Pourquoi la coopération franco-britannique recèle des enjeux considérables Par Renaud Bellais et Josselin Droff, ENSTA Bretagne

Depuis les traités de Lancaster House en 2010, le France et le Royaume-Uni cherchent à renforcer leurs coopérations afin de surmonter les contraintes budgétaires et préserver leurs bases industrielles de défense. Ce rapprochement apparaît tout à fait logique. A eux deux, ces pays représentent une large part de l’effort de défense en Europe.

Selon l’Agence européenne de la défense (AED), la France et le Royaume-Uni représentaient ensemble 44% des dépenses militaires européennes en 2012. Cependant, ils pèsent bien plus dans les aspects capacitaires. Avec plus de 23 milliards d’euros d’achats d’équipements, ils réalisent plus de 52% des investissements. Leur poids est encore plus grand dans la préparation de l’avenir. Ils assument en effet les trois quarts de l’effort de R&D.

Il semble donc naturel que la France et le Royaume-Uni cherchent à renforcer leur coopération bilatérale, d’autant qu’ils partagent un même niveau d’engagement international et des approches comparables des missions de la défense. Les traités de Lancaster House visent ainsi à renforcer l’interopérabilité et la capacité d’action conjointe ainsi qu’à consolider les bases industrielles sur une base bilatérale.

Cependant, les avancées sont inégales. La coopération opérationnelle s’est nettement approfondie, ce qui est logique puisque près de 40% des forces européennes déployées sont françaises ou britanniques. Les opérations conjointes en Lybie ou le soutien logistique britannique au Mali et en République centrafricaine illustrent bien cet effort commun. A l’inverse, la coopération capacitaire et industrielle semble progresser plus lentement.

Certes, il y a eu des avancées notables, en particulier cette année. Des études bilatérales ont été annoncées en janvier pour le système de combat aérien du futur et un démonstrateur de drone anti-mines marines. En avril, la France et le Royaume-Uni ont lancé le programme de missile antinavire léger pour 600 millions d’euros. Dans le domaine terrestre, le Royaume-Uni envisagerait d’acquérir des VBCI et la France des drones britanniques Watchkeeper.

Ces projets sont toutefois loin de suffire pour faire émerger une base industrielle commune rationalisée, fondée sur des dépendances mutuelles et permettant aux armées d’accéder à un coût acceptable à des équipements conçus dans une logique d’autonomie stratégique. La coopération sur les systèmes majeurs, indispensable pour répondre aux enjeux capacitaires à moyen terme et pour favoriser une intégration des bases industrielles, se fait attendre.

Dès qu’elle est abordée, des points durs apparaissent… Comme le remarquait Laurent Collet-Billon, directeur général pour l’armement, en avril devant l’Assemblée nationale, « La revue complète des possibilités de collaboration future en matière de sous-marin nucléaire lanceur d’engins (…) n’a quasiment donné aucun résultat, hormis la possibilité d’une coopération générique concernant certains équipements : elle porterait sur 1 % du bâtiment à peine».

Or, ce sont dans les systèmes majeurs, souvent les plus coûteux en termes de maintenance, que les gains de mutualisation peuvent être importants. Des avancées ont été accomplies dans les missiles. Il convient maintenant de s’attaquer aux autres domaines clés : satellites, véhicules terrestres, navires, hélicoptères… et surtout à la mutualisation du soutien. Les enjeux y sont considérables, car le soutien représente jusqu’à 70% du coût global de possession des matériels.

 

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