Ces tergiversations de l’administration américaine qui ont favorisé la vente de Rafale aux Emirats arabes unis

C’est peu dire que les autorités émiraties sont quelque peu agacées par les tergiversations des administrations Trump et aujourd’hui Biden, sur la vente de 50 F-35. Certes, l’administration Biden a déclaré au Congrès qu’elle autorisait la vente de F-35 aux EAU, mais certains détails doivent encore être réglés. Et ces «détails», techniques, enveniment le dossier.

Les faits. L’administration Biden a suspendu les accords conclus par l’ancien président Donald Trump afin de les revoir, cette vente avait été finalisée juste avant que Trump ne quitte ses fonctions. L’administration Trump a déclaré au Congrès en novembre 2020 qu’elle avait approuvé la vente aux Émirats arabes unis en tant qu’accord parallèle aux accords d’Abraham, un accord négocié par les États-Unis en septembre 2020 dans lequel les Émirats arabes unis ont accepté de normaliser leurs relations avec Israël. Toutefois, certains législateurs américains ont critiqué les Émirats arabes unis pour leur implication dans la guerre au Yémen et ils ont en plus mis en avant le fait que les transferts d’armes ne violent les garanties américaines selon lesquelles Israël _ client privilégié du F-35 _, conservera un avantage militaire dans la région.

Si l’Etat hébreu avait critiqué pendant un moment la vente de F-35 aux EAU, craignant une perte de supériorité dans la région, Washington lui a donné des garanties exceptionnelles afin de conserver la suprématie technologique avec ses F-35. En effet, tout accord doit assurer à Israël que toute arme américaine vendue dans un pays de la région (Arabie Saoudite, EAU…) ne doit pas nuire à « l’avantage militaire qualitatif » d’Israël, garantissant que les armes américaines fournies sont supérieures en capacité à celles vendues à ses voisins. De nouvelles garanties ont donc été données à Tel Aviv, ce qui induit que les F-35 vendus aux EAU seront bien inférieurs au point de vue technologique à ceux d’Israël. Une décision pour le moins vexante pour les autorités des EAU, ceux-ci n’ayant pas l’intention d’acquérir des F-35 pour assurer uniquement la parade aérienne lors du Dubaï Airshow… Les Émirats arabes unis ont signé un accord avec les États-Unis portant sur un total de 50 avions de combat F-35A pour un coût estimé à 10,4 milliards $. Abu Dhabi n’entend pas acquérir les yeux fermés des appareils qui ne pourraient être utilisés qu’avec le feu vert de Washington. Le contrat des F-35 fait partie d’un ensemble plus important d’un montant de 23,3 milliards de dollars approuvé par le département d’État comprenant outre les avions 18 Reaper MQ-9B d’une valeur de $2,97 milliards et $10 milliards pour notamment des missiles dont les principaux bénéficiaires sont General Atomics, Lockheed Martin et Raytheon Technologies. Les EAU n’ont pas que des partisans à Washington, où, face aux partisans de la vente de F-35 aux EAU, les opposants avancent qu’elle est précipitée et que l’administration américaine ne dispose pas d’assurances suffisantes que ces matériels de haute technologie ne tomberaient pas entre de mauvaises mains ou n’alimenteraient pas l’instabilité au Moyen-Orient.

Analyse. Dans ce contexte, les atermoiements américains et leur proposition que l’on pourrait juger humiliante ont probablement incité les EAU à opter vers une solution alternative. Deux choix étaient sur la table : l’acquisition d’avions russes, ce qui revenait à se fâcher sérieusement avec l’administration Biden, ou opter pour le Rafale français. La France est un fournisseur bien connu et de longue date des EAU et les différents gouvernements français, de gauche comme de droite, ont toujours été à l’écoute des souhaits des Emiratis. Les hésitations américaines ont sans aucun doute agacé les Emiratis qui ont accéléré l’acquisition de 80 Rafale, en négociation depuis de nombreuses années. Quelle sera la réaction de l’administration Biden ? Trancher en faveur d’une vente de F-35 ou encore attendre ? Ce qui semble acquis, c’est que les Emiratis ne sont pas vraiment disposés à acheter des avions bridés technologiquement afin de respecter la suprématie aérienne d’Israël. