Trois questions à Yan Derocles (*) : « Si le pétrole poursuit sa glissade, les transporteurs auront intérêt à allonger la durée de vie de leurs vieux appareils totalement amortis » (*) Analyste financier Aerospace-Defence-Transport Aérien chez Oddo Securities

Quelles sont les conséquences à moyen terme de la baisse du pétrole pour le transport aérien ? Qui va en bénéficier ?

Si les instruments financiers de couverture carburant mis en place par le passé (en moyenne près de 70% de la consommation de carburant des compagnies aériennes européennes est d’ores et déjà couverte sur 2015) limitent à court terme l’impact de la récente chute de 50$/bl, à moyen terme les conséquences sont profondes pour le secteur. A titre d’illustration, le dernier recul de 10$/bl permet à Air France-KLM d’économiser, y compris couverture en place, près de 300 M€ de facture carburant sur l’exercice 2015, soit l’équivalent d’une réduction de 1.5% de ses coûts unitaires… Un effort que seul le programme d’économies « Transform 2015 » a pu apporter par le passé. L’ensemble du secteur va évidemment bénéficier de cette bouffée d’oxygène à l’image des dernières prévisions de IATA qui tablent sur un résultat net de $19.9 Mds en 2014 (en hausse par rapport aux $18 Mds anticipés en juin dernier) et de $25 Mds en 2015 mais nous pensons que les low costs seront les principales gagnantes. Ryanair, qui possède déjà un avantage compétitif avec les coûts unitaires les plus bas du secteur, profitera de la baisse de sa facture carburant qui représente 43% de ses coûts opérationnels contre 29% en moyenne pour les compagnies régulières européennes pour accroitre d’autant sa compétitivité. Toutefois, deux éléments réduiront l’effet de levier apporté par le recul du carburant. D’une part, cela ouvre la porte aux nouveaux entrants dans le transport aérien qui peuvent enfin profiter d’appareils d’occasion désormais plus rentables pour opérer de nouvelles routes. D’autre part, l’environnement tarifaire reste globalement peu favorable et nous pensons que près de la moitié de l’effet bénéfique apporté par le repli du carburant sera rendu au consommateur final sous forme de baisse de tarifs.

Quel peut être l’impact sur le marché des avions civils ?

A ce stade, nous ne percevons pas de changement majeur de comportement de la part des compagnies aériennes puisque la croissance de capacités proposée sur le T1 2015 est moins forte que celle visible sur l’essentiel de l’année 2014. Pour autant, si le pétrole poursuit sa glissade (vers $50/bl-$40/bl), les transporteurs auront plus d’intérêt à allonger la durée de vie de leurs vieux appareils totalement amortis et certainement à réviser à la baisse leur volet d’investissement destiné au remplacement de leur flotte. Les OE comme Airbus souffriront certainement de décalages de livraisons même si un pétrole bas peut stimuler la croissance du trafic. A l’inverse, les sociétés plus exposées à l’après-vente, à l’image des motoristes, remarqueront un accroissement de leurs flux de pièces détachées ou de services. Certaines sociétés sont d’ailleurs en cours de discussions avec des compagnies aériennes pour les convaincre de conserver leurs appareils âgés, quitte à offrir une légère décote sur le tarif des pièces détachées.

Les compagnies européennes devraient-elles  gagner en compétitivité?

La chute du carburant va certes améliorer la compétitivité des compagnies européennes mais l’écart sur d’autres postes de coûts (infrastructure aéroportuaire, productivité des personnels, imposition…) demeure et les compagnies du Golfe bénéficieront également de cette bouffée d’oxygène. Cette soudaine chute du pétrole peut même achever de convaincre les Etats du Golfe -s’il en est encore besoin-, d’accélérer le développement de ce nouveau pilier Tourisme-Transport aérien afin de se désensibiliser des fluctuations des cours du carburant.

Propos recueillis par bruno lancesseur

 ZOOM. 2014 : une année faste pour les bénéfices des compagnies aériennes (IATA)

Les bénéfices nets cumulés des compagnies aériennes dans le monde devraient atteindre le montant record de $19,9 Mds en 2014, selon l’Association internationale du transport aérien (IATA), grâce à la chute des prix du pétrole. Ce montant est supérieur aux prévisions de l’IATA, qui s’attendait en juin dernier à $18 Mds, après $10,6 Mds en 2013. La tendance à la hausse devrait se poursuivre en 2015, avec une prévision de bénéfices de $25 Mds. La chute de 40% des prix du pétrole est à l’origine de la forte hausse attendue de leurs bénéfices. L’autre raison avancée par l’IATA pour expliquer cette forte hausse des bénéfices est une « forte croissance économique sur le plan mondial ». Les $25 Mds de bénéfices attendus en 2015 représentent une marge nette de 3,2%. Le bénéfice par passager transporté sera de $7,08 en 2015, après $6,02 en 2014 et $3,38 en 2013.

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