Pour une Euro-DARPA : l’innovation au cœur de l’Europe de la défense

La défense doit reprendre la main sur l’innovation grâce à la nouvelle vague technologique (IA, Blockchain, IoT, etc.) pour répondre aux défis géostratégiques actuels. La création d’une DARPA européenne, pilotée par un nombre limité de pays, dotée d’une structure et de méthodes développement agiles, rendrait ces ruptures technologiques opérationnelles à moyen terme, estime le cabinet Roland Berger. Cette « EURO-DARPA » permettrait à la communauté de Défense (Opérationnels, DGA et industriels) d’améliorer de façon substantielle notre compétitivité à l’international.

L’Europe de la défense est une priorité de la Commission Juncker. Comment renforcer les capacités de défense du continent sans diluer les efforts budgétaires de chaque pays dans un fonctionnement bureaucratique inadapté à une situation géostratégique volatile, incertaine, complexe et ambiguë ? Une rupture dans la façon dont l’Europe aborde l’innovation est la clé de cette équation.

Le secteur commercial est la locomotive de l’innovation depuis vingt ans. Au cours des dix dernières années, cette innovation ne porte plus uniquement sur les technologies, mais également sur les processus de développement (Scrum, MVP, think big-start small-learn fast…) et de production (fablabs, additive manufacturing…). De telles méthodes permettent des cycles de développement et de production radicalement plus courts, et donc une mise en œuvre opérationnelle en adéquation avec l’évolution rapide des menaces.

La Défense peut revenir à l’avant-garde de l’innovation par cette rupture méthodologique. La création d’une structure d’innovation rapide devrait également renforcer des industriels européens de la défense aujourd’hui à la fois trop attentistes, et trop fragmentés. Les quelques acteurs européens qui rivalisent avec les géants américains reprendraient un avantage compétitif certain sur un marché global de plus de 300 milliards d’euros.

Une Europe de la défense tournée vers l’innovation devra s’appuyer sur les rares nations possédant à la fois les capacités techniques pour développer les technologies de demain (IA, autonomie, connectivité, Blockchain…) et la volonté géopolitique de les mettre au service de capacités de défense autonomes. « Créons dans les deux ans une Agence européenne pour l’innovation de rupture, à l’instar de ce qu’ont su faire les Etats-Unis avec la DARPA (Defense Advanced Research Project Agency) au moment de la conquête spatiale », a lancé le président de la république, Emmanuel Macron, à l’automne dernier. L’agence américaine existe depuis 60 ans et travaille notamment sur les exosquelettes, les robots, les interfaces neuronales, les drones et la furtivité des avions de combat.

L’instabilité géopolitique croissante aux frontières de l’Union exige, pour les pays européens, d’être en avance sur les mutations technologiques afin d’affirmer leur indépendance à l’égard des autres grandes puissances. Les technologies seront déterminantes sur les terrains d’opérations, décisives pour développer des pans entiers de l’industrie, bien au-delà de la défense, et ainsi contribuer à gagner la bataille du savoir du XXIème siècle.

Les Etats-Unis dépensent chaque année 140 milliards de dollars dans la recherche, dont la moitié dans l’industrie de défense. La DARPA représente 4% de ce budget annuel, soit 3 milliards de dollars. La recherche fondamentale (15%), la recherche appliquée (43%) et le développement (42%) sont les trois axes stratégiques. Ils assurent le leadership du pays en matière d’industrie et d’innovation. La force de la DARPA réside aussi dans son organisation flexible avec une forte rotation des projets et un recrutement sans cesse renouvelé. La structure hiérarchique, souple et horizontale, rend les prises de décision rapides. Les projets sont pilotés par un personnel extrêmement qualifié et motivé par des objectifs ambitieux, et ce d’autant plus que la prise de risque est encouragée. Depuis 60 ans, cet alliage d’excellence de compétences et de financement abondant fait des Etats-Unis l’acteur majeur de l’innovation, et pas uniquement en matière de défense.

Des missions tournées vers l’innovation

Une DARPA européenne doit avoir des ambitions et des modes opératoires similaires. Dotée un budget de l’ordre d’un milliard d’euros, elle serait capable d’accompagner les transitions méthodologique et technologique, avec pour objectif d’accélérer la mise en œuvre de l’innovation au service de la défense. Son organisation améliorerait le fonctionnement actuel de l’Union et de ses Etats sur la politique de R&D en accélérant les cycles de développement. La condition préalable est de s’affranchir des règles bureaucratiques d’autres agences européennes. Il s’agit ainsi de consacrer un investissement limité mais à fort effet de levier sur des approches plus appliquées.

