Airbus-Boeing : Pourquoi la Supply Chain tient bon

Les faits. L’avionneur européen aurait annoncé à ses principaux fournisseurs son intention d’augmenter les cadences de production de ses programmes. Sur la famille A320, la cadence mensuelle serait de 50 appareils d’ici 2017 (vs. 46 en 2016 et 42 actuellement) et n’exclut pas d’atteindre le rythme de 60 appareils à l’horizon 2020 (soit 690 appareils). Sur l’A350, Airbus devrait stabiliser sa cadence à 2,8 appareils par mois (soit 32 avions par an) avant d’atteindre 5 appareils courant 2015 et 106 livraisons en 2017.

Commentaire. Malgré les mises en garde de certains grands fournisseurs d’Airbus sur les conséquences que de telles cadences pourraient avoir sur la supply chain, force est de constater qu’elle résiste, et plutôt bien. Les équipementiers ont su s’adapter aux exigences de leurs deux clients : Airbus et Boeing, qui, de leur côté, les soutiennent autant que possible. La chaîne de production est-elle vraiment en danger ? «Oui, car dans la période actuelle de mise sous tension croissante de la production, on risque de voir apparaître des problèmes d’allocation de ressources (capacités et compétences) et les fournisseurs de rang 1 vont devoir faire des arbitrages. Ces arbitrages se feront au cas par cas, en faveur de certains avionneurs… et donc en défaveur d’autres !», souligne Stéphane Albernhe, Managing Partner d’Archery Strategy Consulting. C’est le sujet le plus important aujourd’hui pour la profession, après une période intense de développements, avec les programmes A350, Boeing 787, les nouveaux Falcon de Dassault Aviation, le CSeries, le C919, etc.  Pour Stéphane Albernhe il ne fait aucun doute que les avionneurs vont accroître les cadences. Pourquoi ? « Parce que les compagnies aériennes estiment que les délais d’attente pour être livrées sont désormais trop longs. Il faut donc livrer plus vite et pour cela augmenter la production, voire multiplier les chaînes d’assemblage final dans les régions clés ». Autre argument qui plaide en faveur d’une augmentation des cadences : Airbus et Boeing veulent laisser le moins d’espace possible aux concurrents potentiels. «Stratégiquement, tout terrain laissé en friche expose le flanc et fait rentrer un concurrent, donc, il faut être présent sur tous les segments porteurs et avoir des capacités disponibles », résume Stéphane Albernhe. La pression a changé de côté : elle est aujourd’hui chez les avionneurs. Boeing et Airbus en tête.

B.L.

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Avion d’affaires : coopération technique entre Airbus Group et Aerion Corp. pour un supersonique dès 2021

Les faits. Après SpaxceX d’Elon Musk, Google et ses ballons…voici Aerion Corp. qui prépare son arrivée dans l’industrie aéronautique et pas dans n’importe quel segment : les vols supersoniques destinés à l’aviation d’affaires. La société américaine Aerion Corp., appartenant au milliardaire texan Robert Basseva, 66 ans, vient d’annoncer un accord avec Airbus Group pour échanger des données techniques concernant le un projet d’avion d’affaires supersonique, l’AS2, avec pour ambition un premier appareil produit en 2021.

Pour la société américaine basée à Reno (Nevada), cette coopération avec l’avionneur européen, plus précisément la division Airbus Defense and Space,  donne du poids à son projet. Airbus, fort de son expérience avec le Concorde retiré du service 2003 après 27 ans d’exploitation, fournira à Aerion Corp. une expertise sur la conception, la fabrication et la certification en échange de l’accès aux travaux de la société américaine. Aerion travaille en collaboration avec la Nasa et l’Université de Washington en particulier sur la réduction de la traînée sur les ailes et le fuselage. Le milliardaire Robert Basseva, fondateur de la société d’investissement Oak Hill Capital Partners LP, a lancé son projet en 2002, puis il l’a mis en sommeil à l’époque faute de résultats tangibles auxquels s’est ajouté l’impact de la crise financière mondiale de 2008-2009 qui a gelé de nombreux investissements dans l’industrie aéronautique.

Commentaire. Aerion estime le marché de l’AS2, un triréacteur, à environ 600 avions sur une période de 20 ans. L’avion volera en mode supersonique à une altitude de 51.000 pieds à une vitesse comprise entre 1,4 et 1,6 Mach au-dessus des Océans et à 0,99 Mach au-dessus des zones habitées. Son rayon d’action lui permettra de reliera Chicago à Francfort en seulement 5 heures et 8 minutes avec 12 personnes à bord. Le calendrier actuel prévoit un lancement de la production en 2016 pour un premier vol fin 2019 et une certification en 2021. Les pourparlers avec les motoristes sont en cours. Au-delà des défis technologiques que représentent la mise au point d’un tel avion d’affaires supersonique, reste le prix auquel serait proposé l’AS2 d’Aerion : probablement plus de $100 millions. Un ticket d’entrée finalement assez raisonnable si celui-ci se maintient dans cette enveloppe comparé aux prix de vente des avions d’affaires très haut de gamme. Le Global 7000 de Bombardier qui va entrer en service en 2016 est proposé à $72 millions.

L’Aerion AS2 : performances et specifications

Maximum operating speed 1.6 Mach

Long-range cruise, supersonic 1.4 Mach

Boomless cruise 1.1 -1.2 Mach

High-speed subsonic cruise .99 Mach

Long-range subsonic cruise .95 Mach

Approach speed <135 kts /250 kph

Range (7,500 ft BFL) IFR >5,000 nm / 9,260 km

Range (6,000 ft BFL) IFR >4,000 nm / 7,408 km

MTOW 115,000 lbs / 52,163 kg

BOW 49,800 lb / 22,588 kg

Wing area 1,350 sq ft / 125 sq m

EXTERIOR DIMENSIONS

Length 160 ft / 49 m

Width/wingspan 70 ft / 21 m

Height 26 ft / 8 m

INTERNAL DIMENSIONS

Max height 6 ft 2 in / 1.9 m

Wax width 7 ft 3 in / 2.2 m

Cabin length 30 ft / 9.1 m

Source : Aerion Corp.

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Pourquoi la coopération franco-britannique recèle des enjeux considérables Par Renaud Bellais et Josselin Droff, ENSTA Bretagne

Depuis les traités de Lancaster House en 2010, le France et le Royaume-Uni cherchent à renforcer leurs coopérations afin de surmonter les contraintes budgétaires et préserver leurs bases industrielles de défense. Ce rapprochement apparaît tout à fait logique. A eux deux, ces pays représentent une large part de l’effort de défense en Europe.

Selon l’Agence européenne de la défense (AED), la France et le Royaume-Uni représentaient ensemble 44% des dépenses militaires européennes en 2012. Cependant, ils pèsent bien plus dans les aspects capacitaires. Avec plus de 23 milliards d’euros d’achats d’équipements, ils réalisent plus de 52% des investissements. Leur poids est encore plus grand dans la préparation de l’avenir. Ils assument en effet les trois quarts de l’effort de R&D.

Il semble donc naturel que la France et le Royaume-Uni cherchent à renforcer leur coopération bilatérale, d’autant qu’ils partagent un même niveau d’engagement international et des approches comparables des missions de la défense. Les traités de Lancaster House visent ainsi à renforcer l’interopérabilité et la capacité d’action conjointe ainsi qu’à consolider les bases industrielles sur une base bilatérale.

Cependant, les avancées sont inégales. La coopération opérationnelle s’est nettement approfondie, ce qui est logique puisque près de 40% des forces européennes déployées sont françaises ou britanniques. Les opérations conjointes en Lybie ou le soutien logistique britannique au Mali et en République centrafricaine illustrent bien cet effort commun. A l’inverse, la coopération capacitaire et industrielle semble progresser plus lentement.

Certes, il y a eu des avancées notables, en particulier cette année. Des études bilatérales ont été annoncées en janvier pour le système de combat aérien du futur et un démonstrateur de drone anti-mines marines. En avril, la France et le Royaume-Uni ont lancé le programme de missile antinavire léger pour 600 millions d’euros. Dans le domaine terrestre, le Royaume-Uni envisagerait d’acquérir des VBCI et la France des drones britanniques Watchkeeper.

