangement, ces maux sont d’ailleurs en germe dans le projet de drone qui se met actuellement en place entre la France, l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne…

La difficulté de mise en œuvre des projets à plusieurs ne suffit pas à en démontrer l’inanité : il est en effet acceptable qu’ils soient plus coûteux dès lors qu’ils permettent à chacun des participants de réaliser une économie par rapport à une solution nationale. Grisé par les récents succès du Rafale à l’export, on oublie parfois un peu vite à Paris que l’Eurofighter a été vendu à ce jour à plus de 700 exemplaires…

Quant aux problèmes techniques rencontrés par l’A400M, ils sont somme toute assez comparables à ceux qui affectèrent l’entrée en service d’aéronefs militaires d’une complexité équivalente : l’urgence du besoin opérationnel et la dimension multinationale de ce programme en amplifient simplement la perception.

L’équation budgétaire enfin est simple, même si les succès à l’export ont retardé un peu le couperet qui nous menace : les industriels du secteur viennent de diffuser un argumentaire mettant en évidence la nécessité impérieuse, pour maintenir leurs capacités, de porter le budget d’équipement du ministère de la défense de 17 à 24 milliards d’Euros. Cette revendication sera abordée dans le cadre de la campagne présidentielle : il n’est pas certain qu’elle reçoive un accueil unanimement positif…

Oui, la coopération est ‎une solution pour répondre à nos besoins capacitaires, à condition de fonder les programmes sur des règles saines, respectant l’impératif d’efficacité industrielle et laissant aux entreprises la responsabilité des choix critiques. « La coopération est ‎une solution pour répondre à nos besoins capacitaires, à condition de fonder les programmes sur des règles saines, respectant l’impératif d’efficacité industrielle et laissant aux entreprises la responsabilité des choix critiques ».

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