L’EURO-DARPA répondrait à ces défis. Pour assurer l’efficacité de cette nouvelle structure, la gouvernance doit être confiée à un petit noyau de pays afin d’éviter l’enlisement et les itérations contre-productives ainsi que les règles de juste retour géographique qui handicapent l’innovation dans d’autres domaines. Investir dans la réflexion et le dialogue entre ingénieurs et opérationnels, tout en s’inspirant des pratiques civiles, garantirait cette efficience.

Les missions confiées à cette Euro-DARPA seraient multiples. Les nouveaux usages et les nouvelles doctrines seraient ainsi évalués et les plus pertinents seraient soumis ensuite aux décideurs. L’engagement de la DARPA européenne pourrait également répondre à des demandes diverses et serait initié à la demande d’autorités européennes et/ou nationales afin de donner son avis sur les dossiers d’orientation des programmes d’armement. Ici, la nécessité d’une structure agile prendrait tout son sens afin d’en accélérer le déploiement opérationnel. Les projets menés par l’EURO-DARPA doivent également être nourris d’apports extérieurs, et ce dans le respect de la nécessaire confidentialité. Autrement dit, l’agence aurait vocation à faire appel à des start-ups en pointe sur des domaines non traditionnels (fintech, biotech, etc.) afin de faire éclore des idées nouvelles à partir des écosystèmes civils.

Un enjeu également national

La DARPA européenne serait également un aiguillon pour accélérer la réforme des processus des ministères de la défense nationaux, en les rendant plus agiles. En France, il s’agirait de créer des « territoires d’expérimentation » flexibles pour accélérer la phase allant de l’identification de nouvelles technologies et des nouveaux usages, à la validation des concepts et au déploiement, et ce par des approches de type « test & learn » (prototypage, pré-industrialisation en cycle court, définition et test de cas d’usage dans des conditions proches de la réalité). Ces approches nouvelles s’intégreraient dans le fonctionnement courant du ministère de la Défense dans l’optique de maintenir la place de la France dans la course mondiale à l’innovation, tout en affrontant des menaces de plus en plus difficiles à anticiper.

Lire à ce sujet « Défense européenne 4.0, des outils agiles face aux nouveaux défis opérationnels et technologiques ». Roland Berger Consultants.

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Paris-Berlin : perspectives et écueils d’une grande ambition dans la défense

Cahin-caha, les annonces franco-allemandes de juillet 2017 prennent forme. La rencontre Macron-Merckel à Meseberg le 19 juin dernier a permis l’accouchement de nouvelles avancées, avec en particulier la signature de deux lettres d’intention, l’une consacrée au MGCS (‘‘Main Ground Combat System’’), l’autre au NGWS (‘‘New Generation Weapon System’’). Ces documents s’efforcent de préciser les objectifs et calendriers communs que les 2 pays acceptent de se fixer pour développer ensemble, d’une part le successeur du Léopard et du Leclerc, d’autre part, celui de l’Eurofighter et du Rafale. Si cet accord a pu être trouvé dans les temps, c’est parce que les deux pays se sont répartis la responsabilité de ces programmes : la France a pu faire prévaloir ses vues sur le système aérien dont elle a le pilotage, tandis que l’Allemagne a imposé son approche pour le système terrestre dont elle doit assurer la conduite. Cette étape, importante, ne règle évidemment pas tout, s’agissant de projets hautement complexes dont l’aboutissement est prévu entre 2030 et 2040 et qui n’ont encore fait l’objet d’aucune étude partagée sérieuse.

En réalité, au moins 4 risques menacent à ce stade leur succès :

Le premier risque, c’est bien sûr l’étiolement de la volonté politique qui les porte aujourd’hui des deux côtés. Pour atteindre un point de non-retour, il faudra sans doute que cette dynamique soit maintenue jusqu’en 2025 : qui en prendrait aujourd’hui le pari ?