Ces projets sont toutefois loin de suffire pour faire émerger une base industrielle commune rationalisée, fondée sur des dépendances mutuelles et permettant aux armées d’accéder à un coût acceptable à des équipements conçus dans une logique d’autonomie stratégique. La coopération sur les systèmes majeurs, indispensable pour répondre aux enjeux capacitaires à moyen terme et pour favoriser une intégration des bases industrielles, se fait attendre.

Dès qu’elle est abordée, des points durs apparaissent… Comme le remarquait Laurent Collet-Billon, directeur général pour l’armement, en avril devant l’Assemblée nationale, « La revue complète des possibilités de collaboration future en matière de sous-marin nucléaire lanceur d’engins (…) n’a quasiment donné aucun résultat, hormis la possibilité d’une coopération générique concernant certains équipements : elle porterait sur 1 % du bâtiment à peine».

Or, ce sont dans les systèmes majeurs, souvent les plus coûteux en termes de maintenance, que les gains de mutualisation peuvent être importants. Des avancées ont été accomplies dans les missiles. Il convient maintenant de s’attaquer aux autres domaines clés : satellites, véhicules terrestres, navires, hélicoptères… et surtout à la mutualisation du soutien. Les enjeux y sont considérables, car le soutien représente jusqu’à 70% du coût global de possession des matériels.

 

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Pourquoi il faut manier avec précaution le changement d’identité d’une société

Une marque n’est pas seulement un nom et un logo, écrit Antoine Gelain, c’est aussi une histoire, des équipes, une culture, une identité. C’est aussi et surtout une perception des clients.

La disparation annoncée de la marque Eurocopter à l’occasion du changement d’identité du Groupe EADS est l’occasion de se poser la question de l’importance de la marque dans une industrie où les opérations de consolidation aboutissent souvent à la disparition de noms historiques voire “iconiques” : Matra, Aerospatiale, Sextant Avionique, Dornier, Vickers, Lucas Aerospace, GEC Marconi, Alvis, Racal Electronics, Shorts Brothers, Smiths Aerospace en Europe. AlliedSignal, Hughes, Litton, McDonnell Douglas, TRW aux Etats Unis, pour n’en citer que quelques-unes.  A chaque fois, les équipes de management trouvent de bons arguments pour justifier le changement de marque et il est vrai qu’il y a parfois une certaine logique à mettre en avant une seule marque plutôt que deux, ou à faire apparaitre une marque « corporate » plutôt que des marques produits, notamment pour signifier un changement majeur de stratégie ou de périmètre d’activité (dans le cas d’une fusion ou acquisition). Cela étant, une marque n’est pas seulement un nom et un logo. C’est aussi une histoire, des équipes, une culture, une identité. C’est aussi et surtout une perception des clients. La marque n’existe en effet que par la réponse qu’elle provoque chez les clients.

Changer une marque bien établie, c’est potentiellement déstabiliser ceux-ci et leur donner l’occasion d’aller voir ailleurs. C’est aussi se compliquer la tache en matière de communication et marketing. En effet, plus la marque s’applique à des domaines different, moins les messages peuvent être ciblés. C’est enfin faire un trait sur des années d’investissement, non seulement pour fidéliser les clients mais également souvent afin de créer une identité d’entreprise derrière laquelle les employés se reconnaissent, au-delà des frontières géographiques et des barrières culturelles. Il a fallu à Eurocopter dix bonnes années après sa création en 1992 pour qu’une culture d’entreprise commune s’installe entre la France et l’Allemagne, et c’est un chantier qui continue.  De la même façon, MBDA n’est devenue une entreprise à part entière qu’une dizaine d’années après sa création et là aussi le chantier n’est pas terminé. Eurocopter comme MBDA sont aujourd’hui des marques fortes dans leur domaine respectif et cette force est sous-tendue par un portefeuille de produits cohérent, une stratégie unique, une présence internationale, et une culture d’entreprise construite autour de la marque au fil des années.

Pourquoi alors y a-t-il tant d’exemples de destructions de marques dans le secteur aéronautique ?  Tout d’abord, cela s’explique par l’absence de culture marketing. Pour faire court, les ingénieurs sont typiquement de mauvais « marketeurs » et ils prennent donc de mauvaises décisions en la matière. Plus fondamentalement encore, le problème de l’industrie aéronautique est qu’il y a une culture d’intégration verticale – industrielle – forte et que cette culture a tendance à tout écraser sur son passage. Les marques sont ainsi sacrifiées sur l’hôtel des économies d’échelle, lesquelles d’ailleurs sont souvent surestimées, notamment dans le domaine commercial. Outre Eurocopter, une autre illustration récente de ce phénomène est la disparation de Spot Image.  Marque mondialement connue, leader incontesté de l’imagerie satellitaire, avec une empreinte commerciale internationale unique dans son secteur, elle a aujourd’hui disparu. Achetée au CNES en 2007 par Astrium, elle est maintenant fondue dans une entité appelée Astrium Geoinformation Services. Il est d’ailleurs ironique que la marque Astrium soit elle-même amenée à disparaitre, victime de la même logique d’intégration industrielle. Et c’est ainsi que Spot Image va probablement devenir…Airbus Defence & Space Geoinformation Services. Que l’on m’explique où est la création de valeur dans tout cela…

agelain@candesic.com

Note

Antoine Gelain est directeur de la Practice Aerospace, Defence & Security chez Candesic, cabinet londonien de conseil en stratégie et management. Il a démarré sa carrière chez Matra Défense puis Aerospatiale avant de devenir consultant en stratégie spécialisé dans l’industrie aéronautique et de défense.

 

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Jean-Yves Le Gall (*) : «Il faut tout faire qu’Ariane 6 arrive le plus vite possible. Pour cela, il faut gagner un ou deux ans sur le calendrier» (*) Président du Centre national d’études spatiales (Cnes)

