Roumanie : le nouvel Eldorado aérospatial

Avec sa position géographique aux marches de l’Europe et sur les rives de la mer Noire, la Roumanie est devenue ces dernières années un pays stratégique pour la défense de l’Europe et pour un repositionnement géostratégique des troupes américaines motivé par les incertitudes de l’allié Turc. Les industriels américains et européens de la défense ne s’y sont pas trompés et faisaient la course aux futurs contrats lors de la 7ème édi­tion du salon de défense Black Sea & Defence Aerospace qui a eu lieu du 16 au 18 mai à Bucarest. Le ministre de la défense Roumain a clairement planté le décor dès son discours d’inauguration affirmant « qu’il ne s’agissait pas d’un salon mais plutôt d’un forum où les entre­prises étaient invitées à présenter leur offre à la Roumanie » confirmant également que son pays allait investir 2 % du PIB jusqu’à 2026 dans la défense. Une manne bienvenue d’autant que le PIB Roumain est en constante augmentation depuis une dizaine d’années et pourrait représen­ter sur la période près de 12 milliards de dollars. La feuille de route roumaine est claire : « restau­rer son industrie aéronautique et de défense à travers des partenariats stratégiques et être un partenaire privilégié de l’OTAN ». Pour cela, elle a besoin de moderniser ses équipements – 70 % des investissements annuels y seront consacrés, et d’acquérir de nouvelles capacités notamment pour l’interopérabilité (30 % du budget y sera alloué). Après l’annonce d’achat des 36 F-16, c’est la rénovation des flottes C-130 et d’hélicoptères qui est désormais devenue une priorité ainsi que l’acquisition de frégates, de missiles et de moyens de communications.

Dans cette course, l’Europe est un allié straté­gique et la France en particulier. La Roumanie est un des premiers contributeurs au fond de défense Européen et la France entend bien faire valoir ses liens historiques initiés par le général De Gaulle pour aider ses industriels à se tailler une bonne part du gâteau. Reste que les Américains à tra­vers l’OTAN restent en embuscade. Preuve en est la présence massive des industriels américains, 55 sur 250 exposants, contre 14 industriels fran­çais. Les opportunités sont là, reste à la Roumanie à démontrer quelle zone d’influence elle privilégie entre l’OTAN ou l’Union Européenne et aux indus­triels à démontrer leur capacité à construire de vrais partenariats pour redynamiser l’industrie de défense roumaine.

 

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Iran/Etats-Unis. Guerre improbable, paix impossible, terrorisme certain

« Guerre improbable, paix impossible» : cette citation bien connue de Raymond Aron (Le Grand Schisme, 1948) demeure d’actualité. Relancée en Europe où Patriot et Iskander se font face comme au bon vieux temps des Pershing et des SS-21 (mais sans pacifistes à l’Ouest), la Guerre froide s’est progressivement étendue au Golfe où le retrait américain de l’accord 5+1 la durcit dangereusement. Deux blocs s’y font face dans une posture aronienne : la guerre apparaît improbable mais la paix, elle, est tout-à-fait impossible.

D’un côté, un triangle équilatéral est désormais pratiquement formé  entre les Etats-Unis, l’Arabie saoudite et Israël. La menace commune plus que les intérêts faisant les meilleures alliances, c’est l’Iran qui est le ciment naturel de cette coalition triangulaire. Le Grand Satan est bel et bien l’Iran comme la Russie l’est en Europe : les sanctions, sans cesse renforcées, sont là pour tenir en laisse (il n’y a pas d’autres mots) les pays tentés par un dialogue avec l’un et l’autre. A sa tête, se trouve une Amérique du dollar (Trump), de la Bible (Pence) et du fusil (Bolton), trois civils qui, dédaignant les conseils avisés de leurs militaires (après McMaster, Mattis), replongent les Etats-Unis dans le néo-conservatisme unilatéral suicidaire de l’équipe de Bush (Cheney, Rumsfeld, Armitage) sur fonds de conflits d’intérêts.

Cette vision binaire des relations internationales a pris la voie de la guerre sous les mandats des Bush avec les résultats que la France – encore lucide à cette époque-là -, leur avait prédit à tous : les dictatures laïques détruites, les minorités chrétiennes massacrées et le salafisme, partout triomphant. Avec Trump, elle prend désormais un visage nouveau : l’affairisme dont son gendre est la figure de proue. L’image d’un Donald Trump égrenant un à un les milliards extorqués à l’Arabie dans le Bureau Ovale en est la consternante illustration.

Dans la même veine, la récente surenchère du Congrès dans l’aide militaire à Israël, notamment sur les programmes de défense anti-missiles, participe du même emballement qui profite majoritairement au complexe militaro-industriel déjà dopé par un budget domestique de $716 milliards pour 2019 et une offensive à l’exportation partout visible…

De l’autre côté, l’Iran. Régime mal connu et donc caricaturé à l’extrême. Profitant habilement des erreurs américaines, Téhéran a repris partout la main dans la région et se ménage un canal direct vers la Méditerranée. Ces cartes en main, elle poursuit trois objectifs. D’abord et avant tout le respect de l’accord nucléaire du 14 juillet 2015 (Joint Comprehensive Plan of Action) qui a ainsi valeur de test de confiance et de pierre angulaire de la paix régionale. L’ordre international étant bâti sur des accords ou des traités, la remise en cause américaine doublée de sanctions dures ne peut qu’amener les Iraniens à reprendre le chemin du nucléaire militaire et à renforcer leur coopération avec la Russie et la Chine. En aggravant la sécurité d’Israël sans changer le régime… Ensuite, la question des missiles balistiques. A Téhéran, ce programme est considéré comme une arme de dissuasion conventionnelle : l’Occident ne peut exiger la renonciation de l’arme nucléaire et en même temps la fin du programme balistique. Cette double option « zéro » laisserait en effet l’Iran sans défense. Comme en Europe, cette région peut vivre au rythme de la dissuasion mutuellement consentie : nucléaire en Israël, balistique en Iran.

Enfin, Téhéran a dévoilé fin février un plan régional de « grande réunion du Golfe persique », sorte d’OSCE régionale d’où personne ne serait exclu. Seul l’extrémisme saoudien l’empêche, la plupart des pays de la région étant prêts à étudier l’idée.

Pour la France, écrasée entre le marteau américano-israélo-saoudien et l’enclume iranienne, que faire ? D’un côté, elle est ou menacée (par les sanctions américaines unilatérales et la surenchère irresponsable du Congrès) ou tenue en laisse (par l’Arabie) avec des promesses de contrats jamais tenues comme la récente visite de MBS l’a largement démontré…

Comme M. Macron l’a rappelé en novembre à MBS, la France est souveraine : elle discute donc avec tout le monde. Mais la posture ne suffisant pas, il faut passer à l’acte. Si une visite à Téhéran s’imposerait mais ne semble guère à l’agenda, Paris serait bien inspiré de former avec Oman, le Koweït, l’Egypte, le Liban, voire le Qatar, une coalition qui refuse l’enfermement stérile dans une posture d’affrontement dont personne ne sortira vainqueur. Est-ce un hasard si c’est avec l’Egypte et le Qatar qu’elle a récemment signé ses plus grands contrats d’armement dans la région ? Pour une fois, il est possible que les ventes d’armes précédent la diplomatie.

A retenir

En mai 1988, Georgyi Arbatov, président de l’Institut des Etats-Unis et du Canada à Moscou, déclara à un journaliste américain de News Week : « Nous allons vous faire une chose terrible, nous allons vous priver d’ennemi». C’était sans compter sur la fertilité idéologique intéressée des Etats-Unis qui ont en recréé trois – la Russie, la Chine et l’Iran -, au lieu de se focaliser sur le salafisme, seul ennemi des populations occidentales. Le terrorisme n’est ni russe, ni chinois ni iranien : il est aujourd’hui sunnite. « Guerre improbable, paix impossible, mais terrorisme certain » : voilà la nouvelle équation des relations internationales que les Etats-Unis ont largement aidé à inspirer.

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Thales Cyber-sécurité : un marché qui ne connaît pas la crise

«La cyber-sécurité, c’est une assurance et cela coûte moins cher d’en souscrire une que d’assumer les sinistres», selon Marc Darmon directeur général adjoint de Thales en charge des activités de communication et de sécurité. La cyber-sécurité est aujourd’hui entrée dans les mœurs des entreprises et des administrations. Avant, ceux qui étaient attaqués ne le disaient pas parce que cela indiquait leur fragilité, aujourd’hui, ils n’hésitent pas à reconnaître qu’ils ont subi une attaque, comme leurs concurrents, ne serait-ce que parce que les attaques sont désormais multiples et fréquentes. A contrario, reconnaître un défaut c’est aussi une preuve que l’on a vu l’attaque. « Cela signifie que l’entreprise est mature et qu’elle prend des actions sérieuses contre les cyber-attaques », résume Marc Darmon, pour qui « la prise de conscience est désormais très forte dans les entreprises ». Selon des experts, parmi les incidents recensés en 2017, 39 % concernaient des violations de fichiers sur les salariés, dans 31 % des cas il s’agit de vols de propriété intellectuelle comme des « business plans » stratégiques, des contrats ou encore des documents financiers sensibles. Un peu moins d’un tiers des incidents ont aussi concerné la corruption de documents internes et 28 % la violation de fichiers clients. L’utilisation de logiciels malveillants, « ransomware », est minoritaire dans les incidents reportés : 19 % des cas.

Avec tous les mouvements de transformation numérique (Internet des objets, cloud, serveurs, augmentations de débit des données, etc.) auxquels on assiste aujourd’hui la cyber-sécurité est devenue indispensable dans les entreprises au même titre qu’une politique de responsabilité sociale et environnementale (RSE) ou de compliance. «La cyber-sécurité doit être prise en compte dès le début du design du système d’information. Dès lors qu’un objet est connecté (personnel ou industriel) et qu’il comporte des logiciels la question de la protection cyber doit se poser», insiste Marc Darmon. Toutes ces évolutions ne sont possibles dans les entreprises et dans les administrations que s’il y a une vraie confiance et cette confiance c’est la cyber-sécurité. «La cyber-sécurité c’est l’oxygène des sociétés dans un monde hyper-connecté», résume Marc Darmon.

