La Chronique de Vauban (deuxième partie) : Relance de la défense, défense de la relance

Patrouille à BrunoDéfense de la relance : le plan nécessaire pour 2020

On le voit : le plan de 2009 a eu un impact très positif sur l’emploi de défense, les capacités opérationnelles et l’économie de manière générale. C’est la raison pour laquelle nous plaidons pour un plan de relance à la hauteur des enjeux – supérieurs – de la crise. S’ajoutent deux autres raisons sectorielles majeures : pour les sociétés duales, il faut compenser par la défense la chute durable du trafic aérien qui irriguait en profondeur et en ampleur leurs plans de charge (des bureaux d’études aux usines et équipementiers) ; personne ne connaît la durée de cette crise, mais elle dépend de trop de facteurs (rationnels comme irrationnels) pour s’en remettre à la seule main du marché ; elle dépend aussi d’acteurs nombreux sur lesquels l’industrie n’a pas prise : compagnies aériennes, plateformes aéroportuaires, normes édictées par l’IATA, etc. Pour les sociétés purement défense, il faut compenser par la commande d’Etat la chute de l’activité commerciale lié à l’arrêt total des relations commerciales (annulation des salons, gel de toute mission commerciale ou presque, report ou annulation de budgets chez les clients et prospects, etc).

La relance budgétaire. La manœuvre  consisterait à avancer les hausses budgétaires prévues…hors mandat du Président (2023 à 2025) ; outre une honnêteté et une sincérité retrouvées vis-à-vis du monde la Défense, cette croissance ne fera de toute façon que combler les lacunes de la précédente LPM qui, même actualisée deux fois, était insuffisante. Ce montant sera à prélever sur le montant du soutien étatique aux ENR (5,3 milliards € dont 4,8 milliards € pour l’éolien, données tirées du rapport de la Cour des comptes, avril 2018), le solde étant consacré aux opérations d’investissements stratégiques (santé, nucléaire, fonds de ré-industrialisation etc).

 

Milliard € 2020 2021 2022 2023 Total
Crédits budgétaires

De l’actuelle LPM

37,6 39,3 41 44 161,9
Crédits LPM+relance (crédits prélevés sur le soutien aux ENR) 39,3 41 42,7 45,7 168,7

La relance capacitaire. Sur les 1,7 milliard € récupérés, 1,2 milliards serait débloqué pour permettre tout à la fois un rattrapage des postes sous-financés actuellement (MCO, infras, équipements, r&D) et une relance (format Outre-Mer, par exemple), le solde étant destiné aux recrutements, aux soldes et aux petits équipements à taille humaine.

Sans faire le travail des Etats-majors et de la DGA à leur place, la direction politique est triple : financer la remontée en puissance du SSA (recrutement, revalorisation des soldes pour parité avec la fonction hospitalière publique, ré-ouverture du val de Grâce, équipements & matériels) ;

Renforcer le recrutement (mis à mal par le confinement) et les soldes ;

Renforcer le Maintien en Condition Opérationnelle, sous-financé et généralement pris sur les crédits OPEX ;

Renforcer certaines lacunes capacitaires rapidement fabricables (sous-dotation en munitions & missiles), et dispositif pour l’Outre-Mer, où il est possible d’envisager un doublement du format actuel de patrouilleurs, de Falcon et de chalands. A ce sujet, soulignons 6 patrouilleurs coûtent 224 millions € (marché attribué à Socarenam) : passer à une série de 12 (soit +6) ne serait pas du luxe compte tenu des carences capacitaires sur la ZEE nationale et ne sera pas d’un grand poids financier et guère coûteux pour des bâtiments qui navigueront 35 ans en moyenne ;

Accélérer la commande des 12 Albatros (Falcon de surveillance remplaçant des Falcon vieux de 40 ans) et la compléter par un besoin à définir pour une couverture renforcée (Nouvelle Calédonie, Polynésie, Réunion, Antilles) ;

Idem pour les chalands de débarquement dont six nouvelles unités seront déployées en outre-mer pour remplacer divers chalands logistiques et basés à Djibouti (2), Mayotte (1), Nouméa (1), Fort-de-France (1) et Kourou (1). Un doublement de cette capacité est nécessaire pour le fret et le maintien de l’ordre. Le contrat de 14 chalands a coûté 38,2 millions € (avec 8 unités destinées à la flotte amphibie basée à Toulon) : le doublement de la capacité pour l’OM ne coûtera donc pas cher.

Toutes ces productions seraient réalisées en France par des sociétés françaises dans des bassins d’emploi fragiles, ne coûteront pas cher au budget, sont rapidement fabricables et très utiles localement à un moment de tensions au sein des collectivités de l’OM et avec les voisins étatiques (Mozambique, Madagascar, Comores).

Notes de bas de page :

  1. Mesure 1 (3 MRTT avancée), mesure 2 (1 avion ALSR avancé), mesure 3 (8 H225M), mesure 4 (drones navals) mesure 5 (doublement du fonds Definvest sur 5 ans, de 50 à 100 millions €). Liste à laquelle il faut ajouter la commande de deux EC-145nouvelle génération pour un coût de 32 millions € et la commande de dix EC-160 pour un coût total de 200 M€. Il s’agit de renouveler une partie des 26 AS-350 Ecureuil de la Gendarmerie par des appareils plus polyvalents. Ce renouvellement s’inscrirait dans une politique de rationalisation de la flotte globale.
  2. Rapport du CPRA, 13/09/2013, page 13 et sq. Nous le citons in extenso car il est clair, complet et très éclairant.
  3. 3ème BPC, 5 hélicoptères Caracal, dernières livraisons du VBCI, livraison avancée de 3 Rafale, Syracuse et 4 engins de débarquement amphibie (EDA).
  4. Leurres pour hélicoptères, munitions Tigre, matériels optroniques, groupes électrogènes, nouvelles fonctionnalités Rafale et drones SDTI.
  5. BPC, Rafale, Caracal, PVP, VBCI, pré-développement Musis, rétrofit Falcon AUG, données géographiques numériques et fusion Martha-SCCOA.
  6. L’activité des nombreux sous-traitants n’a pas été prise en compte.

 

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La Chronique de Vauban (première partie) : Relance de la défense, défense de la relance

Annoncé le 9 juin dernier, décliné en 5 points, le plan de relance de Mme Parly, s’il a le mérite d’exister, n’a pas franchement convaincu les milieux de la Défense : ni les militaires pour l’avancée de matériels-clés, ni les industriels pour leurs charges. Plan Airbus plus que Défense, il a surtout l’inconvénient majeur d’être de très loin inférieur au plan de relance de 2009. En effet, dans le cadre du Plan de relance de l’économie (PRE), adopté en 2009 pour limiter les effets de la crise financière sur l’économie française, une part des crédits qui ont été consacrés à l’investissement, notamment public, a bénéficié au ministère de la défense. La situation actuelle est paradoxale : l’analyse comparée entre le plan de relance 2009 avec celui de 2020 fait apparaître un paradoxe surprenant : alors que la crise de 2020 est jugée unanimement plus sévère et durable que celle de 2008, le plan de relance défense associé est très inférieur en volume à celui de 2009 : 833 millions € contre 2,4 milliards €. Et, alors que le plan de 2009 tentait un équilibre entre armées et industriels, celui de 2020 semble très (trop ?) favorable à Airbus, certes très touché, mais pas plus que d’autres sociétés, notamment les sociétés purement défense (Naval group, MBDA, Nexter, Arquus, etc).  Le plan de 2009 : la vraie relance de la Défense-Contenu et crédits« Une convention a été signée en janvier 2009 entre le ministre de la relance et le ministre de la défense pour fixer l’organisation de la gestion du plan, grâce à un comité de pilotage. Celui-ci a décidé du choix des 28 opérations qui ont été retenues et a suivi leur avancement. Parmi ces opérations, six ont bénéficié des 3/4 des crédits et trois n’étaient pas prévues au cours de la Loi de programmation militaire (LPM) en cours (Caracal et Aravis), ou même seulement en fin de LPM suivante (BPC). Certains programmes ont connu une accélération de leur production (Rafale, VBCI, petits véhicules protégés — PVP), une anticipation de commandes (BPC et EDA), ou ont permis d’équiper les opérations extérieures, notamment en Afghanistan. Dans la réalisation du plan, le ministère de la Défense, notamment du fait de son expérience en matière de programmes d’armement et d’achats en urgence, a mieux respecté les délais et consommé les crédits qui lui étaient dévolus que d’autres départements ministériels. Il a pu conduire les opérations dans un climat de confiance avec les industriels soutenus. Un impact a pu être constaté en matière d’emploi, puisque 5 600 emplois équivalents temps pleins ont été identifiés chez les industriels majeurs pour répondre au plan de charge créé par le PRE. Un prolongement a même pu être donné au plan, puisque la fourniture du 3ème BPC à la Marine française a permis à la société DCNS d’obtenir un contrat à l’exportation.

Le ministère a bénéficié de 1 620 M€, dont 1 096 M€ pour l’équipement des forces (Programme budgétaire 146). Ces crédits représentaient 3,39 % des crédits inscrits en loi de finances initiale pour l’ensemble du ministère et 5,23 % de ceux du programme 146. Certains aménagements ont été exécutés car les crédits de paiement consacrés à la réalisation du plan (1 231 M€) étaient supérieurs aux autorisations d’engagements (1 096 M€) : celles-ci ont pu être dégagées sur le programme 146, qui avait quelques disponibilités. Les six opérations les plus importantes ont reçu 725 M€, soit près de 60 % des dotations. Les crédits ouverts ont été intégralement consommés (les derniers début 2011). Si l’on apprécie le montant des dépenses consenties (1 231 M€) et celui des économies attendues (918 M€) du fait de l’anticipation des dépenses sur la LPM et la suivante, le coût budgétaire du PRE est de l’ordre de 300 M€.

Enseignements de l’opération. Le plan de relance a eu un effet intéressant pour le ministère de la défense et sa réalisation a été dans l’ensemble satisfaisante. Il a bénéficié d’une bonne complémentarité entre les structures chargées de son animation et de son déroulement (notamment le comité de pilotage interministériel et la direction générale de l’armement). Pour un tiers des opérations, il a conforté un financement qui aurait été insuffisant (notamment pour le Rafale et le VBCI) et pour les 2/3 restants, il a servi à des opérations nouvelles, utiles notamment pour l’Afghanistan (c’est le cas par exemple de l’Aravis, qui a permis de remplacer l’AMX 10P et dont les utilisateurs sont très satisfaits). L’exigence de rapidité d’exécution a été respectée, mais dans certains cas elle a conduit à ne pas prévoir le maintien en condition opérationnelle des équipements acquis grâce au PRE, alors que ce dernier a un poids financier important dans le futur. Elle a aussi permis de lancer deux opérations, notamment le BPC, qui n’étaient pas prévues dans la LPM 2009-2014 qui débutait.  Ce plan confirme l’efficacité des investissements de défense : l’étude de 2017 du Cercle des économistes, également sur données françaises, obtient un multiplicateur de dépense publique sur le PIB de 2 au bout de 10 ans dans la défense. Cela signifie que chaque milliard d’euros investi dans la BITD génère 2 milliards d’activité (PIB) supplémentaire au bout de 10 ans.