  • Comment avance le dossier Ariane 6 ?
  • Nous passons les étapes clés de façon très encourageante. Le choix est arrêté avec une configuration composée de quatre boosters identiques, je pense que c’est finalement le seul moyen d’avoir un lanceur compétitif. Si on passe à une cadence de dix tirs, cela génèrera la production de 40 boosters par an, si on passe à une cadence 15, cela en fait 60 à produire… c’est vraiment le point clé. J’insiste sur ce point, s’il n’y avait pas cette caractéristique technique d’Ariane 6, les objectifs de coûts dont on parle seraient pratiquement intenables. Cette approche technique permettra d’être compétitif face aux autres lanceurs existants et à venir. Maintenant, nous sommes dans un processus de consultation industrielle qui débouchera sur un montage industriel. D’une manière générale, je suis très favorablement impressionné par la manière dont tout cela se déroule.    
  • Côté industriels, il y a des inquiétudes, voire des critiques sur Ariane 6, elles vous semblent justifié ?
  • Elles ne sont pas justifiées mais je les comprends. Il y a des appréhensions parce que nous changeons de monde. Le débat sur la configuration d’Ariane 6 existe exactement comme celui sur le passage d’Ariane 4 et Ariane 5 voici 25 ans !
  • Nous avons eu les mêmes problématiques lorsque l’on est passé d’Ariane 4 à Ariane 5. Pourtant, l’évolution du mode d’organisation industrielle entre Ariane 5 et Ariane 6 est bien moindre qu’entre Ariane 4 et 5, le choc technologique était alors bien plus fort. Rappelez-vous qu’à l’époque nous avons entièrement changé de mode de propulsion. On avait alors des industriels qui produisaient une propulsion liquide et de manière marginale de la «cryo» et nous sommes passés à un lanceur à poudre avec ce que j’appelle de la «grosse cryo», puis au développement du moteur Vulcain. Avec Ariane 6 la transition est beaucoup plus douce puisque l’on garde la poudre. La différence est que l’on passe à de la «grosse cryo» à de la «moyenne cryo» sur la partie haute du moteur Vinci.
  •  Ariane 6 sera donc l’un des lanceurs les plus compétitifs du marché ?
  • J’insiste sur ce point, nous avons choisi de faire ce lanceur, Ariane 6, dans cette configuration technique parce que c’est le seul moyen qui nous permette de rester dans la course. Nous n’avons pas choisi la poudre pour faire plaisir aux uns ou aux autres… J’ajoute que le choix de la poudre (PPH, 1er et 2ème étage à poudre, 3ème étage liquide) n’a de sens qu’à partir du moment où il y a quatre boosters identiques, sinon cela ne marchera pas. Lorsque les industriels sont arrivés avec des configurations différentes (trois boosters à poudre différents pour la partie basse, etc.), cela n’avait pas de sens.
  • Nous considérons que si la transition est bien gérée, c’est-à-dire si nous allons vers une bonne cadence de tirs d’Ariane 6, l’augmentation des lancements compensera le fait que le moteur est plus petit. Sur une Ariane 5, aujourd’hui, vous avez le moteur Vulcain et le moteur HM7, (un gros et un petit moteur) et les industriels en font cinq par an… L’objectif est que demain nous fassions de 10 à 15 moteurs Vinci par an. Nous avons fait les calculs, à partir de dix moteurs fabriqués par an, cela se compense. Deux moteurs Vinci, c’est l’équivalent de 1 Vulcain et 1 HM7.
  • La décision qui a été prise début juillet pour Ariane 6 -on le verra après coup-, est extrêmement importante pour l’industrie spatiale européenne.   
  •  Le premier tir d’une Ariane 6 est toujours fixé pour 2021-2022 ?
  • Non, il faut aller plus vite, il faut tout faire qu’Ariane 6 arrive le plus vite possible sur le marché. Je suis frappé de voir à quel point le paysage concurrentiel évolue vite. Il est encore trop tôt pour donner une date mais il faut gagner un ou deux ans sur le calendrier. Certes, la situation est compliquée industriellement mais c’est possible. Le fait qu’il y ait quatre boosters identiques rend justement la situation plus simple…
  •  Le premier tir d’une Ariane 6 en 2019, c’est un objectif ?
  • C’est un sujet qui est sur la table, ce n’est pas encore un objectif, mais c’est le point auquel il faudrait arriver, oui. 
  • L’environnement concurrentiel se complique. Space X va faire des lancements GTO. Sans avoir lancé, Space X a déjà fait du tort à Arianespace en signant des contrats qui ont entraîné une baisse des prix sur le marché des lancements. Il va y avoir un lacement Space X dans quelques jours, en cas de succès ils vont rebattre les cartes.
  • De même, après les échecs du lanceur Proton, les Russes ont baissé leurs prix parce que les taux d’assurance ont augmenté… Il s’est déroulé pendant les vacances un évènement, à mes yeux, très important c’est que le gouvernement allemand a acheté à Space X trois lancements pour ses satellites d’observation ; c’est lourd de sens, non ? Or, ces satellites auraient pu être lancés par Vega ou Soyuz. Et je suis convaincu que si nous avions pu proposer une solution de lancement dans laquelle l’industrie allemande était partie prenante ils ne seraient pas allés chez Space X.
  • Nous sommes dans un environnement où les constantes de temps sont longues. Je note à ce sujet que cette problématique de marché a été bien comprise par notre ministre Geneviève Fioraso et c’est la première fois qu’un ministre chargé de l’espace rentre autant dans le détail.
  • Les fondamentaux des systèmes de lancements de part le monde sont totalement différents. Ariane est un lanceur sûr avec une approche zéro échec, Proton connaît des échecs mais leur approche statistique est différente de la nôtre. Sea Launch est toujours là, les Chinois prennent pas mal de contrats en offrant un package satellite chinois/lancement chinois et aides diverses aux opérateurs en Afrique et en Amérique du Sud et c’est autant d’opportunités qui ne sont pas sur le marché international.  
  •  Mais si vous avancez le calendrier d’Ariane 6, il faut aussi avancer celui d’Ariane 5 ME ?
  • Nous verrons cela lors de la prochaine conférence ministérielle de 2014. Il y aura des choix à faire, c’est trop tôt pour en parler. Il y aujourd’hui deux sujets : dans un an où en sera Space X et où en sera le Proton ? Entre deux scenaris extrêmes (échec de Space X et Proton sort du marché à cause de nouveaux échecs), et, de l’autre : plein succès de Space X et le Proton renoue avec le succès. Voilà deux hypothèses qui vont transformer le marché actuel des lanceurs en profondeur.
  •  La propulsion électrique des satellites est sur le point de bouleverser le marché, cela vous semble une tendance pérenne ?
  • Ces satellites sont apparus sur le marché voici dix ans et, à l’époque, personne n’y a vraiment cru parce que, il faut le reconnaître, les résultats techniques n’ont pas été concluants. Un certain nombre de satellites électriques a d’ailleurs été lancé par Boeing mais cela s’est terminé par des échecs donc on n’en a plus parlé.
  • Boeing est revenu sur le marché voici deux ans avec beaucoup d’ambition et il propose, aujourd’hui, aux clients un package comprenant un satellite électrique lancé par Space-X. Voilà où nous en sommes.
  • Pour résumer, les satellites électriques ont une particularité, ils sont volumineux mais légers. Avec seulement une masse de 2,5 tonnes c’est l’équivalent d’un satellite classique de 6 tonnes dont vous avez enlevé le moteur chimique et les ergols. Résultat, vous gagnez en coût de lancement, le satellite coûte moins cher à construire. Toutefois, en contrepartie, la durée de mise à poste est plus longue, de l’ordre de trois à six mois, mais trois mois seulement avec un lancement Space-X. Si Boeing parvenait à réduire ce laps de temps, alors cela donnerait un coup d’accélérateur au marché des satellites électriques dont les premiers exemplaires de Boeing doivent être lancés en 2014. De mon point, de vue, je ne m’attends pas à un raz de marée de ces nouvelles plates-formes, du moins à court terme car ce sont des processus qui prennent du temps.
  •  Quelle est la réponse des Européens à cette nouvelle concurrence ?
  • C’est pour cette raison que nous avons décidé d’investir dans l’allongement de la coiffe d’Ariane 5 afin que dans la partie basse où l’on loge un petit satellite, il y ait à peu près deux mètres de plus pour placer un satellite électrique avec les antennes pliées vers le haut. C’est aussi pour cette raison que nous avons décidé de réagir lors de la conférence ministérielle de Naples où 250 millions d’euros ont été votés pour le développement des satellites de nouvelle génération NEOSAT à propulsion électrique et qui associe Thales Alenia Space et Astrium.
  • Propos recueillis par Bruno Lancesseur

 

 

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Drones : les trois erreurs françaises qui handicapent l’avenir de la filière industrielle

 

La France va donc acquérir auprès de Washington deux drones Predator Reaper fabriqués par General Atomics, leader dans le domaine depuis de nombreuses années. Il s’agit probablement de drones Block-1, qui ne sont pas de la dernière génération, mais qui auront le mérite pour les Forces armées françaises de pouvoir être rapidement déployés au Mali. Plus vite ils seront livrés aux Français et déployés sur le terrain, moins ils ont de chance d’être « francisés » (*) comme on l’espérait du côté des industriels. Les militaires français devraient être formés aux Etats-Unis et selon toute vraisemblance les drones seront pilotés depuis les Etats-Unis. Comme c’est le cas pour les Predator britanniques.  General Atomics est l’un des rares industriels à proposer « sur étagère » des drones. Une offre et un savoir-faire acquis grâce aux encouragements et aux soutiens financiers du Pentagone. Résultat, General Atomics a été très tôt en mesure de proposer aux Forces armées américaines le bon produit au bon moment. Aux Etats-Unis, c’est le succès d’une filière où industriels, militaires et politiques ont travaillé ensemble avec succès.  Acheter un matériel américain alors que la filière industrielle des drones en France et en Europe a justement besoin d’un programme, de financements et de commandes, c’est un échec pour EADS Cassidian, Thales, Dassault Aviation et tous les sous-traitants concernés par la filière drones européenne.