Mais cet investissement est d’autant plus crucial que la protection des systèmes d’information va devenir critique avec l’arrivée annoncée des voitures connectées, du wifi à bord des avions et de l’industrie digitale. D’autres secteurs comme les aéroports ou les compagnies aériennes figurent sur la liste des cibles vulnérables et critiques. Thales a, par exemple, des missions globales pour les aéroports de Bahreïn, d’Oman et de Lyon. Quant aux compagnies aériennes, elles prennent elles aussi au sérieux les risques cyber avec l’arrivée d’avions plus modernes, dont la cabine passagers et le cockpit sont connectés, et la généralisation des offres Wi-Fi à bord des Airbus A320NEO, A350 et A380 ainsi que chez leurs concurrents de Boeing. La moindre clé USB est considérée comme une menace potentielle.

Il n’empêche, c’est devenu un vrai casse-tête pour les directeurs de la sécurité informatique alors que les attaques sont quotidiennes dans la plupart des entreprises, de la PME au grand groupe, et que très souvent ceux-ci l’ignorent. Comment procéder ? «D’une manière générale personne n’est à l’abri et tout commence par une analyse de vulnérabilité. Personne n’est à l’abri à 100%, donc il est vital de détecter une intrusion le plus tôt possible», poursuit Marc Darmon. Entre le moment où une faille est détectée et le moment où une personne l’exploite pour lancer une attaque il faut compter environ vingt jours. Or, entre la détection et la correction dans les systèmes avec sa mise en œuvre, il faut ajouter 200 jours en moyenne. «L’hygiène de base c’est de mettre à jour ses logiciels et ses antivirus, recommande Marc Darmon, c’est la première des protections».

De part sa gamme de métiers dans l’aéronautique, la défense, les transports, Thales s’est très tôt investi dans la protection des systèmes et des données. Le groupe emploie près de 5 000 personnes dans cette activité qui a réalisé un chiffre d’affaires de 800 millions d’euros (clients directs et indirects) en 2017, en croissance de 10% par an. L’apport de Gemalto dans la cyber-sécurité générera un chiffre d’affaires supplémentaire de 500 millions. Un ensemble complémentaire destiné à créer un leader mondial de la sécurité numérique. «Chez Thales, le cyber est partout», rappelle-t-on en interne.

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Comment Français et Allemands se redécouvrent des intérêts communs

Après des années de désamour, causé en partie par les psychodrames de la gouvernance d’EADS/Airbus, notamment, Berlin et Paris réapprennent à se connaître sur un terrain pourtant propice aux tensions entre les eux pays : le secteur aérospatial. On est encore loin de la lune de miel ou du contrat de confiance, mais on se reparle et on n’hésite pas de part et d’autre à mettre les points sur les i, quand cela s’avère nécessaire. Depuis peu de temps, il y a une volonté politique d’aller plus loin que les industriels observent avec méfiance mais force est de constater que les politiques y poussent. Quitte à remettre à plat les stratégies de coopération envisagées au cours du dernier quinquennat en France. Les Britanniques, qui ne voulaient plus entendre parler de coopération avec les Allemands après s’être frottés à eux dans le cadre des programmes Tornado et Eurofighter/Typhoon, pensaient avoir définitivement arrimé les Français avec les FCAS-DP, un démonstrateur de systèmes de combat futur. Las, les mauvaises relations entre François Hollande et Angela Merkel ont ajouté une couche politique à ce désamour franco-allemand ; ce qui a bien arrangé les industriels qui ne cherchaient guère à améliorer les relations entre Paris et Berlin.
Malgré tout, plusieurs petits sujets ont contribué à un début de rapprochement franco-allemand. Grâce à une économie florissante au niveau européen, les Allemands disposent d’importantes liquidités, le budget allemand de la défense est en forte hausse, cela leur a permis d’embarquer sur le programme de composante spatiale optique (CSO, successeur des Helios) et même d’obtenir en contrepartie, la maitrise d’œuvre du système Eurodrone, que la DGA ne trouvait pas stratégique pour l’industrie française. Et petit à petit s’est fait jour l’idée du retour d’un axe de coopération industrielle fort avec les Allemands, dans la lignée des accords de Bonn de 1963 (qui avaient notamment donné naissance à des programmes de coopération dans les missiles Hot, Milan et Roland, et conforté le Transall.

Des Eurofighter pour la Belgique et l’Allemagne ?

Parallèlement, la coopération franco-britannique s’est limitée essentiellement au secteur des missiles, via MBDA, de fait principal secteur où elle fonctionne. Et aux coopérations dans le domaine militaro-opérationnel. Entretemps, les Britanniques ont fait du FCAS-DP un drone de reconnaissance rapide, dont les Français ne voulaient plus puisqu’ils auraient en 2025 (si évidemment aucun retard ne vient changer la date) un drone MALE endurant franco-germano-italo-espagnol.
L’éclair de Jupiter a frappé le 13 juillet 2017, lors du premier Sommet franco-allemand de l’ère Macron, le futur de l’aviation de chasse des deux pays se retrouvait au centre des discussions à la surprise générale. France et Allemagne ont bien vu les ravages d’une coopération multinationale débridée, avec l’Atlas (là où le Transall à deux pays avait été un succès rapide). Ce message politique de Paris et de Berlin a été lancé alors même que plusieurs gros sujets étaient sur la table des deux côtés du Rhin : la succession du Rafale en France et du Tornado (qui est devenue ensuite celle de l’Eurofighter) en Allemagne.

L’idée de développer un avion de combat à deux pays – tout en y associant éventuellement d’autres pays par la suite, comme l’Espagne qui est déjà quasiment intégrée, ou la Suède, qui ne pourra seule faire un successeur au Gripen- est donc devenu une priorité politique pour la France parce que le budget de la défense ne pourra pas absorber seul une telle dépense si l’objet souhaité, le « Rafale 2 », est de haute technologie. Et en Allemagne, parce que c’est la seule façon d’assurer la capacité de son industrie de rester à un niveau technologique acceptable et donc de conserver une industrie aéronautique militaire. Sauf à choisir le F-35 ce qui reviendrait à détruire définitivement ce qui reste de l’industrie aéronautique militaire allemande ; Dassault Aviation ne dira pas le contraire.

Certains évoquent en Allemagne la possibilité que Berlin pousse à une modernisation des Eurofighter plutôt que d’acquérir des F-35. Une solution qui pourrait tenter les Belges désormais bien empêtrés dans un imbroglio politico-militaire dont ils ont seuls le secret. Des études techniques auraient même été engagées pour explorer la faisabilité d’emport d’une bombe nucléaire par un Eurofighter dans le cadre des missions de l’OTAN.

Si la France est désormais l’un des rares pays occidentaux à savoir développer de bout en bout un avion de combat, l’Allemagne n’a jamais passé ce cap, du moins depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Sans partenaire – la Grande-Bretagne ne voulait plus d’elle -, l’industrie aéronautique militaire allemande était condamnée à disparaître… ou à trouver un coopérant.
Mais une fois que le principe d’une coopération franco-allemande est acquis, tout le reste est compliqué. Où sont les compétences et l’expertise en Allemagne ? Où placer un bureau d’études commun car tout ne peut pas se faire à distance… ? Comment assurer que sur la durée de vie de l’avion une minorité parlementaire ne bloquera pas l’exportation de l’avion vers certains pays ? Un argument toutefois spécieux largement répandu en France alors que jamais l’Allemagne (5ème exportateur d’armement dans le monde derrière la France) ne s’est opposée à la vente d’un Eurofighter/Typhoon à l’export. «Il va falloir trouver et définir les règles du jeu très tôt pour éviter la moindre possibilité de blocage et éviter des décisions mortifères prématurées», résume un familier de la coopération européenne. Et peut- on sérieusement lancer un programme d’avion de combat européen sans les Britanniques ? «Personne n’imagine que Dassault Aviation n’ait pas le leadership avec à ses côtés Airbus, un couple auquel serait associé les Britanniques qui savent désormais qu’ils se sont fait avoir par leurs cousins américains avec le F-35 », avance cet expert.

 

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Thomas Gomart (*) : « Il n’y a pas de sécurité européenne tenable sans implication du Royaume-Uni » (*)Directeur de l’IFRI

Avec le Brexit, l’Allemagne va-t-elle redevenir un partenaire clé pour la France dans le domaine de la défense ?

Elle l’a toujours été, mais il y a deux dimensions à distinguer. La première est d’ordre industriel. Le Président Macron et la Chancelière Merkel ont exprimé leur volonté de progresser dans ce domaine. C’était le sens du Conseil conjoint de juillet 2017 au cours duquel il a été prévu un certain nombre de mesures pour approfondir la coopération en matière de défense et créer des synergies industrielles. Neuf mois plus tard, il est trop tôt pour tirer un bilan dans ce domaine qui par nature demande temps et constance. Cependant, de manière conjoncturelle, la situation a changé en raison des élections en Allemagne et de la constitution d’un gouvernement de grande coalition, qui est resté discret sur ses intentions réelles en la matière. Et surtout, on se rend compte – c’est la deuxième dimension -, qu’en matière opérationnelle, les frappes du week-end dernier en Syrie sont là pour le rappeler, il n’y a en réalité que deux aviations européennes capables de mener des opérations complexes dans la profondeur en liaison étroite avec les Etats-Unis : les Français et les Britanniques. Il y a une double une volonté politique : approfondir la relation avec l’Allemagne, le Royaume-Uni, l’Italie et d’autres partenaires européens sur le plan industriel et maintenir un savoir-faire opérationnel pour la haute intensité à laquelle seuls les Britanniques sont actuellement préparés.

Mais le Royaume-Uni peut-il être « dehors tout en étant dedans ? »

C’est la question politique centrale. Quand on écoute les dirigeants du Royaume-Uni, il y a une volonté affichée de leur part de rester lier au Continent en matière de sécurité et de défense. Une des leçons de l’histoire est qu’il n’y a pas de sécurité européenne tenable sans implication du Royaume-Uni. La France et le Royaume-Uni sont liés par un certain nombre d’accords bilatéraux très poussés en particulier dans le domaine nucléaire, je pense notamment aux accords de Lancaster de 2010. Leur importance a été rappelée par les travaux de la Revue stratégique de défense et de sécurité nationale 2017, qui affiche des ambitions élevées pour construire une autonomie stratégique européenne.

Ce qui semble prévisible, c’est la volonté conjointe de Paris et de Londres de maintenir une relation bilatérale substantielle en matière de sécurité et de défense, qui ne soit pas antinomique avec un approfondissement de la relation franco-allemande et des initiatives en matière de défense européenne. C’est évidemment compatible à partir d’un certain niveau d’ambition stratégique, mais cela implique de travailler à des montages post-Brexit permettant divers types de coopération avec Londres. Rappelons-le, la France et le Royaume-Uni sont deux puissances nucléaires, membres permanents du Conseil de sécurité et, à ce titre, partagent une même culture stratégique.

