L’exercice 2019 va être très compliqué pour Boeing et la FAA

Du KC-46 au 737MAX, 2019 est une année sous haute tension pour l’avionneur américain qui joue gros : sa réputation est mise à mal par les problèmes de qualité du KC-46 et par les deux accidents de 737MAX. Assurément, quelque chose ne va pas à Seattle, voire à Chicago, siège du groupe.
En pleine crise sur le programme 737MAX Boeing a en effet un dossier urgent à régler avec son client militaire : l’avion ravitailleur KC-46 dont la qualité ne satisfait pas son client, l’US Air Force. La vice-ministre de la Défense chargée de l’US Air Force, Heather Wilson, a en effet annoncé que le Pentagone avait cessé temporairement de réceptionner les avions ravitailleurs KC-46 pour cause de malfaçons, lors d’une audition au Congrès sur le projet de budget 2020. L’appareil de Boeing avait été choisi par l’US Air Force en 2011 après une compétition rocambolesque. Alors que le MRTT d’Airbus avait été sélectionné, l’USAF a dû annuler appel d’offres pour un lancer un nouveau qui a été favorable à Boeing.

L’USAF a réceptionné en janvier son premier KC-46 avec plus d’un an de retard. Le programme KC-46 a entraîné des surcoûts pour Boeing qui a dû inscrire de nombreuses charges dans ses comptes pour un montant cumulé évalué à plus de $3 milliards. Parallèlement, la présentation officielle du 777X, qui doit asseoir définitivement la dominance de Boeing sur le segment des avions long/très long-courriers a été annulée. Impossible de célébrer son savoir-faire alors que le programme 737MAX est sur la sellette. L’avionneur va devoir modifier le système MCAS, le certifier, établir une nouvelle documentation et annoncer aux compagnies clientes que l’on ne passe pas aussi aisément du cockpit du 737NG à celui du 737MAX et qu’une formation particulière est nécessaire. Les conséquences des deux accidents (Lion Air et Ethiopian Airlines) risquent donc d’être plus compliquées à gérer que Boeing ne l’avait imaginé.

Quant à la FAA, elle est sévèrement critiquée – même par le président Trump !-, et elle va devoir prouver qu’elle est indépendante et que ses compétences sont intactes. Boeing doit donc s’attendre à ce que l’agence américaine soit extrêmement tatillonne sur la certification des modifications apportées au 737MAX. Enfin, pour éviter un embouteillage de 737MAX sur les tarmacs de Seattle, l’avionneur va réduire la production d’environ 20 % pour passer de 52 appareils par mois à 42. Ce qui ne sera pas sans effet sur la chaîne de fournisseurs français en particulier. Près d’une centaine d’entreprises en France travaille pour Boeing (Safran, Thales, Radiall, Michelin, Lisi, etc.).

Toutefois, les effets liés aux réductions de cadence devraient être limités pour la chaîne de fournisseurs de Boeing, pour le moment du moins, et à condition que la remise en vol des 737MAX ne s’éternise pas. Les équipementiers qui se sont organisés en prévision d’un passage de 52 à 57 avions par mois (installations, approvisionnements, outillages et personnels) vont devoir adapter leur plan de vol.

Les fournisseurs pourraient même mettre à profit cette baisse de production pour souffler tant la Supply Chain est sous pression tant chez Boeing que chez Airbus.

 

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Les Etats-Unis en mode supersonique

 « Bang ». Lockheed Martin, Boeing, la Nasa et désormais quelques autres start-up du secteur aéronautique investissent à des degrés divers le monde du supersonique à travers différents programmes militaires et civils soutenus par diverses agences américaines. Alors que l’on fête discrètement en Europe les 50 ans du premier vol du Concorde (2 mars 1969), Outre-Atlantique, on assiste à l’éclosion de multiples projets plus ou moins matures dont le plus sérieux dans le domaine civil est sans nul doute celui d’Aerion avec son avion AS2. Cette société, basée à Reno (Nevada), développe avec Boeing (accord de février 2019), Spirit Aerospace (février 2019) et le motoriste GE l’AS2, un jet d’affaires qui volera à Mach 1.4 et dont les premiers essais devraient débuter en 2023. En octobre 2018, Aerion et GE Aviation ont dévoilé le moteur GE AffinityTM, le premier moteur supersonique développé depuis 50 ans…

« L’AS2 peut atteindre Mach 1,4, soit environ 1 700 km/heure », indiquait Boeing lors de la présentation de l’accord entre les deux sociétés. « Capable de voler jusqu’à 70 % plus vite que les jets d’affaires actuellement en service, cet appareil permettra de gagner environ trois heures sur un vol transatlantique tout en atteignant, voire en dépassant, les objectifs de performances environnementales ».

Alors qu’il y a une réelle émulation intellectuelle et technologique sur ce sujet aux Etats-Unis, l’Europe, terre aéronautique par excellence, est étrangement absente. « Aujourd’hui, on n’a pas la volonté de développer un supersonique en Europe », regrettait récemment Eric Trappier, PDG de Dassault Aviation, ajoutant que «depuis Concorde, les normes ont évolué, celles concernant les émissions de CO2 et les nuisances sonores sont devenues très restrictives ». Dommage, car, si un industriel en Europe a bien les compétences pour se lancer dans l’aventure du supersonique, c’est bien Dassault Aviation avec son bureau d’études et sa connaissance du marché de l’aviation d’affaires.

Mais le poids des réglementations explique-t-il à lui seul cette relative atonie ? Il faut reconnaître que depuis l’échec commercial de Concorde, les industriels ont été échaudés, peu enthousiastes, ni incités depuis, à se lancer dans une aventure hasardeuse. Autre explication avancée, la quasi absence de soutien public que ce soit au niveau national ou européen. Or, compte tenu des montants financiers qui sont en jeu pour développer un supersonique, rien ne peut se faire dans ce domaine sans le soutien public.

En outre, pour évacuer le débat, la réponse lancinante était : « un supersonique ? Pourquoi pas, mais il n’y a pas de moteur… ». Sauf qu’aujourd’hui, la donne a changé avec l’américain GE qui se lance aux côtés d’Aerion dans l’aventure supersonique. Alors, en Europe, le discours évolue, on ne parle plus de moteur mais de réglementation qui briderait toute initiative puisque qu’aucun pays n’autorise le survol des zones habitées par un avion supersonique. « La réglementation a bon dos, ironise un expert, la réalité est qu’il n’y a pas d’argent pour financer de tels programmes, le secteur spatial tire déjà la langue alors imaginez un programme supersonique européen. Les lobbys vont se mobiliser contre». 

Dès lors, est-ce la fin du supersonique commercial à cause de restrictions réglementaires ? Pas du tout. Pragmatiques, les Américains se sont lancés dans un intense lobbying justement pour faire évoluer cette réglementation qu’ils jugent dépassée ? «Sans complexe, les Américains veulent changer les normes environnementales au sein même de l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI) et cela bien que ce ne soit pas conforme aux engagements de la COP21 de Paris. Mais ils n’ont rien à faire de ces accords !», prévient un industriel. Au-delà du non respect de la COP21 le risque est de voir l’administration américaine édicter de nouvelles normes pour créer un environnement réglementaire et commercial favorable à ses industriels. Le risque n’est donc pas nul de voir les Etats-Unis développer un supersonique et de prendre une avance concurrentielle sur les avionneurs européens.

B.L.

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Trois questions à… Gérald Carrier, Head of the Civil Aircraft Unit Aerodynamics, Aeroelasticity and Acoustics Dept. ONERA

Quel est l’avancement des différents programmes d’avions supersoniques ?

Il y a d’un côté les programmes de recherche en cours avec notamment le démonstrateur X-59 de la NASA qui est destiné à démontrer que les technologies « low boom » développées au cours de la dernière décennie sont suffisamment efficaces pour réduire le « bang » d’un avion supersonique à un niveau qui le rende acceptable au cas où l’avion volerait au-dessus de terres habitées. De l’autre côté, vous avez les programmes industriels qui font l’actualité comme ceux d’Aerion, de Spike Aerospace ou de Boom et qui sont à des stades plus ou moins avancés. Aerion a été le premier à se lancer sur le sujet, il y a plus de 12 ans maintenant. Il a l’avantage de s’être associé à des avionneurs: Airbus, puis Lockheed Martin et aujourd’hui Boeing qui ont l’avantage d’avoir l’expérience des procédures de certification d’un avion. Boom et Spike Aerospace sont des sociétés assez récentes, mais annoncent également des ambitions réelles et imminentes.