Seconde partie publiée le 14 juillet:  Défense de la relance : le plan nécessaire pour 2020

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Nomination chez Airbus : Philippe Coq va remplacer Philippe Bottrie

Philippe Bottrie quittera Airbus en septembre prochain et sera remplacé par Philippe Coq. Philippe Bottrie était Directeur des Affaires publiques France depuis juin 2012. Ancien directeur de la banque Arjil (2002-2004), Philippe Coq (61 ans) est actuellement Secrétaire général des Affaires publiques d’Airbus et Directeur adjoint pour les Affaires publiques France.

Ancien élève de l’École polytechnique, diplômé de l’Ensae, ingénieur en chef de l’armement, il a intégré la Délégation générale pour l’armement en 1983. Successivement ingénieur d’essais, puis chef du département essais au sein du Centre d’essais des propulseurs de Saclay, il est promu en 1990 chef de groupe au sein du Service technique des programmes aéronautiques. En 1994, il devient attaché d’armement auprès de l’ambassade de France en Espagne, puis entre à la Direction de la coopération des affaires industrielles, en 1997, en tant que sous-directeur aéronautique-missiles-espace.

Ayant rejoint EADS en 2004, il s’occupe des programmes de drones MALE avant d’être nommé Directeur adjoint des Affaires publiques France en 2008, fonction qu’il cumule avec le Secrétaire général des Affaires publiques d’Airbus Group à partir de 2014.

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Airbus s’impose une cure d’austérité d’une envergure inédite et à risque

Les faits. L’avionneur européen va se redimensionner et adapter ses effectifs à la nouvelle donne économique de l’industrie aéronautique alors que l’activité dans l’aviation commerciale a chuté de près de 40 % au cours des derniers mois : « cette adaptation devrait se traduire par une réduction d’environ 15 000 postes au plus tard à l’été 2021 ». Le plan proposé par Airbus comprend des réductions « de 5 000 postes en France, 5 100 postes en Allemagne, 900 postes en Espagne, 1 700 postes au Royaume-Uni, 1 300 postes sur les autres sites d’Airbus dans le reste du monde ».  Ces chiffres incluent les filiales d’Airbus Stelia, en France, et Premium AEROTEC, en Allemagne. En revanche, ils n’incluent pas approximativement 900 postes résultant d’un besoin d’adaptation identifié avant la crise COVID-19 pour Premium AEROTEC en Allemagne, et qui sera désormais implémenté dans le cadre de ce plan d’adaptation global.

Tout l’enjeu pour Airbus sera de maintenir ses compétences aussi bien au niveau des compagnons qu’à celui des techniciens et des ingénieurs car dans ce genre de situation les risques de voir partir les talents sont importants. Airbus est une société bâtie sur la technologie et le savoir-faire, c’est une entreprise qui a des programmes de long-terme avec finalement des petites séries (de 600 à 1000 avions livrés par an au maximum, ndlr). On se souviendra qu’il y a une vingtaine d’années Boeing a commis cette erreur en se séparant de plusieurs milliers de personnes dont il avait tant besoin au moment du lancement du programme 777… Au point qu’il avait même ouvert un bureau de recrutement à Toulouse ! Il est donc essentiel pour Airbus d’être prêt pour la reprise.

Analyse. La croissance du transport aérien cette année devait être de 4,5%… Aujourd’hui il est quasiment impossible de dire ce que sera l’industrie du transport d’ici à la fin de l’année et même sur la période 2021-2022. Avions cloués au sol, aéroports fermés, suppressions d’emplois massives notamment dans les compagnies aériennes américaines, frontières fermées, etc. Le paysage d’Airbus, comme celui de son concurrent américain a viré au cauchemar depuis le mois  de mars dernier. « Le trafic aérien ne devant pas renouer avec les niveaux pré-COVID d’ici à 2023, voire 2025 », estime l’avionneur,  Pour l’avionneur européen et l’ensemble de la chaîne de fournisseurs la question est de savoir quand et comment se fera la reprise du transporta aérien : les passagers pourront-ils de nouveau voyager « normalement », les entreprises vont-elles réduire drastiquement leurs dépenses de voyages…

Seule bonne nouvelle pour le groupe Airbus, les budgets de défense en Europe sont épargnés (jusqu’à quand ?) et devraient permettre d’assurer un volume d’activité pour la division Airbus Defence and Space. Quant au secteur spatial, pour le moment, il a résolument pris la voie des grandes aventures scientifiques (la Lune, Mars…) ce qui assurera là-aussi une manne pour les bureaux d’études du groupe européen en Allemagne et en France. Cette dynamique nouvelle grâce aux programmes scientifiques fait oublier que l’espace commercial (satellites et lancements) est en crise depuis près de trois ans maintenant et qu’il ne donne aucun signe tangible de rebond. Airbus n’est toutefois pas un cas isolé. « Chacun attendait l’annonce d’Airbus pour savoir où mettre le curseur», nous explique un familier du secteur aérospatial européen. L’automne devrait être l’occasion d’annoncer des plans sociaux douloureux dans toute la supply chain européenne en particulier chez les motoristes. B.L.

 

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Stimulée par la demande intérieure, la reprise s’amorce sur les marchés du Moyen – Orient et de l’Asie – Pacifique

La chute du trafic associée à la crise du Covid-19 a été moins profonde sur la plaque Moyen-Orient – Asie – Pacifique qu’en Europe et en Amérique du Nord, préservée notamment par le maintien partiel du trafic intérieur Chinois. Par ailleurs, malgré des taux de remplissage qui restent très faibles, la reprise du trafic s’amorce dans cette zone, alors qu’il est encore atone en Europe et en Amérique du Nord.

Comme ailleurs, la reprise du trafic commencera par le marché domestique et se poursuivra entre destinations aux conditions sanitaires homogènes. L’Australie et la Nouvelle-Zélande ont initié ce type d’accord avec des travaux autour d’une « bulle de voyage » englobant les deux pays et pouvant être étendue à d’autres.

Au sein de la plaque Moyen-Orient-Asie-Pacifique, les compagnies aériennes font face à des situations contrastées suivant l’importance de leur marché domestique. Ainsi, les compagnies s’appuyant sur un trafic domestique important (Chine, Inde, Japon, Indonésie, Australie) vont pouvoir à court terme capitaliser sur celui-ci pour limiter l’impact de la crise sur leurs revenus. A l’opposé, les compagnies essentiellement positionnées sur les grandes routes internationales, en particulier Cathay Pacific, Singapore Airlines et les compagnies du Golfe subissent une baisse drastique et durable de leurs revenus.

Les gouvernements de la zone ont déjà largement soutenu leurs compagnies aériennes en utilisant l’ensemble des options à leur disposition :

Subvention au maintien du trafic : la Chine a mis en place une subvention aux vols internationaux et les compagnies aériennes chinoises déploient une politique de tarifs très attractifs pour redynamiser le trafic intérieur. Hong-Kong va acheter 500 000 billets et le gouvernement Australien finance les vols intérieurs à hauteur de $165 millions.

Subvention aux compagnies aériennes : Hong-Kong et le Japon ont annoncé des subventions à leurs compagnies.

Prêts garantis par les Etats : les trois grandes compagnies chinoises y ont souscrit pour

$5  Mds, Singapore Airlines pour $10 Mds, Korean Air et Asiana pour $2 Mds.

Recapitalisation : Singapore Airlines a été recapitalisée à hauteur de $4 Mds.

Fusion entre compagnies : L’état malais a émis une proposition de partenariat stratégique, voire de fusion, entre Malaysia Airlines et AirAsia.

Certaines compagnies n’ont pas reçu de soutien de leur Etat, c’est le cas de Thaï Airways et Virgin Australia qui vont rentrer dans une phase de restructuration de leur dette.

Les seuls Etats à ne pas avoir encore communiqué sur des mesures d’aides massives à leurs grandes compagnies sont l’Australie et les Etats du Golfe, mais nul doute que des compagnies telles que Qantas, Emirates, Qatar et Etihad seront soutenues.

Affaiblies par cette crise, les compagnies aériennes de cette région devront repositionner leurs alliances non pas sur l’augmentation des dessertes comme elles ont pu le faire par le passé mais vers une meilleure rentabilité sur les grands faisceaux entre le Moyen-Orient, l’Asie-Pacifique et vers l’Europe et l’Amérique du Nord. Cela passera par une meilleure maîtrise des capacités offertes et donc des niveaux de prix. On pourrait également assister à un rapprochement des compagnies du Golfe, notamment Emirates et Etihad. Cette crise pourrait être l’occasion d’accélérer une collaboration pressentie depuis quelques années entre ces deux compagnies dont les hubs sont distants de seulement 150 km et qui ont vu leur dynamique de croissance se ralentir ces dernières années.

Côté avionneur, le programme C919 ne devrait pas être perturbé par la chute de la demande d’appareils, l’essentiel des 350 commandes provenant de compagnies nationales chinoises.  L’interruption du processus d’achat d’Embraer par Boeing ouvre une porte à une acquisition par COMAC, ce qui pourrait être une prise de choix. Embraer bénéficie en effet d’une forte compétence technique qui devient critique pour l’avionneur chinois dans la finalisation du développement du C919, de sa certification et de la montée en cadence de production. L’E-Jet combiné au C919 pourrait amorcer le début d’une gamme monocouloir pour COMAC. Un tel rapprochement ferait cependant face à d’importantes barrières politiques.

Marc Durance et Rémy Bonnery, Associés chez Archery Strategy Consulting.

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La chronique de Vauban : le fiasco de la PESCO

A peine amorcée, la PESCO est déjà un fiasco : même le très fédéraliste Nicolas Gros-Verheyde le reconnaît désormais. La question qu’il faut donc oser se poser est donc elle-ci: pourquoi un tel taux d’échec dans les programmes poursuivis en coopération européenne ? C’est que tout simplement la méthode française de conduite des programmes qui a fait ses preuves depuis au moins trois siècles, n’est jamais respectée.

Première règle, premier oubli : le besoin exprimé. Il est curieux de constater que les pays européens ont lancé des initiatives sans forcément en avoir le besoin. Il est vrai qu’à part l’armée française, on ne voit guère les pays européens sur le terrain des opérations périlleuses : les guerres inutiles d’Irak et d’Afghanistan ont provoqué une telle « war fatigue » que les systèmes politico-militaires, hors France, ne pensent plus : le vide de leurs livres blancs est sidérant, leurs armées, comme celles d’Amérique du Sud, paradent et s’entraînent, mais la machine tourne à vide. Comment définir des besoins sans envie et des envies sans besoin ? Les projets sont nés par la force du poignet bureaucratique : 47 au départ, devenus 46 par l’abandon du projet n°5 par son leader allemand, en raison d’une duplication évidente avec l’OTAN. La dispersion des projets n’est pas le signe d’une prise de conscience du vide capacitaire européen, mais d’un zèle brouillon vite retombé. L’anglicisme « idéation » a même été réutilisé pour désigner les limbes dans lesquels se noient désormais les deux-tiers des projets.

