Point de vue. France, qu’as-tu fait de ta Défense ?

L’air bien connu du « Tout va très bien Madame la Marquise » est à la mode au sein des armées, des industriels et des experts de la chose militaire. Le « en même temps » appliqué au domaine militaire donne une LPM qui contente tout le monde. Mais, comme le disait le général Patton : «If everybody is thinking alike, then somebody is not thinking« .

Visiblement, l’impasse stratégique française n’est pas pensée. Impasse d’abord et avant  tout, sur sa stratégie européenne. Etre membre de l’OTAN et vouloir développer une Europe puissante à partir de la défense, est une chimère dont on s’étonne qu’elle ait encore prise sur tant de beaux esprits parisiens. Les propos tenus par les hauts responsables américains à la mi-février à Bruxelles sont pourtant un cinglant rappel à l’ordre : pour Katie Wheelbarger, chargée de la sécurité internationale au DoD, « l’’initiative européenne ne doit pas enlever des activités et des moyens à l’Otan », et pour le général Mattis, « la défense commune est une mission pour l’Otan et pour l’Otan seule »

Impasse avec ses alliés européens, ensuite. Si Berlin est enfin sorti de son chaos politique, il n’a pas changé d’un iota sa position envers l’OTAN : « devenir plus européen tout en demeurant transatlantique ». Paris s’abuse de la duplicité allemande: Madame von der Leyen, tout en minaudant avec son homologue française à la Wehrkunde, n’en est pas moins candidate au poste de secrétaire général de l’OTAN… Avec Londres, allié en plein désarroi depuis le Brexit, la relation de confiance semble brisée après le discours français du 13 juillet dernier, à la grande joie de Berlin. Paris, seul, est perdant tant la coopération britannique apportait, apporte et apportera toujours plus de valeur ajoutée que celle avec Berlin. Que faut-il à Paris pour ouvrir les yeux ? Que la Suède, la Pologne et la Roumanie achètent plus de Patriot ? Que la Belgique donne sa préférence au F-35 ? Que le C-130J submerge le programme A400M ? Que les Reaper fauchent le drone européen ?

Impasse enfin avec les grandes puissances : le dialogue avec la Russie n’existe pas alors que tant de domaines devraient rassembler Paris et Moscou (le Proche-Orient, la sécurité européenne, la coopération opérationnelle) sans pour autant que le dialogue avec l’administration Trump ne le remplace. Visiblement, également, l’impasse sur notre modèle d’armée n’est pas pensée. Si en apparence tout est préservé, en réalité, tout est bouleversé : l’autonomie stratégique est voulue dans un cadre européen qu’aucun pays allié ne veut, les chapelles de chaque armée l’emportent sur l’inter-armée, la dissuasion est opposée aux forces conventionnelles et nos armées s’épuisent dans une guerre sans fin mais sanglante et coûteuse au Sahel où nos soit-disant alliés se plaisent à voir s’épuiser la France.

Visiblement, enfin, l’impasse du modèle français de l’industrie de défense n’est pas pensée. Ordonnée autrefois autour de grands maître d’œuvre agissant pour sa dissuasion (Dassault, Naval Group (exDCNS), MBDA), elle est menacée d’éclatement par la magie du nouveau mot d’ordre : la dépendance mutuelle européenne érigée en modèle d’organisation, ce que la LPM accentue à la suite des travaux de la revue stratégique. Cette dépendance _ seule justifiée dans le secteur des missiles tactiques _, entraîne une série d’incohérences mortifères à moyen terme : des rapprochements industriels désastreux pour l’influence nationale aujourd’hui (avec Airbus) et demain (avec Fincantieri), des problèmes majeurs d’exportation avec l’Allemagne avec qui pourtant l’avenir de plates-formes majeures de combat est envisagé (chars de combat, avions d’armes, drones), des coopérations synonymes de retards et de surcoûts, lesquels justifient ensuite des achats en urgence de matériels américains…

Au bilan, qu’a-t-on avec cette LPM ? Une horlogerie fine qui continue à tourner mais sans cohérence d’ensemble, cette cohérence qui pourtant lui donnait  toute sa force, sa puissance et son rayonnement. Comme le disait le général De Gaulle dans son discours à l’Ecole Militaire, le 3 novembre 1959 : «Il faut que la défense de la France soit française (…) Il est indispensable qu’elle le redevienne. Un pays comme la France, s’il lui arrive de faire la guerre, il faut que ce soit sa guerre. (…) S’il en était autrement, notre pays serait en contradiction avec tout ce qu’il est depuis ses origines, avec son rôle, avec l’estime qu’il a de lui même, avec son âme. Naturellement, la défense française serait, le cas échéant, conjuguée avec celle d’autres pays. Cela est dans la nature des choses. Mais il est indispensable qu’elle nous soit propre, que la France se défende par elle-même, pour elle-même, et à sa façon ». Oui, France, qu’as-tu fait de ta défense ?

 

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