En Europe, l’ONERA reste l’organisme de recherche le plus impliqué sur le supersonique et ce depuis de très nombreuses années. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle l’ONERA et la NASA ont signé l’année dernière un accord de collaboration directe pour travailler ensemble sur le bang sonique. Mais il ne faut pas oublier aussi au niveau européen, le projet RUMBLE (Regulation and Norm for Low Sonic Boom Levels) qui regroupe des industriels comme Airbus Dassault Aviation, des établissements de recherche comme l’ONERA et le DLR allemand, des universités, etc.

D’autres acteurs, plus discrets, travaillent sur des projets d’avion supersonique de longue date. Il s’agit d’avionneurs établis, qui possèdent les capacités industrielles, qui ont l’expérience des procédures de certification d’un avion. Certains d’entre eux sont déjà présents sur le marché des avions d’affaires. Gulfstream travaille depuis toujours sur un projet d’avion d’affaires supersonique et c’est aujourd’hui le mieux placé pour développer un tel appareil compte tenu de ses compétences techniques _ comme certifier un avion qui est une compétence clé _, et de son expérience du secteur.

La motorisation est-elle un défi insurmontable ?

On a toujours dit, notamment en Europe, que la motorisation était un verrou technologique, qu’il n’y avait pas de moteur disponible pour de tels avions : force est de constater qu’aujourd’hui les choses bougent notamment chez General Electric avec leur projet de moteur supersonique Infinity pour l’avion d’Aerion. Il semble que les motoristes se penchent très sérieusement sur ce sujet ; cela illustre l’intérêt qu’ils identifient dans ce marché et que technologiquement ce n’est pas irréalisable. La frontière entre un moteur classique et un moteur transsonique ne sont pas si éloignée, d’ailleurs GE va réutiliser une bonne partie du corps primaire d’un CFM-56. En dehors des investissements significatifs, je ne vois pas de barrières technologiques insurmontables.

Quels sont les autres défis technologiques?

Le principal verrou, aujourd’hui, c’est le « bang » sonique et donc de pouvoir commercialiser un avion supersonique qui volera au-dessus des terres ; c’est donc avant tout un problème réglementaire puisqu’un tel survol est interdit dans la quasi-totalité des pays. Il faut également démontrer que l’on pourra réduire la nuisance sonore du « bang » de façon anodine. Il y a de nombreux travaux scientifiques notamment à la NASA via le programme X-59 qui consiste à démontrer que le « bang » sonique émis par un business jet ne sera pas plus gênant que le bruit d’un avion très gros porteur et qu’il sera donc accepté par les populations. Pour réduire le « bang », il faut jouer sur les formes de l’avion qui sont à l’origine du phénomène de bang comme le fuselage mais aussi tous les autres éléments (la voilure, les prises d’air, les empennages, le jet moteur, etc.) qui peuvent contribuer à sa signature au sol telle qu’elle est ressentie. Pour résumer il faut éviter que les contributions au bang venant des différents appendices géométriques qui ont des effets aérodynamiques ne fusionnent et se renforcent. Il faut donc travailler de façon très fine sur les formes de l’avion pour réduire ces perturbations de pression générées par l’avion afin que le signal soit plus doux, plus progressif.

Enfin, il y a les aspects réglementaires sur l’exploitation des avions supersonique qui restent à régler. Il n’y aura vraisemblablement pas de projet industriel viable tant qu’il n’y aura pas de réglementation sur le supersonique. Aujourd’hui, tous les espaces aériens commerciaux sont interdits aux vols supersoniques commerciaux mais les choses bougent. L’ICAO travaille sur une réglementation propre au « bang ». Et il y a en ce moment un fort lobbying des industriels américains pour faire bouger les lignes, notamment pour que soit levée l’interdiction des vols civils supersoniques au-dessus des terres.

 

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Suisse : premiers essais le 12 avril pour les avions de combat

Ce sont cinq avions de combat qui vont s’affronter, séparément, dans le ciel helvétique à partir du 12 avril prochain sous l’œil scrutateur de l’Office fédéral de l’armement Armassuisse, des médias, des citoyens suisses et des spotters ! Les essais en vol et au sol auxquels seront soumis les cinq avions de combat candidats dans le cadre du programme AI2030 auront lieu d’avril à juin 2019 sur la zone militaire de Payerne. Les avions seront testés quant à leurs capacités, par ordre alphabétique, sur l’aérodrome militaire. L’ordre de passage des avions d’armes est le suivant: Airbus Allemagne pour le Typhoon le 12 avril; Boeing pour le F/A-18 E/F le 30 avril; Dassault avec le Rafale le 21 mai; Lockheed-Martin avec le F-35 A le 7 juin et Saab avec le Gripen E le 25 juin. Il s’agit pour la Susse de se doter au plus tard en 2030 d’avions de combat modernes pour remplacer sa trentaine de F/A-18 C et D et ses vieux F-5 E et F.

Il y a quelques mois, certains estimaient en Suisse que les chances du F-35, avion américain, étaient assez faibles compte tenu de l’acharnement dont a fait preuve le Département américain de la Justice (DoJ) envers les banques suisses et ses représentants. Dans la même veine, la récente condamnation de la banque helvétique UBS par la Justice française à payer une amende de 3,7 milliards d’euros (UBS a fait appel) pour « démarchage bancaire illégal » et « blanchiment aggravé de fraude fiscale », place les Français dans une position assez délicate et elle n’est pas des plus opportunes pour les chances du Rafale tricolore…

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BAE Systems pris dans le piège de la coopération

L’interdiction des ventes d’armes comportant des composants allemands vers l’Arabie Saoudite décidée par Berlin place tous les partenaires européens de l’Allemagne dans une situation très délicate. C’est déjà le cas du missile Meteor de MBDA, et la question de la livraison de Typhoon à l’Arabie Saoudite est désormais sur la table. Le programme Eurofighter/Typhoon est un programme en coopération multi-pays entre le Royaume-Uni, l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne (BAE/Leonardo/Airbus). Pour résumer, l’Allemagne retient en otage une partie de l’industrie aéronautique européenne pour des considérations de politique interne. Outre les livraisons c’est aussi toute la chaîne de fournisseurs qui est impactée dans le cadre des programmes de maintenance de la flotte de Typhoon en Arabie Saoudite.

L’interdiction de livrer des pièces et des équipements comportant des composants allemands (l’Allemagne réalise 30% de la valeur d’un Typhoon) aura des conséquences sur la disponibilité des Typhoon saoudiens. Londres va donc de voir aller demander des explications à Berlin sur ce sujet délicat. Au-delà des aspects diplomatiques, l’impossibilité d’exporter vers l’Arabie Saoudite pose un sérieux problème à BAE Systems pour qui le Royaume représente 14% de son chiffre d’affaires et de 15 à 20% de son EBITA, selon des calculs d’Oddo Securities. C’est loin d’être négligeable d’autant que BAE a (avait ?) bon espoir de livrer un nouveau lot de 48 Typhoon à l’Arabie Saoudite dans le cadre du programme Al Salam 2. Un contrat très compromis aujourd’hui.

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Motorisation du SCAF : Rolls-Royce en embuscade ?

Les ministères français et allemands de la défense ont annoncé la signature des premiers contrats d’études amont pour la motorisation du SCAF (système de combat aérien du futur) à Gennevilliers chez Safran la semaine dernière. Pour la période 2019-2024, le motoriste français, architecte intégrateur, bénéficie d’un contrat de 115 millions dans le cadre d’un programme études amont 5PEA) pour développer la technologie des parties chaudes, la turbine haute pression et la chambre post combustion destinées aux moteurs du SCAF. La motorisation est un enjeu de taille d’autant que les futurs moteurs du SCAF seront plus puissants que les M88 du Rafale. Safran devra travailler sur de nouveaux alliages résistant à de très hautes températures. Les bureaux d’études de Safran ne vont pas chômer pour relever les défis technologiques et balayer les quelques inquiétudes sur les compétences du motoriste français après ses déboires avec le fiasco du Silvercrest, moteur destiné au Falcon 5X de Dassault.