Deuxième règle, deuxième oubli : la conduite du programme. Outre qu’un certain nombre de pays n’ont jamais conduit de programmes d’équipement mais se sont contentés d’acheter sur étagères, les participants n’ont jamais édicté de principes contrairement à la DGA (IM 100 et 1618) ; M. Gros-Verheyde parle d’or quand il écrit : « Pour permettre la tenue des engagements, il faudra établir des critères mesurables, réalistes, échelonnés dans le temps, et précis. (…) Comme en matière économique. C’est le seul moyen de vérifier que des progrès sont réalisés». Mais que ne cite-t-il pas la DGA française qui fait exactement cela depuis 1961 avec succès même si sa férule bureaucratique énerve régulièrement états-majors et industriels ? Chaque année, dans le budget de défense, une sous-section spécialisée du programme 146 prévoit le budget de maîtrise d’ouvrage de la DGA : où est-il dans la PESCO ?

Troisième règle, troisième oubli : les maîtres d’œuvre. A la doctrine qui fixe missions et capacités, à la maîtrise d’ouvrage, qui est la garante de la tenue du cahier des charges (coûts-délais-performances), manque la maîtrise d’œuvre industrielle. Plus efficace quand elle est privée sans interférence étatique ni conflits d’intérêts, elle est alimentée par des études amont, des démonstrateurs et des programmes pluriannuels qui garantissent à ses bureaux d’études et son outil de production la charge nécessaire. Seul ce système, couplé avec le soutien à l’exportation, garantit à un Etat de disposer de maîtres d’œuvre compétents. Ils sont bien peu en Europe à avoir l’excellence française en la matière.

Quelles conclusions tirer de cette PESCO-fiasco ? Premièrement, les Américains ont raison : ils avaient bien analysé que de l’Europe de la défense ne sortirait rien d’opérationnel mais juste des velléités bien vite étouffées quand ils montrent les dents : il leur a suffi de crier découplage, discrimination et duplication pour tuer dans l’œuf des décisions qu’au fond aucun pays ne voulait vraiment suivre. L’OTAN demeure l’alpha et l’oméga de la défense européenne.

Deuxièmement, la meilleure façon de rendre efficace la défense collective des pays européens est encore le financement (intégralement respecté…) des modèles d’armées nationaux. La France ne servira jamais autant la défense de son continent qu’en finançant totalement son effort de défense nationale. Les capacités que celui-ci génère ne sont plus à démontrer : le modèle d’armée français est le seul en Europe qui soit complet, performant et autonome. Les lacunes qu’il possède encore, ne sont dues qu’aux régulations sauvages politiques qui n’ont rien à envier à celles mises en œuvre de 1936 à 1939.

Troisièmement, seules les coopérations bilatérales bien cadrées sont efficaces : les programmes en coopération franco-allemands des années 60/70, franco-britanniques des années 90/2000 ont été des succès opérationnels et industriels, souvent d’ailleurs dans les missiles alors que les plateformes ont souvent été des échecs cuisants. L’élargissement à d’autres partenaires étatiques et industriels (illusion européenne du multilatéral incompétent au détriment du bilatéral efficient) est la tare majeure et congénitale de tout projet européen.

Est-ce vraiment « un succès, comme disait Churchill, d’aller d’échec en échec sans perdre son enthousiasme » ?…

 

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Soutien à la filière aéronautique : une intervention au niveau européen est nécessaire

Le ministre de l’Economie et des Finances, Bruno Le Maire, a sorti une nouvelle fois son carnet de chèques, cette fois-ci pour soutenir la filière aéronautique qui va bénéficier d’un vaste plan de soutien de 15 milliards d’euros (y compris le plan destiné à Air France). Ces mesures arrivent après celui pour le tourisme de 18 milliards d’euros et un autre pour l’automobile de 8 milliards. L’européanisation, voire même la mondialisation de la filière aérospatiale laisse penser qu’une réponse au niveau européen semblerait nécessaire même sil ne faut pas regretter l’initiative du gouvernement français. Bon nombre des entreprises de ce secteur sont en effet multidomestiques par leurs implantations et leurs clients.

Le secteur aéronautique (civil, défense et espace) est stratégique et représente 300.000 emplois directs et indirects. Avec les industries du luxe et de l’agroalimentaire (vins et spiritueux, notamment), c’est l’un des principaux secteurs de l’industrie française à sur-performer à l’exportation avec une balance commerciale positive de 34 milliards d’euros. Avec l’effondrement du trafic aérien depuis mars et les difficultés financières des compagnies aériennes, qui ont entraîné brutalement des annulations de commandes d’avions ou des reports de livraisons, le secteur aérospatial français était quasi sinistré. La crise met « la survie d’Airbus en jeu », a même alerté son CEO Guillaume Faury. Outre Airbus, toute la filière est concernée et surtout les PME à forte valeur ajoutée qui travaillent à la fois pour l’aéronautique et l’industrie automobile ; pour elles, c’est la double peine.

AirFranceL’Etat avait déjà annoncé 7 milliards d’aides en prêts à Air France pour sauver la compagnie et lui permettre de concrétiser ses commandes de 60 Airbus A220 et 38 A350, qui donneront du travail à l’avionneur et à ses fournisseurs.
Outre les mesures de chômage partiel qui devraient être allongées et les prêts garantis par l’Etat, Bruno Le Maire a annoncé l’extension des garanties export et un moratoire sur le remboursement des crédits à l’export. Un fonds d’investissement doté de 500 millions d’euros va être créé dès cet été pour abonder en fonds propres les PME et entreprises de taille intermédiaire en situation de fragilité. La banque publique BPIFrance apportera 200 millions d’euros, les industriels (Airbus, Safran, Dassault Aviation et Thales) 200 millions d’euros également, 100 millions au moins seront fournis par le gestionnaire de fonds qui sera choisi par appel d’offre. Un autre fonds de modernisation de l’outil de production doté de 300 millions sur trois ans doit accompagner la numérisation et la robotisation des PME et des ETI.

De son côté, le ministère des Armées va anticiper dès cette année des commandes d’aéronefs militaires qui étaient prévues pour plus tard, à hauteur de 600 millions d’euros, soit environ 5% de son budget d’équipements. Plus de 200 millions seront également consacrés à l’achat d’aéronefs pour la gendarmerie et la sécurité civile.
Sont notamment concernés 3 A330/MRTT, 8 hélicoptères Caracal pour remplacer les très vieux Puma, des drones de surveillance navals pour la Marine nationale mais aussi deux H145 pour la Sécurité Civile et dix H160 pour la Gendarmerie pour renouveler une partie du parc des 26 AS-350 Ecureuil.

 

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L’aviation d’affaires profite de la paralysie du transport aérien

DA00031637Contrairement à l’aviation commerciale qui continue de subir de plein fouet cette crise sans précédent, l’aviation d’affaires semble peu à peu remonter la pente. En effet, en avril dernier, le trafic mondial du secteur était inférieur de 70% aux chiffres de 2019, alors qu’au 14 mai il ne l’était plus que de 58% (source : WingX). Hors contexte de Covid-19, ces 12% de différence représenteraient une hausse remarquable. Depuis mi-avril, chaque semaine a montré une augmentation, amorçant un redémarrage timide mais certain du trafic. Aux Etats-Unis où la pandémie continue de frapper durement, l’activité était en baisse de 58% à mi-mai, représentant paradoxalement un déclin plus faible qu’en Europe, en baisse de 66% malgré un processus de déconfinement progressif. Profitant de la paralysie de l’aviation commerciale, la part de l’aviation d’affaires au trafic mondial des voilures fixes a largement dépassé les 20% pour atteindre 35%.

La répartition de cette reprise du trafic par segment d’avion obéit cependant à la logique des difficultés opérationnelles de mise en place de vols long-courriers. A ce titre, c’est le segment des large-cabin qui montre la plus forte baisse (-75%), tandis que l’activité des light-jets propices aux vols court-courriers n’est en diminution que de 50% par rapport à 2019. A mi-mai, les avions les plus opérés sont le Citation XLS et le Challenger 300. Cette reprise du trafic des vols courts n’est que la première étape vers une reprise réelle du trafic mondial. Cependant le secteur reste encore loin de la deuxième étape, à savoir un retour aux vols internationaux du segment large-cabin.

Les ventes d’avions d’occasion sont toujours fortement affectées par les effets de la pandémie, mais une majorité des brokers semblent néanmoins être optimiste. Durant le mois d’avril, l’International Aircraft Dealers Association (IADA) a répertorié 53 transactions d’avions d’occasion, soit environ la moitié de la moyenne à cette période de l’année. Mais l’association a observé également plus de contrats signés qu’annulés, à hauteur de 58 signatures contre 31 annulations. Un récent sondage réalisé auprès des brokers membres de l’IADA met en lumière leur optimisme quant à une reprise du marché des avions d’occasion : 66% d’entre eux se déclarent « très optimistes », 58% s’attendent à une hausse des ventes au deuxième semestre et 50% estiment qu’un ajustement des prix à hauteur de 10 à 15% devrait être observé dans les prochains mois.

Afin de séduire une part de la clientèle, auparavant hésitante à utiliser un avion d’affaires, les différents acteurs de l’industrie s’adaptent désormais pour tenter de rassurer ces nouveaux passagers : procédures de désinfection des cabines, test de dépistage pour les membres d’équipage et prise de leur température avant chaque opération. Par ailleurs, pour attirer économiquement un panel plus large de clients, certains acteurs de la propriété partagée ont réduit le nombre d’heures nécessaires pour le ticket d’entrée aux services de leur société. Avec une plus grande accessibilité et un cadre sanitaire bien organisé, l’aviation d’affaires s’organise afin de capter de nouveaux clients.

 

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« SAAB serait un partenaire assez logique pour Embraer » Michel Merluzeau, Director, Aerospace & Defence Market Analysis, AIR.

 

Après la rupture des discussions avec Boeing, quelle est l’issue pour Embraer ?