Le second risque, c’est que l’un des partenaires fasse un usage abusif de la clause de ‘‘lead nation’’ qui lui attribue la responsabilité d’un projet en ne respectant pas l’équilibre industriel qui est la condition même de son succès. L’ambition, technologique et budgétaire, de ces programmes impose la coopération et la répartition d’une charge en tout état de cause insoutenable par un pays isolé. Mais imagine-t-on que la France puisse cotiser au développement d’un futur char de combat si celui-ci n’impliquait pas suffisamment l’entreprise KNDS dont Nexter est le pilier français? Et réciproquement, peut-on croire que Berlin adhérera longtemps à un projet d’avion de combat européen dont les clés seraient exclusivement confiées aux sociétés du GIE Rafale (quand bien même celui-ci en aurait les compétences) ?

Le troisième risque c’est l’enveniment d’un débat sans issue sur les conditions d’exportation de ces équipements, aujourd’hui mis en avant par la partie française. Des deux côtés du Rhin, tout le monde est parfaitement conscient de l’importance de l’export pour assurer l’équilibre économique de projets de cette envergure. Mais, compte tenu de la date prévue pour leur entrée en service (vers 2035), comment exiger aujourd’hui des garanties concernant leur vente à des pays tiers ? La France et sa CIEEMG seraient bien en mal d’en donner. Et en Allemagne – où, soit dit en passant, l’exportation de l’Eurofighter ou du Leopard ne rencontre guère d’obstacle…–  soulever cette question dans le contexte actuel de coalition est une façon sûre de créer la polémique et de fragiliser les coopérations qui s’amorcent.

Le quatrième risque, enfin, c’est la Belgique, où se déroule actuellement une compétition qui condense assez bien l’enjeu auquel l’ambition franco-allemande est confrontée, puisqu’elle oppose le Rafale, l’Eurofighter-Typhoon et le F-35 américain. Non négligeable à court terme (on parle d’une quinzaine d’avions), cet appel d’offres, qui divise profondément le gouvernement belge, met aussi indirectement en cause l’entente entre Paris et Berlin.

En apportant un soutien politique actif au Rafale, les autorités françaises sont dans leur rôle, mais elles en oublient que, dans une logique européenne, l’objectif premier reste l’élimination du F-35. Ignorant la contradiction, elles sous-estiment  l’irritation de leurs interlocuteurs allemands (et sans doute belges aussi…) lorsqu’elles comparent le Rafale ‘‘européen’’ et le Typhoon ‘‘britannique’’, ou qu’elles laissent Dassault Aviation promettre aux Belges une place dans le futur avion franco-allemand s’ils retiennent pour l’immédiat l’avion français… C’est évidemment alimenter le procès que l’on fait souvent à la France, à Berlin en particulier, d’avoir une vision trop nationale de la construction européenne. Et c’est faire courir un vrai risque aux accords de Meseberg, au moment où l’Allemagne n’a pas encore renoncé à retenir le F-35 pour remplacer à court terme ses Tornado.

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S-400/F-35 : bras de fer entre Ankara et Washington

Les faits. La Turquie a reçu officiellement son premier F-35 sur le territoire américain… Le ton monte entre Ankara et Washington, le gouvernement turc refuse d’annuler son accord avec la Russie sur la livraison de systèmes antiaériens S-400, selon la presse turque. Des négociations entre des diplomates des deux pays se déroulent depuis plusieurs mois, les États-Unis voulant que la Turquie annule la transaction mais Ankara a rejeté cette exigence. Le 25 mai dernier, le Congrès américain a approuvé le projet de loi sur le budget annuel de défense prévoyant des restrictions sur les livraisons d’armements américains, y compris les chasseurs F-35 à la Turquie en réaction à l’achat de systèmes S-400 russes. Mevlut Cavusoglu, ministre des affaires étrangères a répondu qu’Ankara achèterait des chasseurs «ailleurs» si les États-Unis lui refusaient les F-35.

Décryptage. On n’en n’est pas là puisque les Etats-Unis ont remis à Fort Worth (Texas) la semaine dernière le premier F-35 à la Turquie, malgré ces tensions. Un deuxième appareil doit être livré dans les prochains jours et les deux avions seront transférés sur la base aérienne de Luke, en Arizona. Cependant, dans un projet de loi sur le financement du Pentagone approuvé par la Chambre, le Sénat a exigé que la vente de ces appareils soit annulée si Ankara mène à son terme la procédure d’achat des S-400 russes, conformément à un contrat signé le 12 septembre. Si ce document est adopté en l’état par les deux chambres, l’administration américaine devra exclure la Turquie du programme F-35, retirer de l’appareil les composants fabriqués en Turquie et empêcher la sortie des F-35 turcs du territoire américain.Une décision qui entraînerait sans nul doute un net refroidissement des relations politiques et commerciales entre Washington et Ankara.