Pour MTU, l’enjeu est loin d’être négligeable car le motoriste allemand qui affiche de grandes ambitions va devoir démontrer qu’il est à la hauteur de celles-ci, et ce n’est pas gagné.  MTU travaillera sur les parties basse pression ainsi que sur la partie haute pression du moteur en sous-traitant de Safran. Paris et Berlin ont réparti les rôles : Safran est en charge du design, de l’architecture et des performances, MTU aura la responsabilité du MCO du moteur. Un partage qui laisse sceptique un familier des dossiers défense en France : « Les Allemands ont une approche industrielle, ils n’accepteront pas que MTU soit limité au seul MCO », prévient-il.

Très présent en Allemagne, Rolls-Royce pourrait être mis à contribution pour la motorisation du SCAF, aux côtés de MTU, une façon de tendre à la main à Londres en pleine déroute « brexitienne ». Aujourd’hui, nombreux sont ceux à Paris à espérer que les Britanniques rejoindront le programme franco-allemand SCAF ce qui implique que les coopérations d’aujourd’hui ne sont pas figées, loin de là. Dassault Aviation et Airbus, qui reçoivent 65 millions d’euros à se partager pour étudier l’architecture et le concept de l’avion futur ont des positions fort peu éloignées sur le sujet. Les deux parties sont d’accord pour ne pas «réinventer la poudre ». «Nous donnons à ceux qui savent faire et non pas à ceux qui ont envie de faire», résume-t-on à Paris. L’objectif, ambitieux, est de disposer d’un démonstrateur vers 2025-2027…

Soit, mais l’arrivée de l’Espagne au programme SCAF, annoncée par la  ministre de la Défense, Margarita Robles, si elle est une bonne nouvelle, risque aussi de complexifier un peu plus le partage industriel. Avec un atout pour Airbus qui dispose en Espagne d’une ligne d’assemblage Eurofighter et d’autres installations destinées aux programmes A400M et MRTT. Désormais, il ne reste plus qu’à BAE Systems de rejoindre le SCAF avec l’Italie et les Pays-Bas associés au projet britannique Tempest. Si cela se faisait, la bataille pour obtenir ou conserver le leadership du programme SCAF pourrait bien être sanglante.

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Dassault Aviation. Les secrets du standard F4 du Rafale

Mérignac. Dassault Aviation a reçu du ministère de la Défense la notification très attendue par Dassault et l’armée de l’Air française le contrat de développement pour le standard F4 de l’avion de combat Rafale ; la valeur du contrat est estimée à 1,9 milliard d’euros et concerne également Thales, MBDA et Safran. Le standard F4 s’inscrit dans une démarche d’amélioration continue du Rafale en tenant compte des progrès de la technologie et les retours d’expérience des opérationnels. Après les standards F1 (spécifiques aux premiers avions de la Marine), F2 (capacités air-sol et air-air), F3 et F3R (polyvalence élargie), le standard F4 marque une nouvelle étape. Le Rafale sera un avion de combat plus « communicant » et disposera de solutions de connectivité innovantes afin d’optimiser l’efficacité de l’avion dans le combat en réseau (communications plus sécurisées avec de nouvelles liaisons satellites, cybercapacités, serveur de communication, radio logicielle avec plus de débit et donc plus de données traitées. Le Rafale F4 entre dans l’ère de la data. De nouvelles fonctions vont améliorer les capacités de l’avion (évolutions des capteurs radar et optronique secteur frontal, capacités viseur de casque) et de nouveaux armements seront intégrés (missile air-air Mica NG et AASM de 1000 kg).Enfin, en termes de disponibilité, Dassault Aviation travaille dans le cadre d’un MCO (Maintien en Condition Opérationnelle) qui sera davantage verticalisé. Le standard F4 sera doté d’un nouveau Système de Pronostic et d’Aide au Diagnostic introduisant des capacités de maintenance prédictive avec notamment un nouveau calculateur moteur. Des améliorations nécessaires pour l’armée de l’Air française et qui intéressent de près les armées d’autres pays en particulier au Moyen-orient et en Inde.  Cet ensemble d’innovations devrait doper les chances du Rafale à l’export notamment en Suisse et en Finlande, voire au Moyen-Orient où le Rafale ne laisse pas indifférent même si Lockheed Martin pousse de tous ses feux le F-35.

NOTE. Calendrier. La validation du standard F4 est prévue pour 2024, avec certaines fonctions disponibles dès 2022. A ce jour 152 Rafale ont été livrés à la France par Dassault ; il n’y aura aucune livraison en 2019, 2020 et 2021 comme convenu entre l’Etat français et l’avionneur ; l’export devant prendre le relai (96 commandes à l’export de l’Egypte, du Qatar et de l’Inde). Les derniers Rafale égyptiens vont être livrés dans les semaines à venir puis ce sera au tour des avions commandés par le Qatar début 2019 et par l’Inde en septembre). C’est en 2022/2024 que doivent reprendre les livraisons de 28 appareils portant le total à 180 Rafale. La LPM prévoit une commande de 30 Rafale en 2023, soit après les élections présidentielles de 2022, avec des livraisons qui s’échelonneront entre 2027 et 2030.

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La politique fiscale de Donald Trump stimule les ventes de Falcon

Les faits. Dassault Aviation a enregistré en 2018 12 commandes pour le Rafale, à la suite de l’entrée en vigueur de l’option exercée par le Qatar, et 42 commandes pour ses avions d’affaires Falcon. L’avionneur a livré 41 Falcon neufs en 2018 contre 49 en 2017. Douze Rafale -9 destinés à l’export (Egypte) et 3 à la France-, ont été livrés en 2018, contre 9 l’année précédente (8 à l’export et un à la France). Par ailleurs, 2 Rafale Marine rétrofités au standard F3 ont été livrés à la France en 2018. En tout, le Rafale a enregistré 96 commandes à l’export depuis 2015, dont 24 par l’Egypte, 36 par le Qatar et 36 par l’Inde. Vingt-trois avions ont été livrés à fin 2018. Au 31 décembre, le carnet de commandes du groupe inclut 101 Rafale (73 Export et 28 France) et 53 Falcon (ne comprenant plus aucun Falcon 5X), contre 101 Rafale (70 Export et 31 France) et 52 Falcon (incluant des Falcon 5X) au 31 décembre 2017.
Commentaire. Les ventes d’avions d’affaires d’occasion se situent à un niveau historiquement bas, les prix se sont stabilisés. Surtout, les mesures fiscales de Donald Trump ont un effet sur le marché américain des bizjets. L’économie américaine continue de bien se porter (3,5% de taux de chômage) et le moral des chefs d’entreprise aux Etats-Unis est au beau fixe. La bonne tenue du marché de l’occasion est un signe très positif, expliquait récemment Eric Trappier, PDG de Dassault Aviation, puisque nombre d’acheteurs d’avions neufs veulent au préalable vendre l’appareil qu’ils possèdent. Cette année, Dassault pourrait livrer 47 avions d’affaires cette année (41 en 2018), 53 en 220 et 58 en 2020…, selon Oddo-BHF particulièrement optimiste pour Dassault Aviation.

Côté militaire, après le contrat de 36 Rafale signé entre le gouvernement Modi et Dassault Aviation en 2016 (La Cour suprême de l’Inde a annoncé le 14 décembre qu’elle refusait d’ouvrir une enquête sur cette affaire), il faudra attendre les élections générales du printemps 2019 en Inde et ses résultats pour estimer les chances de l’avionneur français. Deux gros contrats sont en jeu : 110 Rafale Air et 57 Rafale Marine.

 

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Comment Pékin et Washington préoccupent l’industrie aérospatiale française

Les entreprises françaises de l’aéronautique réunis au sein du GIFAS (Groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales) sont préoccupées par l’offensive de leurs homologues américains sur les marchés à l’exportation et par la montée en puissance des ambitions chinoises auprès des instances internationales.