Forts de leurs succès en Libye, puis, aujourd’hui au Mali, les militaires français ont su convaincre le gouvernement de l’urgence à s’équiper de drones. On sait aujourd’hui quelles utilisations précieuses les militaires américains ont fait avec ces drones, de l’Afghanistan au Mali : les renseignements qu’ils en ont retirés au Moyen-Orient et en Afrique. De plus, c’est loin d’être anodin, des vies ont été épargnées puisque les drones ont permis de réaliser des missions à hauts risques sans intervention humaine sur le terrain. On comprend dès lors la nécessité pour les militaires français de disposer de tels outils pour effectuer les missions ordonnées par le pouvoir politique.

Pour autant, la décision française d’acheter des drones américains est le résultat d’une triple méprise : militaire, industrielle et politique.  

Militaire. Les états-majors Terre Air et Mer n’ont pas su croiser leurs besoins en matière de drones dans les années 1990 et encore moins dans les années 2000. Ainsi, chaque arme a défendu « son » drone en fonction, sans prendre en compte la mutualisation des besoins et alors même que les menaces de restrictions budgétaires se pointaient à l’horizon.

La capacité d’anticipation a été proche du néant, avec pour conséquence une cacophonie doctrinale qui a conduit à reporter de LPM en LPM les investissements dans des capacités. Résultat, en Afghanistan, les Forces françaises étaient équipées de Sperwer (Sagem-Safran) et de Harphang (Cassidian). Ces mêmes Harphang ont été utilisés en Libye avec l’appui indispensable de drones américains, puis trois Harphang ont été expédiés au Niger pour servir l’intervention au Mali.

Industrielle. Toujours à l’écoute des souhaits des états-majors, les industriels ont participé au fil des ans à cette cacophonie qui a conduit à multiplier les projets franco-français puis franco-européens, etc. Et ce, sans se rendre compte combien cette approche était peu lisible aux yeux des politiques toujours prêts à ne pas trancher pourvu qu’on les y aide.  

Politique. Les rapports parlementaires réalisés par des membres des commissions de la Défense de l’Assemblée nationale et du Sénat, de droite comme de gauche, ont plusieurs fois tiré le signal d’alarme, en recommandant une homogénéisation et une mutualisation des moyens. Sans succès. Les lobbys ont fonctionné à 100 %. Le pouvoir politique s’est bien gardé de trancher et a remis à plus tard les choix décisifs.  

Conclusion. La satisfaction de voir les militaires français enfin disposer des équipements dont ils ont besoin et le constat amer qu’en France et en Europe, il n’y a pas de politique industrielle en général et de Défense en particulier. Le savoir-faire français et allemand, et les centaines de millions (de 500 millions à 1 milliard d’euros à ce jour) investis en fonds propres par les industriels dépensés pour un drone MALE l’auront été en pure perte car les industriels européens auront perdu la main et ne pourront combler le retard accumulé.

Bruno Lancesseur

 

(*)S’ils ne sont pas francisés, les drones Predator achetés par la France n’auront pas d’autorisation de survol du territoire français, leur pilotage s’effectuera depuis les Etats-Unis, les transmissions de données ne seront pas sécurisées (système de cryptage américain…) et transiteront via le Centre de pilotage basé sur le territoire américain avant d’arriver en France. 

 

 

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Emirates : droits de trafic contre une commande de 30 A380

Emirates Airlines veut se développer en France et met dans la balance une commande de 30 A380 supplémentaires.

Les faits. La compagnie aérienne de Dubaï veut se développer sur le marché aérien français et compte obtenir des droits de trafic supplémentaires au départ de Lyon  – deux vols en plus pour passer de 5 à 7 vols hebdomadaires-, et elle espère obtenir le feu vert des autorités françaises pour ouvrir une nouvelle escale comme Toulouse, fief d’Airbus et capitale d’une région qui accueille de nombreuses entreprises du secteur aéronautique consommatrices de voyages long-courriers. Emirates souhaite également ouvrir une nouvelle escale en France, « nous pensons à Marseille ou Bordeaux mais c’est vrai que Toulouse nous semble bien adapté », nous a confié Thierry Antinori, vice-président exécutif d’Emirates, en marge de la signature du renouvellement du partenariat sportif entre Emirates et le Paris Saint-Germain. En contre partie, la compagnie s’engagerait pour une nouvelle tranche d’A380. «Nous sommes prêts à acheter trente A380 si nous obtenons satisfaction », indique Thierry Antinori.

La compagnie aérienne de Dubaï souhaiterait aussi disposer aussi d’un vol quotidien sur la route Lyon-Dubaï afin de mieux répondre à la demande de la clientèle affaire de la région Rhône-Alpes qui demande plus de fréquences et de flexibilité.

Pour faire face aux attaques éventuelles venant de la part d’Air France, la compagnie met en avant sa contribution à l’économie française par sa présence et par le nombre de touristes étrangers qu’elle transporte vers la France. Une contribution bienvenue précise-t-on chez Emirates compte tenu de la situation de l’économie française actuellement.

Décryptage. Emirates, qui dessert Dubaï depuis Paris trois fois par jour auxquels s’ajoutent un vol quotidien au départ de Nice et 5 vols par semaine au départ de Lyon espère convaincre les autorités françaises avec l’appui d’Airbus. En jeu, une commande de 30 A380 qui tomberait à pic pour l’avionneur européen alors que le programme s’essouffle sans nouvelles commandes (9 en 2012 et 0 depuis le début de l’année…). Avec 262 exemplaires commandés dont 90 par Emirates, l’avenir du  programme A380 repose, aujourd’hui comme à ses débuts, plus ou moins sur les commandes de la compagnie de Dubaï. Excepté si d’ici à quelques mois les vendeurs d’Airbus sont en mesure d’apporter de nouveaux contrats de nouveaux clients. Et rien n’indique que des annonces suffisamment fortes en nombre sont prévues.  

Bruno Lancesseur

 

 

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Michel Armand (*) : «J’étais loin d’imaginer que l’on ait osé proposer une technologie encore peu sûre pour des batteries lithium-ion dans un avion» (*) Michel Armand, électro-chimiste et chercheur honoraire au CNRS

-Vous soutenez que la technologie lithium-ion (Li-ion) fondée sur l’oxyde de manganèse ne doit pas être utilisée pour développer une filière de véhicules électriques, est-ce la même qui est utilisée dans la filière aéronautique et, dans ce cas, est-ce aussi risqué?

D’une manière générale, les oxydes de métaux de transition (Mn, Ni, Co) deviennent facilement des comburants pour les électrolytes qui sont des solvants organiques inflammables. À ce point de vue, l’oxyde de cobalt utilisé par GS Yuasa est encore pire que l’oxyde de manganèse, c’est à dire produit une réaction d’emballement thermique plus facilement. La seule justification de ce choix est que l’oxyde de cobalt donne des meilleures énergies stockée par unité de masse. Et encore, sans doute par précaution – insuffisante – cet oxyde de cobalt n’était prévu qu’à une utilisation de 80% de sa capacité, et le gain de poids par rapport aux technologies conventionnelles est très modeste.     

 

-L’incident survenu le 6 janvier dernier à Boston sur les batteries Lithium-ion d’un Boeing 787 de Japan Airlines ne vous donc surprend pas ?

J’étais loin d’imaginer que l’on ait osé proposer une technologie encore peu sûre pour des batteries Lithium-ion de pratiquement 30 Kg dans un avion ! Les incendies de batteries au lithium pour les ordinateurs sont bien documentés et il est interdit d’enregistrer en soute la moindre batterie lithium-ion, cette directive est très strictement appliquée en Asie, dont le Japon. Il apparaît, de plus, que la batterie ne disposait d’aucun système de régulation de température, et je suis enclin à penser que c’est la basse température qui a entraîné des courts-circuits (de très fins filaments de lithium métallique appelés dendrites). Ce phénomène est assez connu, les voiture hybrides qui sont équipées de batteries lithium ion sont prévues pour que la batterie n’accepte aucune charge quand la température est ≤ -5°C

 

 

-Les autorités de certification FAA aux Etats-Unis et EASA en Europe ont-elles été suffisamment informées en vue de certifier une technologie innovante ?

Les chiffres sont là : nous avons eu deux incidents graves pour un nombre d’heures de vol cumulées des 787 inférieur à 100.000. Boeing avait soutenu pour la certification que cette probabilité (limitée à l’émission de fumée) était inférieure à une pour 10 000 000 d’heures de vol. Il semble aussi que les batteries aient déjà été remplacées à un rythme alarmant par ANA et JAL, sans que l’information ne remonte à ces Agences. 

 

-Quelles solutions privilégiez-vous pour Airbus et Boeing ?

Airbus a déjà pris position : c’est un retour aux anciennes batteries Nickel-Cadmium pour le futur A-350. Boeing au contraire campe sur ses positions. L’avantage des batteries au lithium est une possibilité de charge rapide (pratiquement 1 heure), mais dans ce cas il faut revoir en totalité les composants, ce que l’on appelle la « chimie » de la batterie, pour la sécurité.

 

-Quels sont les enjeux techniques, industriels et économiques ?

Il existe un matériau qui remplace les oxydes, qui est le phosphate de fer et de lithium (LiFePO4) qui résout totalement les problèmes de sécurité de l’électrode positive. Restent en deuxième ligne l’électrode négative et l’inflammabilité des solvants de l’électrolyte. Il serait hors cadre de détailler ici cette « chimie », et je serai assez confiant que la sécurité puisse devenir acceptable, mais on est très loin des options qui ont été retenues par Yuasa ou SAFT.

Au point de vue économique, tous les fabricants de batteries Li-ion au Japon perdent de l’argent car le marché du véhicule électrique n’a pas suivi, ces batteries sont trop chères. En se lançant dans le domaine aéronautique les industriels espéraient un marché plus rémunérateur, ce qui semble maintenant bien compromis. 

 

-Faut-il remettre en cause ou repenser ce que l’on appelle « l’avion tout électrique » ?

Aucun avion ne fera Paris-Sydney alimenté par les batteries du futur et sans carburant. Il est néanmoins tout à fait souhaitable que l’on intègre plus d’électrification dans un avion pour gagner en émissions de CO2. La motorisation des roues du train d’atterrissage pour éviter que les réacteurs soient utilisés avec un très faible rendement pour les manœuvres au sol est un bon exemple.

Propos recueillis par Bruno Lancesseur

 

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Les Boeing 787 Drealliner interdits de vol, une décision rare

Une interdiction mondiale de vol (Consigne de Navigabilité Urgente) a été lancée sur décision américaine à l’encontre de tous les Boeing 787, après une série exceptionnelle d’incidents, des mesures d’autant plus rudes que les investigations en cours sur les batteries pourraient exiger des semaines. La flotte d’une cinquantaine de Boeing 787 (dont 24 exploités par les compagnies japonaises) est ainsi immobilisée sine die. «C’est une décision rare», a déclaré à l’AFP un porte-parole de l’Agence européenne de la sûreté aérienne (AESA), soulignant que seul le pays de fabrication de l’appareil est habilité à prendre cette mesure au niveau mondial.

Rappel des faits. L’Agence fédérale américaine de l’aviation (FAA) a décidé de lancer une enquête de fond sur la sécurité du Boeing 787, après plusieurs incidents survenus à bord du nouvel appareil de Boeing. Cette enquête se concentrera sur le système électrique du Dreamliner et sur les mesures de contrôle de qualité utilisées dans la fabrication de l’avion. Une série d’incidents est survenue ces dernières semaines (fuites, problèmes de freins…) et il devenait urgent que les autorités américaines décident «quelque chose» pour empêcher les rumeurs de prendre le dessus. Cette décision a été prise après un début d’incendie survenu à Boston à bord d’un 787 de JAL, après son atterrissage en provenance du Japon. Les passagers avaient déjà débarqué quand le feu a démarré mais la FAA avait ordonné dans la foulée l’inspection immédiate de tous les 787 en service pour vérifier que certaines pièces étaient correctement assemblées.
Analyse. L’avion «tout électrique» est-il remis en cause ? Les enquêteurs de la FAA vont revoir en profondeur le processus de certification du système électrique très développé et très sophistiqué du 787 afin de couper court à ces mauvaises nouvelles qui ternissent la réputation du 787, de Boeing et de la FAA. Il faut savoir s’il s’agit d’un problème de jeunesse facilement réparable concernant un avion très innovant ou si l’on est face à un véritable problème de conception.
Le 787 illustre ce l’on appelle l’avion «tout électrique», c’est une innovation majeure pour les équipementiers et les avionneurs mais comme toute avancée technologique, il y a souvent des problèmes de maturité à régler, notamment en ce qui concerne les batteries au lithium utilisées sur le 787. La puissance électrique restituée est de l’ordre d’1mégawatt… Peut-être y-a-t-il eu un enthousiasme prématuré pour le tout électrique et le tout plastique pour alléger la masse de l’avion et optimiser sa consommation de kérosène. En tout cas, il y a désormais un vrai challenge à relever pour Boeing et ses partenaires industriels pour que la réputation du 787 ne soit pas durablement ternie.

Le 787 ne se comporte pas plus mal que le 777, selon Boeing

Les divers problèmes plus ou moins sérieux émaillant la mise en service opérationnelle du Dreamliner mais aussi de l’A380 rappellent avec insistance que tout programme aéronautique civil est loin d’être une sinécure. Comme pour l’A380, les premiers 787 ont été refaits « à la main ». Evidemment, cela surprend, mais c’est normal. Si au début des années 2000, certains ont cru que l’industrie aéronautique avait atteint une maturité lui permettant de s’émanciper de certaines contraintes lourdes qui ralentissent les processus de production, il n’en n’est rien. L’an dernier, Boeing a livré 46 B787 après 3 appareils en 2011. «Comme pour tout nouveau programme, des problèmes surviennent au cours de la première ou des deux premières années d’exploitation. Par rapport à la même période de mise en service du 777, nous sommes dans une situation similaire en termes de fiabilité, d’entretien et de disponibilité des avions. Dans une large mesure, le 787 se comporte de la même façon que le 777 au moment de son entrée en service. Et je peux dire que les performances de ces deux avions, le 787 et le 777, sont supérieures à celles de tout autre gros porteur entré en service au sein des flottes du monde entier», assurait la semaine dernière Mike Sinnett, vice-président et ingénieur en chef du programme 787.

787 : la participation des principaux équipementiers français

Labinal (Safran) produit tout le système d’interconnexions électriques et réalise des études d’ingénierie ainsi que du support sur site, Messier-Bugatti-Dowty fournit les systèmes de freinage électrique et les trains d’atterrissage avant et principaux ; Radiall a conçut des systèmes d’interconnexion entre différents systèmes critiques, Thales fournit le système de conversion de puissance électrique et les batteries Lithium-ion de dernière génération fabriquées par la société japonaise GS Yuasa, l’afficheur de vol intégré donnant les paramètres de navigation et le système de divertissements de bord (IFE), les sociétés du Groupe Zodiac Aerospace fournissent de nombreux équipements : toboggans d’évacuation, masques à oxygène des pilotes, distribution électrique primaire, écrans et claviers du cockpit, balais d’essuie-glace, leviers de train d’atterrissage, aménagement intérieur et système de gestion des eaux usées et de traitement des déchets.

Note
La FAA a donné son feu vert pour des vols ETOPS (Extended-range Twin-engine Operation Performance Standards) en 787 à 180 minutes en attendant d’étendre cette autorisation à 330 minutes. Le 787 est un appareil destiné à ouvrir de nouvelles routes sur de longues distances ne justifiant pas l’exploitation d’un 777 ou d’un avion de type 747 ou A380. La certification ETOPS 330 mn est donc un avantage concurrentiel clé pour le 787 qui lui poserait des problèmes commerciaux si cette dérogation lui était retirée, notamment pour les liaisons trans-Pacifiques.