Le secteur de la défense pourrait être épargné par le Brexit ?

Il faut le souhaiter car c’est l’intérêt de l’Union européenne et du Royaume-Uni de maintenir un lien étroit dans ce domaine. Londres demeure un des piliers de l’OTAN. La question est désormais de savoir comment peut être envisagé un dispositif dans la relation entre le Royaume-Uni et l’UE au travers de coopérations étroites. Une question concerne, par exemple, l’initiative européenne d’intervention proposée par le Président Macron en septembre 2017. Pour l’instant, cette initiative a reçu un accueil poli à Berlin. Si la relation franco-allemande dans le domaine de la sécurité et de la défense a vocation à s’approfondir, elle se heurte encore à trois difficultés : le nucléaire ; les opérations extérieures exigeantes ; l’harmonisation des politiques d’exportations des systèmes d’armes. Un point sur lequel Français et Allemands devront évidemment progresser s’ils veulent parvenir à des synergies industrielles. Ces trois obstacles n’existent pas ou se présentent de manière très différente dans le cadre de la relation franco-britannique. Au sein de la communauté de défense, on ne sent pas les tensions liées aux négociations du Brexit, mais davantage une volonté de maintenir les liens de manière pragmatique au regard d’intérêts de sécurité largement partagés, de part et d’autre de la Manche.

Je pense que la communauté de défense cherchera à ce que le Brexit n’empêche pas l’arrimage du Royaume-Uni à la sécurité européenne.

Propos recueillis par Bruno Lancesseur

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Boeing, victime collatérale du protectionnisme américain ?

C’est le sujet sensible qui taraude les dirigeants de Boeing : quelles pourraient être les conséquences sur les ventes d’avions civils si Donald Trump décide vraiment de surtaxer les importations chinoises d’aluminium, notamment l’acier. Boeing qui prévoit qu’au cours des vingt prochaines années, la Chine aura besoin de 7 240 nouveaux avions ; ce qui en fera  le plus gros client de l’avionneur américain dans le domaine des avions commerciaux. Aujourd’hui, plus de 50 % des avions de ligne commerciaux opérant en Chine sont des Boeing. Les ripostes potentielles de la part de Pékin sont nombreuses comme le gèle des achats d’avions commerciaux à l’avionneur américain qui exporte 80% de sa production. La Chine est le marché aéronautique qui croît le plus rapidement au monde et cela rend par conséquent Boeing très vulnérable. En outre, l’avionneur compte beaucoup sur son centre de finition à Zhoushan pour les 737 qui doit être opérationnel cette année.

« Surprise du chef », Le ministère chinois du Commerce a annoncé le 4 avril dernier son intention de prélever des droits de 25 % sur les avions américains pesant entre 15 et 45 tonnes, selon l’agence Bloomberg. Une menace qui, si elle appliquée, ne fera qu’accroître l’inquiétude de dirigeants et des actionnaires de Boeing. « Cette annonce est clairement négative pour Boeing (et sa chaîne d’approvisionnement, en particulier les moteurs CFM en raison de leur position de fournisseur unique sur le modèle B737) car environ 1/4 des livraisons de Boeing sont destinées aux compagnies aériennes chinoises (23,2 % en moyenne sur les 5 dernières années contre 22,1 % chez Airbus) », explique Yan Derocles Aerospace & Airline analyst chez Oddo Securities.

Le gouvernement chinois a toujours plus ou moins utilisé les commandes d’avions pour envoyer des messages politiques, Airbus en sait quelque chose, mais de possibles représailles chinoises impacteraient forcément les résultats de l’avionneur. Enfin, Pékin pourrait retarder le projet de Boeing qui planche sur le lancement d’un nouveau programme sur le créneau des avions de 220 à 260 sièges ou « Middle of the Market » (MoM), couvert par Airbus avec l’A321neo et l’A330-800 neo.

Quoiqu’il en soit, personne, ni même Airbus, n’a intérêt à ce que la situation dégénère à ce point car de représailles en représailles, l’administration Trump est si surprenante _ c’est un euphémisme _, dans le choix de ses décisions que les victimes collatérales pourraient aussi être européennes. Il suffirait d’interdire pour une durée illimitée la vente de produits civils contenant des composants américains. Une décision stupide, qui impacterait la supply chain mondiale du secteur aéronautique, mais tout est possible…

 

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Eric Trappier : « En Europe, aujourd’hui, les Américains sont chez eux ! » Président de Dassault Aviation

Comment faire un avion de combat en coopération avec un pays dont on dit qu’il n’en a presque plus les compétences ?

Les compétences allemandes existent, notamment à Manching où nous travaillons avec Airbus sur le programme de drone MALE. Compte tenu des programmes développés par les Allemands depuis trente ans, ces derniers n’ont évidemment pas le même spectre de compétences que celui que les Français peuvent avoir. En France, vous avez des industriels comme Dassault Aviation, Thales, Safran dans le domaine des moteurs _ du moins dans les avions de combat _, qui ont acquis des compétences et des capacités développées au fil des programmes d’avions de combat comme le Mirage 2000 et le Rafale, etc. Il y a donc effectivement un peu plus de compétences en France qu’en Allemagne et il va falloir trouver les domaines dans lesquels on va coopérer tout en restant efficaces.

Nous ressentons en France une volonté politique d’aller vers cette coopération. En Allemagne, nous ressentons également une volonté pour aller dans ce sens et éviter ce que j’appellerais «l’encerclement américain». Il faut le reconnaître, en Europe, aujourd’hui, les Américains sont chez eux ! Le F-35, comme le dit l’analyste américain Richard Aboulafia du Teal Group, n’est pas vraiment un avion pour équiper les forces américaines mais un appareil pour tuer l’industrie européenne de la défense. Il faut se poser la question de savoir si là où le F-35 arrive l’industrie survit ? En aparté, certains industriels de pays qui ont commandé des F-35 reconnaissent qu’ils sont très déçus par les retombées industrielles.

C’est à nos armées de définir ce que seront leurs besoins à l’horizon 2040 et compte tenu de l’expérience des forces françaises dans le domaine de l’aviation de combat. Que ce soient l’armée de l’Air et l’Aéronavale, leur avis est primordial. La Direction générale de l’armement (DGA) doit, pour sa part, prévoir ce que seront les technologies du futur et en parler avec leurs homologues allemands. En ce qui concerne les technologies, je pense notamment à la furtivité, un domaine pour lequel nous savons qu’il va falloir que les avions et les armes progressent mais aussi la capacité d’évoluer en mode supersonique, les différents types d’armes, la connectivité en réseaux… Les besoins de connexion entre un certain nombre d’avions, de navires et d’équipements au sol ne cessent de croître, c’est une nécessité aussi bien pour les forces françaises et européennes que pour d’autres éléments provenant d’une coalition. Cela implique qu’il faudra, par exemple, trouver les bonnes passerelles pour travailler avec les Américains. Si ce sujet d’interopérabilité est très important pour les armées, en revanche, ce ne doit pas être l’occasion d’intégrer les forces européennes dans l’armée américaine…

Comment avance le programme de drone franco-allemand ?

Après une mise au point nécessaire à l’automne dernier avec nos partenaires d’Airbus, tout est désormais clair entre nous. La phase préparatoire dans laquelle nous sommes avec les états et nos partenaires italiens donnent évidemment lieu à tout un tas de revendications des uns et des autres, mais c’est un contexte tout à fait classique. Avec Airbus, nous nous sommes assurés que les compétences de Dassault, notamment dans le domaine du vol, des commandes de vol et des réseaux de communication seraient reconnues. Je souhaite donc que nous ayons la part légitime qui nous revient dans ce programme. Dans tout bon partenariat, il faut savoir exprimer haut et fort ce que l’on a à dire et ne pas laisser croire à nos politiques que tout va bien quand ce n’est pas le cas.

Quelle analyse faites-vous du dernier sommet franco-britannique? Etes-vous déçu que le projet de drone de combat futur ait été « oublié » ?

Oui, il y a une forme de déception, d’autant que la volonté politique française au plus haut niveau est toujours au rendez-vous pour s’engager avec les Britanniques dans une coopération pour un drone de combat. Nos partenaires industriels comme BAE Systems ou encore Rolls-Royce ont joué le jeu, ils regrettent encore plus que nous cette situation car ils voyaient dans cette coopération l’occasion de travailler sur un certain nombre de sujets sensibles avec Dassault comme la furtivité. J’avoue que je suis perplexe quant on voit l’importance que vont jouer les drones dans les conflits futurs.

Pour être précis, en ce qui concerne ce programme il n’y a pas de rupture, il n’y a pas non plus d’arrêt mais il y a une « interrogation ». Et il va falloir qu’elle soit levée en 2018 avec les Britanniques car on ne peut pas laisser des équipes travailler le stylo en l’air indéfiniment ! Il y a au Royaume-Uni une nouvelle équipe politique qui est entièrement mobilisée par les conséquences du Brexit. Une situation dont le drone de combat futur pourrait faire les frais, c’est une éventualité.

 

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Point de vue. France, qu’as-tu fait de ta Défense ?

L’air bien connu du « Tout va très bien Madame la Marquise » est à la mode au sein des armées, des industriels et des experts de la chose militaire. Le « en même temps » appliqué au domaine militaire donne une LPM qui contente tout le monde. Mais, comme le disait le général Patton : «If everybody is thinking alike, then somebody is not thinking« .