Première source d’inquiétude, le soutien massif accordé par Donald Trump à son industrie aérospatiale civile et militaire. A cela s’ajoute une diplomatie variable et à court terme en fonction des intérêts économiques et politiques immédiats de la Maison-Blanche. Les groupes américains de la défense bénéficient du soutien sans faille des réseaux de l’administration via les chancelleries dans les pays qui sont identifiés comme des cibles pour les exportations américaines. C’est le cas en Asie-Pacifique, au Moyen-Orient et même en Europe où le F-35 de Lockheed Martin l’a emporté face aux concurrents européens Eurofighter et Rafale. Outre les chancelleries américaines à l’étranger, l’US Air Force apporte son soutien aux campagnes d’exportation pour placer des avions de combat des missiles et des hélicoptères. Une force de frappe commerciale, diplomatique et politique que ne peuvent aligner les industriels européens qui arrivent généralement en ordre dispersé…«Nos chances de contrats militaires dans certaines zones reposent sur la volonté de pays qui ne veulent pas dépendre à 100% des matériels américains et privilégient donc la double source mais malgré cela nous avons intérêt à présenter à chaque fois le meilleur rapport qualité-prix pour ganer», nous explique un industriel.

Seconde préoccupation, la Chine, dont les ambitions dans les secteurs de l’aéronautique civile, de la défense et de l’espace sont immenses et sans limite. Eric Trappier, président de Dassault Aviation et du Gifas, pointe au sujet de la Chine l’offensive diplomatique menée par Pékin auprès des instances internationales comme l’OACI (Organisation de l’aviation civile internationale) qui dépend des Nations unies et dont le rôle est capital puisque c’est cette instance qui définit l’élaboration des normes de standardisation du transport aéronautique international. La crainte est de voir les points de vue chinois peser -ou influencer, c’est selon-, sur les décisions de l’OACI comme c’est d’ailleurs déjà le cas avec les Etats-Unis, et sur d’autres organismes comme l’ASD (Association européenne des industries aérospatiale et défense) ou encore l’AESA (Agence Européenne de la Sécurité Aérienne), au risque d’être pénalisantes pour les Européens. «Pour que toutes les organisations ne deviennent pas américano-chinoises, il faut que l’Europe et la France pèsent face aux Etats-Unis et notamment face à la Chine qui monte en puissance avec des moyens colossaux.(…) Si l’Europe ne se mobilise pas aujourd’hui, ce sera compliqué demain », prévient Eric Trappier, président de Dassault Aviation et du Gifas.

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Espace. Stratobus, un projet fou ?

Thales Alenia Space (TAS) développe un concept de ballon stratosphérique conçu pour assurer des missions conjointes de celles d’un satellite. Son nom ? Stratobus, digne d’un livre de science ce fiction. La revue technique des technologies clés a conclu à la faisabilité du système et permet désormais à TAS de passer à la phase du développement. Deux ans après son lancement en 2016, un premier démonstrateur de 40 mètres doit voler l’an prochain à Istres et le premier modèle de vol est prévu pour 2020. « Le démonstrateur à échelle réduite est un ballon de 40 mètres ayant la forme aérodynamique du Stratobus sans sa partie propulsive. Il doit permettre en 2019 de valider le concept de lâché ainsi que des performances aérothermique de l’enveloppe et de son générateur solaire», explique le constructeur de satellites.

Thales Alenia Space porte ce projet très ambitieux destiné avant tout des applications militaires ou scientifiques dans un cadre plutôt régional que mondial. Avec une charge utile de 250 kg, Stratobus peut remplir des missions très diverses : télécommunication, navigation, observation et surveillance, mesure de l’environnement, pour des clients aussi bien civils que militaires. Ce dirigeable stratosphérique, propulsé par quatre moteurs électrique, évoluera à une altitude estimée de 18 à 20 kilomètres du sol pour profiter à la fois des faibles vents à cette altitude (environ 70 km/h) et d’une densité de l’air suffisamment réduite pour ne pas trop augmenter la masse et le volume de la nacelle. Un concentré d’innovation. L’une des trouvailles technologiques de Stratobus est son système d’alimentation en énergie solaire. « Afin de maintenir sa position à une altitude entre 18 et 20km et résister à des vents allant jusqu’à 25 m/s (soit 90 km/h), StratobusTM est doté de quatre moteurs électriques. Pour que ces moteurs fonctionnent 24h/24, l’énergie solaire est convertie par des cellules photovoltaïques placées sur le toit de l’enveloppe, cette énergie est stockée le jour, puis restituée à la demande la nuit. Ainsi, Stratobus est une plateforme entièrement autonome en énergie », résume Thales Alenia Space. Stratobus peut assurer des missions de 10 ans, avec une maintenance annuelle au sol de quelques jours. Enfin, l’engin est capable d’assurer une observation permanente pendant une année entière en partie grâce à une enveloppe spécialement développée pour une utilisation dans la stratosphère. Celle-ci est composée de plusieurs films, pour garantir l’étanchéité en évitant les fuites de gaz, avec au milieu une trame en fibres qui permettent d’assurer une résistance mécanique à la surpression. Alors, un projet fou Stratobus ? Possible, mais les enseignements qui seront retirés de ce programme pourraient avoir de précieuses retombées pour des applications spatiales bon marché.

-Stratobus est développé en partenariat avec AIRSTAR, CNIM, TRONICO-ALCEN SOLUTION F, le CEA, l’ONERA et le CNES. Le budget pour la première phase de développement s’élève à 45 millions d’euros dont une aide début 2016 du Commissariat général aux investissements (CGI) de 16,6M€ et du FEDER en 2017 de 3M€. Le reste étant assuré par les industriels et partenaires.

-Des missions mutliples. Capable de transporter 250 à 450 kg de charge utile selon la performance visée, Stratobus est prévu pour effectuer des missions de surveillance de précision d’une zone donnée ou du contrôle de l’environnement, des opérations de télécommunications et de navigation. Ses applications vont de la surveillance des frontières, des exploitations pétrolières et de la piraterie maritime, l’identification de navires, la mesure de la qualité de l’air, le renforcement du réseau GSM au cours d’événements de grande ampleur ou l’amélioration du système GPS sur les zones de trafic intense. Dans le cadre de missions télécom commerciales StratobusTM s’insère de façon complémentaire dans l’écosystème global des télécom en offrant des solutions de connectivité fixe et mobile complémentaires de celles fournies par les réseaux terrestres ou satellitaires.

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Old space: «Pour qui sonne le glas »

«Newspace ou Old space». Cette expression venue des Etats-Unis hérissent les dirigeants de la filière spatiale européenne qui se voient ringardisés et elle les vexe d’autant qu’ils n’ont pas à rougir de leurs compétences technologiques, bien au contraire : les succès commerciaux d’Ariane, de Thales Alenia Space et d’Airbus DS le rappellent régulièrement. Quant aux applications spatiales militaires, la France est à la pointe dans ce domaine en Europe. Pourtant, des pesanteurs persistent.

Peut-être les agences spatiales européennes n’ont-elles pas terminé leur réflexion sur la manière de s’adapter aux changements causés depuis l’arrivée de SpaceX et très bientôt de Blue Origin sur le marché. « Il faut décloisonner le secteur spatial européen en créant un écosystème spatial favorable au développement des ETI et des PME orientées essentiellement vers l’innovation technolo­gique afin de créer des champions dans le secteur », estime un industriel. « Des forces de transformation sont à l’oeuvre aux Etats-Unis et dans les pays émer­gents, cela peut être un danger mortel pour les esprits conservateurs», ajoute-t-il.

Avec la concurrence américaine la pression s’accentue sur les acteurs européens (institutionnels et industriels). Le marché spatial mondial, s’il n’est pas sinistré il est atone et en pleine transformation. « Le marché s’est incontestablement durci depuis trois ou quatre ans et cette transformation a surpris tous les acteurs de la filière spatiale, et pas seulement au niveau européen mais mondial. Personne n’a vraiment vu, ou cru, que cette transformation serait aussi profonde et durable », selon un familier du secteur. Les promesses des constellations ne sont pas tenues et leur avenir est plus qu’incertain (un sujet après le lancement de dix satellites OneWeb en Janvier 2019 par Arianespace). Quant au marché des satellites GTO il est passé de 15 unités commandées en 2016 à seulement 6 depuis le début de cette année.