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Analyse Comment avec le Neuron, Dassault Aviation se repositionne sur le jeu européen

Bien que ses dirigeants s’en défendent, ils ont poussé un «ouf» de soulagement le 10 octobre dernier lorsqu’EADS et BAE Systems ont renoncé à leur mariage faute d’avoir convaincu la Chancelière allemande, notamment. La fusion aurait donné naissance au premier groupe européen dans la défense, l’espace et l’aéronautique civile et se serait imposé comme le champion européen du secteur. L’avionneur tricolore aurait donc été quelque peu cornérisé sur le jeu européen faute d’avoir créé des alliances structurantes ; le nouvel ensemble BAE Systems/EADS aurait monopolisé toutes les attentions et Dassault Aviation, isolé, aurait eu du mal à faire entendre sa voix.

Le premier vol du Neuron, démonstrateur d’UCAV construit en coopération avec Saab, HAI, Alenia, Ruag et EADS Casa a été suivi le 19 décembre par un second vol public à Istres. Ce qui est une performance.

Souvent accusé de jouer solo, Dassault Aviation a eu beau jeu de démontrer ce jour-là qu’il savait coopérer avec succès mais selon ses propres recettes. A savoir « une implication des gouvernements, une organisation claire et simple, un travail basé sur les compétences réelles de chacun et non celles qu’il aurait pu souhaiter acquérir aux frais du programme et donc du contribuable européen et une utilisation d’un unique langage industriel (PLM)». Laurent Collet-Billon, Directeur général de la DGA a d’ailleurs a rappelé à Istres que cela faisait «plus de vingt ans que l’on avait pas vu un démonstrateur militaire en Europe» et il a salué «l’alliance industrielle portée par Dassault Aviation qui a été une des clés du succès». Et Serge Dassault a d’ajouter que « l’Europe peut travailler ensemble à condition d’avoir un maître d’oeuvre qui choisit les meilleures compétences».

Le discours de Dassault sur la coopération n’a pas changé au fil des années, simplement, avec l’échec de la fusion EADS/BAE Systems et le succès technologique du Neuron il est devenu plus audible. Avec Eric Trappier bientôt aux commandes, l’avionneur compte bien s’engager sur la voie de l’international et de la coopération. Les travaux sur le Neuron vont se poursuivre en 2013 et 2014 pour l’emmener à maturité puis, en 2015 les Français pourront éventuellement  comparer leur avancée avec le Taramis de BAE Systems et envisager ou non de travailler ensemble sur le futur avion de combat européen qui, tout le monde est d’accord sur ce point, se fera en coopération ou ne se fera pas. A une nuance près, Dassault Aviation compte bien être dans le jeu européen, à une place de choix et pas sur un strapontin.

Bruno Lancesseur

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La stratégie furtive de Barack Obama: une novation majeure Par Jean-Louis Gergorin

« Nous assistons à un changement de la doctrine stratégique américaine. Il est d’importance majeure et il est totalement discret. Il devrait inciter les Européens, notamment les Français, les Allemands et les Anglais, à de profondes réflexions ».  Cette novation stratégique, sans nom officiel, mais souvent dénommée par les commentateurs à Washington « light foot print strategy », que nous proposons de traduire de façon non littérale par « stratégie furtive », repose sur deux éléments majeurs : sur le plan militaire, elle est caractérisée par la priorité donnée à trois capacités susmentionnées :

– les drones et en particulier les drones armés de missiles air-sol très précis ;

– les forces spéciales ;

– les capacités défensives et offensives de cyber-défense avec la constitution d’un état-major ad hoc, le Cybercommand, colocalisé avec l’Agence nationale de cryptologie et renseignement électronique, la NSA, dont le directeur est en même temps le patron du Cybercommmand.

Sur le plan de l’emploi, l’innovation est la faculté que se donne le Président des États-Unis d’utiliser ces trois capacités sur le territoire d’états avec lesquels l’Amérique n’est pas en guerre, éventuellement sans le consentement de ces états si le Président estime que ces actions unilatérales sont indispensables pour assurer la sécurité des États-Unis. Dans ce cadre, les opérations sont toujours placées sous le commandement d’un responsable de la communauté du renseignement dans le cadre juridique d’une autorisation présidentielle d’action clandestine (« Presidential Finding ») dont les objectifs mais non le détail opérationnel sont communiqués, pour information, aux quatre dirigeants des Commissions du renseignement du Sénat et de la chambre des Représentants. C’est ainsi que toutes les frappes de drones au Pakistan ou au Yémen et le raid des forces spéciales américaines ayant abouti à la mort de Ben Laden ont été effectuées sous l’autorité du directeur de la CIA. Quant à l’opération Olympic Games de cyber-attaque contre les sites iraniens d’enrichissement, les informations officieuses publiées en juin 2012 indiquent qu’elle est menée par la « Communauté du renseignement ». Il apparaît en fait que non seulement le Pentagone accepte que des moyens militaires soient placés dans ces opérations clandestines sous le commandement de responsables du Renseignement mais qu’il le souhaite aussi. Une explication plausible de cette générosité pentagonale est : si ces actions étaient menées sous contrôle militaire, ce seraient des actions de guerre relevant de la Convention de Genève, ce qui exposerait évidemment les personnels impliqués alors que les opérations clandestines de la Communauté du renseignement se situent évidemment dans une zone de non-droit.

Une novation stratégique durable

Il est intéressant de noter la faible contestation politique et médiatique de cette stratégie d’actions clandestines dont les modalités sont définies par le seul Président. La principale raison est le pragmatisme américain : cette stratégie est globalement perçue comme un succès démontré en particulier par l’élimination d’Oussama Ben Laden lors du raid d’Abottabbad et la décapitation d’une bonne partie de l’état-major d’Al-Qaïda par les frappes de drones. Quant au cyber-sabotage du programme iranien d’enrichissement nucléaire, personne sur l’échiquier politique n’y trouve à redire, d’autant plus que l’Administration laisse entendre que c’est la meilleure alternative à une frappe israélienne sur les sites iraniens aux conséquences catastrophiques. D’autre part, traditionnellement aux États-Unis, les critiques des services secrets et des éventuels abus de l’autorité présidentielle viennent de la gauche libérale démocrate. Celle-ci a évidemment quelque gêne à attaquer sur ce terrain un Président démocrate libéral…

Quel peut être l’impact de l’élection présidentielle sur la « stratégie furtive » de Barack Obama ? Ce dernier, réélu, ne manquera pas de la poursuivre et d’augmenter les moyens qui lui sont consacrés. Il considère indispensable de poursuivre une réduction du gigantesque budget du Pentagone qui contribue tant au déficit budgétaire américain. Or, les opérations furtives permettent de protéger les intérêts vitaux des États-Unis (ou de maintenir leur imperium…) à des coûts très inférieurs à ceux des moyens militaires conventionnels, surtout parce qu’ils permettent d’éviter des expéditions du type Vietnam ou Irak que personne ne veut revoir à Washington. Mitt Romney élu Président n’aurait pas raisonné différemment.

Cette novation durable de la posture stratégique américaine dans un sens plus «unilatéraliste » aura un impact majeur sur la scène internationale. Dans le cadre de cet article, nous nous limiterons à mentionner trois conséquences importantes pour la politique de défense de la France actuellement réévaluée par la Commission du Livre blanc.