Visiblement, l’impasse stratégique française n’est pas pensée. Impasse d’abord et avant  tout, sur sa stratégie européenne. Etre membre de l’OTAN et vouloir développer une Europe puissante à partir de la défense, est une chimère dont on s’étonne qu’elle ait encore prise sur tant de beaux esprits parisiens. Les propos tenus par les hauts responsables américains à la mi-février à Bruxelles sont pourtant un cinglant rappel à l’ordre : pour Katie Wheelbarger, chargée de la sécurité internationale au DoD, « l’’initiative européenne ne doit pas enlever des activités et des moyens à l’Otan », et pour le général Mattis, « la défense commune est une mission pour l’Otan et pour l’Otan seule »

Impasse avec ses alliés européens, ensuite. Si Berlin est enfin sorti de son chaos politique, il n’a pas changé d’un iota sa position envers l’OTAN : « devenir plus européen tout en demeurant transatlantique ». Paris s’abuse de la duplicité allemande: Madame von der Leyen, tout en minaudant avec son homologue française à la Wehrkunde, n’en est pas moins candidate au poste de secrétaire général de l’OTAN… Avec Londres, allié en plein désarroi depuis le Brexit, la relation de confiance semble brisée après le discours français du 13 juillet dernier, à la grande joie de Berlin. Paris, seul, est perdant tant la coopération britannique apportait, apporte et apportera toujours plus de valeur ajoutée que celle avec Berlin. Que faut-il à Paris pour ouvrir les yeux ? Que la Suède, la Pologne et la Roumanie achètent plus de Patriot ? Que la Belgique donne sa préférence au F-35 ? Que le C-130J submerge le programme A400M ? Que les Reaper fauchent le drone européen ?

Impasse enfin avec les grandes puissances : le dialogue avec la Russie n’existe pas alors que tant de domaines devraient rassembler Paris et Moscou (le Proche-Orient, la sécurité européenne, la coopération opérationnelle) sans pour autant que le dialogue avec l’administration Trump ne le remplace. Visiblement, également, l’impasse sur notre modèle d’armée n’est pas pensée. Si en apparence tout est préservé, en réalité, tout est bouleversé : l’autonomie stratégique est voulue dans un cadre européen qu’aucun pays allié ne veut, les chapelles de chaque armée l’emportent sur l’inter-armée, la dissuasion est opposée aux forces conventionnelles et nos armées s’épuisent dans une guerre sans fin mais sanglante et coûteuse au Sahel où nos soit-disant alliés se plaisent à voir s’épuiser la France.

Visiblement, enfin, l’impasse du modèle français de l’industrie de défense n’est pas pensée. Ordonnée autrefois autour de grands maître d’œuvre agissant pour sa dissuasion (Dassault, Naval Group (exDCNS), MBDA), elle est menacée d’éclatement par la magie du nouveau mot d’ordre : la dépendance mutuelle européenne érigée en modèle d’organisation, ce que la LPM accentue à la suite des travaux de la revue stratégique. Cette dépendance _ seule justifiée dans le secteur des missiles tactiques _, entraîne une série d’incohérences mortifères à moyen terme : des rapprochements industriels désastreux pour l’influence nationale aujourd’hui (avec Airbus) et demain (avec Fincantieri), des problèmes majeurs d’exportation avec l’Allemagne avec qui pourtant l’avenir de plates-formes majeures de combat est envisagé (chars de combat, avions d’armes, drones), des coopérations synonymes de retards et de surcoûts, lesquels justifient ensuite des achats en urgence de matériels américains…

Au bilan, qu’a-t-on avec cette LPM ? Une horlogerie fine qui continue à tourner mais sans cohérence d’ensemble, cette cohérence qui pourtant lui donnait  toute sa force, sa puissance et son rayonnement. Comme le disait le général De Gaulle dans son discours à l’Ecole Militaire, le 3 novembre 1959 : «Il faut que la défense de la France soit française (…) Il est indispensable qu’elle le redevienne. Un pays comme la France, s’il lui arrive de faire la guerre, il faut que ce soit sa guerre. (…) S’il en était autrement, notre pays serait en contradiction avec tout ce qu’il est depuis ses origines, avec son rôle, avec l’estime qu’il a de lui même, avec son âme. Naturellement, la défense française serait, le cas échéant, conjuguée avec celle d’autres pays. Cela est dans la nature des choses. Mais il est indispensable qu’elle nous soit propre, que la France se défende par elle-même, pour elle-même, et à sa façon ». Oui, France, qu’as-tu fait de ta défense ?

 

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Dassault Aviation lance le Falcon 6X pour contrer le Gulfstream G500

La bataille s’annonce âpre dans le très haut de gamme des avions d’affaires. Alors que Gulfstream effectue actuellement une tournée commerciale pour présenter son G500, Dassault Aviation en a profité annoncer le 28 février le lancement du Falcon 5X, destiné à concurrencer le G500 sur le marché très disputé des avions large cabine, à très long rayon d’action 10 000 kilomètres et très haut de gamme. «Avec ce nouvel appareil, nous voulons repousser les limites pour fournir la meilleure expérience de vol possible avec les derniers savoir-faire aéronautiques », a commenté Eric Trappier, le PDG de Dassault Aviation, lors de la présentation du programme au Bourget. « Le Falcon 6X offre un niveau d’autonomie, de confort et de capacités qu’aucun autre avion d’affaires à large cabine ne possède, tout en garantissant des systèmes totalement matures et un moteur éprouvé. (…) Nous avons beaucoup travaillé sur le confort de la cabine, c’était l’un des reproches de nos clients», a-t-il ajouté. Comme son grand frère le Falcon 8X, le F6X est doté d’une cabine très silencieuse et bénéficiera d’un système d’air conditionné dix mois meilleur que dans les bureaux les plus modernes.

Le premier vol de ce bi-réacteur est prévu en 2021 pour une entrée en service en 2022. Dassault prévoit une cadence de production de deux appareils par mois en 2023. Ce nouvel appareil, qui n’a de commun avec le 5X que l’empennage et le cockpit disposera de la cabine la plus large de son segment, avec 52,2 m3, et d’un système de connectivité à haut débit. Son principal concurrent, le Gulfstream G500, offre une cabine de 48,5 m3. Le diamètre de la cabine du F6X sera de 1,98 m de haut et 2,58 m de large pour 12,3 m de long, et pourra accueillir jusqu’à 16 passagers, selon la version.
Le F6X sera équipé de moteurs Pratt & Whitney PW812D et il disposera d’une autonomie maximale de 5.500 miles nautiques, soit 10.186 km (contre 5.200 miles pour le 5X), et une vitesse maximale de Mach 0,90. Il pourra relier sans escale Pékin et Paris, New York et Moscou, Los Angeles et Londres, ou encore Sao Paulo et Genève. Prix d’entrée de gamme : $47 millions. Un prix qui n’affolera pas les clients potentiels en Amérique du Nord, au Moyen-Orient, en Russie et en Amérique du Sud. DA00031637Le premier client du Falcon 6X est connu, il s’agit de Serge Dassault…

 

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François Forget (*) : «On peut imaginer faire une première mission vers Mars dans les années 2030-2040. »

Pourquoi aller sur Mars plutôt que de retourner sur la Lune et pour quels résultats ? 

En étudiant les planètes on fait beaucoup de recherche fondamentale sur nos origines, sur comment  fonctionne l’univers, etc. Dans le cas particulier de Mars, cette planète est celle  qui ressemble le plus à la Terre dans tout le système solaire. Il y a en effet beaucoup de similarités avec notre planète en termes de géophysique et de systèmes climatiques, contrairement à Vénus ou Jupiter qui sont des  mondes très différents. Mars est aujourd’hui une petite terre glacée, intéressante mais désertique. Nous pensons, cependant, qu’il y a environ quatre milliards d’années il y avait sur Mars des lacs et des rivières et peut-être même un océan. Bref, quelque chose qui ressemblait beaucoup à la Terre à l’époque  où précisément la vie y est apparue sous forme de bactéries. Donc, il est très précieux de savoir ce qui s’est passé sur Mars pour mieux comprendre ce qui est arrivé à la Terre et enquêter sur le passage du non-vivant au vivant.

Même si nous ne trouvons pas de preuve de vie sur Mars, on espère quand même y trouver des indices sur la chimie « prébiotique » avant que la vie n’arrive sur Terre. Enfin, à part la Lune, Mars est le corps céleste le plus facile d’accès depuis la Terre pour les missions robotiques et humaines. Certes, la Lune est intéressante, il est plus facile d’y aller que  sur Mars, mais comme le disait le président Obama : «On y est déjà allé . Et, si la science de la Lune n’est pas négligeable, cela n’a rien à voir avec l’étude de l’environnement martien et la recherche de la vie. Le vrai débat aujourd’hui est entre ceux qui pensent qu’il est indispensable de retourner sur la Lune pour apprendre étapes par étapes à faire une mission vers Mars et ceux qui souhaitent directement consacrer nos ressources à la préparation d’une mission martienne. Objectivement, il est difficile de trancher parce que les deux solutions ont leurs avantages et leurs inconvénients.

Comment justifier le coût de ces missions estimé à 100 ou 200 milliards de dollars ?

Contrairement à l’exploration robotique, l’exploration humaine de Mars ne se justifie pas uniquement par la science. On peut d’ailleurs dire la même chose de la Station spatiale internationale. Explorer l’espace avec des humains est une source d’inspiration et de fascination qui fait que le grand public _ dont les contribuables _, et les hommes politiques sont partisans de lancer de telles missions, bien plus chères que la plupart des expériences scientifiques. In fine, elles n’exigent pas des budgets astronomiques par tête d’habitant et les retombées en termes d’éducation et de vocation scientifique ne sont pas négligeables. C’est donc tout un ensemble de choses qui  motive l’exploration humaine et pas seulement la science pure. Une fois que nous aurons sur place des hommes une multitude de choses,  impossible à réaliser avec des robots, pourront être effectuées. Par exemple, nous voulons forer sur Mars à plusieurs kilomètres de profondeur parce que nous pensons qu’il y a encore des nappes d’eau liquide. Et s’il y a eu de la vie sur Mars, c’est là que des bactéries particulières ont pu se réfugier. Ce type d’opération semble irréalisable avec des robots.

Si on évoque les coûts, oui, ceux d’une mission martienne sont très élevés mais ceux d’une mission vers la Lune ou la fabrication de la Station spatiale internationale le sont également ! Si on prend une fraction du budget de la NASA, qui est de l’ordre de $20 milliards par an, pour investir dans l’ingénierie on peut déjà imaginer faire une première mission vers Mars dans les années 2030-2040.

Très probablement celle-ci ne sera pas complète, au sens où dans un premier temps les astronautes resteront en orbite. De là ils pourront explorer les petites lunes de Mars et commander en temps réel des robots préalablement posés sur Mars. Ensuite, on passera à la phase la plus délicate c’est-à-dire descendre sur Mars, s’y poser et en repartir pour revenir en orbite. Cette aventure est possible d’ici trente ans à condition que l’on ne fasse pas d’abord un « village » sur la Lune car ce type de projet consommerait vingt ans de budget de la NASA.

Soit ! Alors comment va-t-on sur Mars?