Si Embraer a besoin d’un partenaire et s’ils veulent créer une structure industrielle il n’y a pas beaucoup de choix sur la planète; je ne vois pas Airbus ou Dassault Aviation se rapprocher de l’avionneur brésilien dans l’état actuel des choses. Un systémier pourrait être également intéressé mais c’est peut-être SAAB, en revanche qui serait finalement un partenaire assez logique pour Embraer. Les deux sociétés ont des valeurs quasiment équivalentes ($3-4 milliards) et ont des complémentarités capacitaires qui s’intégreraient très bien sur le papier. Ils ont déjà travaillé ensemble dans le cadre de contrats militaires comme le Gripen ou d’avions de surveillance maritime… Ils sont donc assez synergiques sur le papier dans les verticaux défense et commercial d’autant que SAAB a l’expérience des avions régionaux avec le SAAB 2000. Cette alliance, très théorique je le conçois, représente cependant des perspectives de croissance limitées par rapport a un partenariat avec AVIC. Ensemble, ils ne représentent pas une menace pour les poids lourds du secteur dans le civil comme dans le militaire. Un nouveau programme de turbopropulseur hybride pourrait les rapprocher d’autant plus que ATR et DHC (de Havilland Aircraft compagny désormais dans le giron de Longview Aviation Capital, ndlr) sont en paralysie stratégique et que le projet E3 d’Embraer n’est pas complètement destiné à concurrencer les turboprops traditionnels. SAAB serait donc un partenaire potentiel pour Embraer. Je ne vois que très peu d’alternative, un hypothétique rapprochement avec Mitsubishi ne revêt aucun sens actuellement, à la fois pour des questions d’antitrust et de culture d’entreprise. Il est bon de ne pas trop se fixer sur le court terme, le marché ira de l’avant et je pense qu’il y aura de la place pour le SpaceJet, le E-Jet et l’A220 au cours des vingt prochaines années ; il ne faut surtout pas perdre de vue les cycles fondamentaux du marché malgré la gravité de la crise que nous connaissons actuellement.

Embraer se retrouve-t-il dans un corner avec ses E-Jets ?

Ils sont bloqués. D’autant que COVID-19 ou pas, Boeing et Airbus ne vont rester les bras croisés. D’ici trois quatre ans, Embraer va se retrouver avec les deux avionneurs qui seront plus offensifs que jamais. Nous ne sommes pas dans une industrie de court terme et les prochaines années se préparent aujourd’hui même si la situation est très difficile pour l’aéronautique mondiale. Pour ma part, je recommanderai à Embraer de maintenir le cap et de relancer son projet de turbopropulseur hybride et de rester dans leur zone « confort » avec les E-Jets pour éviter toute confrontation commerciale avec les deux grands avionneurs. Embraer a un projet de turbopropulseur hybride baptisé E-3, qui a été évoqué lors du denier salon du Bourget, de 90-95 places et ce serait pertinent de le lancer compte tenu des ressources existantes chez Embraer et de l’intérêt du marché pour un tel appareil. Ce serait pour le Brésilien la meilleure des solutions plutôt que de se lancer dans un nouveau monocouloir rivalisant avec Airbus et Boeing. Développer un nouveau monocouloir demandera des fonds très importants et cela risquera de fragiliser un peu plus Embraer. De toute façon, s’ils se lancent dans cette voie je ne les imagine pas le faire seuls.

Avec les Chinois ?

L’issue serait de signer un accord avec AVIC qui ouvrirait immédiatement le marché chinois à Embraer et apporterait les fonds nécessaires à ce programme. Les Chinois ont certes intérêt à le faire d’autant qu’ils cherchent à déstabiliser l’influence américaine partout où cela est possible et le plus proche possible des Etats-Unis. Ce n’est pas un secret, Pékin veut créer le même environnement de dette commerciale en Amérique du Sud comme ils l’ont fait en Afrique. C’est tout à fait dans leur intérêt et je comprends parfaitement leur stratégie. Toutefois, toute tentative prononcée de la Chine de s’ingérer dans les affaires sud-américaines et particulièrement brésiliennes, sera vraiment enrayée de manière violente de la part des Etats-Unis et je n’exagère pas. L’administration américaine n’acceptera jamais une implantation industrielle aéronautique chinoise en Amérique du Sud.

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OneWeb : chronique d’un échec annoncé

Dès le début de ce projet, au vu de ses caractéristiques techniques et des enjeux technologiques à relever, nombre d’ingénieurs de la filière spatiale européenne, agences spatiales incluses, doutaient de la capacité de OneWeb à devenir un système de télécom rentable. Les causes profondes de sa mise sous « chapter 11 » au début de la pandémie en cours ne doivent pas être trouvées dans le Covid-19, tout juste l’a-t-il accélérée, mais dans sa conception originelle. En bref, les concepteurs de ce projet se sont trompés de cible : en se  focalisant sur le coût de développement des satellites, ils ont manqué l’objectif de la rentabilité. Au final, le prix de vente du gigabit OneWeb est d’un ordre de grandeur supérieur au prix de vente du gigabit qui sera émis par un satellite GEO performant d’ici à deux ans.

Airbus D&S, principal industriel spatial de ce projet, a certes mis au point, avec le support financier de l’Etat français (PIA), une formidable ligne d’assemblage de satellites très peu chers, autour de 1million d’euros pièce ce qui est une belle réussite. Mais, en atteignant cet objectif louable, il a conçu des satellites trop petits, non flexibles, sans liens inter-satellites, sans processeur performant, et surtout sans antenne active (intelligente) capable de fournir la capacité là où se trouvent les utilisateurs. De telles caractéristiques ne pouvaient que conduire à un système limité, voire inutile, sur l’ensemble des zones océaniques mais aussi sur les zones terrestres dans la mesure où trop peu de gigabits réellement utiles pouvaient être reçus par les utilisateurs finaux.

Du point de vue système, qui fait qu’une constellation soit un succès commercial ou pas, le projet OneWeb, par conception, avait de grosses lacunes :

_  Son orbite polaire conduit à une « sur-densité » de capacité utile de télécommunications au niveau des pôles qui ne sont clairement pas les zones où se concentre le gros des consommateurs

_  L’absence de liens inter-satellites imposait un déploiement complet du segment sol (Gateways) en parallèle de celui de la constellation afin de rentabiliser au plus vite l’investissement, ce qui n’était pas possible en partie en raison de contraintes réglementaires

_  Pour les utilisateurs finaux, l’indisponibilité de terminaux à bas coût a renforcé l’échec du projet ; l’enjeu technologique du développement d’un terminal adapté à OneWeb et vendable à un prix compétitif se situe au niveau de son antenne. Les quelque 900 satellites en orbite basse se déplaçant à plus de 25000 km/h devaient être suivis par chaque terminal avec l’agilité nécessaire pour « sauter » de l’un à l’autre sans altérer la réception : cet enjeu n’a pas été relevé, et ne le sera sans doute pas avant quelques années pour un terminal destiné au marché grand-public.

L’enjeu de la connectivité en Europe est de répondre aux besoins gouvernementaux civils et militaires ainsi qu’à ceux des citoyens. Les besoins les plus stratégiques de l’UE sont déjà assurés par les satellites militaires en orbite GEO possédés par certains pays (France, Italie, Allemagne, Espagne…). La résorption  de la fracture numérique en Europe pourrait passer par un mixte entre des satellites en orbite GEO et en orbite basse. C’est un enjeu auquel  le secteur privé est déjà en mesure de répondre. Ce sera d’ailleurs très prochainement la vocation des satellites géostationnaires Konnect et Konnect VHTS d’Eutelsat. En complément, l’accès de l’Europe à une constellation de télécommunication en orbite basse fait sens, mais la question de la reprise de OneWeb par la Commission européenne afin de développer sa propre constellation est-elle l’approche la plus pertinente ?

Dans l’hypothèse où la Commission européenne rassemblerait  les moyens nécessaires pour gagner les enchères à venir face aux très probables GAFAM Space X, Amazon et autres opérateurs chinois aux ambitions et aux capacités financières démesurées, que pourrait-elle faire des fréquences et des satellites déjà en orbite ? Considérant les limites du système OneWeb de première génération, le passage à une deuxième génération plus efficace (avec des liens inter-satellites) s’imposerait. L’intégration de ce nouveau concept dans la première génération est une vraie question qui risque de se conclure par l’inutilité de les avoir achetées. De plus, le développement d’un nouveau système OneWeb, sans doute avec des orbites différentes pour mieux couvrir les zones où la densité de potentiels utilisateurs est importante, devra se faire dans les limites très contraintes imposées par le règlement de l’IUT pour éviter de passer par un nouveau dépôt de fréquences. Là encore, le risque de gaspillage de l’investissement public européen est grand.

L’Europe a eu l’ambition de développer ses propres constellations dans les domaines de l’observation avec Copernicus et de la mobilité avec Galileo. Ces projets à vocation essentiellement publique ont nécessité beaucoup de temps pour devenir opérationnels. L’enjeu des télécommunications à destination du grand-public est très différent : la rapidité d’accès au marché est essentielle. Le développement « from scratch » sur des budgets publics européens  d’une constellation de télécommunication basée sur le rachat du système OneWeb ne semble donc pas une approche justifiable et efficace pour les finances publiques. Et pourra-t-on  vraiment qualifier d’européenne une constellation dont les droits des fréquences sont au Royaume-Uni, dont les satellites seront fabriqués en Floride et lancés par des lanceurs russes ? Personne ne comprendrait.

 

 

 

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ATR va baisser sa production de 50% cette année et en 2021

En 2019, ATR a livré 68 avions neufs contre 76 en 2018 et a enregistré des commandes nettes de 48 nouveaux appareils contre 46 en 2018, y compris les commandes de Nordic Aviation Capital (NAC), selon les indications données par le groupe italien Leonardo dans son rapport d’activité 2019. Au 31 décembre 2019, ATR avait un carnet de commandes de 185 avions (ATR-42 et ATR-72 confondus) contre 205 en 2018 et fin 2019, l’avionneur ATR avait livré 1 580 avions. Des résultats certes en baisse mais qui s’expliquent probablement par la baisse des cours du pétrole observée dès l’an dernier ne favorisant pas les achats d’avions turbopropulseurs.

De manière générale, les compagnies régionales exploitent des jets tant que le pétrole est bon marché. Cela c’était pour 2019 car l’exercice en cours et même 2021 s’annoncent bien plus difficile pour le constructeur franco-italien (Leonardo et Airbus) à cause de la crise du Covid-19.  Dans un message vidéo envoyé au personnel le 20 avril dernier, Stefano Bortoli, Chief Executive Officer d’ATR, a tenu un langage de vérité en annonçant que si les primes et intéressements 2019 seraient versés comme convenu cette année en revanche «les augmentations de salaires et les promotions étaient gelées pour 2020 », et surtout que « la production serait réduite de 50% » cette année et l’an prochain en accord avec les deux actionnaires.

Sans surprise, comme les autres avionneurs, ATR s’attend à traverser une période difficile d’autant que les services (support & training) connaissent un net ralentissement depuis mars. Une situation difficile qui n’empêche pas ATR de se focaliser sur quelques rendez-vous clé comme la livraison des deux premiers ATR-72-600 cargo destinés à FedEx. Une déclinaison des ATR qui pourrait intéresser d’autres opérateurs de fret dans le monde et notamment en Asie-Pacifique, une région clé pour les turbopropulseurs à l’exception de la Chine où il n’y a aucun turbopro­pulseur en exploitation. Toutefois cela pourrait changer si le gouvernement chinois confirme sa volonté de développer le marché aérien régional jusqu’à maintenant exploité par des mono-couloirs Airbus et Boeing. L’objectif est de désengorger les hubs chinois. L’optimisme demeure donc pour ATRson CEO estimant que « le trafic aérien régional devrait reprendre plus vite que les vols internationaux ».