Les hésitations de certains états européens pour confier à Arianespace leurs satellites institutionnels illustrent le désarroi ressenti chez ArianeGroup. « Après la conférence de 2014, nous ne pensions pas que ce serait aussi compliqué de transformer les intentions en contrats », résume-t-on à Paris. Pour le moment Ariane 6 n’a à son tableau de chasse que deux lancement Galileo (2017) et un autre pour le satellite CSO-3 (2018) alors qu’il lui faut entre 5 et 7 missions institutionnelles par an pour être viable économiquement. Deux autres missions sont toujours en négociation : JUICE (Agence spatiale européenne) qui doit étudier Jupiter et trois de ses lunes et les deux satellites espion allemands Georg dont le lancement est prévu vers 2022, tout comme JUICE.  Ariane Group espère toujours que l’Europe commandera sept lancements institutionnels d’Ariane 6 durant la période de transition entre Ariane 5 et Ariane 6 (2020-2023), puis cinq lancements institutionnels d’Ariane 6 par an à partir de 2023. Selon l’ESA, 25 missions institutionnelles ont été comptabilisées sur la période 2020-2023. Il ne s’agit pas de protectionnisme puisque toutes les grandes nations spatiales (Etats-Unis, Chine, Inde, Russie, Japon) réservent leurs missions institutionnelles aux lanceurs nationaux qu’ils financent et ferment leurs marchés à la concurrence.

Alors que l’industrie s’est remise en cause et restructurée (voir ArianeGroup), les instances européennes et nationales ne bougent guère. Et l’initiative de la Commission qui s’intéresse désormais à l’espace en promettant d’investir dans ce secteur 16 milliards d’euros est saluée positivement tout en étant redoutée : « S’il s’agit de créer une nouvelle couche sur l’Agence spatiale européenne et les agences nationales alors on va créer un super millefeuille! », s’inquiète un industriel qui appelle de ses vœux une simplification du « millefeuille » actuel. Enfin, la politique du juste retour industriel, si elle a été utile à une certaine époque est aujourd’hui une aberration pour la filière européenne. « Avec une supply chain soumise à la règle européenne du retour géographique, réalisée en euros sur un marché en dollars avec une parité défavorable, ce qui amène des surcoûts importants, c’est intenable », résume un analyste. L’agenda de la future conférence ministérielle de 2019 est chargé mais il mériterait d’être révisé pour tenir compte de cette situation afin que l’industrie puisse se battre à armes égales. Sinon, les 4 milliards d’euros investis dans le programme Ariane 6 risquent de l’avoir été en pure perte. Excepté à disposer d’un lanceur, Ariane 6, plus compétitif qu’Ariane 5.

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Le SCAF franco-allemand est-il en danger?

Il semble qu’il y ait actuellement un certain retard à l’allumage pour le Système de combat aérien du Futur (SCAF) au point que l’on se demande aujourd’hui si ce n’était pas une fausse bonne idée. Un tel projet, de part son ampleur, nécessite l’absolu soutien des gouvernements allemand et français. Il ne s’agit même pas d’une question financière -pas encore-, mais de la volonté politique de pousser dans une même direction les états-majors et les industriels des deux côtés du Rhin un système qui doit rassembler autour d’un nouvel avion de combat polyvalent, « adapté aux menaces aériennes contemporaines et exploitant le potentiel de l’intelligence artificielle », des moyens de combat travaillant en réseau, dont des drones de différents types. Une lettre d’intention signée le 19 juin dernier désigne la France comme «nation leader sur le projet» et elle prévoit que d’autres partenaires européens puissent se joindre à la réalisation du projet SCAF avec l’objectif de lancer une phase d’étude au plus tard fin 2018.  « Au plus tard » ? Nous sommes en novembre et rien ne se passe, laissant l’initiative aux détracteurs habituels de la coopération franco-allemande.

Plusieurs grains de sable sont venus gripper la mécanique franco-allemande. Tout d’abord l’axe franco-allemand par le Président Emmanuel Macron est affaibli par les revers politique de la Chancelière Angela Merkel dont on dit que les jours à la tête de l’Allemagne sont désormais comptés. L’arrivée d’un prochain gouvernement comprenant une participation des Verts (Die Grünen) inquiète les industriels de la défense sur la question de l’exportation d’armements. La position allemande mérite d’être clarifiée sur ce point : l’avion franco-allemand doit être exportable au-delà de la sphère de l’Union européenne sans que l’un des pays participants puisse mettre son veto uniquement pour des considérations de politique intérieure. Ce point est essentiel. Pour résumer, des arsenaux européens qui produiraient pour les armées européennes n’a plus de sens alors que l’export est un élément clé pour rentabiliser un programme. Si l’Allemagne renonçait au SCAF, il n’y a guère de doute que le prochain avion de combat de l’armée de l’Air allemande serait le F-35. C’en est fini de l’Europe de la défense. C’est un risque et c’est un choix très lourd de conséquences pour la BITD allemande.

Après les errements allemands, les Britanniques, que tout le monde souhaite voir rejoindre la SCAF, sont dans l’impossibilité de prendre position tant que les contours du Brexit n’auront pas été clairement définis. Et cela va prendre du temps. Quelle sera la cartographie de l’Allemagne dans un an et celle du Royaume Uni ? La situation est très instable pour lancer un programme si important. Ce trou d’air temporel est mis à profit par certains pour faire valoir leurs prétentions, légitimes ou pas, brouillant un peu plus l’horizon du SCAF. Pour les Européens, les enjeux du SCAF vont probablement au-delà des aspects opérationnels, il s’agit de renforcer la BITD européenne. Tout le monde s’accorde pour reconnaître qu’aucun pays de l’UE n’aura les moyens financiers de développer et de produire seul un avion de combat de 5ème génération. Des concessions sont donc à prévoir. Renoncer au SCAF avec les Allemands et les Britanniques serait un risque énorme pour l’avenir de la BITD européenne. L’issue de ces égarements est connue de tous : l’achat d’avions américains et une BITD européenne réduite au rôle de sous-traitants à la solde des avionneurs américains.  C’est la fin programmée de la souveraineté européenne et des bureaux d’étude français et britanniques. S’il est peut-être trop tard pour prendre des décisions, il n’est pas trop tôt pour se poser les bonnes questions !

 

 

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Bouffée d’air frais pour les souffleries de l’Onera

L’Onera va bénéficier d’une enveloppe de 48 millions d’euros pour moderniser l’ensemble de ses souffleries de Modane (Savoie) sous la forme d’un emprunt contracté auprès de la Banque européenne d’investissement (BEI). Un autre emprunt d’un montant d’une quinzaine de millions est en cours de finalisation. Au total, l’estimation pour la remise à niveau des huit souffleries est évaluée à 80 millions d’euros. Florence Parly, ministre des Armées, devrait annoncer officiellement, sous peu, ce soutien financier à l’Onera. C’est une bouffée d’air frais indispensable pour mettre à niveau ces équipements stratégiques qui permettent à la France d’être l’un des très rares pays à disposer de telles installations. Le Rafale, l’A400M, les avions civils d’Airbus, les missiles de MBDA, les lanceurs Ariane ; tous sont passés par Modane. Cet investissement intervient alors que l’Onera s’est imposé une réorganisation interne indispensable afin d’être plus disponible, plus efficace et plus compétitive et de donner envie à ses clients, notamment français, de reprendre le chemin de Modane qu’ils avaient tendance à éviter. En remplaçant certains éléments vieillissants des souffleries l’Onera va continuer à développer l’excellence de ses équipements, en particulier les savoir-faire pour l’instrumentation, les balances de mesure d’efforts, les maquettes complexes, les bancs de validation de ruptures technologiques… Et disposer de souffleries capables de concurrencer les installations américaines, voire chinoises. « Investir dans les essais en soufflerie, c’est minimiser les risques techniques, industriels et financiers tout en accélérant la mise au point du produit », rappelle un familier de l’Onera. Le ministère des Armées a débloqué l’an dernier une enveloppe de 20 millions d’euros pour traiter le sujet des enfoncements d’une des souffleries de Modane.

 

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La Belgique a choisi le F-35

A Bruxelles, il semble que ce soit un secret de Polichinelle et on s’en doutait un peu depuis quelques semaines. Pour le remplacement sa flotte de F- 16, la Belgique s’est finalement tournée vers le F-35 de Lockheed Martin. Le montant du contrat s’élèverait à 2,9 milliards de dollars alors que le gouvernement belge a approuvé un budget de 3,5 milliards pour 34 appareils. Ce qui revient grosso modo à 85 millions de dollars le F-35… Un vrai prix d’ami. Mais ce prix ne comprend pas la formation des pilotes , des mécaniciens, des heures de maintenance, etc.