Les missions typiques pour aller sur Mars exigent un vaisseau spatial capable de transporter de quatre à six astronautes pour un voyage aller d’une durée de six mois. Ce vaisseau spatial doit être construit avec une nouvelle fusée qui, selon moi, doit être plus puissante que le Falcon Heavy d’Elon Musk. Dans ce contexte, la NASA prépare un nouveau lanceur géant baptisé « Space Launch System » (SLS) et Space X la « Big Falcon Rocket » (BFR). Même ainsi il faudra plusieurs lancements. Il y a plusieurs solutions sur la table : le lancement d’un vaisseau complet avec des réservoirs vides qui seraient remplis en orbite, ou alors l’assemblage d’éléments d’un vaisseau en orbite qui partirait à son tour vers Mars… Ce n’est pas tout, il faut également prévoir un ou plusieurs  lancements avec des cargos chargés de matériel et de ravitaillement pour vivre à la surface de Mars (habitat, etc.). Ainsi que la fusée qui  repartira de Mars vers la Terre ou vers un vaisseau intermédiaire. Celle-ci pourrait fabriquer son propre carburant de type oxygène/méthane sur place. C’est difficile, certainement très coûteux, mais passionnant !

(*) Directeur de recherche CNRS-Laboratoire de Météorologie Dynamique, Institut Pierre Simon Laplace Université Paris 6- auteur de La planète Mars, histoire d’un autre monde (Belin, 2006).

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France. La LPM 2019-2022 sera très « consensuelle »

La rédaction de la prochaine Loi de programmation militaire 2019-2022 (LPM) touche à sa fin, les grandes lignes sont tracées, l’armée peut être rassurée sur ce qui l’attend, tout comme les industriels. Toutefois, pour cette nouvelle LPM très attendue, il ne faut pas s’attendre à des annonces fracassantes, « il n’y aura pas de mesures de rupture, nous explique-t-on, l’idée de cette LPM est de conserver un modèle d’armée complet, c’est-à-dire la seule option envisageable compte tenu des incertitudes dans le monde actuel». Il ne faut donc pas compter sur des effets d’annonce, et encore moins de programme emblématique aux financements aléatoires.

La LPM sera dévoilé dans ses grandes lignes le 8 février, puis elle sera examinée en première lecture par les parlementaires à partir du 19 mars, ce qui leur laissera environ quatre semaines pour ajuster les textes. L’un des points clés de cette LPM sera probablement l’accélération de l’acquisition de certains matériels comme les avions ravitailleur ou encore les livraisons de véhicules blindés dès 2025 dans le cadre du programme Scorpion. Le consensus devrait donc primer même s’il faut s’attendre à quelques frictions ici et là entre les promoteurs de la consolidation du modèle et ceux qui militent pour que cette LPM soit plus ambitieuse. Mais dans ce domaine, ambition est synonyme de crédits et d’investissements supplémentaires… Ce qui dans le cadre actuel des finances de la France est inenvisageable d’autant que le gouvernement consent un effort exceptionnel comme le candidat Emmanuel Macron s’y était engagé en visant un budget de la défense à 2% du PIB à l’horizon 2025. A ce sujet, il n’échappe à personne, et surtout pas aux industriels, que l’objectif des 2% du PIB pour les armées sont fixés à 2025, soit le quinquennat suivant…

Il n’empêche, l’effort pour les armées est bien réel. «Les arbitrages sont là, rappelait récemment Florence Parly, ministre de la Défense, la volonté est claire : nos armées entament une remontée en puissance historique : 1,8 milliard d’euros supplémentaires cette année, 1,7 milliard d’euros chaque année jusqu’en 2022 et 3 milliards en 2023. Sur la période 2019-2023, ce sont au total près de 200 milliards d’euros que l’Etat investira dans sa défense et ses armées ». Mettre 1,7 milliard d’euros par an permettra de combler les trous capacitaires, notamment, alors que dans le même temps, les armées françaises ont encaissé des fermetures de bases et de régiments et qu’elles ont été (trop ?) sollicitées entre les OPEX et leur participation aux opérations comme Sentinelle.

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Paris hésite entre acquérir deux C-130J neufs ou rénover six avions très âgés

Les faits. La flotte allemande de C-130J basée à Evreux à partir de 2021 pourrait générer 1 200 heures de vol au profit des Français (soit l’équivalent de deux avions) et la France pourrait bien renforcer encore son propre parc de C-130J ; pour l’instant quatre avions en commande. Le calcul fait à l’état-major des armées est le suivant : la rénovation de huit avions de première génération (C130H, en service depuis 1987) pour le COS et la DGSE a bien été engagée, mais le chantier pour les six derniers avions n’est pas financé pour le moment. Et la mise à niveau de ces avions anciens s’avère coûteuse.

Décryptage. Pour l’état-major des armées c’est l’occasion d’éviter une lourde et coûteuse rénovation et d’acheter des C130J neufs. C’est le raisonnement qui avait été tenu dès 2004 par le général Patrick Klein, mais à l’époque, le projet n’avait pas été soutenu par l’armée de l’air, pour qui le C130 était un avion mineur par rapport au Transall, et surtout, pas par le politique qui flottait sur le nuage A400M.
Quatorze ans plus tard, on voit que le général Klein a eu le nez creux… Et que la DGA aura, elle, peut-être manqué de profondeur de champ, freinant des quatre fers pour l’achat de C130J. Elle avait même été jusqu’à étudier des C-130E hors d’âge stockés dans le désert de l’Arizona ou d’autres issus des stocks israéliens et norvégiens.
En forme de message, aucun haut responsable de la DGA n’était visible à la remise des clés du premier C130J le 15 janvier dernier sur la base aérienne d’Orléans, une absence à peine remarquée alors qu’en parallèle, Jamie McCourt, l’ambassadrice des Etats-Unis était présente, de même des militaires américains (qui entretiendront les C130J français en Europe) et allemands, en particulier le lieutenant général Karl Müllner, Chef d’état-major de l’armée de l’air allemande.
Lockheed Martin semble bien avoir capté les aspirations françaises, et n’a pas manqué de mettre les petits plats dans les grands pour la livraison du premier, mettant en scène la célérité avec laquelle il avait livré l’appareil, et la fraternité d’armes qui unit les deux pays dans la lutte contre le terrorisme. Florence Parly, ministre des Armées a, pour sa part, souligné que si le C130J « porte aujourd’hui notre cocarde (…) il symbolise notre union, notre alliance forte et historique. Nos pays partagent une soif d’excellence, une volonté d’action et un désir irrépressible de liberté ; ces C130J en sont le signe ». Le 15 janvier dernier, les Américains étaient un peu chez eux à Orléans, sur une base aérienne qu’ils ont bien connu après la Libération. Période au cours de laquelle le transport aérien militaire effectuera avec des C-47 Dakota le rapatriement des blessés, des prisonniers de guerre et des déportés.

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De quoi a besoin l’A380 ? D’un nouveau moteur !

Sortir l’A380 de l’ornière et redonner des perspectives commerciales au programme. Avec la signature d’une nouvelle commande d’Emirates portant sur 36 appareils – 20 fermes et 16 options –, certains pensent que le programme A380 est sauvé. Ce n’est pas sûr. Certes, la compagnie de Dubaï, premier client de l’A380 avec désormais 178 appareils en commende dont 101 en service, offre à Airbus un répit pour encore quelques années mais cela ne résout pas le principal problème de l’avion aujourd’hui : excepté Emirates les clients ne sont pas au rendez-vous et se tournent vers des avions plus modernes comme les A350 et les Boeing 777. Quelles sont les causes du désintérêt des compagnies aériennes ? Dans les années 2000, lors de la mise en service de l’A380, la concurrence des gros-porteurs a évolué. Boeing transforme le fameux 7E7 qui deviendra le 787 avec une famille -8/-9/-10, puis l’avionneur américain annonce le lancement de la famille des 777X (-800 et -900). Tous ces avions à venir, ou en service, sont dotés de technologies très avancées (leur structure fait très largement appel aux matériaux composites) et surtout ils ont des moteurs «derniers cris», compétitifs en termes de consommation de carburant.

Airbus, pour oublier l’échec du programme A340-500/600, lance la famille A350, un avion qui lui aussi comme son concurrent de chez Boeing va bénéficier des dernières technologies pour la motorisation. L’A380 se retrouve malgré lui dans un paysage concurrentiel qui n’a plus rien à voir avec celui imaginé par ses concepteurs. A Toulouse, la priorité du bureau d’études est donnée au programme A350, peut-être au détriment de l’A380 qui a son fan-club mais aussi ses détracteurs. Quant à Rolls-Royce, fournisseur exclusif de l’A350, il sera mobilisé pour développer le Trent XWB tout comme son concurrent américain GE qui est mobilisé sur le GE90 des 777-800 et 900. Rolls-Royce, l’un des deux motoristes de l’A380 avec l’américain GE/PW, a longtemps hésité à investir $1,5 milliard dans un nouveau moteur pour le gros-porteur d’Airbus avant d’abandonner.

Malgré lui, l’A380 ne va pas bénéficier d’une motorisation «dernier cri» et il sera finalement doté de moteurs (Trent 900 ou GP7200 GE/PW) assez «poussifs», selon un ingénieur, pour un avion long-courrier. Pourtant, l’A380 ne connaîtra aucune amélioration de sa motorisation depuis sa mise en service alors que son rival le 747 sera remotorisé 5 fois dans sa carrière. Même le 747-8 bénéficie de nouveaux moteurs : le GEnx. La motorisation des A380 n’est pas ce qu’elle devrait être, or, c’est la clé du succès des avions long-courriers d’où un certain désintérêt des compagnies aériennes pour cet avion.

Depuis sa mise en service, dix années se sont écoulées et aucune réelle amélioration n’a été apportée à l’A380 contrairement aux autres programmes d’Airbus et de Boeing qui ont progressé (787, 777, A330…) Le signal donné par l’avionneur européen aux clients potentiels de l’A380 est pour le moins ambigu et acheter aujourd’hui un A380 revient à acquérir un appareil des années 1990.