Un bras de fer qui pourrait toutefois pousser Ankara à se retourner vers Moscou pour acquérir de nouveaux avions de combat ou accélérer sa volonté de développer en coopération une nouvelle plateforme aérienne. Le cas de la Turquie illustre une fois de plus la complexité des négociations avec les Etats-Unis lorsqu’il s’agit de commerce d’armements et le risque de voir ces armes confisquées et stockées sur le territoire américain. Les F-35 turcs basés à Dallas Fort Worth? La belle affaire pour les aviateurs turcs qui pourront néanmoins s’entraîner dans le ciel du Texas.  Cette situation désagréable pour les clients explique la volonté de nombre d’entre eux d’opter pour une double source comme le Royaume-Uni ou la France pour leurs avions de combat.

 

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Numérique : un défi pour les armées françaises

Le numérique s’est introduit dans les vies quotidiennes, dans les entreprises, dans les administrations… mais aussi dans les armées et c’est devenu un enjeu, un rendez-vous à ne pas manquer faute d’être marginalisé. Des parlementaires se sont récemment penchés sur la numérisation dans les armées et leurs conclusions, qui doivent être présentées tout prochainement, sont pour le moins contrastées.

Si cette évolution ne pose guère de problèmes dans le segment opérationnel (réseaux, matériels, etc.) en revanche, d’un point de vue organique, beaucoup reste à faire semble-t-il pour que le fonctionnement militaire soit optimum et que la mise en place en place de systèmes informatiques dans les armées ne se transforment pas en usine à gaz. Comme les entreprises et les administrations, les armées ont tout à gagner en utilisant de nouveaux modes de travail grâce aux systèmes d’information, mais à condition que ceux-ci soient bien pilotés et qu’ils fassent l’unanimité en interne.

Or, comme on l’a vu récemment avec le fiasco de la mise en place du système de gestion des paies Louvois, un projet mal piloté se révèle être un gouffre financier et crée une défiance des personnels concernés pas forcément envers le « système » lui-même mais plutôt envers ses géniteurs. La responsabilité et l’engagement de la hiérarchie militaire sont essentiels pour assurer le succès du numérique dans les armées. Ce qui n’est pas aisé d’autant que la génération actuelle d’officiers supérieurs a découvert Internet « en route ». Ce n’est pas une critique mais la génération née dans les années 1980-1990 nage dans le numérique. C’est un fait générationnel.

Pour autant, «il ne faudrait pas que le fossé se creuse entre les soldats qui utilisent personnellement Internet et les réseaux sociaux au quotidien et ce qu’ils vivent au professionnellement. Le risque ? C’est que les GAFAM (Google, Amazone, Apple,  Facebook, Microsoft) en sachent plus sur nos soldats que nous-mêmes ! Il y a un travail de formation nécessaire d’autant que les armées sont généralement réfractaires aux changements d’organisation et dans certains cas, la culture numérique militaire des officiers supérieurs est proche de zéro», estime un militaire.

Les entreprises de services informatiques ont, elles aussi, un rôle déterminant pour le numérique ; elles ont réussi leur entrée dans les armées. « Les réseaux des armées sont très complexes et bien souvent sous-estimés par les industriels qui ne comprennent pas toujours que tout se qui se passe dans le secteur civil n’est pas transposables dans les armées. Nous devons faire face à la juxtaposition de très nombreux métiers qui n’ont rien à voir avec le monde de l’entreprise », poursuit ce militaire. Le numérique pourrait par exemple permettre d’optimiser le MCO tant décrié ces dernières années. «L’une des difficultés actuelles du MCO est justement la non utilisation du numérique».

Outre le fonctionnement en interne se posent des problèmes de ressources humaines. Où trouver les compétences nécessaires ? Comment former les combattants ayant une compétence numérique ? Comment attirer des talents exerçant dans le privé et avec quelles formes de contrat ? C’est un véritable défi pour les armées. «Pour les nouvelles compétences comme l’intelligence artificielle il faut des statuts sur-mesure sinon ils ne viendront jamais chez nous. Il en va de même pour les jeunes ingénieurs de l’armement que nous envoyons dans les universités étrangères ; que va-t-on leur proposer à leur retour, saurons-nous les garder ? Ce n’est pas sûr», s’interroge un militaire. Heureusement, la ministre de la Défense, Florence Parly, est loin d’être réfractaire aux changements numériques, tout comme le gouvernement qui en a fait une priorité ; il y a donc bon espoir que les choses avancent dans le bon sens.

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Roumanie : le nouvel Eldorado aérospatial

Avec sa position géographique aux marches de l’Europe et sur les rives de la mer Noire, la Roumanie est devenue ces dernières années un pays stratégique pour la défense de l’Europe et pour un repositionnement géostratégique des troupes américaines motivé par les incertitudes de l’allié Turc. Les industriels américains et européens de la défense ne s’y sont pas trompés et faisaient la course aux futurs contrats lors de la 7ème édi­tion du salon de défense Black Sea & Defence Aerospace qui a eu lieu du 16 au 18 mai à Bucarest. Le ministre de la défense Roumain a clairement planté le décor dès son discours d’inauguration affirmant « qu’il ne s’agissait pas d’un salon mais plutôt d’un forum où les entre­prises étaient invitées à présenter leur offre à la Roumanie » confirmant également que son pays allait investir 2 % du PIB jusqu’à 2026 dans la défense. Une manne bienvenue d’autant que le PIB Roumain est en constante augmentation depuis une dizaine d’années et pourrait représen­ter sur la période près de 12 milliards de dollars. La feuille de route roumaine est claire : « restau­rer son industrie aéronautique et de défense à travers des partenariats stratégiques et être un partenaire privilégié de l’OTAN ». Pour cela, elle a besoin de moderniser ses équipements – 70 % des investissements annuels y seront consacrés, et d’acquérir de nouvelles capacités notamment pour l’interopérabilité (30 % du budget y sera alloué). Après l’annonce d’achat des 36 F-16, c’est la rénovation des flottes C-130 et d’hélicoptères qui est désormais devenue une priorité ainsi que l’acquisition de frégates, de missiles et de moyens de communications.

Dans cette course, l’Europe est un allié straté­gique et la France en particulier. La Roumanie est un des premiers contributeurs au fond de défense Européen et la France entend bien faire valoir ses liens historiques initiés par le général De Gaulle pour aider ses industriels à se tailler une bonne part du gâteau. Reste que les Américains à tra­vers l’OTAN restent en embuscade. Preuve en est la présence massive des industriels américains, 55 sur 250 exposants, contre 14 industriels fran­çais. Les opportunités sont là, reste à la Roumanie à démontrer quelle zone d’influence elle privilégie entre l’OTAN ou l’Union Européenne et aux indus­triels à démontrer leur capacité à construire de vrais partenariats pour redynamiser l’industrie de défense roumaine.

 

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Iran/Etats-Unis. Guerre improbable, paix impossible, terrorisme certain

« Guerre improbable, paix impossible» : cette citation bien connue de Raymond Aron (Le Grand Schisme, 1948) demeure d’actualité. Relancée en Europe où Patriot et Iskander se font face comme au bon vieux temps des Pershing et des SS-21 (mais sans pacifistes à l’Ouest), la Guerre froide s’est progressivement étendue au Golfe où le retrait américain de l’accord 5+1 la durcit dangereusement. Deux blocs s’y font face dans une posture aronienne : la guerre apparaît improbable mais la paix, elle, est tout-à-fait impossible.

D’un côté, un triangle équilatéral est désormais pratiquement formé  entre les Etats-Unis, l’Arabie saoudite et Israël. La menace commune plus que les intérêts faisant les meilleures alliances, c’est l’Iran qui est le ciment naturel de cette coalition triangulaire. Le Grand Satan est bel et bien l’Iran comme la Russie l’est en Europe : les sanctions, sans cesse renforcées, sont là pour tenir en laisse (il n’y a pas d’autres mots) les pays tentés par un dialogue avec l’un et l’autre. A sa tête, se trouve une Amérique du dollar (Trump), de la Bible (Pence) et du fusil (Bolton), trois civils qui, dédaignant les conseils avisés de leurs militaires (après McMaster, Mattis), replongent les Etats-Unis dans le néo-conservatisme unilatéral suicidaire de l’équipe de Bush (Cheney, Rumsfeld, Armitage) sur fonds de conflits d’intérêts.