C’est une fois de plus un signal négatif donné de la part d’un pays européen alors que le Rafale de Dassault Aviation et l’Eurofighter étaient des solutions techniques tout à fait acceptables. De plus, les propositions industrielles formulées par Dassault et par le consortium Eurofighter (Royaume Uni, Allemagne, Espagne, Australie, Norvège et ltalie) étaient sans égal par rapport à l’offre américaine. Cela, le gouvernement belge et les lobbys flamands qui ont poussé pour le choix américain au détriment du Rafale de Dassault, voire de l’Eurofighter, vont le découvrir à leurs dépens. En effet, dans le « club F-35 », qui rassemble les pays clients, les industriels locaux sont prioritaires à condition d’être en mesure d’assurer la charge de travail. Or, dans cette affaire, contrairement aux concurrents européens, Lockheed Martin n’a promis aucun retour industriel pour l’industrie belge et celle-ci va devoir être très très compétitive face aux membres du «Club F-35» (Italie, Turquie, Royaume-Uni, Pays-Bas, Canada). Pour mettre à niveau ses équipementiers, le gouvernement belge va donc devoir investir dans les sociétés aérospatiales du pays. Un investissement que le gouvernement de Charles Michel s’est bien gardé jusqu’à maintenant.

Enfin, le plus délicat  pour le gouvernement belge et en particulier pour le Premier ministre Charles Michel va être de trouver les bons mots pour expliquer cette décision de préférence a une solution européenne. On se régale d’avance. Mais le plus douloureux est probablement à venir pour nos voisins belges qui espèrent -encore?-, participer au programme d’avion de combat du futur (SCAF) aux côtés des Français, des Allemands, voire des Britanniques. Avec le choix du F-35 américain, il est clair pour de nombreux observateurs que la Belgique s’est exclue d’elle-même de ce programme structurant pour l’industrie aérospatiale européenne. Dommage.

 

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Brésil. La base spatiale d’Alcantara reprendra du service en 2019

La base spatiale d’Alcantara renaît de ses cendres et devient un enjeu stratégique pour les Etats-Unis. La Force aérienne brésilienne (FAB) souhaite en effet ouvrir sa base spatiale d’Alcantara à une utilisation commerciale dès 2019 et négocie en ce sens un accord avec les Etats-Unis. Située dans le nord du Brésil, dans l’Etat du Maranhao, Alcantara offre les conditions idéales de lancement grâce à sa proximité de la ligne de l’Equateur, ce qui permet d’économiser près de 30% de carburant. Et ce qui en fait donc une base spatiale potentiellement concurrente à des coûts probablement plus compétitifs que ceux du Centre spatial Guyanais (CSG). Cette attractivité pourrait intéresser des clients américains privés du secteur spatial. Aucune précision n’a été donnée sur le type de lanceur américain qui utilisera la base d’Alcantara. Des négociations à ce sujet ont repris en 2017. Si un accord en ce sens était conclu, il s’agirait, après la reprise des activités « avions commerciaux » d’Embraer par Boeing d’une nouvelle étape, et pas des moindres, dans les relations commerciales et diplomatiques entre les Etats-Unis et le Brésil. En août dernier, le Secrétaire américain à la Défense, Jim Mattis, a appelé le Brésil à resserrer les liens stratégiques avec les États-Unis ajoutant que les États-Unis veulent «une relation plus forte» avec le Brésil, qui passerait par l’utilisation de la base spatiale d’Alcantara. Washington n’entend pas laisser la Chine se développer en Amérique latine alors que Pékin a plusieurs projets spatiaux notamment en Patagonie, dans le sud de l’Argentine. Parallèlement, la Chine mène une offensive économique et commerciale en Amérique du Sud notamment dans les secteurs agricole ou minier qui agace les Etats-Unis. Le programme spatial brésilien a été arrêté suite à de nombreux accidents dont le plus grave est l’explosion en 2003 d’un lanceur de satellites sur la base d’Alcantara qui avait provoqué la mort de 21 personnes et détruit une partie des installations.

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Paris-Berlin. Pourquoi il faut sortir des procès d’intention en matière de coopération et d’exportations d’armements

Alors que la coopération européenne d’armement connait une embellie et que l’agenda franco-allemand se garnit de perspectives ambitieuses, un débat se développe autour de la politique d’exportation qui s’appliquerait aux matériels produits en collaboration. Il est en particulier frappant d’observer le procès instruit par certains en France face aux prises de position que suscite outre-Rhin la question des ventes d’armes. Essayons d’y voir plus clair en mettant en évidence les dissymétries et les convergences de part et d’autre :

1) Il est exact que le sujet soulève, du côté allemand, une sensibilité importante de l’opinion publique, exploitée à des fins électorales par les responsables politiques. S’est ainsi installé un jeu de rôles où la gauche (SPD et Verts) s’oppose publiquement aux exportations militaires, tandis que l’alliance CDU-CSU n’y fait pas obstacle (sans s’en faire pour autant le champion…). Cette situation est évidemment liée au débat plus général qui, pour des raisons historiques, inhibe encore l’Allemagne en matière de défense. Elle est à l’opposé de ce que nous connaissons en France où rares sont les responsables politiques qui n’applaudissent pas aux récentes percées du Rafale sur les marchés extérieurs.

2) Derrière ces positions d’estrade, il y a une réalité : en 2017, l’Allemagne était, selon le SIPRI et en termes de livraisons, le quatrième exportateur mondial d’armes juste derrière la France. Et la vente d’armement obéit des deux côtés à la même double appréciation : l’une de politique étrangère, pas toujours alignée entre Berlin et Paris, même si les divergences d’évaluation d’un client potentiel ont finalement peu de raisons de se multiplier ; l’autre économique avec des objectifs de commerce extérieur et, surtout, d’amortissement du développement du matériel à exporter. Avec l’augmentation des coûts non-récurrents pour les programmes les plus avancés technologiquement, ce dernier aspect occupe une priorité accrue et non contestable. S’agissant de projets en coopération, les bénéfices à attendre de l’exportation sont par conséquent identiques pour les partenaires, et son impact politique, positif ou négatif, ne renvoie en définitive aujourd’hui qu’à des considérations intérieures.

3) Paradoxalement, la réglementation applicable aux exportations d’armement est beaucoup plus stricte en France, puisqu’elles sont tout simplement interdites, quel qu’en soit la nature ou le destinataire, sauf autorisation accordée par une commission interministérielle (la CIEEMG) aux termes d’une procédure administrative parfaitement rigoureuse. L’approche allemande, encadrée par une loi fédérale, diffère sensiblement : les autorisations d’exporter relèvent du ministère de l’Economie ; elles ne concernent en tout état de cause que les « armes de guerre » ; sauf cas particulier, elles ne peuvent pas être refusées si le pays destinataire est un pays allié (membre de l’OTAN, Japon, Australie, Suisse,…) ; en revanche, la vente est réputée interdite s’il existe un risque d’emploi dans une zone d’instabilité. Au total, le système allemand, s’il est moins lisible, n’est pas moins permissif que celui en vigueur en France, bien au contraire…

4) Cette question de l’exportation des équipements produits en coopération n’est pas nouvelle. Elle avait été abordée dans la période faste des années 1960 où de nombreux programmes collaboratifs, notamment franco-allemands, voyaient le jour. A l’époque, un accord avait été trouvé entre les deux ministres de la défense, Helmut Schmidt et Michel Debré : sans être légalement contraignant, le principe était établi qu’aucun des deux pays ne ferait obstacle aux exportations par l’autre du matériel produit en commun. Chacun trouvait son compte dans une règle simple permettant en réalité à l’industrie allemande de bénéficier, sans en assumer la responsabilité politique, de ventes conduites par la France. Mais ce principe est aujourd’hui celui qui prévaut dans les accords Eurofighter que l’Allemagne applique avec discipline, comme en attestent les récentes ventes conclues par le Royaume-Uni avec des pays du Golfe, zone réputée instable !…

Factuelle, l’analyse qui précède conduit à se demander quel est l’objectif poursuivi par ceux qui dénoncent aujourd’hui une politique allemande d’exportation restrictive en en faisant un obstacle préalable au lancement de programmes en coopération dont les perspectives à l’export s’ouvriront au mieux dans 15 à 20 ans… Pompiers pyromanes, ils ne font qu’attiser la médiatisation politique de la question outre-Rhin au risque d’en faire un véritable sujet de confrontation.