Conséquences pour la stratégie française

L’importance de la cyber-sécurité est reconnue en France depuis quelques années à la suite notamment de la médiatisation de pénétrations informatiques ayant visé des sites administratifs ou industriels majeurs, de l’Élysée et Bercy à une grande entreprise du secteur énergétique (AREVA, ndlr). La création de l’Agence nationale de sécurité des systèmes d’information (ANSSI) a été une initiative très positive pour coordonner la protection du patrimoine notamment économique contre de telles attaques. Cependant, malgré une analyse très lucide des cyber-menaces dans le Livre blanc de 2008 sur la Défense et la Sécurité nationale, la dimension « cyber-défense » n’a pas encore été prise suffisamment en compte en termes de moyens et d’organisation. La révélation de l’opération Olympic Games, première cyber-attaque destructive d’un État contre des sites industriels d’un autre État, comme d’ailleurs les multiples informations sur l’importance des moyens cyber-offensifs déployés par l’armée chinoise, doivent entraîner une conclusion de bon sens : les cyber-attaques visant les infrastructures majeures sont une menace militaire majeure à laquelle il convient de faire face par la défense et par la dissuasion.

L’extension du parapluie nucléaire aux cyber-attaques posant un problème de crédibilité, dissuader celles-ci n’est concevable que par le développement parallèle de moyens d’identification de l’agresseur et de capacités cyber-offensives rendant trop coûteuse une cyber-agression pour l’État l’ayant initiée. Il paraît donc hautement souhaitable que cyber-défense et cyber-dissuasion deviennent une priorité stratégique de la France et que la réflexion nécessaire en termes de moyens, de doctrine et d’organisation soit entreprise dans le cadre de la Commission du Livre blanc.

Nous avons vu que les frappes de missiles tirés de drones sont une composante majeure de la stratégie furtive d’Obama. Au-delà des actions clandestines, les drones, armés ou de pure reconnaissance, jouent un rôle de plus en plus important dans la posture militaire américaine. D’ores et déjà, l’Air Force Academy, l’École de l’air américaine, forme plus de pilotes de drone que de pilotes d’avion. Et tout indique que cette tendance va s’accentuer. Même des acteurs émergents comme l’Iran développent leurs capacités en matière de drones.

Or, les armées françaises ont pris un retard important tant en termes de déploiement de drones que de concepts opérationnels. En particulier on a observé jusqu’à tout récemment un blocage conceptuel à l’utilisation de drones armés de missiles air-sol, alors même qu’une telle capacité pourrait s’avérer très utile face aux menaces actuelles ou futures, notamment en cas d’aggravation de la situation au Sahel. D’autre part, les rivalités politico-industrielles franco-françaises et européennes ont abouti à une dépendance extra-européenne en matière de drones stratégiques dits MALE (Medium Altitude Long Endurance). Une mise à plat d’ensemble de la problématique des drones dans tous ses aspects, débouchant sur des priorités d’action, devrait donc être également un des axes forts du Livre blanc.

Sur le plan politico-militaire, « la stratégie furtive » américaine est par essence unilatérale et secrète, ce qui n’exclut pas des coopérations au cas par cas dans des opérations ponctuelles. Le seul partenariat durable connu est avec Israël sur l’opération Olympic Games de cyber-attaques contre l’Iran.

Comme d’autre part il y a un consensus bi-partisan pour redéployer le gros des moyens militaires américains vers la zone Asie-Pacifique, il est très probable que l’OTAN, après son échec afghan et sa divine surprise libyenne, poursuivra une routine ouatée ne justifiant ni l’excès d’inquiétude des souverainistes ni l’excès de confiance des atlantistes.

Le contexte économique et politique n’étant pas pour quelque temps propice à une relance globale de l’Europe de la Défense, les novations stratégiques nécessaires en matière de drones et de cyber-défense devraient être autant que possible poursuivies en coopération avec l’Allemagne et la Grande-Bretagne, mais avec des potentialités différentes pour chacun de ces domaines :

– pour ce qui est des drones il n’y a aucun obstacle à une relation trilatérale tant sur le plan des développements industriels que des coopérations opérationnelles ;

– en revanche, une difficulté est probable en ce qui concerne le niveau de rapprochement avec la Grande-Bretagne lorsqu’il s’agira d’aller au-delà de la cyber-sécurité et de parler de moyens cyber-offensifs. En effet, depuis 1948 une coopération très étroite lie les organisations américaine et britannique de renseignement électronique, la NSA et le GCHQ. Or, comme le montre le Cybercommand américain co-localisé avec la NSA et dirigé par le directeur de cette Agence, les moyens cyber-offensifs dérivent naturellement des capacités de renseignement électronique.

La coopération en la matière de la France et de l’Allemagne avec le Royaume-Uni, aussi souhaitable soit-elle, risque donc d’être limitée par les contraintes résultant de la relation historique NSA-GCHQ. Pour une cyber-dissuasion franco-allemande, en revanche, rien ne s’oppose à un partenariat étroit franco-allemand sur tous les aspects de la cyber-défense. Mieux même, alors que l’hostilité allemande au nucléaire a compliqué la reconnaissance de la stratégie de dissuasion nucléaire française au sein du couple franco-allemand, le développement de capacités permettant d’empêcher par protection ou dissuasion les cyber-agressions ne devrait violer aucun des deux tabous allemands, le fondamental qui est le nucléaire et le relatif qui est l’intervention extérieure. Il devrait donc être possible de développer conjointement une nouvelle forme de dissuasion face aux nouvelles menaces qui ne cesseront de s’amplifier, celles des cyber-attaques sur les infrastructures vitales des deux pays économiquement si interdépendants. On peut donc exprimer un souhait : la création d’une capacité intégrée franco-allemande de cyber-dissuasion, visant à protéger les deux pays d’une des menaces majeures des cinquante prochaines années, pourrait être une des annonces majeures de la célébration le 22 janvier 2013 du cinquantenaire du traité de l’Élysée. Que la révélation de la cyber-stratégie offensive de Barack Obama puisse contribuer à une telle relance franco-allemande ne manquerait pas de sel…

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Hervé Guillou (*) : «Les attaquants bénéficient d’une impunité quasi totale puisqu’il n’y a pas de lois, ou très peu, sur le web qui est le nouvel espace économique mondial » (*)Président de Cassidian CyberSecurity

AeroDefenseNews : Quelle analyse faites-vous de la menace en matière de cyber-sécurité 

Hervé Guillou : Aujourd’hui, on peut citer deux chiffres en 2011 : 26 millions, le nombre de nouveaux codes malveillants créés et mis en circulation; et 290 milliards d’euros, le coût financier global du cyber-crime. Ces chiffres sont au moins dix fois supérieurs à ce qu’ils étaient cinq ans auparavant. On est complètement sorti de l’action individuelle, « Don Quichotesque », de l’adolescent geek (même si ça existe encore bien sûr); on est face à des attaques très bien organisées et très sophistiquées comme cela était le cas au Moyen-Age avec les attaques des pirates et des corsaires. Aujourd’hui, il s’agit soit d’organisations criminelles, soit d’organisations plus ou moins parrainées par des gouvernements. Et ces dernières sont capables, aujourd’hui, de passer au travers de l’essentiel des barrières mises en place.

Et non seulement cette menace explose en quantité et en qualité, mais on pense qu’elle est durable car la dissymétrie est extrêmement forte entre les attaquants et les défenseurs. Un attaquant dans le domaine de la cyber-attaque a peu de contraintes économiques puisque cela  coûte assez peu cher soit de développer des softwares malveillants, soit de louer des serveurs pour faire ces attaques : cela va de quelques milliers à quelques centaines de milliers de dollars. L’attaquant bénéficie par ailleurs d’un don d’ubiquité quasiment total puisque l’attaque peut être perpétrée, de manière simultanée, des quatre coins de la planète. En outre, il bénéficie d’une impunité quasi totale puisqu’il n’y a pas de lois, ou très peu, sur le web qui est le nouvel espace économique mondial.

Les défenseurs, quant à eux, sont riches de leurs propriétés intellectuelles, de leurs parts de marché, de leurs activités et de leurs investissements. Ils sont statiques et donc vulnérables. De plus, ils sont poreux et de plus en plus ouverts sur l’extérieur. Cette dissymétrie entre des attaquants très ciblés face à des défenseurs visibles, riches et statiques rend la menace extrêmement durable.

 

ADN : Que représente le marché de la cyber-sécurité ?