Un mauvais choix alors qu’arrivent sur le marché des avions dont la capacité sera proche de celle des A380 comme le 777-10 dont la capacité serait de 450 passagers. L’A380 n’est donc pas trop gros. Ce n’est pas un problème de capacité, car tous les programmes de tous les avionneurs le démontrent aujourd’hui : la tendance est à l’accroissement du nombre de sièges dans tous les avions, même en court-moyen-courrier : CS100 vers CS300 de Bombardier, Airbus A321ACF, 737MAX-10 de Boeing…

Sur le papier, l’A380 a presque tout pour réussir (capacité, confort…) mais son principal problème est peut-être une obsolescence prématurée de sa motorisation qui éloigne les compagnies aériennes plutôt séduites par les A350 et les 777…  Alors, comment relancer le programme A380 ? Les pilotes l’adorent et les passagers louent le confort exceptionnel de cet avion avec lequel certaines compagnies comme Singapore Airlines ont hissé très haut les standards du transport aérien.

La clé du renouveau de l’A380 passe par une nouvelle motorisation qui permettra d’abaisser la consommation au siège de 15% pour un avion qui consomme 12 tonnes de kérosène à l’heure. Le défi est immense de même que les enjeux financiers puisque pour un vol Londres-Singapour cela représenterait une économie de près de 18 tonnes.

Emirates est un très bon client du motoriste britannique, peut-être la compagnie émiratie a-t-elle trouvé de bons arguments pour convaincre Rolls-Royce de revenir dans la motorisation des A380. Car on n’imagine pas la compagnie de Dubaï prendre livraison aux cours des dix prochaines années d’avions dont la motorisation serait obsolète par rapport aux moteurs actuels. Pourquoi ne faire référence, ici, qu’au motoriste Rolls-Royce ? Parce que les décisions stratégiques prises à Toulouse et Seattle-Chicago de remotoriser leurs A320 et 737 (programmes neo et MAX) ont dirigé les investissements des motoristes GE, Safran et Pratt & Whitney sur les moteurs PW1000G et Leap1. De quoi les décourager de se lancer aujourd’hui au secours d’un « A380+ ».

Sans nouveaux moteurs, l’A380 est condamné à rester un programme emblématique, qui aura participé à la création d’EADS, aujourd’hui Airbus Group. Enfin, la question se pose de savoir si les dirigeants d’Airbus croient encore dans  ce programme. A la différence d’Emirates dont le soutien pour l’A380 est étonnement inexorable.

Encadré

Arrêter l’A380 ? Un tsunami financier pour les compagnies aériennes

En signant un accord il y a quelques jours, Airbus et Emirates ont sans doute pris conscience du véritable tsunami que l’arrêt du programme, tant de fois évoqué depuis un an ou deux, aurait inévitablement provoqué. Un tsunami financier autant pour les compagnies aériennes qui ont fait confiance, depuis 2000 à l’A380 pour constituer sur le long-terme l’emblème de leurs flottes : la valeur résiduelle qui s’effondre, les chances bien illusoires de trouver un débouché sur le marché de seconde main, l’absence de réelle alternative… que pour Airbus et les grands fournisseurs qui verraient leurs investissements humains, techniques et financiers réduits à néant. Mais, surtout, un tsunami psychologique car les compagnies clientes pourraient se sentir trahies. L’arrêt brutal de l’A380F, la version cargo pourtant commandée par deux compagnies aériennes prestigieuses, Fedex et UPS, et alors qu’Atlas Air se préparait à suivre, avait créé un choc. Ces compagnies n’avaient alors eu d’autre choix que de se tourner vers les avions Boeing… La sévère leçon a peut-être été retenue.

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Embraer-Boeing : une réaction stratégique ou impulsive ?

Les discussions entre Boeing et Embraer en vue d’une coopération dont la ou les formes restent à préciser pourraient déboucher sur une joint-venture commerciale et technique. Et peut-être même englober les aspects techniques d’un futur programme d’avion moyen-courrier. C’est la réponse, précipitée, de l’avionneur américain, à l’annonce d’Airbus de prendre 51% du programme CSeries de Bombardier dont les ventes se traînent depuis plus d’un an. Elles devraient connaître un regain d’activité avec le soutien des équipes d’Airbus.

Boeing se devait de réagir. L’avionneur de Chicago connaît bien Embraer avec lequel il participe depuis plusieurs années au marketing de l’avion de transport militaire KC-390 dont les commandes fermes, concrètes, se résument à ce jour à celle du ministère brésilien de la Défense. L’appareil a débuté en juin dernier une série de présentations auprès de différentes armées de l’air européennes, au Moyen-Orient, en Afrique et en Australie. Le KC-390 a été conçu et lancé avec le soutien de la Force aérienne brésilienne (FAB) qui en a la propriété intellectuelle. Cette précision à son importance car elle montre l’implication historique et toujours actuelle des militaires brésiliens dans Embraer bien que l’avionneur soit coté en bourse à Sao Paulo et à New York.

Embraer, les «ailes du Brésil», est un groupe emblématique faisant partie intégrante du patrimoine national au même titre que le football…C’est dire que pour Boeing, ce dossier sera extrêmement délicat à gérer et que l’avionneur américain devra faire preuve de beaucoup de diplomatie pour ne pas vexer les dirigeants politiques brésiliens, les militaires ainsi que les dirigeants d’Embraer.

La classe politique brésilienne n’abandonnera jamais « son » avionneur et l’accord en cours de discussions pourrait bien se résumer à une JV non engageante qui, comme tous les accords non engageants ne mènent pas au succès. « L’opinion publique brésilienne est continuellement sous-estimée, et j’entrevois des scénarios dans lesquels le sujet Embraer pourrait se transformer en un débat national ravivant la flamme nationaliste, politique et anti-américaine qui a parcouru le débat brésilien depuis quelques années », explique un familier de l’avionneur brésilien.

« Pour le Brésil, une ingérence américaine dans une industrie stratégique comme l’aéronautique équivaut à un réalignement commercial nord-sud allant à l’encontre de ce qui a été jusqu’alors une stratégie BRICS orientée Est Nord-Ouest (Afrique, Asie). Je suis donc perplexe, car les implications vont bien au-delà d’Embraer. Dans l’état actuel du relationnel américano-brésilien, cela va être dur à  avaler même si le potentiel pour Embraer est très attrayant », ajoute-t-il.

Certes, le gouvernement brésilien n’est pas opposé à un partenariat d’Embraer avec un groupe étranger mais il exclut d’en céder tout ou partie du contrôle à Boeing. D’ores et déjà, le «deal» ne semble pas équilibré.

Encadré

Corruption chez Embraer : des affaires très gênantes pour Boeing

Les affaires de corruption. C’est le dossier très sensible chez Embraer et qui pourrait retarder, geler, voire annuler tout rapprochement entre les deux avionneurs d’autant que Boeing prône l’exemplarité dans ce domaine. On voit mal l’avionneur américain se rapprocher d’un partenaire qui ferait la « une » du Wall Street Journal. Embraer, qui a opéré une opération «mains propres» en 2011 pour s’implanter sur le marché américain est l’objet d’enquêtes pour corruptions dans des dossiers de ventes d’avions commerciaux ERJ, militaires et d’affaires. En décembre dernier, Colin Steven, ancien VP Sales & Marketing d’Embraer, a plaidé coupable devant un tribunal américain dans une affaire de corruption concernant un contrat avec l’Arabie saoudite. Colin Steven a été inculpé de violation de la loi américaine contre la corruption (FCPA). Il a plaidé coupable d’avoir versé des pots-de-vin à des officiels étrangers dans le cadre de la signature de la vente de trois avions d’affaires à la société pétrolière saoudienne publique Aramco pour $3 millions en 2010. En 2016, l’avionneur brésilien s’était acquitté d’une amende de $205 millions pour avoir versé des pots-de-vin en Arabie saoudite et en Inde. D’autres versements pour un total de $5,7 millions avaient été effectués en Inde dans le cadre un contrat d’avions militaires. Des commissions illicites avaient également été effectuées en République dominicaine et au Mozambique, selon les autorités américaines à l’époque. La loi dite FCPA permet aux autorités américaines de sanctionner les entreprises américaines ou actives aux Etats-Unis qui se rendent coupables de corruption partout dans le monde.

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Point de vue. Le nouveau pacte américano-saoudien

Comme en février 1945, ce n’est pas tant la question du pétrole (réglée dès 1933 et très peu évoquée à bord du Quincy [1]) que la situation particulière de l’Arabie dans sa région qui explique le réengagement de l’Administration américaine. En février 1945, il s’agissait de garantir l’accès du royaume aux millions de soldats américains qui iraient d’Europe où la guerre était sur le point de s’achever et vers le  Pacifique, où elle continuait. En novembre 2017, c’est bel et bien l’Iran qui est le moteur de la diplomatie américaine régionale. Redoutablement manœuvrier, l’Iran poursuit deux projets : l’encerclement de l’Arabie par le biais de ses proxies à Beyrouth, Damas, Sanaa et Bab el-Mandeb, Manama et Bagdad, et un programme balistique dont la seule existence (au-delà de sa performance opérationnelle incertaine) est une menace directe pour l’Arabie.

Démuni face un tel adversaire, MBS, au-delà de sa rhétorique guerrière (et peu crédible), n’a pas le choix de ses alliances : la sécurité du royaume passe par Washington, Tel-Aviv et Moscou.

Au premierle Féroce a garanti allégeance, loyauté et contrats. L’allégeance passe d’un côté par son frère, Khaled bin Salman, ambassadeur aux Etats-Unis et ancien pilote de chasse sur F-15, le conseiller financier de celui-ci (Faisal bin Fahran al-Saud) canal direct avec le gendre du président Trump, Jared Kushner. La loyauté a été acquise par l’arrestation de plus de 700 imams en septembre et la promesse d’un éloignement de la dynastie du wahhabisme, lien pourtant consubstantiel à la monarchie saoudienne. Les contrats suivent enfin, comme en témoigne la relance des projets de vente FMS, ensablés depuis 2010 (dans les domaines de la Marine, de la défense sol-air, de la formation).

Au second, « Mr. Everything » a garanti un axe opérationnel contre Téhéran (sur les plans de la diplomatie, du renseignement, et des actions clandestines), trahissant l’esprit du Pacte de Quincy qui maintenait les Etats-Unis en dehors de la question juive au profit de la Palestine soutenue par l’Arabie…

Au troisième, MBS a promis des contrats d’armement – comme feu Abdallah en 2007 – en échange d’une modération russe sur Téhéran (en Syrie, pour éviter une « hezbollahsitation » de certaines parties du territoire syrien et irakien ; au Yémen, pour l’arrêt des livraisons d’armes aux Houthis ; à Bahreïn, pour réduire la propagande chiite). L’histoire des prochains mois dira si ces trois garanties suffisent, mais elle créditera MBS, après l’amateurisme coûteux (politique pétrolière) et meurtrier (guerre au Yémen) des premiers mois, d’avoir fait preuve de lucidité sur l’état du royaume sur les plans domestique et régional.