Cette vision binaire des relations internationales a pris la voie de la guerre sous les mandats des Bush avec les résultats que la France – encore lucide à cette époque-là -, leur avait prédit à tous : les dictatures laïques détruites, les minorités chrétiennes massacrées et le salafisme, partout triomphant. Avec Trump, elle prend désormais un visage nouveau : l’affairisme dont son gendre est la figure de proue. L’image d’un Donald Trump égrenant un à un les milliards extorqués à l’Arabie dans le Bureau Ovale en est la consternante illustration.

Dans la même veine, la récente surenchère du Congrès dans l’aide militaire à Israël, notamment sur les programmes de défense anti-missiles, participe du même emballement qui profite majoritairement au complexe militaro-industriel déjà dopé par un budget domestique de $716 milliards pour 2019 et une offensive à l’exportation partout visible…

De l’autre côté, l’Iran. Régime mal connu et donc caricaturé à l’extrême. Profitant habilement des erreurs américaines, Téhéran a repris partout la main dans la région et se ménage un canal direct vers la Méditerranée. Ces cartes en main, elle poursuit trois objectifs. D’abord et avant tout le respect de l’accord nucléaire du 14 juillet 2015 (Joint Comprehensive Plan of Action) qui a ainsi valeur de test de confiance et de pierre angulaire de la paix régionale. L’ordre international étant bâti sur des accords ou des traités, la remise en cause américaine doublée de sanctions dures ne peut qu’amener les Iraniens à reprendre le chemin du nucléaire militaire et à renforcer leur coopération avec la Russie et la Chine. En aggravant la sécurité d’Israël sans changer le régime… Ensuite, la question des missiles balistiques. A Téhéran, ce programme est considéré comme une arme de dissuasion conventionnelle : l’Occident ne peut exiger la renonciation de l’arme nucléaire et en même temps la fin du programme balistique. Cette double option « zéro » laisserait en effet l’Iran sans défense. Comme en Europe, cette région peut vivre au rythme de la dissuasion mutuellement consentie : nucléaire en Israël, balistique en Iran.

Enfin, Téhéran a dévoilé fin février un plan régional de « grande réunion du Golfe persique », sorte d’OSCE régionale d’où personne ne serait exclu. Seul l’extrémisme saoudien l’empêche, la plupart des pays de la région étant prêts à étudier l’idée.

Pour la France, écrasée entre le marteau américano-israélo-saoudien et l’enclume iranienne, que faire ? D’un côté, elle est ou menacée (par les sanctions américaines unilatérales et la surenchère irresponsable du Congrès) ou tenue en laisse (par l’Arabie) avec des promesses de contrats jamais tenues comme la récente visite de MBS l’a largement démontré…

Comme M. Macron l’a rappelé en novembre à MBS, la France est souveraine : elle discute donc avec tout le monde. Mais la posture ne suffisant pas, il faut passer à l’acte. Si une visite à Téhéran s’imposerait mais ne semble guère à l’agenda, Paris serait bien inspiré de former avec Oman, le Koweït, l’Egypte, le Liban, voire le Qatar, une coalition qui refuse l’enfermement stérile dans une posture d’affrontement dont personne ne sortira vainqueur. Est-ce un hasard si c’est avec l’Egypte et le Qatar qu’elle a récemment signé ses plus grands contrats d’armement dans la région ? Pour une fois, il est possible que les ventes d’armes précédent la diplomatie.

A retenir

En mai 1988, Georgyi Arbatov, président de l’Institut des Etats-Unis et du Canada à Moscou, déclara à un journaliste américain de News Week : « Nous allons vous faire une chose terrible, nous allons vous priver d’ennemi». C’était sans compter sur la fertilité idéologique intéressée des Etats-Unis qui ont en recréé trois – la Russie, la Chine et l’Iran -, au lieu de se focaliser sur le salafisme, seul ennemi des populations occidentales. Le terrorisme n’est ni russe, ni chinois ni iranien : il est aujourd’hui sunnite. « Guerre improbable, paix impossible, mais terrorisme certain » : voilà la nouvelle équation des relations internationales que les Etats-Unis ont largement aidé à inspirer.