H.G. : Ce marché est aujourd’hui encore en construction. Il est bien identifié aux Etats-Unis où l’on estime qu’il représente 23  milliards de  dollars sur les 50 milliards du  marché mondial. Il commence à exister en France, en Allemagne et en Grande-Bretagne pour 3 milliards chacun, et le reste est encore très fragmenté à la fois du point de vue de la demande (gouvernements, entreprises critiques, PME, etc.) et du point de vue de l’offre avec des entreprises qui proposent des services informatiques, des firewalls, des anti-virus, etc. Certes, tout cela n’est pas encore très structuré, mais, incontestablement c’est un marché naissant et en croissance de l’ordre de 10% par an.

 

ADN : La menace est-elle sous-estimée par les entreprises ?

H.G. : Oui elle est sous-estimée mais pas uniquement par les entreprises. Les agences nationales et les gouvernements multiplient les publications pour améliorer la prise de conscience des dirigeants sur cette menace qui, je le répète, n’est pas uniquement un problème d’informaticien, loin s’en faut. C’est un problème de gouvernance des entreprises, de la puissance publique avant d’être un problème d’informaticien. Cela concerne les accès, les process, l’organisation de la sécurité… L’informatique n’est qu’un moyen. Aujourd’hui, cette menace est vraiment sous-estimée.

Le PDG de Symantec a coutume de dire que 70% des grandes entreprises et des grands services gouvernementaux ont été attaqués en 2011 et que les 30% restants l’ont aussi été, mais ils ne le savent pas encore !

Quel est le changement de valeur d’une société en bourse lorsqu’elle découvre qu’elle a des intrus dans son système d’information depuis trois ans et que ses droits de propriété intellectuelle ont été pillés ? Aujourd’hui, la mesure du défaut n’est pas encore bien intégrée dans les portes-feuilles de risques des entreprises, des assurances et des gouvernements parce que la mesure économique de cette menace ne fait pas encore partie des mœurs. Ce sujet a longtemps été considéré comme « une maladie honteuse » dont on n’osait pas parler parce que cela crée des problèmes d’image, des vulnérabilités juridiques vis-à-vis des clients, des fournisseurs, du personnel et pendant longtemps il y a eu une sorte de complicité du silence autour de la réalité de ce type d’attaques.

Lire la suite de cette interview dans AeroDefenseNews, tél : 01 76 71 07 16

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Jacques Gautier (*) : « Avec la défense antimissile, les Américains nous refont le coup du JSF ! »

(*) Sénateur-maire, Président de l’Association des maires des Hauts-de-Seine

AeroDefenseNews : Quelle est l’approche française actuelle en matière de DAMB ?

Jacques Gautier : Jusqu’à récemment, la France n’avait pas de véritable approche en matière de DAMB puisqu’elle vivait derrière la dissuasion nucléaire et que pendant des années la DAMB a presque été un sujet tabou. On considérait que la dissuasion était un substitut complet à la DAMB et qu’à partir du moment où il y avait dissuasion, nous n’avions pas à travailler sur la DAMB. Cela, contrairement aux Américains qui parlent de DAMB depuis les années 2000. De plus, à travers les missiles SAMP/T et Aster Block 1, on avait une réponse pour la DAMB de théâtre et le territoire était sanctuarisé par la dissuasion. La France s’est intéressée à la DAMB de théâtre dès lors que nous avions des troupes pré-positionnées dans des pays comme les Emirats arabes unis ou le Tchad qui étaient susceptibles de subir des frappes localisées. Ce n’est que quelques mois avant le Sommet de l’Otan de Lisbonne que l’on s’est rendu compte que la France avait évolué sur ce dossier en acceptant de passer de la défense de théâtre à celle de territoire avec une double condition : que la dissuasion reste essentielle pour l’Otan et la réaffirmation que DAMB est un complément et non pas un substitut à la dissuasion.

Reste qu’on est parti de là sans calculer combien cela allait nous coûter, quelle serait notre place, notre stratégie et notre philosophie dans ce domaine ! 

ADN : La DAMB est un concept avant tout américain, ne tentent-ils pas de capter les budgets R&D européens ?

J.G. : Nous en sommes persuadés. Il s’agit avant tout de vendre du matériel américain. Ils refont le coup du JSF ! Ils consomment depuis dix ans en moyenne dix milliards de dollars par an dans la DAMB. Aujourd’hui, les Américains n’ont pas besoin de nous car ils possèdent l’ensemble de la chaîne. Ils nous proposent leur C2, leurs croiseurs AEGIS et donc leur protection en échange de contrats avec les industriels américains pour acquérir des bâtiments calibrés pour tirer leurs missiles. C’est la voie aujourd’hui choisie par les Pays-Bas et le Danemark, notamment. Cela revient à se placer sous un commandement américain sans investissement industriel majeur. Les Etats-Unis ont étranglé l’URSS avec la « guerre des étoiles » et nous, nous disons, aujourd’hui, avec la DAMB soit les Européens renoncent et choisissent « américain » ou ils essaient de suivre. C’est un pari pour nous Européens. D’ailleurs, les Russes ont bien compris qu’ils ne pouvaient pas suivre, c’est pourquoi ils cherchent un terrain d’entente.

 Retrouvez l’Intégralité de cette interview dans la lettre AeroDefenseNews

 

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Le Brésil, bientôt premier producteur de pétrole au monde ?

C’est toute la géostratégie actuelle qui pourrait être remise à plat. Le gouvernement brésilien a réaffirmé ses droits sur sa plate-forme continentale, dans une zone riche en pétrole, au-delà des 200 milles marins, selon un décret paru au Journal officiel. Une commission interministérielle coordonnée par le commandement de la Marine a décidé que « le Brésil avait le droit d’examiner au préalable les demandes de prospection sur sa plate-forme continentale, au-delà des 200 milles marins » (370 km), selon le décret. La zone où le Brésil étend ses droits a une importance stratégique pour le géant sudaméricain qui a annoncé, il y a deux ans, la découverte de gigantesques gisements de brut en haute mer sous une épaisse couche de sel. Si ces réserves sont confirmées, le Brésil pourrait devenir l’un des premiers pays producteur de pétrole de la planète.

Commentaire Dans le cas du Brésil, l’extension de sa souveraineté sur le sol marin ajoute 960.000 km2 à sa zone maritime, qui compte actuellement 3,5 millions de km2. Le Brésil a annoncé en 2009 l’achat de sous-marins Scorpène français, dont l’un sera adapté pour recevoir un propulseur nucléaire que la Marine brésilienne est en train de développer dans le but de renforcer sa surveillance dans les zones riches en hydrocarbures. Récemment, la compagnie pétrolière Petrobras a annoncé qu’elle allait lever 64 milliards de dollars de capitaux frais en émettant de nouvelles actions, pour financer les investissements destinés à l’exploitation des gisements découverts en eaux très profondes (jusqu’à 7.000 m) qui requiert une technologie coûteuse, encore à développer.

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Général Alain Silvy « Les drones ne constituent pas seulement une évolution, mais une véritable révolution de l’aéronautique »

Si on se projette dans l’avenir, dans une démarche sans doute un peu idéaliste, le transport de fret par des avions civils qui vont d’un point à un autre, utilisent les mêmes couloirs aériens, pourrait très bien être effectué par des drones. Je pense qu’en matière de potentiel, il ne faut rien s’interdire concernant ces systèmes. Bien sûr, nous  sommes encore dans le choc des cultures avec d’un côté les « pro drones » et de l’autre les « pro aviation pilotée à bord ». Il ne faut pas bousculer les choses, laisser le temps au temps et profiter de cette période pour réfléchir intensément aux concepts d’emploi et expérimenter sur le terrain ce qui peut l’être, comme nous le faisons en Afghanistan. Parexemple, dans le domaine de l’interministériel, il y a encore beaucoup de voies à explorer, dans les missions de sécurité surveillance des feux de forêt, des zones maritimes, etc.) comme dans les applications commerciales potentielles (relais radio et TV, téléphonie mobile,…), et d’autres que nous n’avons pas encore clairement identifiées.

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