 

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Solar Impulse intéresse beaucoup Marwan Lahoud

Marwan Lahoud, ancien directeur de la stratégie et du marketing d’Airbus Group jusqu’en 2017 serait sur le point d’acquérir la société Solar Impulse, les droits de propriété industrielle et ses technologies comme les cellules photovoltaïques, les batteries au lithium-polymère et les matériaux ultras-légers en fibre de carbone. Solar Impulse a été créé par Bertrand Piccard et André Borschberg, à l’École polytechnique fédérale de Lausanne avec notamment comme projet un avion solaire. L’avion avec lequel  Bertrand Picard a fait le tour du monde ferait partie du lot.

Selon nos informations, Marwan Lahoud envisage de développer une gamme de drones solaires basés en haute altitude destinés à de multiples missions _ civiles, voire militaires _, comme l’observation ou la diffusion de réseaux Internet ; des applications destinées en particulier aux marchés africains et du Moyen-Orient.

Les concepteurs de Solar Impulse ont fait voler de nuit comme de jour, sans  carburant ni émission polluante pendant le vol, un avion monoplace à moteurs électriques alimentés uniquement par l’énergie solaire, jusqu’à effectuer un tour du monde. Le défi avait été relevé le 24 juillet 2016 : Bertrand Piccard avait atterri à Abou Dhabi achevant ainsi le premier tour de la planète en avion propulsé uniquement par l’énergie solaire.

Marwan Lahoud est depuis peu associé de la Tikehau Capital, une société d’investissement et de gestion et dirige sa propre start-up. Selon un avocat d’affaires parisien, Marwan Lahoud est présent sur tous les deals _ via sa société d’investissements _, qui concerne la consolidation des petites entreprises de la filière aéronautique. Un domaine qu’il connaît bien.

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Pour une Euro-DARPA : l’innovation au cœur de l’Europe de la défense

La défense doit reprendre la main sur l’innovation grâce à la nouvelle vague technologique (IA, Blockchain, IoT, etc.) pour répondre aux défis géostratégiques actuels. La création d’une DARPA européenne, pilotée par un nombre limité de pays, dotée d’une structure et de méthodes développement agiles, rendrait ces ruptures technologiques opérationnelles à moyen terme, estime le cabinet Roland Berger. Cette « EURO-DARPA » permettrait à la communauté de Défense (Opérationnels, DGA et industriels) d’améliorer de façon substantielle notre compétitivité à l’international.

L’Europe de la défense est une priorité de la Commission Juncker. Comment renforcer les capacités de défense du continent sans diluer les efforts budgétaires de chaque pays dans un fonctionnement bureaucratique inadapté à une situation géostratégique volatile, incertaine, complexe et ambiguë ? Une rupture dans la façon dont l’Europe aborde l’innovation est la clé de cette équation.

Le secteur commercial est la locomotive de l’innovation depuis vingt ans. Au cours des dix dernières années, cette innovation ne porte plus uniquement sur les technologies, mais également sur les processus de développement (Scrum, MVP, think big-start small-learn fast…) et de production (fablabs, additive manufacturing…). De telles méthodes permettent des cycles de développement et de production radicalement plus courts, et donc une mise en œuvre opérationnelle en adéquation avec l’évolution rapide des menaces.

La Défense peut revenir à l’avant-garde de l’innovation par cette rupture méthodologique. La création d’une structure d’innovation rapide devrait également renforcer des industriels européens de la défense aujourd’hui à la fois trop attentistes, et trop fragmentés. Les quelques acteurs européens qui rivalisent avec les géants américains reprendraient un avantage compétitif certain sur un marché global de plus de 300 milliards d’euros.

Une Europe de la défense tournée vers l’innovation devra s’appuyer sur les rares nations possédant à la fois les capacités techniques pour développer les technologies de demain (IA, autonomie, connectivité, Blockchain…) et la volonté géopolitique de les mettre au service de capacités de défense autonomes. « Créons dans les deux ans une Agence européenne pour l’innovation de rupture, à l’instar de ce qu’ont su faire les Etats-Unis avec la DARPA (Defense Advanced Research Project Agency) au moment de la conquête spatiale », a lancé le président de la république, Emmanuel Macron, à l’automne dernier. L’agence américaine existe depuis 60 ans et travaille notamment sur les exosquelettes, les robots, les interfaces neuronales, les drones et la furtivité des avions de combat.

L’instabilité géopolitique croissante aux frontières de l’Union exige, pour les pays européens, d’être en avance sur les mutations technologiques afin d’affirmer leur indépendance à l’égard des autres grandes puissances. Les technologies seront déterminantes sur les terrains d’opérations, décisives pour développer des pans entiers de l’industrie, bien au-delà de la défense, et ainsi contribuer à gagner la bataille du savoir du XXIème siècle.

Les Etats-Unis dépensent chaque année 140 milliards de dollars dans la recherche, dont la moitié dans l’industrie de défense. La DARPA représente 4% de ce budget annuel, soit 3 milliards de dollars. La recherche fondamentale (15%), la recherche appliquée (43%) et le développement (42%) sont les trois axes stratégiques. Ils assurent le leadership du pays en matière d’industrie et d’innovation. La force de la DARPA réside aussi dans son organisation flexible avec une forte rotation des projets et un recrutement sans cesse renouvelé. La structure hiérarchique, souple et horizontale, rend les prises de décision rapides. Les projets sont pilotés par un personnel extrêmement qualifié et motivé par des objectifs ambitieux, et ce d’autant plus que la prise de risque est encouragée. Depuis 60 ans, cet alliage d’excellence de compétences et de financement abondant fait des Etats-Unis l’acteur majeur de l’innovation, et pas uniquement en matière de défense.

Des missions tournées vers l’innovation

Une DARPA européenne doit avoir des ambitions et des modes opératoires similaires. Dotée un budget de l’ordre d’un milliard d’euros, elle serait capable d’accompagner les transitions méthodologique et technologique, avec pour objectif d’accélérer la mise en œuvre de l’innovation au service de la défense. Son organisation améliorerait le fonctionnement actuel de l’Union et de ses Etats sur la politique de R&D en accélérant les cycles de développement. La condition préalable est de s’affranchir des règles bureaucratiques d’autres agences européennes. Il s’agit ainsi de consacrer un investissement limité mais à fort effet de levier sur des approches plus appliquées.

L’EURO-DARPA répondrait à ces défis. Pour assurer l’efficacité de cette nouvelle structure, la gouvernance doit être confiée à un petit noyau de pays afin d’éviter l’enlisement et les itérations contre-productives ainsi que les règles de juste retour géographique qui handicapent l’innovation dans d’autres domaines. Investir dans la réflexion et le dialogue entre ingénieurs et opérationnels, tout en s’inspirant des pratiques civiles, garantirait cette efficience.

Les missions confiées à cette Euro-DARPA seraient multiples. Les nouveaux usages et les nouvelles doctrines seraient ainsi évalués et les plus pertinents seraient soumis ensuite aux décideurs. L’engagement de la DARPA européenne pourrait également répondre à des demandes diverses et serait initié à la demande d’autorités européennes et/ou nationales afin de donner son avis sur les dossiers d’orientation des programmes d’armement. Ici, la nécessité d’une structure agile prendrait tout son sens afin d’en accélérer le déploiement opérationnel. Les projets menés par l’EURO-DARPA doivent également être nourris d’apports extérieurs, et ce dans le respect de la nécessaire confidentialité. Autrement dit, l’agence aurait vocation à faire appel à des start-ups en pointe sur des domaines non traditionnels (fintech, biotech, etc.) afin de faire éclore des idées nouvelles à partir des écosystèmes civils.

Un enjeu également national

La DARPA européenne serait également un aiguillon pour accélérer la réforme des processus des ministères de la défense nationaux, en les rendant plus agiles. En France, il s’agirait de créer des « territoires d’expérimentation » flexibles pour accélérer la phase allant de l’identification de nouvelles technologies et des nouveaux usages, à la validation des concepts et au déploiement, et ce par des approches de type « test & learn » (prototypage, pré-industrialisation en cycle court, définition et test de cas d’usage dans des conditions proches de la réalité). Ces approches nouvelles s’intégreraient dans le fonctionnement courant du ministère de la Défense dans l’optique de maintenir la place de la France dans la course mondiale à l’innovation, tout en affrontant des menaces de plus en plus difficiles à anticiper.