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Thales Cyber-sécurité : un marché qui ne connaît pas la crise

«La cyber-sécurité, c’est une assurance et cela coûte moins cher d’en souscrire une que d’assumer les sinistres», selon Marc Darmon directeur général adjoint de Thales en charge des activités de communication et de sécurité. La cyber-sécurité est aujourd’hui entrée dans les mœurs des entreprises et des administrations. Avant, ceux qui étaient attaqués ne le disaient pas parce que cela indiquait leur fragilité, aujourd’hui, ils n’hésitent pas à reconnaître qu’ils ont subi une attaque, comme leurs concurrents, ne serait-ce que parce que les attaques sont désormais multiples et fréquentes. A contrario, reconnaître un défaut c’est aussi une preuve que l’on a vu l’attaque. « Cela signifie que l’entreprise est mature et qu’elle prend des actions sérieuses contre les cyber-attaques », résume Marc Darmon, pour qui « la prise de conscience est désormais très forte dans les entreprises ». Selon des experts, parmi les incidents recensés en 2017, 39 % concernaient des violations de fichiers sur les salariés, dans 31 % des cas il s’agit de vols de propriété intellectuelle comme des « business plans » stratégiques, des contrats ou encore des documents financiers sensibles. Un peu moins d’un tiers des incidents ont aussi concerné la corruption de documents internes et 28 % la violation de fichiers clients. L’utilisation de logiciels malveillants, « ransomware », est minoritaire dans les incidents reportés : 19 % des cas.

Avec tous les mouvements de transformation numérique (Internet des objets, cloud, serveurs, augmentations de débit des données, etc.) auxquels on assiste aujourd’hui la cyber-sécurité est devenue indispensable dans les entreprises au même titre qu’une politique de responsabilité sociale et environnementale (RSE) ou de compliance. «La cyber-sécurité doit être prise en compte dès le début du design du système d’information. Dès lors qu’un objet est connecté (personnel ou industriel) et qu’il comporte des logiciels la question de la protection cyber doit se poser», insiste Marc Darmon. Toutes ces évolutions ne sont possibles dans les entreprises et dans les administrations que s’il y a une vraie confiance et cette confiance c’est la cyber-sécurité. «La cyber-sécurité c’est l’oxygène des sociétés dans un monde hyper-connecté», résume Marc Darmon.

Mais cet investissement est d’autant plus crucial que la protection des systèmes d’information va devenir critique avec l’arrivée annoncée des voitures connectées, du wifi à bord des avions et de l’industrie digitale. D’autres secteurs comme les aéroports ou les compagnies aériennes figurent sur la liste des cibles vulnérables et critiques. Thales a, par exemple, des missions globales pour les aéroports de Bahreïn, d’Oman et de Lyon. Quant aux compagnies aériennes, elles prennent elles aussi au sérieux les risques cyber avec l’arrivée d’avions plus modernes, dont la cabine passagers et le cockpit sont connectés, et la généralisation des offres Wi-Fi à bord des Airbus A320NEO, A350 et A380 ainsi que chez leurs concurrents de Boeing. La moindre clé USB est considérée comme une menace potentielle.

Il n’empêche, c’est devenu un vrai casse-tête pour les directeurs de la sécurité informatique alors que les attaques sont quotidiennes dans la plupart des entreprises, de la PME au grand groupe, et que très souvent ceux-ci l’ignorent. Comment procéder ? «D’une manière générale personne n’est à l’abri et tout commence par une analyse de vulnérabilité. Personne n’est à l’abri à 100%, donc il est vital de détecter une intrusion le plus tôt possible», poursuit Marc Darmon. Entre le moment où une faille est détectée et le moment où une personne l’exploite pour lancer une attaque il faut compter environ vingt jours. Or, entre la détection et la correction dans les systèmes avec sa mise en œuvre, il faut ajouter 200 jours en moyenne. «L’hygiène de base c’est de mettre à jour ses logiciels et ses antivirus, recommande Marc Darmon, c’est la première des protections».

De part sa gamme de métiers dans l’aéronautique, la défense, les transports, Thales s’est très tôt investi dans la protection des systèmes et des données. Le groupe emploie près de 5 000 personnes dans cette activité qui a réalisé un chiffre d’affaires de 800 millions d’euros (clients directs et indirects) en 2017, en croissance de 10% par an. L’apport de Gemalto dans la cyber-sécurité générera un chiffre d’affaires supplémentaire de 500 millions. Un ensemble complémentaire destiné à créer un leader mondial de la sécurité numérique. «Chez Thales, le cyber est partout», rappelle-t-on en interne.

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