Comment Français et Allemands se redécouvrent des intérêts communs

Après des années de désamour, causé en partie par les psychodrames de la gouvernance d’EADS/Airbus, notamment, Berlin et Paris réapprennent à se connaître sur un terrain pourtant propice aux tensions entre les eux pays : le secteur aérospatial. On est encore loin de la lune de miel ou du contrat de confiance, mais on se reparle et on n’hésite pas de part et d’autre à mettre les points sur les i, quand cela s’avère nécessaire. Depuis peu de temps, il y a une volonté politique d’aller plus loin que les industriels observent avec méfiance mais force est de constater que les politiques y poussent. Quitte à remettre à plat les stratégies de coopération envisagées au cours du dernier quinquennat en France. Les Britanniques, qui ne voulaient plus entendre parler de coopération avec les Allemands après s’être frottés à eux dans le cadre des programmes Tornado et Eurofighter/Typhoon, pensaient avoir définitivement arrimé les Français avec les FCAS-DP, un démonstrateur de systèmes de combat futur. Las, les mauvaises relations entre François Hollande et Angela Merkel ont ajouté une couche politique à ce désamour franco-allemand ; ce qui a bien arrangé les industriels qui ne cherchaient guère à améliorer les relations entre Paris et Berlin.
Malgré tout, plusieurs petits sujets ont contribué à un début de rapprochement franco-allemand. Grâce à une économie florissante au niveau européen, les Allemands disposent d’importantes liquidités, le budget allemand de la défense est en forte hausse, cela leur a permis d’embarquer sur le programme de composante spatiale optique (CSO, successeur des Helios) et même d’obtenir en contrepartie, la maitrise d’œuvre du système Eurodrone, que la DGA ne trouvait pas stratégique pour l’industrie française. Et petit à petit s’est fait jour l’idée du retour d’un axe de coopération industrielle fort avec les Allemands, dans la lignée des accords de Bonn de 1963 (qui avaient notamment donné naissance à des programmes de coopération dans les missiles Hot, Milan et Roland, et conforté le Transall.

Des Eurofighter pour la Belgique et l’Allemagne ?

Parallèlement, la coopération franco-britannique s’est limitée essentiellement au secteur des missiles, via MBDA, de fait principal secteur où elle fonctionne. Et aux coopérations dans le domaine militaro-opérationnel. Entretemps, les Britanniques ont fait du FCAS-DP un drone de reconnaissance rapide, dont les Français ne voulaient plus puisqu’ils auraient en 2025 (si évidemment aucun retard ne vient changer la date) un drone MALE endurant franco-germano-italo-espagnol.
L’éclair de Jupiter a frappé le 13 juillet 2017, lors du premier Sommet franco-allemand de l’ère Macron, le futur de l’aviation de chasse des deux pays se retrouvait au centre des discussions à la surprise générale. France et Allemagne ont bien vu les ravages d’une coopération multinationale débridée, avec l’Atlas (là où le Transall à deux pays avait été un succès rapide). Ce message politique de Paris et de Berlin a été lancé alors même que plusieurs gros sujets étaient sur la table des deux côtés du Rhin : la succession du Rafale en France et du Tornado (qui est devenue ensuite celle de l’Eurofighter) en Allemagne.

L’idée de développer un avion de combat à deux pays – tout en y associant éventuellement d’autres pays par la suite, comme l’Espagne qui est déjà quasiment intégrée, ou la Suède, qui ne pourra seule faire un successeur au Gripen- est donc devenu une priorité politique pour la France parce que le budget de la défense ne pourra pas absorber seul une telle dépense si l’objet souhaité, le « Rafale 2 », est de haute technologie. Et en Allemagne, parce que c’est la seule façon d’assurer la capacité de son industrie de rester à un niveau technologique acceptable et donc de conserver une industrie aéronautique militaire. Sauf à choisir le F-35 ce qui reviendrait à détruire définitivement ce qui reste de l’industrie aéronautique militaire allemande ; Dassault Aviation ne dira pas le contraire.

Certains évoquent en Allemagne la possibilité que Berlin pousse à une modernisation des Eurofighter plutôt que d’acquérir des F-35. Une solution qui pourrait tenter les Belges désormais bien empêtrés dans un imbroglio politico-militaire dont ils ont seuls le secret. Des études techniques auraient même été engagées pour explorer la faisabilité d’emport d’une bombe nucléaire par un Eurofighter dans le cadre des missions de l’OTAN.

Si la France est désormais l’un des rares pays occidentaux à savoir développer de bout en bout un avion de combat, l’Allemagne n’a jamais passé ce cap, du moins depuis la fin de la seconde guerre mondiale. Sans partenaire – la Grande-Bretagne ne voulait plus d’elle -, l’industrie aéronautique militaire allemande était condamnée à disparaître… ou à trouver un coopérant.
Mais une fois que le principe d’une coopération franco-allemande est acquis, tout le reste est compliqué. Où sont les compétences et l’expertise en Allemagne ? Où placer un bureau d’études commun car tout ne peut pas se faire à distance… ? Comment assurer que sur la durée de vie de l’avion une minorité parlementaire ne bloquera pas l’exportation de l’avion vers certains pays ? Un argument toutefois spécieux largement répandu en France alors que jamais l’Allemagne (5ème exportateur d’armement dans le monde derrière la France) ne s’est opposée à la vente d’un Eurofighter/Typhoon à l’export. «Il va falloir trouver et définir les règles du jeu très tôt pour éviter la moindre possibilité de blocage et éviter des décisions mortifères prématurées», résume un familier de la coopération européenne. Et peut- on sérieusement lancer un programme d’avion de combat européen sans les Britanniques ? «Personne n’imagine que Dassault Aviation n’ait pas le leadership avec à ses côtés Airbus, un couple auquel serait associé les Britanniques qui savent désormais qu’ils se sont fait avoir par leurs cousins américains avec le F-35 », avance cet expert.

 

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