Motorisation du SCAF : Rolls-Royce en embuscade ?

Les ministères français et allemands de la défense ont annoncé la signature des premiers contrats d’études amont pour la motorisation du SCAF (système de combat aérien du futur) à Gennevilliers chez Safran la semaine dernière. Pour la période 2019-2024, le motoriste français, architecte intégrateur, bénéficie d’un contrat de 115 millions dans le cadre d’un programme études amont 5PEA) pour développer la technologie des parties chaudes, la turbine haute pression et la chambre post combustion destinées aux moteurs du SCAF. La motorisation est un enjeu de taille d’autant que les futurs moteurs du SCAF seront plus puissants que les M88 du Rafale. Safran devra travailler sur de nouveaux alliages résistant à de très hautes températures. Les bureaux d’études de Safran ne vont pas chômer pour relever les défis technologiques et balayer les quelques inquiétudes sur les compétences du motoriste français après ses déboires avec le fiasco du Silvercrest, moteur destiné au Falcon 5X de Dassault.

Pour MTU, l’enjeu est loin d’être négligeable car le motoriste allemand qui affiche de grandes ambitions va devoir démontrer qu’il est à la hauteur de celles-ci, et ce n’est pas gagné.  MTU travaillera sur les parties basse pression ainsi que sur la partie haute pression du moteur en sous-traitant de Safran. Paris et Berlin ont réparti les rôles : Safran est en charge du design, de l’architecture et des performances, MTU aura la responsabilité du MCO du moteur. Un partage qui laisse sceptique un familier des dossiers défense en France : « Les Allemands ont une approche industrielle, ils n’accepteront pas que MTU soit limité au seul MCO », prévient-il.

Très présent en Allemagne, Rolls-Royce pourrait être mis à contribution pour la motorisation du SCAF, aux côtés de MTU, une façon de tendre à la main à Londres en pleine déroute « brexitienne ». Aujourd’hui, nombreux sont ceux à Paris à espérer que les Britanniques rejoindront le programme franco-allemand SCAF ce qui implique que les coopérations d’aujourd’hui ne sont pas figées, loin de là. Dassault Aviation et Airbus, qui reçoivent 65 millions d’euros à se partager pour étudier l’architecture et le concept de l’avion futur ont des positions fort peu éloignées sur le sujet. Les deux parties sont d’accord pour ne pas «réinventer la poudre ». «Nous donnons à ceux qui savent faire et non pas à ceux qui ont envie de faire», résume-t-on à Paris. L’objectif, ambitieux, est de disposer d’un démonstrateur vers 2025-2027…

Soit, mais l’arrivée de l’Espagne au programme SCAF, annoncée par la  ministre de la Défense, Margarita Robles, si elle est une bonne nouvelle, risque aussi de complexifier un peu plus le partage industriel. Avec un atout pour Airbus qui dispose en Espagne d’une ligne d’assemblage Eurofighter et d’autres installations destinées aux programmes A400M et MRTT. Désormais, il ne reste plus qu’à BAE Systems de rejoindre le SCAF avec l’Italie et les Pays-Bas associés au projet britannique Tempest. Si cela se faisait, la bataille pour obtenir ou conserver le leadership du programme SCAF pourrait bien être sanglante.

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A propos aerodefensenews

Bruno Lancesseur est rédacteur en chef la lettre bi-mensuelle AeroDefenseNews. Pour recevoir gratuitement un numéro, envoyez votre adresse mail à aerodefensenews@gmail.com
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