Analyse. La rupture de l’accord Boeing – Embraer est un répit pour ATR

Aussi incongru que cela puisse paraître, la crise du Covid-19 pourrait donner un peu d’air et faire retomber la pression sur le marché des turbopropulseurs permettant ainsi au GIE ATR (Leonardo et Airbus Group) de consolider sa position de leader. En effet, dans le « monde d’avant », Embraer ne cachait presque plus ses intentions de revenir sur ce segment et de concurrencer le constructeur européen. A Sao José dos Campos, les équipes d’ingénierie travaillaient déjà depuis plusieurs années sur le développement d’un nouveau turbopropulseur de 70 à 90 sièges mais Embraer attendait son heure, déjà trop occupé avec les E-Jets, puis le lancement des E2, pour ouvrir un nouveau front. Presque grisés par l’envolée des prix du pétrole _  peu favorable aux jets régionaux _, et les rentrées financières qui allaient suivre le rachat de la gamme E-Jets par Boeing, les dirigeants d’Embraer commençaient à dévoiler un plan. Le constructeur se positionnait comme un dangereux rival pour ATR. D’autant que les compagnies aériennes régionales ne manquaient pas de presser le brésilien de venir casser un quasi-monopole de fait d’ATR sur le segment des turbopropulseurs. Le PDG d’Embraer, John Slattery, confiait même à Reuters début janvier qu’un turboprop « se situe parfaitement dans notre marché cible et aura une continuité naturelle avec la famille E2 ».

Embraer aurait eu l’avantage sur son concurrent de rejouer le coup de force qu’il avait déjà réussi contre Bombardier avec ses E-Jets,  en offrant une plateforme complètement nouvelle bénéficiant d’avancées technologiques. Les feuilles de route des équipementiers et motoristes, tels que Safran, Rolls-Royce ou encore l’ex groupe UTC, devenu Raytheon, montraient toutes une orientation vers l’avion plus électrique. Cela aurait permis à Embraer de proposer un nouvel avion avec un système de propulsion hybride électrique lui donnant ainsi un avantage économique et écologique déterminant pour les compagnies aériennes. Mais voilà, c’était avant que le Covid-19 ne rebatte les cartes de l’industrie aéronautique et que Boeing décide de faire marche arrière. Le tropisme américain d’Embraer ne lui a pas souri. Lâché par son voisin nord-américain, Embraer se voit privé d’une manne financière qui aurait pu être réinvestie dans ce projet stratégique et va devoir continuer à investir lourdement pour soutenir la gamme E-Jets et se battre seul contre l’A220 d’Airbus, sans le soutien de Boeing.  Cependant, comme le disait Churchill, « never waste a good crisis » ! Si les projets d’Embraer peuvent se trouver contrariés dans l’immédiat, ATR va aussi devoir convaincre ses actionnaires, également fragilisés, d’investir surtout à un moment où le transport régional risque d’être un des premiers segments à redécoller.

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Les loueurs d’avions, prochaines victimes du Covid-19 ?

Les loueurs d’avions font partie intégrante de l’écosystème aéronautique aux côtés des compagnies aériennes et des constructeurs. 40% de la flotte mondiale en service, soit 10 000 avions, appartient à ces sociétés. Or, l’effondrement du trafic aérien, consécutif à l’épidémie de Covid-19, érode la trésorerie des transporteurs, qui éprouvent des difficultés à régler les loyers d’avions qui ne volent plus. C’est tout le système qui pourrait être en difficulté en cas de faillites en cascade des compagnies aériennes. La filière aéronautique mondiale serait alors impactée, dans la mesure où les loueurs sont des acteurs essentiels pour le carnet de commandes d’Airbus et de Boeing et l’ensemble de la supply chain.

Un avion étant un actif de grande valeur, la plupart des compagnies ne les achètent pas mais elles les louent. En 2017, Air France-KLM ne détenait ainsi en propre que 40% de ses appareils. Ce procédé permet d’ajuster la taille des flottes en fonction de la demande et de réduire les délais de disponibilité des avions tout en évitant de devoir réaliser des investissements élevés par une acquisition directe. La location permet aussi d’exploiter des avions récents, à moindres coûts, sans avoir les moyens de les acquérir. Enfin, la location est un montage avantageux sur le plan comptable pour réduire les risques et les immobilisations, ce qui explique pourquoi les compagnies aériennes continuent à acquérir une partie de leur flotte. Il existe environ 150 loueurs dans le monde, les Etats-Unis, l’Europe et l’Asie étant les 3 pôles mondiaux. La plupart sont domiciliés dans des pays disposant d’un régime fiscal avantageux dédié au financement d’avions comme Singapour, l’Irlande ou Hong-Kong.

Les loueurs sont également des clients majeurs des constructeurs : 20% du carnet de commande d’Airbus, soit 1557 appareils. Le leasing direct représentait plus de 30% de ses livraisons en 2018. Pour Boeing, ce sont environ 25% des commandes passées en 2018. Ainsi, leurs commandes remplissent le carnet de commandes des avionneurs mais aussi indirectement une grande partie des activités de toute la filière : motoristes, équipementiers et sous-traitants. Avec la chute des réservations et des restrictions de déplacement, les compagnies aériennes luttent pour leur survie. Pour l’heure, les Etats se mobilisent pour les renflouer à l’image du plan d’aide américain de $58 Mds. Ces aides sont nécessaires dans la mesure où les compagnies aériennes ont des coûts fixes importants même si leurs appareils ne volent pas. A ce titre, le paiement des loyers représente un poste de dépenses majeur. Toutefois, les loueurs anticipent de nombreuses faillites cette année, bien au delà des 23 enregistrées en 2019 (1).

Dans ce contexte, les sociétés de leasing vont très certainement annuler ou reporter leurs commandes d’appareils neufs et décaler les livraisons auprès de Boeing et Airbus, à l’instar d’AirAsia, Qantas et Emirates. La société de leasing irlandaise Avolon a déjà annoncé l’annulation d’une commande de 75 B737MAX et de 4 A330neo. La chute du prix du pétrole accentue cette tendance, car elle rend les avions de dernière génération moins intéressants financièrement que des avions plus anciens qui peuvent être proposés à un loyer inférieur. De plus, le loueur a repoussé à 2027 la livraison de 9 A320neo initialement prévue pour 2021, la demande des compagnies aériennes se faisant désormais moins pressante.

A court-terme, les loueurs devraient s’en sortir. Les contrats en cours prévoient la mise à disposition d’avions aux compagnies aériennes pour un loyer donné indépendamment du nombre d’heures de vols effectués. A priori, la plupart des loueurs sont liés à des consortiums bancaires qui peuvent les renflouer. Cependant, à long-terme, si la majorité des compagnies aériennes mettent fin à leurs contrats de location de manière anticipée, les loueurs seront confrontés à un surplus d’appareils impossibles à louer. Cette offre excédentaire pourrait dévaluer le prix des appareils, compliquant leur revente sur le marché de l’occasion et rendant l’achat d’appareils neufs soit impossible financièrement, faute de rentabilité des actifs disponibles, ou trop coûteux par rapport aux avions disponibles en termes de prix à la location.

Pour l’heure, les loueurs accueillent favorablement les dispositifs de soutien public aux compagnies via des subventions et des prêts. Ces aides leur profiteront indirectement ainsi qu’à toute l’industrie aéronautique par la relance des commandes des compagnies. Néanmoins, pour surmonter la crise, les loueurs devront nécessairement faire preuve de flexibilité et de patience, une reprise significative du trafic n’étant pas attendue avant l’été 2021.

Antoine Latif

(1)NOTE. Adria Airways (Slovénie), Aerolíneas de Antioquía (Colombie), Aigle Azur (France), Air Philip (Corée du Sud), Al Naser Wings Airlines (Irak), Asian Express Airline (Tadjikistan), Avianca Argentine, Avianca Brasil, California Pacific Airlines (Etats-Unis), Fly Jamaica Airways (Jamaïque), Flybmi (Royaume-Uni), Germania (Allemagne), Insel Air (Curaçao), Jet Airways (Inde), New Gen Airways (Thaïlande), Peruvian Airlines (Pérou), Thomas Cook Airlines (Royaume-Uni), Thomas Cook Airlines Scandinavia (Danemark), Thomas Cook Airlines Balearics (Thomas Cook Espagne), Via Airlines (États-Unis), Wisdom Airways (Thaïlande), Wow Air (Islande) et XL Airways (France).

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ANALYSE. Pourquoi le bien commun requiert un Etat stratège

La crise du Covid-19 conduit à un constat, le nécessaire retour de l’Etat stratège, et une question: comment repenser ce que doivent être les dimensions économiques et industrielles de sa stratégie. Loin de nous conduire sur « La route de la servitude » ([1]), l’objectif est de conjuguer efficacement actions privées et vision étatique pour une approche globale et de long terme afin de garantir le bien commun.

La crise sanitaire actuelle amplifie plus qu’elle ne suscite ce retour d’un Etat stratège. Elle lui donne une actualité et une légitimité encore plus fortes. Les pouvoirs publics avaient déjà posé la question des limites du « tout marché » dans la mondialisation de l’économie. Ursula von der Leyen a qualifié la nouvelle Commission européenne de « géopolitique ». Il serait plus exact d’y voir une Commission géo-économique. Les semaines passées prouvent que les enjeux économiques et industriels sont trop structurants pour les laisser aux seules arbitrages du marché.

Dans « La fin du laissez-faire », Keynes soulignait : « Ce n’est pas une déduction correcte des principes de l’économie que de croire que l’intérêt personnel éclairé agit toujours dans l’intérêt général. Ni de croire que l’intérêt privé est de manière générale éclairé». Ce défi était déjà perceptible dans les débats sur le rôle de Huawei pour la 5G en Europe ou aux Etats-Unis. Il est devenu criant avec la prise de conscience que l’Union européenne ne produit plus sur son territoire les produits pharmaceutiques essentiels pour la santé de sa population. La sécurité, qu’elle soit militaire ou sanitaire, est un fondement essentiel de l’action publique. Elle doit primer sur la seule logique d’efficacité économique ou budgétaire.

Sans se substituer aux mécanismes de marché, l’Etat doit être le garant du bien commun. Comme l’expliquait Thierry Breton, la crise du Covid-19 est un accélérateur des mutations du monde : « Ce n’est pas la fin de la mondialisation bien entendu, mais nous nous devons d’être plus auto-suffisants dans certains domaines. Le tout sans naïveté» ([2]). La crise incite à repenser plus attentivement la structuration internationale des chaînes de valeur. La relocalisation de certaines activités critiques en Europe sera nécessaire pour accroître la résilience de l’industrie mais aussi de la société dans son ensemble.