Pour la France, la question fondamentale est de savoir si elle a encore sa place de troisième voie entre un alignement sur les positions néoconservatrices et un bloc formé par Moscou-Damas et Téhéran. Elle oscille entre des positions traditionnelles (soutien, non à un Premier ministre démonétisé, mais à son pays, le Liban) et néoconservatrices (positions durcies sur l’Iran, contredisant l’impression plus modérée des premiers mois). Paris est de surcroît paralysé par son manque de renseignements fiables sur l’Arabie, ses décideurs et leurs réseaux ; ses soutiens locaux ont été décapités par la révolution de palais avec les arrestations de Prince Mitaeb (Garde nationale), d’Abdallah al-Sultan (chef de la Marine) et de Bakr Ben Laden (groupe que l’ancien ambassadeur français présentait comme la porte d’entrée du Royaume).  Ses bastions traditionnels sont aux mains de dirigeants peu favorables à la France (aux RSADF, à la SANG et à la Marine) et les vrais conseillers de MBS (al-Khateeb, le financier du clan ; Faisal bin Salman, gouverneur de Médine ; Ghassan bin Abdulrahman al-Shibl, du groupe SRMG, etc) lui sont peu connus. Elle est enfin handicapée par la subsistance incroyable d’Odas, qui, si elle est reléguée à un syndic de faillite, doit encore se dégager des nombreuses « scories » du passé puis disparaître rapidement comme le Féroce l’a demandé à de nombreuses reprises, sans jamais – depuis février 2015 – être entendu par Paris.

[1]              Lire à ce sujet le remarquable article d’Henri Laurens, professeur au Collège de France : « la légende du Pacte du Quincy », 23 février 2016.

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F-16 : la fin d’une histoire

Voici le tout dernier F-16 « Fighting Falcon » produit par Lockheed-Martin dans son usine de Fort Worth (Texas). Il s’agit du dernier F-16C Block 52 monoplace destiné à l’armée de l’air iraquienne (le « F-16IQ » immatriculé « 1636 – RA-28 », portant le s/n USAF 13-0031). Au total, 7 F-16 ont été fabriqués en 2017 (contre…304 – pic de production annuelle – en 1988).  Au bilan, l’usine de Fort Worth aura produit 3 637 F-16 depuis…1973 (hors États-Unis, 951 F-16 furent assemblés dans 4 pays : Belgique : 218 F-16 ; Pays-Bas : 297 F-16 ; Turquie : 308 F-16 ; Corée du Sud : 128 F-16).Last F-16 for Iraq in Flight

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En direct de Londres. Brexit: quelle place pour le Royaume-Uni dans l’Europe de la défense?

Brexit ou pas Brexit – les jeux sont encore ouverts – les Britanniques ont toujours eu une position ambivalente vis à vis de l’Europe, y compris en matière de défense. Le référendum de 2016 n’a fait que cristalliser cette ambivalence. De ce point de vue, il n’y a rien de nouveau au pays de sa majesté. Ce qui est nouveau, c’est que le jeu historiquement à  »un degré de liberté »  (« in or out ») devient un jeu à  »deux » voire  »trois degrés » de liberté. En effet, le Brexit se greffe sur plusieurs mouvements de fond dont l’impact est encore incertain mais qui peuvent changer radicalement la donne tant pour les Britanniques que pour leurs partenaires européens. De ce fait, les britanniques sont dans une position beaucoup plus inconfortable que ne le laisse paraître leur flegme habituel.

Trois questions principales se posent à eux :

  1. Comment minimiser l’impact du Brexit sur le secteur de la défense – tant sur le plan opérationnel qu’industriel ?
  2. Est-il envisageable d’utiliser la défense comme monnaie d’échange dans les négociations avec l’Union Européenne, selon la pratique bien ancrée dans la culture britannique du « brinkmanship » (« stratégie du bord de l’abîme ») ?
  3. Y a-t-il matière à exploiter la situation actuelle pour développer un nouveau modèle (« blueprint ») de coopération en matière de défense dont les Britanniques se feraient les parangons ?

La première question se justifie par l’état de fébrilité actuel de l’outil militaro-industriel britannique. Les militaires, comme les industriels de la défense, sont déboussolés, incapables d’articuler une stratégie cohérente face aux incertitudes budgétaires et revirements du gouvernement en matière de politique de défense et de programmes d’armement. Après 15 ans de présence continue en Irak et Afghanistan, les forces sont atteintes de « war fatigue », leurs matériels sont vieillissants (avions Tornado et Typhoon, frégates Duke, chars Warrior…) et les investissements dans de nouveaux moyens et nouvelles technologies (avions F35, porte-avions, mini-chars Ajax, cybersécurité…) tardent à porter leurs fruits.

Sans ambages, le général Sir Richard Barrons, commandant du Joint Forces Command jusqu’en Avril 2016, va jusqu’à dire que les forces armées britanniques sont proches de la rupture (« close to breaking »), et que l’armée de terre notamment est en retard de 20 ans ! (« 20 years out of date »). Quant aux industriels, les nuages continuent de s’accumuler au-dessus d’eux : leur leader historique, BAE Systems, est dans une impasse stratégique, à la merci de contrats étatiques de plus en plus aléatoires, et semble impuissant face à la décroissance de son carnet de commandes. Les autres acteurs majeurs du secteur traversent tous une crise existentielle, de Cobham à Babcock en passant par Ultra Electronics, pourtant une des stars historiques du secteur, dont le PDG vient d’être contraint de démissionner après quatre années de résultats en déclin. Dans ce contexte, un « mauvais » Brexit, en sonnant le glas de nombreux projets industriels et militaires, tels que l’Avion de Combat Futur ou la participation aux Groupements Tactiques ou autres initiatives opérationnelles de l’EU, aurait un impact dramatique sur un secteur déjà en difficulté.

La seconde question, officiellement ignorée, n’en reste pas moins pertinente, car s’il y a bien un domaine dans lequel l’UE souhaite maintenir une relation privilégiée avec le Royaume Uni, c’est bien celui de la défense, notamment du fait des spécificités britanniques que sont leur statut de membre permanent du Conseil de Sécurité, leur relation privilégiée avec les Etats-Unis ainsi que leur capacité nucléaire. La dernière revue stratégique de défense et de sécurité nationale française ne le cache d’ailleurs pas, expliquant : « L’enjeu pour la France reste bien, en dépit du Brexit, d’ancrer le Royaume-Uni dans une coopération bilatérale de défense structurante dans tous les domaines, et ainsi de maintenir une relation de défense privilégiée avec le seul pays européen toujours doté d’ambitions globales, d’une dissuasion nucléaire et de la capacité de mener des opérations de haute intensité ». De manière similaire, l’Allemagne ne cesse d’envoyer des signaux indiquant l’importance stratégique qu’elle attache à l’implication continue du Royaume-Uni dans les actions militaires européennes. Ainsi, il peut être tentant pour les négociateurs britanniques de monnayer la mise à disposition des actifs militaires du pays en brandissant le spectre d’un arrêt de la coopération, aussi dangereux soit-il.

La troisième question est probablement la plus stimulante intellectuellement et la plus porteuse d’optimisme. Dans la mesure où le statu quo n’est satisfaisant pour personne, le Brexit pourrait jouer un rôle de catalyseur pour le développement d’un nouveau modèle (« blueprint ») de coopération internationale en matière de défense, plus en phase avec les réalités géopolitiques et sécuritaires du XXIè siècle.  Un tel modèle aurait vocation à permettre la mise en cohérence des objectifs et des moyens de tous les acteurs de façon relativement flexible et modulaire tout en maximisant les opportunités de coopération. Cela étant, deux conditions nécessitent d’être remplies pour espérer y arriver (voir matrice de scénarios ci-dessous). D’une part, la dynamique d’intégration intra-européenne doit se renforcer (de ce point de vue l’accord annoncé le 13 novembre dernier entre 23 pays de l’UE pour une Permanent Structure Cooperation -PESCO – va dans la bonne direction). D’autre part, la « modularité » extra-européenne – avec l’OTAN, les Nations Unies et autres structures et partenaires tiers -, doit également se développer de façon significative.

Cette modularité s’exprime principalement par l’interopérabilité des forces, mais aussi par le développement de programmes bilatéraux et régionaux de coopération, institutionnels ou ad hoc, tels que le traité franco-britannique de Lancaster House, la « Joint Expeditionary Force », le « European Air Transport Command » ou le « Framework Nations Concept » de l’OTAN. Il est clair que ce scénario, qui serait « gagnant-gagnant » pour le Royaume-Uni et l’Europe de la Défense est loin d’être acquis. Pourtant, c’est bien vers celui-ci que le Royaume-Uni doit se tourner s’il veut limiter les dégâts d’une rupture dont les conséquences en chaîne pourraient être bien plus dramatiques que ce qu’une photo instantanée de la situation ferait apparaître aujourd’hui. En effet, comme le disait Woodrow Wilson : « Lorsque deux chemins se croisent, ce qui est important, ce n’est pas la distance qui les sépare au niveau du croisement ou juste après, mais la direction dans laquelle ils pointent ».

L’auteur : Antoine Gélain est co-fondateur et directeur de Paragon European Partners, cabinet de conseil en stratégie corporate auprès des entreprises européennes du secteur aéronautique, spatial et de la défense. Il vit à Londres depuis 20 ans. Il est joignable à agelain@paragonpartners.eu

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Les dépenses militaires mondiales se sont stabilisées

En 2016, les dépenses militaires mondiales se sont élevées à $1 666 milliards, soit 2,2% du produit intérieur brut mondial et environ $227 par habitant. Après treize années consécutives d’augmentation (1998 à 2011), les dépenses militaires mondiales se sont stabilisées, avec quelques diminutions mineures entre 2011 et 2014 et de légères augmentations en 2015 et 2016. Les États-Unis comptent à eux seuls pour 36% du total mondial. C’est ce que révèle un rapport du GRIP (*) présentant une synthèse des principales tendances et statistiques relatives aux dépenses militaires mondiales, à la production et aux transferts internationaux d’armements conventionnels.