Lire à ce sujet « Défense européenne 4.0, des outils agiles face aux nouveaux défis opérationnels et technologiques ». Roland Berger Consultants.

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Paris-Berlin : perspectives et écueils d’une grande ambition dans la défense

Cahin-caha, les annonces franco-allemandes de juillet 2017 prennent forme. La rencontre Macron-Merckel à Meseberg le 19 juin dernier a permis l’accouchement de nouvelles avancées, avec en particulier la signature de deux lettres d’intention, l’une consacrée au MGCS (‘‘Main Ground Combat System’’), l’autre au NGWS (‘‘New Generation Weapon System’’). Ces documents s’efforcent de préciser les objectifs et calendriers communs que les 2 pays acceptent de se fixer pour développer ensemble, d’une part le successeur du Léopard et du Leclerc, d’autre part, celui de l’Eurofighter et du Rafale. Si cet accord a pu être trouvé dans les temps, c’est parce que les deux pays se sont répartis la responsabilité de ces programmes : la France a pu faire prévaloir ses vues sur le système aérien dont elle a le pilotage, tandis que l’Allemagne a imposé son approche pour le système terrestre dont elle doit assurer la conduite. Cette étape, importante, ne règle évidemment pas tout, s’agissant de projets hautement complexes dont l’aboutissement est prévu entre 2030 et 2040 et qui n’ont encore fait l’objet d’aucune étude partagée sérieuse.

En réalité, au moins 4 risques menacent à ce stade leur succès :

Le premier risque, c’est bien sûr l’étiolement de la volonté politique qui les porte aujourd’hui des deux côtés. Pour atteindre un point de non-retour, il faudra sans doute que cette dynamique soit maintenue jusqu’en 2025 : qui en prendrait aujourd’hui le pari ?

Le second risque, c’est que l’un des partenaires fasse un usage abusif de la clause de ‘‘lead nation’’ qui lui attribue la responsabilité d’un projet en ne respectant pas l’équilibre industriel qui est la condition même de son succès. L’ambition, technologique et budgétaire, de ces programmes impose la coopération et la répartition d’une charge en tout état de cause insoutenable par un pays isolé. Mais imagine-t-on que la France puisse cotiser au développement d’un futur char de combat si celui-ci n’impliquait pas suffisamment l’entreprise KNDS dont Nexter est le pilier français? Et réciproquement, peut-on croire que Berlin adhérera longtemps à un projet d’avion de combat européen dont les clés seraient exclusivement confiées aux sociétés du GIE Rafale (quand bien même celui-ci en aurait les compétences) ?

Le troisième risque c’est l’enveniment d’un débat sans issue sur les conditions d’exportation de ces équipements, aujourd’hui mis en avant par la partie française. Des deux côtés du Rhin, tout le monde est parfaitement conscient de l’importance de l’export pour assurer l’équilibre économique de projets de cette envergure. Mais, compte tenu de la date prévue pour leur entrée en service (vers 2035), comment exiger aujourd’hui des garanties concernant leur vente à des pays tiers ? La France et sa CIEEMG seraient bien en mal d’en donner. Et en Allemagne – où, soit dit en passant, l’exportation de l’Eurofighter ou du Leopard ne rencontre guère d’obstacle…–  soulever cette question dans le contexte actuel de coalition est une façon sûre de créer la polémique et de fragiliser les coopérations qui s’amorcent.

Le quatrième risque, enfin, c’est la Belgique, où se déroule actuellement une compétition qui condense assez bien l’enjeu auquel l’ambition franco-allemande est confrontée, puisqu’elle oppose le Rafale, l’Eurofighter-Typhoon et le F-35 américain. Non négligeable à court terme (on parle d’une quinzaine d’avions), cet appel d’offres, qui divise profondément le gouvernement belge, met aussi indirectement en cause l’entente entre Paris et Berlin.

En apportant un soutien politique actif au Rafale, les autorités françaises sont dans leur rôle, mais elles en oublient que, dans une logique européenne, l’objectif premier reste l’élimination du F-35. Ignorant la contradiction, elles sous-estiment  l’irritation de leurs interlocuteurs allemands (et sans doute belges aussi…) lorsqu’elles comparent le Rafale ‘‘européen’’ et le Typhoon ‘‘britannique’’, ou qu’elles laissent Dassault Aviation promettre aux Belges une place dans le futur avion franco-allemand s’ils retiennent pour l’immédiat l’avion français… C’est évidemment alimenter le procès que l’on fait souvent à la France, à Berlin en particulier, d’avoir une vision trop nationale de la construction européenne. Et c’est faire courir un vrai risque aux accords de Meseberg, au moment où l’Allemagne n’a pas encore renoncé à retenir le F-35 pour remplacer à court terme ses Tornado.

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Numérique : un défi pour les armées françaises

Le numérique s’est introduit dans les vies quotidiennes, dans les entreprises, dans les administrations… mais aussi dans les armées et c’est devenu un enjeu, un rendez-vous à ne pas manquer faute d’être marginalisé. Des parlementaires se sont récemment penchés sur la numérisation dans les armées et leurs conclusions, qui doivent être présentées tout prochainement, sont pour le moins contrastées.

Si cette évolution ne pose guère de problèmes dans le segment opérationnel (réseaux, matériels, etc.) en revanche, d’un point de vue organique, beaucoup reste à faire semble-t-il pour que le fonctionnement militaire soit optimum et que la mise en place en place de systèmes informatiques dans les armées ne se transforment pas en usine à gaz. Comme les entreprises et les administrations, les armées ont tout à gagner en utilisant de nouveaux modes de travail grâce aux systèmes d’information, mais à condition que ceux-ci soient bien pilotés et qu’ils fassent l’unanimité en interne.

Or, comme on l’a vu récemment avec le fiasco de la mise en place du système de gestion des paies Louvois, un projet mal piloté se révèle être un gouffre financier et crée une défiance des personnels concernés pas forcément envers le « système » lui-même mais plutôt envers ses géniteurs. La responsabilité et l’engagement de la hiérarchie militaire sont essentiels pour assurer le succès du numérique dans les armées. Ce qui n’est pas aisé d’autant que la génération actuelle d’officiers supérieurs a découvert Internet « en route ». Ce n’est pas une critique mais la génération née dans les années 1980-1990 nage dans le numérique. C’est un fait générationnel.

Pour autant, «il ne faudrait pas que le fossé se creuse entre les soldats qui utilisent personnellement Internet et les réseaux sociaux au quotidien et ce qu’ils vivent au professionnellement. Le risque ? C’est que les GAFAM (Google, Amazone, Apple,  Facebook, Microsoft) en sachent plus sur nos soldats que nous-mêmes ! Il y a un travail de formation nécessaire d’autant que les armées sont généralement réfractaires aux changements d’organisation et dans certains cas, la culture numérique militaire des officiers supérieurs est proche de zéro», estime un militaire.

Les entreprises de services informatiques ont, elles aussi, un rôle déterminant pour le numérique ; elles ont réussi leur entrée dans les armées. « Les réseaux des armées sont très complexes et bien souvent sous-estimés par les industriels qui ne comprennent pas toujours que tout se qui se passe dans le secteur civil n’est pas transposables dans les armées. Nous devons faire face à la juxtaposition de très nombreux métiers qui n’ont rien à voir avec le monde de l’entreprise », poursuit ce militaire. Le numérique pourrait par exemple permettre d’optimiser le MCO tant décrié ces dernières années. «L’une des difficultés actuelles du MCO est justement la non utilisation du numérique».

Outre le fonctionnement en interne se posent des problèmes de ressources humaines. Où trouver les compétences nécessaires ? Comment former les combattants ayant une compétence numérique ? Comment attirer des talents exerçant dans le privé et avec quelles formes de contrat ? C’est un véritable défi pour les armées. «Pour les nouvelles compétences comme l’intelligence artificielle il faut des statuts sur-mesure sinon ils ne viendront jamais chez nous. Il en va de même pour les jeunes ingénieurs de l’armement que nous envoyons dans les universités étrangères ; que va-t-on leur proposer à leur retour, saurons-nous les garder ? Ce n’est pas sûr», s’interroge un militaire. Heureusement, la ministre de la Défense, Florence Parly, est loin d’être réfractaire aux changements numériques, tout comme le gouvernement qui en a fait une priorité ; il y a donc bon espoir que les choses avancent dans le bon sens.

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