L’État ne doit pas (re)devenir un macroprocesseur. Ce serait une erreur. Il doit s’assurer que les bonnes incitations sont en place pour que les acteurs économiques engagent les actions appropriées ou pour compléter ces dernières en cas de défaillances du marché. Ce rôle n’est rien d’autre que la place donnée à l’Etat par Adam Smith dans « La Richesse des Nations » : être le garant de l’intérêt général en faisant converger les intérêts privés et le bien commun et ce dans la durée, comme il peut le faire par la politique industrielle de défense.

Prendre conscience de la nécessité d’une stratégie industrielle ne définit toutefois pas la manière de mettre en œuvre la politique appropriée. Ainsi, « Une nouvelle stratégie industrielle pour l’Europe » présentée en mars par la Commission, n’est qu’une pâle ébauche de ce que devrait être cette politique communautaire pour transformer les relations entre l’économie et la société. Nous sommes bien loin d’une approche capable de promouvoir la souveraineté européenne.

Pour être réellement stratège, l’État doit être capable d’avoir une vision d’ensemble et de long terme. Or, trop souvent, les enjeux sont traités séparément, chaque dimension de l’approche étatique étant optimisée en soi et sans cohérence avec les autres dimensions de la stratégie industrielle. Plus que les moyens associés, cette dimension est la clé de la réussite. Par exemple, l’Etat ne peut pas avoir une politique d’achat agressive d’un côté, comme il le fait dans le spatial ou la défense (mise en concurrence, pression sur les prix), en exerçant son pouvoir de monopsone et espérer que l’industrie soit capable d’investir, d’innover et de maintenir un outil industriel complet à l’échelle nationale ou européenne. Cette dissonance des actions étatiques est d’autant plus périlleuse quand les concurrents internationaux sont, eux, massivement soutenus par leur Etat national via des commandes massives, négociées de gré à gré et avec des prix garantissant des marges très confortables dans les industries stratégiques.

Une action ne peut être efficace et répondre aux besoins que si elle repose sur une triple cohérence entre les différents outils étatiques, dans le temps (continuité de l’action) et entre acteurs (vision globale). Or l’abandon de la politique industrielle dans les années 1980 a conduit à perdre ces cohérences, qu’il faut retrouver pour une action efficace de l’État au service du bien commun.

Renaud Bellais, Chercheur associé à l’ENSTA Bretagne et à l’Université Grenoble Alpes (CESICE)

[1] Friedrich Hayek, 1944.

[2] Entretien dans Les Echos, 31 mars.

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Airbus : une lente remontée des cadences de production

  Airbus a officialisé l’ajustement de sa cadence de production avec une réduction   d’environ 1/3 par rapport au rythme en vigueur avant la crise du COVID-19. Les cadences de production mensuelles passent ainsi à 40 A320 (contre 60), 2 A330 (vs 3,5) et 6 A350 (vs entre 9 et 10). Pour l’A220 l’objectif serait de reprendre le rythme précédent qui serait stabilisé à 4/mois pour la FAL de Mirabel et à une entrée en service de Mobile-Alabama. Au cours du premier trimestre 2020, Airbus a finalement livré 122 appareils (dont seulement 36 au mois de mars) contre 162 sur la même période en 2019. «60 appareils supplémentaires ont été produits mais non encore livrés en raison de demandes de report par les compagnies aériennes ou de problématiques liées au COVID-19 », relève Oddo-BHF qui table sur la livraison de 627 appareils en 2020 (-20% par rapport aux précédentes estimations) contre 863 en 2019 avant une légère remontée à 676 en 2021 (-18%), 734 en 2022 et 795 en 2023, compris les A220. La production d’A350 restera sous la barre des 90 avions/an, et ce sont les A320NEO et A321NEO qui porteront en grande partie l’activité d’Airbus.

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Antoine Gelain (*) : « La crise actuelle ne va qu’accentuer l’urgence d’une nouvelle donne en matière de relations client-fournisseur ».

Vous estimez qu’il va falloir revoir les relations entre les donneurs d’ordre et les sous-traitants, cela sous quelles formes?

Il faut tout d’abord constater que la situation de départ (pré-Covid 19) était déjà fragile, avec des faiblesses structurelles dans la chaîne d’approvisionnement aéronautique et beaucoup de fausses idées sur ce qui contribue à sa compétitivité. Bien que les principaux donneurs d’ordre aient mis en œuvre divers outils destinés à améliorer les relations avec les fournisseurs (plateformes de coopération numérique, programmes d’amélioration de la qualité, support technique sur le terrain, etc.), les évaluations des relations client-fournisseur mettent en évidence un énorme fossé entre le discours et la réalité du terrain. Les principaux griefs des deux côtés concernent le manque d’anticipation, la mauvaise gestion des ressources, trop de bureaucratie du côté des clients et un manque de flexibilité du côté des fournisseurs, conduisant à une relation de type « gagnant-perdant » encore prédominante. La crise actuelle ne va qu’accentuer ces faiblesses et l’urgence d’une nouvelle donne en matière de relations client-fournisseur.

 

Quelles peuvent être les grandes lignes de cette nouvelle relation client-fournisseur?

La première fausse idée à faire disparaître est que la compétitivité de la supply chain est déterminée par la compétitivité individuelle des entreprises qui la composent et que, par conséquent, il faut appliquer les mêmes critères de performance à tous les sous-traitants pour améliorer la performance globale de la supply chain. En réalité, dans des systèmes aussi complexes que la supply chain aéronautique, chaque entreprise est un nœud dans un large réseau d’acteurs interconnectés. Ce qui compte au final, c’est que le réseau fonctionne bien et soit robuste dans son ensemble.

A cette fin, chaque entreprise est amenée à contribuer de façon différente à l’efficacité du réseau : certaines apportent de la flexibilité, d’autres de l’innovation, d’autres de la réactivité ou de la prédictibilité. Ainsi, un petit fournisseur de proximité avec des moyens capitalistiques limités et une main-d’œuvre relativement chère mais expérimentée et réactive peut être aussi utile qu’une grande entreprise multinationale, avec un système de production très standardisé et optimisé pour des gros volumes mais peu flexible. Il faut donc arrêter d’appliquer la même formule à tous les fournisseurs.

La seconde fausse idée est qu’il incombe aux seuls fournisseurs de mieux comprendre les besoins de leurs clients afin de devenir plus compétitifs. Certes l’intimité des fournisseurs avec leurs clients est importante, mais celle des clients avec leurs fournisseurs l’est tout autant. Or, en Europe en tout cas, les clients font relativement peu d’efforts pour bien comprendre leurs fournisseurs et développer une relation de confiance, ce qui génère beaucoup d’inefficiences.

La troisième fausse idée est que la compétitivité des fournisseurs est essentiellement une affaire d’efficacité opérationnelle. Les concepts de lean manufacturing, de six-sigma, de contrôle statistique de processus, etc. sont tous des outils de gestion importants mais ils sont de plus en plus standardisés et par conséquent non-différenciants. Ce sont juste des « qualifiers ». La réalité est que dans des systèmes complexes et étroitement interconnectés tels que la supply chain aéronautique, les problèmes et les accidents sont inévitables, même avec des processus bien maîtrisés.

La crise sanitaire actuelle _ et celle du Boeing 737MAX juste avant _ en sont une illustration évidente. Dans ce genre de situations, la difficulté est de savoir comment réagir en temps réel, face à l’imprévu. Et cela n’est plus du ressort de la gestion opérationnelle et des processus fonctionnels mais des relations humaines : confiance, respect, communication (réelle, face-à-face, et pas seulement virtuelle, quand cela est possible !), capacité à écouter, à faire preuve d’empathie et à partager l’information. D’où l’importance de remettre de l’humain dans les relations client-fournisseur pour rendre le système plus résilient.

En final, le principal danger pour la supply chain aéronautique n’est pas que tel ou tel fournisseur fasse faillite, mais plutôt que le système global se grippe et arrête de fonctionner. C’est avant tout un risque « système » et c’est la responsabilité des grands donneurs d’ordre (OEMs, grands Tiers-1) de repenser la façon dont ils gèrent leur réseau de sous-traitants.

Le succès ne viendra pas du gain de multiples petites batailles individuelles entre client et fournisseur mais du gain de la grande guerre de tous les acteurs de la supply chain ensemble.

 

Le modèle japonais de relation client-fournisseur généralisé dans l’industrie nippone pourrait-il être une source d’inspiration?

Le seul moyen de pérenniser la relation client-fournisseur est de développer un modèle basé sur la confiance mutuelle et l’engagement à long terme. À cet égard, le modèle japonais du Keiretsu, dans sa version numérique «2.0», loin d’être dépassé, est probablement le modèle de fonctionnement le plus pertinent car il s’appuie sur des principes solides d’intimité fournisseur (de la part du client), d’amélioration continue de la performance, de concurrence saine entre les fournisseurs et de partage d’informations intelligent.

Par exemple, l’une des fondations du succès du modèle du Keiretsu japonais est l’intime connaissance que le donneur d’ordre acquiert de ses fournisseurs en envoyant ses propres ingénieurs passer du temps avec eux, sur leurs sites, pour mieux comprendre leur métier et leur façon de travailler. Cette pratique est encapsulée dans le concept de «genchi genbutsu», qui implique essentiellement d’aller voir ce qui se passe sur le terrain et observer ce que font de vraies personnes avec de vrais produits dans des conditions réelles.

Je doute que beaucoup d’OEMs européens atteignent ce niveau d’implication avec leurs fournisseurs et c’est pour cela qu’il subsiste un tel niveau de méfiance et une mentalité « gagnant-perdant » contre-productive dans la supply chain.

 

 

(*) Antoine Gélain, Managing Director, Paragon European Partners, Corporate Strategy Advisors in the Aerospace & Defence Industry. agelain@paragonpartners.eu, www.paragonpartners.eu

 

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Comment la crise du Covid-19 va rebattre les cartes de la base industrielle de défense européenne

Difficile aujourd’hui de savoir quelle sera la situation des entreprises européennes de défense lorsque seront levées les entraves à leur activité liées à l’actuelle crise sanitaire. Rien n’incite cependant à l’optimisme. Celles de la filière aérospatiale qui sont duales seront durement impactées au titre de leurs activités civiles. Celles de taille petite ou moyenne seront à cours de trésorerie, incapables d’investir, à la merci de prédateurs plus fortunés. Celles enfin dont la survie passe par l’exportation verront leurs perspectives remises en cause par la brutale dégradation des finances publiques de leurs clients.

Par ailleurs, rien n’indique que les plans massifs de relance envisagés par les gouvernements ou au niveau européen profiteront aux budgets de défense, alors que la crise a fait émerger d’autres priorités comme la recherche, la santé ou la quête d’autonomie dans certains secteurs de la vie courante dont le confinement a mis le caractère essentiel en lumière.

Certains plaideront, à juste titre, que les menaces qui pèsent sur notre sécurité sont plus que jamais là, que l’industrie de défense reste un pilier de l’activité économique, bénéfique pour la balance commerciale, pourvoyeur d’emplois et d’innovation, ou encore que les moyens de la Défense ont joué un rôle crucial dans la guerre contre l’épidémie… Nous verrons bien.