Le volume des transferts d’armements conventionnels a augmenté de 8,4% entre la période 2007-2011 et la période 2012-2016, constituant un record depuis la fin de la Guerre froide. Les États-Unis, la Russie, la Chine, la France et l’Allemagne ont été les cinq plus grands exportateurs entre 2012 et 2016. Ensemble, ils représentent 74% du volume total des exportations d’armes, tandis que les États-Unis comptent à eux seuls pour 33% de ce total.

Le chiffre d’affaires cumulé réalisé dans la production d’armements par les 100 principaux producteurs d’armement dans le monde est évalué à $370,7 milliards pour l’année 2015. Ce chiffre marque un recul de 0,6% par rapport à 2014, et la deuxième année consécutive de déclin. Les ventes d’armes des entreprises américaines ont diminué de 2,9%, celles des producteurs d’armes d’Europe occidentale ont augmenté de 6,6%.

Les six entreprises françaises classées au Top 100 ont augmenté leurs ventes d’armes de 13,1%, contribuant ainsi fortement à la croissance régionale. La croissance de l’industrie de l’armement russe s’est poursuivie en 2015 avec une hausse de 6,2% par rapport à 2014. Les entreprises d’armement sud-coréennes du Top 100 se distinguent avec une croissance de leurs ventes de 31,7% en 2015.

La valorisation boursière des firmes d’armement cotées affiche une nette surperformance par rapport aux indices généraux, ce qui pourrait indiquer que les marchés financiers, confortés par les déclarations optimistes des bureaux d’audit et des dirigeants d’entreprises sur les effets positifs des guerres et tensions dans le monde, anticipent une relance des commandes et dépenses militaires.

Source : GRIP

(*)Dépenses militaires, production et transferts d’armes – Compendium 2017

http://www.grip.org/fr/node/2416

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Belgique : le Rafale n’a pas perdu la bataille

Le dossier pour le renouvellement des F-16 de la composante Air belge est d’autant plus passionnant qu’il ne concerne pas seulement les aviateurs belges mais aussi les politiques locaux et que la décision finale influencera, toute proportion gardée, la construction ou l’arrêt de l’Europe de la défense. Tout comme le choix allemand le sera pour le renouvellement de la flotte des Tornado. L’offre faite par la ministre de la Défense, Florence Parly, gêne d’autant le gouvernement belge que le package industriel proposé par Paris est extrêmement attractif même si la Wallonie est plus favorisée par les retombées industrielles que la partie flamande.

Dans cette affaire, les Français ont mis le paquet. D’ailleurs, la proposition française est jugée tellement «innovante» que même l’ambassadeur du Royaume-Uni à Bruxelles pousserait Londres à faire une démarche comparable à celle des Français. Que manque-t-il pour que le Rafale l’emporte face au F-35 ? A Bruxelles, on assure qu’une manifestation du président français Emmanuel Macron pourrait « chauffer les cœurs et enflammer les esprits ». En attendant, il reste encore quelques efforts à produire pour convaincre les différentes parties : gouvernement, composante Air, les Flamands et les Wallons…

« Nous sommes favorables à cette proposition de l’Etat français d’abord parce qu’elle  s’inscrit dans une logique de création d’un pilier européen de la défense au sein de l’Otan et ensuite parce que ce partenariat propose de vraies collaborations industrielles, technologiques structurantes avec les industries et les universités en Belgique», résume Sébastian Pirlot, député fédéral groupe PS, membre des commissions Défense, Suivi des opérations militaires à l’étranger et Achat de matériel militaire. Avec trois de ses collègues, le député a déposé mi-octobre une « proposition de résolution visant à inclure impérativement le remplacement des F-16 décidé par le gouvernement dans une véritable politique européenne de la défense et de la sécurité ». Les parlementaires soulignent dans ce document que « ce remplacement (des F-16) doit se faire dans une offre globale tenant compte également des retours sociétaux potentiels pour notre économie et notre recherche et développement sur le long terme. En l’occurrence, le but est de dépenser mieux et non pas de dépenser plus ».

Flamands/Wallons ? C’est la grande question, car il y a une différence de vision. Les Wallons sont sensibles aux retombées économiques car c’est là que se fait une grande partie du chiffre d’affaires aérospatial belge. Le Nord, plus nationaliste, plus centré sur un atlantisme bien ancré est beaucoup moins sensible aux retombées industrielles et économiques. « C’est donc moins dommageable pour la Flandre de choisir le F-35 puisqu’il y a moins d’emplois en jeu ! Sincèrement, aujourd’hui, il est difficile de discerner quelle est la vision politique qui va l’emporter », nous explique Sébastian Pirlot.

Composante nucléaire ? « Je suis favorable à ce que les Rafale achetés par la Belgique n’emportent pas de bombe nucléaire, indique Sebastian Pirlot. « Il y aura quelques F-16 qui seront disponibles au cours des prochaines années et qui pourront remplir cette mission. Objectivement, est-ce que la Belgique, vue sa taille et sa zone d’influence traditionnelle a besoin d’assurer le transport d’armes nucléaires ? Personnellement je n’en suis pas convaincu ».

En outre, certains estiment que la Belgique n’étant pas dans le club fondateur des pays F-35, en termes de retombées économiques, ce sera quasi nul pour l’industrie belge. De plus, les coûts astronomiques du programme F-35 inquiètent : explosion des coûts de maintenance et très grande différence entre les coûts promis lors de l’achat et ceux lors de la livraison comme les Israéliens l’ont découvert à leurs dépens semble-t-il. « J’ai l’impression que Lockheed Martin veut faire payer les surcoûts du programme à ses clients », tranche le député belge.

La Belgique doit conclure en 2018 l’achat d’un total de 34 nouveaux avions de combat afin de remplacer sa flotte de F-16 américains, un marché estimé à 3,5 milliards d’euros. Les premières livraisons sont prévues autour de 2024. La décision finale, attendue courant 2018, doit être prise par le gouvernement de coalition (associant des libéraux francophones au centre-droit et aux nationalistes flamands) et non par le seul ministère de la Défense.

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Le marché des lancements de satellites commerciaux face à un nouveau contexte concurrentiel

L’actuel duopole entre Arianespace et SpaceX va évoluer au cours des prochaines années avec la montée en puissance de l’Inde et du Japon. Ces deux pays ne sont pas des nouveaux venus dans le secteur spatial mais leurs ambitions et leurs investissements financiers sur le marché spatial vont les propulser sur la scène internationale. Si jusqu’à maintenant les lanceurs indiens et japonais ont été réservés pour les lancements nationaux, la situation bouge.

Pour Arianespace et SpaceX, cela ne représente pas encore aujourd’hui une réelle menace concurrentielle mais d’ici trois-quatre ans les cartes pourraient bien être rebattues. Et si le marché des satellites commerciaux GTO ne repart pas à hausse avec quinze à vingt contrats signés annuellement, la concurrence risque d’être féroce.

En juin dernier, l’Inde a lancé, pour la première fois, un nouveau lanceur qui n’utilise que des technologies localement conçues, dont un moteur cryotechnique, augmentant ainsi sa capacité de lancement de satellites. Le lanceur GSLV-MkIII a placé en orbite un satellite de communication de plus de trois tonnes GSAT-19. C’est un peu moins que les satellites de la famille GSAT (3,4 tonnes pour GSAT-17) construits sous la responsabilité de l’Agence spatiale indienne (ISRO) et traditionnellement lancés par Arianespace. La société européenne a dans son carnet de commandes un autre satellite indien, GSAT-11, qui pourrait bien être l’un des derniers lancés par les Européens si le lanceur GSLV-MkIII tient ses promesses.

Le succès des Indiens ne fait donc pas forcément les affaires d’Arianespace qui voit là l’un de ses plus anciens et de ses plus fidèles clients s’émanciper puisque l’Inde sera sous peu en mesure d’envoyer dans l’espace des satellites pesant jusqu’à quatre tonnes et rejoint ainsi le club très fermé de pays capables d’envoyer en orbite de gros satellites de télécommunications. L’Inde dépendait jusqu’ici de lanceurs étrangers pour ses satellites d’un poids supérieur à 2,5 tonnes.

Le programme spatial indien est très ambitieux puisque, outre l’autonomie en termes de lancements (institutionnels et commerciaux), l’Agence spatiale indienne travaille sur un pro­jet de navette réutilisable destinée à placer en orbite des satellites, elle planche également sur des missions vers Jupiter et Vénus.

Non seulement Arianespace perd un client traditionnel, mais le GSLV-MkIII pourrait se révéler un encombrant concurrent tant pour Ariane 5 que pour la futur Ariane 6 à l’horizon 2020-2022. La cadence de tirs et la fiabilité du GSLV-MkIII seront des éléments déterminants. Tout comme les tarifs de lancements qui seront pratiqués par les Indiens sur le marché commercial. A 60-70 millions de $ le lan­cement simple, la concurrence risque d’être très dure pour Ariane 6 qui est plutôt située dans une enveloppe de 80 millions de $, au mieux.

Outre l’Inde, le Japon est à l’offensive. Mitsubishi Heavy Industries (MHI) a été sélectionné par le groupe britannique Inmarsat pour le placement dans l’espace du premier satellite de télécommunications avancées de la flotte Inmarsat-6 ( satellite électrique construit par Airbus DS) dont le lancement est prévu en 2020. Il s’agit d’une nouvelle importante pour MHI qui peine à remporter des commandes commerciales faute d’être compétitif en termes de prix de lancement. De plus, l’actuel lanceur H-2A est mobilisé le plus souvent retenu pour des missions institutionnelles ou gouvernementales au Japon.

MHI se targue d’un taux de réussite de plus de 97% pour la H-2A qui a
enregistré 29 succès d’affilée depuis 2005. Ce lanceur, entré en service en
2001, n’a jusqu’à présent connu qu’un échec, en 2003, avec l’exemplaire numéro
6. Pour remédier à ce manque de compétitivité, MHI compte revenir dans le marché commercial aux alentours de 2020 avec un nouveau lanceur – le H-3-, censé concurrencer notamment Arianespace qui a placé jusqu’à aujourd’hui quelque 75% des satellites commerciaux japonais.

Ariane 5/Ariane 6, Soyouz, le GSLV-MkIII indien, un nouveau lanceur H-3 japonais, le Falcon 9 de SpaceX, le Proton M d’ILS ou encore le futur lanceur New Glenn du fondateur d’Amazon, Jeff Bezos. Si tous ces lanceurs se retrouvent effectivement sur le marché aux alentours de 2020, la concurrence risque d’être féroce. Voilà bien longtemps que le marché des lancements commerciaux n’avait pas connu une telle ébullition dans un contexte passionnant.

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