Alors que les grands projets européens concernant l’armement en coopération sont aujourd’hui par la force des choses en pause, et qu’ils reprendront avec une base industrielle à n’en pas douter fragilisée, prenons le temps de la réflexion et essayons de tirer deux enseignements de la période mouvementée traversée depuis 3 ans.

Face à la volonté politique de convergence exprimée à Bruxelles et dans plusieurs capitales entraînées par Berlin et Paris, l’attitude des opérateurs industriels reste ambivalente. Après un moment d’hésitation, les projets annoncés, qu’il s’agisse du SCAF, du MGCS ou du Fond européen de défense, ont indiscutablement suscité l’adhésion et les entreprises intéressées se sont impliquées, y compris pour certaines d’entre elles, en autofinançant pour partie de premiers travaux.

En même temps, force est de reconnaître que cette motivation bienvenue a été très vite occultée par une foire d’empoigne où chacun s’est efforcé de gagner une position de leader sur les segments de sa compétence au détriment de la logique d’ensemble. Cela a considérablement retardé les accords nécessaires au démarrage des projets et abouti à des schémas de gouvernance industrielle qui défient le bon sens et n’augurent rien d’heureux pour l’avenir. De la période de confinement actuelle pourrait cependant résulter un resserrement de la base industrielle avec des restructurations et une réduction du nombre d’acteurs. Nul doute en tout cas que, soumises à une exigence plus aigüe de survie, les entreprises devront en rabattre de leurs exigences de positionnement afin d’assurer la pérennité de programmes auxquels elles souhaitent contribuer.

De la même façon, les mécanismes de gouvernance étatique de ces ambitieuses initiatives ont clairement fait la preuve de leurs limites. L’attelage franco-allemand affiche par exemple une distorsion paradoxale entre une volonté politique réitérée au fil des rencontres ministérielles et des sommets, et l’inertie constatée dans le face-à-face de deux administrations peu habituées à travailler de conserve, et dont la ligne de conduite privilégie ce qu’elles perçoivent comme des intérêts industriels nationaux. Cette confrontation s’autoalimente avec le choix commun qui a été fait de trier les entreprises en fonction de leur nationalité réelle ou présumée. On s’est ainsi accordé pour organiser la coopération entre deux camps, l’un allemand, l’autre français, contraignant des sociétés franco-allemandes, dont la création avait précisément pour objectif de dépasser les frontières, à un exercice schizophrénique de choix de leur drapeau. Et la règle du juste retour, poison bien connu de la coopération, est dans ce contexte admise comme une évidence. Là aussi, la sortie de crise sera un réveil douloureux mais, espérons-le, salvateur : l’inefficacité et les surcoûts de cette approche en définitive traditionnelle ne seront plus tenables.

Le défi auquel se trouveront confrontés dans quelques mois les acteurs et décideurs de la politique d’armement en Europe sera finalement celui qui se pose aujourd’hui à l’Union Européenne dans son ensemble : celle-ci sera-t-elle en mesure de trouver une réponse collective pour venir à bout du COVID19, puis faire repartir la machine économique ? Dans la défense aussi, l’égo-nationalisme manifesté par le partenaire américain pendant cette crise pourrait rallier les plus réticents à cet impératif.

 

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Espace. Bruno Le Maire a la tête dans les étoiles

C’est peu dire que Bruno Le Maire, ministre de l’Economie et des Finances, a pris tout le monde de court,  une nouvelle fois, en militant pour un rapprochement entre ArianeGroup et les principales entreprises du secteur spatial européen, l’allemand OHB et l’italien Avio. Sa dernière intervention surprenante sur le sujet remonte à 2017, en s’interrogeant sur Europe 1 sur le choix de l’Agence spatiale européenne (ESA) pour le futur lanceur européen, réutilisable ou pas ? Cette sortie avait étonnée. Cette fois-ci, le message est d’aller vers une optimisation plus poussée de la filière spatiale européenne. Une approche qui n’a été menée que partiellement avec le programme Ariane 6. Pourtant, les acteurs industriels, ArianeGroup en tête, y étaient favorables, mais cette approche n’a pu être optimisée faute de bonne volonté des Etats concernés, en particulier l’Italie et l’Allemagne qui ont multiplié les obstacles pour optimiser leur supply chain spatiale présente sur le programme Ariane 6.

La semaine dernière lors d’une audition au Sénat, Bruno Le Maire a proposé un rapprochement entre les lanceurs spatiaux européens (Ariane 6, Vega et un petit lanceur chez OHB ?) afin de garantir le maintien d’une souveraineté européenne. « Dans le domaine spatial, il me semble indispensable que nous réfléchissions à un rapprochement des trois acteurs européens », a-t-il  affirmé devant les sénateurs. Un conseiller ou un visiteur du soir a dû lui souffler que la dispersion des moyens financiers déjà chichement distribués était une erreur.

Lors du Conseil des ministres franco-allemand le 16 octobre à Toulouse, Paris et Berlin avaient déjà appelé « les acteurs industriels à développer des mesures de consolidation afin d’améliorer la maîtrise des coûts et la compétitivité internationale, ainsi que de renforcer le secteur européen des lanceurs spatiaux, en étroite coopération avec leurs partenaires européens, notamment l’Italie ». Une déclaration dans le communiqué conjoint franco-allemand qui n’a pas été mise en avant alors que l’actualité était monopolisée par le programme SCAF dont on attendait avec impatience des signes d’avancées significatives.

Optimiser la filière spatiale européenne est un vœu pieux mais tout difficilement réalisable parce que l’espace est du domaine de la souveraineté nationale. La répartition des tâches entre les Allemands et les Italiens n’a pas été aisée compte tenu de leurs réticences à aller vers plus d’intégration. L’intense lobbying d’OHB l’a démontré. Au-delà de la répartition de la charge de travail en fonction des investissements consentis dans tel ou tel programme, Berlin et Rome ont protégé leurs industriels, quitte à fermer les yeux sur des doublons en termes de production et donc à accepter des surcouts. Les Français ont regardé en spectateurs parce qu’ils avaient déjà réalisé leur rapprochement (Safran et Airbus), même si le résultat n’est pas suffisamment abouti et mériterait encore quelques efforts de rationalisation industrielle, selon un familier du secteur. Maître d’oeuvre des fusées européennes Ariane, Arianegroup est une coentreprise entre Airbus et Safran. OHB, via sa filiale MT Aerospace, collabore au programme Ariane en construisant notamment les structures métalliques de la fusée Ariane 6, dont le premier vol est prévu à la fin de l’année. Le groupe italien Avio, maître d’oeuvre de la petite fusée Vega, est lui aussi partie prenante du programme Ariane, fournissant, à travers sa coentreprise Europropulsion avec Arianegroup, les propulseurs P120C d’Ariane 6. Dans ce programme, ArianeGroup est responsable de l’intégration des principaux étages et les moteurs, Avio des boosters, et OHB les parties métalliques. Cette spécialisation industrielle vise déjà à réduire de 40% les coûts de production entre Ariane 6 et Ariane 5. Mais, de l’aveu même de responsables cette intégration aurait pu être plus poussée et les gains de compétitivité obtenus bien plus importants que les 40% évoqués.

Toutefois, créer un « Airbus de l’Espace », n’est pas une mince affaire. Cela aurait pu ou dû se faire lors du lancement d’Ariane 6, un programme qui aurait pu fédérer les politiques et les industriels comme ce fut le cas avec le lancement de l’A380 qui a facilité la création d’EADS (aujourd’hui Airbus) malgré les crispations et les fortes réticences à l’époque. Le rapprochement entre ArianeGroup, Avio et OHB permettrait de réunir sous une même entité les principaux industriels du secteur spatial européen qui fabriquerait alors la quasi-totalité de la fusée Ariane. Compétitivité garantie face à SpaceX présent sur le marché des lancements commerciaux et institutionnels et bientôt dans les télécommunications spatiales. Le dossier est ouvert ?

Déjà en 21017…. En 2017, Bruno Le Maire avait créé la surprise en s’interrogeant lors d’une interview sur Europe 1 sur le choix de l’Agence spatiale européenne (ESA) pour le futur lanceur européen. Il se demandait alors si Ariane 6 était de taille à lutter contre le Falcon 9 réutilisable de SpaceX. « Je suis inquiet parce que je regarde les évolutions technologiques », avait-t-il expliqué. Sous-entendu, SpaceX les a faites, pas l’Europe. Tout en saluant « le nouveau lanceur Ariane 6 (qui) sera aussi très performant », il avait ajouté « simplement, si on met les chiffres en face, un lancement d’Ariane 5 c’est 100 millions d’euros (un gros satellite, ndlr) à chaque lancement. L’objectif pour Ariane 6 c’est d’arriver à 50-60 millions d’euros le lancement. SpaceX c’est aujourd’hui 50 millions le lancement (dollars) ». Au-delà des chiffres, Bruno Le Maire s’était aussi interrogé sur les choix technologiques d’Ariane 6 mettant de côté un lanceur réutilisable comme le Falcon 9. Une chose est sûre, face à la concurrence sans merci de SpaceX et au New Glenn de Blue Origin (Jeff Bezos) en 2021-2022, Ariane 6 ne pourra se permettre de lancer à perte comme c’est aujourd’hui le cas avec Ariane 5.

 

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Russie et Turquie, des frères ennemis ?

L’escalade militaire en Syrie entre les forces soutenues par la Russie d’une part et la Turquie de l’autre laisse craindre un dérapage pouvant conduire à un conflit ouvert entre ces deux puissances militaires voisines. Ce ne serait d’ailleurs pas la première fois, si nous nous plaçons dans une perspective historique. La lutte entre ces deux empires pour la maîtrise du Caucase a conduit à de multiples guerres entre le 18è et le 20è siècle. Pourtant, la dynamique militaire en Syrie semble d’une autre nature tout comme les relations russo-turques dans le contexte géostratégique d’aujourd’hui. Il semble plus pertinent de voir la Turquie et la Russie comme des frères ennemis et non comme des puissances rivales au bord de l’affrontement.

Des risques possibles de dérapage… accidentel. Le début du mois de mars est indéniablement un nouveau moment critique dans le conflit en Syrie. Les derniers  jours ont vu les tensions s’accroître sans cesse avec un risque de dérapage vers une confrontation directe entre la Turquie et la Russie. Les affrontements récents sont liés principalement aux frictions à la frontière des zones  d’influence. En effet, les alliés syriens des Turcs et des Russes sont aujourd’hui en concurrence pour contrôler la province d’Idlib. La volonté du gouvernement de Damas de reconquérir les régions rebelles, avec l’appui militaire russe, aboutit à affronter des forces soutenues par la Turquie et, incidemment, les troupes turques elles-mêmes. Toutefois, l’objectif de la Russie ou de la Turquie n’est pas aujourd’hui d’engager un affrontement direct.

La difficulté découle d’objectifs peu compatibles. La Russie souhaite consolider le régime syrien dont l’objectif est de restaurer son contrôle sur l’ensemble du territoire national. Cette démarche se heurte à la volonté d’Erdogan de créer une zone tampon dans le Nord de la Syrie, avec l’aide de forces rebelles. L’objectif de la Turquie est double : développer une zone d’influence à l’encontre des Kurdes et des retombées de la guerre civile pour des raisons de sécurité intérieure, d’une part, et contrôler militairement une partie suffisante de la Syrie pour réimplanter localement les réfugiés syriens présents en Turquie, d’autre part.

Une alliance de nécessité. Par-delà les tensions actuelles, la Russie et la Turquie ont tout intérêt à s’entendre. Ceci ne veut pas dire qu’une alliance classique soit envisageable et que les relations bilatérales soient harmonieuses. La suspicion reste forte tout comme les rivalités et les divergences d’intérêts. Toutefois, la donne a changé depuis les années 2010 et un rapprochement de circonstance s’est opéré entre Erdogan et Poutine. Côté turc, Erdogan est devenu de plus en plus méfiant vis-à-vis des pays membres de l’Otan.

Le président turc soupçonne les Européens et, plus encore, les Américains d’avoir appuyé la tentative de coup d’Etat militaire en juillet 2016. L’achat des missiles russes S-400 constitue moins un affront vis-à-vis de l’Otan que la volonté d’Erdogan d’avoir la pleine maîtrise sur sa (propre) sécurité grâce à des capacités militaires entièrement sous contrôle. L’attitude des Etats-Unis et de l’Otan tend à conforter la Turquie dans ses craintes. Non seulement ils n’ont pas donné suite à la demande turque d’un déploiement de missiles Patriot à la frontière turco-syrienne pour protéger son territoire national, mais les Américains de refuser d’engager des frappes aériennes en Syrie en représailles des 34 soldats turcs tués lors des manoeuvres engagées par Damas et son allié russe contre les forces rebelles d’Idlib. De plus, les sanctions économiques contre la Russie suite aux affaires de Crimée et d’Ukraine créent une opportunité pour la Turquie. Celle-ci peut devenir un partenaire économique de la Russie, d’autant que ses entreprises sont fortement présentes en Asie centrale, une aire d’influence partagée.

L’affaiblissement international de la Russie la rend aussi plus accommodante, ce qui favorise un rapprochement géostratégique. Côté russe, le soutien au régime du parti Baas constitue un enjeu géostratégique important. La Syrie permet à la Russie de disposer de bases aériennes et d’un port en Méditerranée qui lui sont essentiels pour le maintien de son statut de grande puissance et peser au Proche Orient. Cet engagement n’est pas contradictoire avec un rapprochement économique avec la Turquie, permettant de contourner des sanctions très pénalisantes pour l’économie russe et donc, par ricochets, pour la capacité de Poutine à se maintenir au pouvoir. Il ne faut pas oublier aussi que la Russie craint d’avoir en Syrie et en Irak un foyer djihadiste. Les liens entre les mouvements islamiques radicaux en Russie et les théâtres syrien, irakien et afghan sont indéniables. Tout comme la France a besoin d’intervenir dans la bande sahélo-saharienne pour contrer la menace terroriste sur son territoire, la Russie voit son soutien au régime de Damas comme une clé de sa sécurité intérieure.

La stabilité comme objectif commun. La coopération entre Turquie et Russie se fonde donc sur une démarche pragmatique. Ces deux pays sont suffisamment puissants pour chercher à exister sur la scène internationale, mais ils n’ont plus les moyens d’une ambition mondiale. Certes, tous deux ont un comportement opportuniste, qui peut les amener à se faire face en Syrie ou en Libye, où ils poussent leurs pions. Toutefois, ces pays cherchent avant tout à créer des glacis et des zones d’influence qui sécurisent leurs frontières et leur apportent une stabilité. Combattre les désordres ou maîtriser des zones tampons constituent un objectif commun qui les amènent à travailler de concert.

 

 

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Méga-constellations de satellites de communication : révolution ou faillite annoncée ?

Le soir de Noël, les standards des associations d’étude des OVNI ont explosé : les premiers satellites de la constellation Starlink d’Elon Musk défilaient par dizaines, bien alignés dans un ciel français dégagé. Le symbole d’une révolution en cours ? Il est vrai que les annonces sensationnelles fusent, à l’instar d’Elon Musk qui souhaite lancer 42 000 satellites pour sa constellation LEO1 , un chiffre à mettre en regard des… 2 218 satellites actuellement en opération globalement. D’autres projets crédibles sont aussi sur les rangs dont OneWeb, Amazon Kuiper et Telesat LEO. Enfin, ces constellations en orbite basse répondent bien à un « besoin fondamental » : l’accès à un Internet de qualité -en termes de bande passante bien sûr, mais aussi de latence, 6 à 8 fois inférieure à celle des satellites géostationnaires 35 fois plus lointains- pour les populations non connectées représentant près de la moitié de la population mondiale.

Mais est-ce vraiment nouveau ? Il y a 20 ans, de grands projets de constellations Telecom en orbite basse ont trouvé des financements prestigieux -à l’instar de Teledesic financée notamment par Bill Gates- avant de s’achever en faillites retentissantes, par manque de débouchés réels pour des services demeurant trop chers. Seules les constellations ayant trouvé des niches non couvertes par les réseaux existants, ou un soutien public, ont survécu à la faillite. La donne a-t-elle changé depuis les années 1990 ? Le coût des lanceurs a baissé : soutenu par la NASA, SpaceX a prouvé que le modèle des lanceurs réutilisables fonctionne, réduisant le coût des lancements en série. Le coût des satellites a aussi chuté : d’une production à l’unité de satellites à plusieurs centaines de millions d’euros, à une production en série (2 par jour pour OneWeb) de petits satellites à un million d’euros. Cependant, des incertitudes demeurent quant à la faisabilité de ces constellations. D’ordre technique d’abord, liées aux risques d’interférences, de collisions en chaîne et de disponibilité de terminaux à un prix non prohibitif. D’ordre réglementaire ensuite : certains pays comme la Russie s’opposant aux constellations pour des raisons de souveraineté. D’ordre économique enfin : quel sera le coût réel de telles constellations, qui nécessitent un volume considérable de satellites, couvrant la plupart du temps des zones vides (océans, pôles), à renouveler constamment du fait d’une durée de vie 2 à 3 fois plus faible que les satellites géostationnaires ? Et qui pourra s’offrir ces services ? Sur ce dernier point, si l’objectif annoncé est de connecter les ‘non-connectés’, l’exemple du pionnier O3B2 rappelle à la raison : la constellation, qui voulait connecter les 3 milliards de personnes sans accès à Internet, s’est bien vite tournée vers des clients plus solvables, comme les paquebots de croisière aux Caraïbes…

Nombre de constellations ont dès lors réorienté leur discours, priorisant les marchés à fort pouvoir d’achat. A commencer par l’Internet grand public en zone riche et peu dense, notamment en Amérique du Nord. Mais aussi les marchés maritimes et aériens, ainsi que les clients institutionnels, militaires et les entreprises. Ces marchés suffiront-ils à couvrir les coûts des constellations ? Quels nouveaux cas d’usage adresseront-elles de manière unique face aux alternatives terrestres, aux satellites géostationnaires, aux constellations en orbite moyenne, aux ballons et autres planeurs ? En 2019, des premiers doutes sont apparus : décrochage d’un acteur majeur (LeoSat), questions sur la valorisation des constellations (Maxar et Softbank réduisant la valeur de leur participation dans OneWeb) et hésitations d’acteurs crédibles (Telesat). Faut-il pour autant enterrer les constellations ? Certainement pas. Mais considérer qu’elles doivent encore identifier les cas d’usage qu’elles sauront servir de manière distinctive. La baisse des prix des communications et l’apparition de services à la demande, comme AWS Ground Station, va faciliter l’émergence de ces cas d’usage. Par ailleurs, il n’y aura de place que pour 2 ou 3 constellations (hors acteurs purement « souverains »), comme dans la plupart des industries d’infrastructure. Cela pourrait entraîner des consolidations entre opérateurs pour stabiliser le marché autour d’un petit nombre d’acteurs intégrés, capables de valoriser la connectivité LEO sur les segments et les cas d’usage pertinents. Ou, dans le cas d’Amazon, de réduire sa marge sur la connectivité pour mieux renforcer son cœur de métier. Comme a coutume de le dire Jeff Bezos : « Votre marge est mon opportunité » …

Matthieu.Vigneron@bain.com Associé, Bain & Company

(1)Low Earth Orbit, l’orbite basse

(2) O3B (“Other 3 Billions”) est une constellation en orbite moyenne (MEO) créée par Greg Wyler en 2007, avant de lancer OneWeb

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Airbus DS et Berlin sous pression

Airbus Defence and Space va supprimer plus de 2.362 postes : 829 postes en Allemagne, 630 en Espagne où sont fabriqués les avions de transport militaire ex-Casa, 404 en France, 357 au Royaume-Uni et 142 dans d’autres pays. Aucune précision n’a été donnée par le groupe sur les modalités de ces suppressions de postes (éventuelles mesure d’âge, réorganisation interne ou plan de départ. Toutefois, à ces mesures viendront s’ajouter « un programme de rentabilité renforcé » et des « mesures visant à augmenter la compétitivité à long terme ». Les activités d’Airbus DS recouvrent les avions de transport militaire (A400M, CASA, MRTT, les activités spatiales, les communications protégées et la cybersécurité).

Airbus DS a enregistré un ratio commandes nettes/livraisons inférieur à 1 pour la
troisième année consécutive, principalement en raison de l’atonie du marché
spatial (satellites de télécommunications) et du report de plusieurs contrats de défense, rendant ces mesures nécessaires.

Airbus DS est confronté à la baisse des marchés spatiaux, l’absence de ventes de l’A400M à l’export et à l’interdiction décidée par le Bundestag d’exporter des armes vers l’Arabie Saoudite.

Les activités spatiales et de défense ont affiché 8,5 milliards d’euros de
prises de commandes en 2019 et la division, qui représente 15% du chiffre
d’affaires du groupe, a enregistré une perte opérationnelle de 881 millions
d’euros. Son carnet de commandes s’élève à 32,3 milliards d’euros, en baisse
de 9% par rapport à 2018. Airbus a dû inscrire une nouvelle charge de 1,2 milliard d’euros sur le programme d’avion de transport militaire A400M dont 14 exemplaires ont été livrés l’an dernier.
Prochainement, le gouvernement allemand doit décider quel avion – Eurofighter (Airbus) ou F-18-, sera sélectionné pour la modernisation de la flotte de l’armée de l’Air allemande, en attendant l’arrivée d’un avion de 5ème ou de 6ème génération. Avec plus de 800 suppressions d’emplois envisagées en Allemagne, Airbus DS met la pression sur le gouvernement allemand.

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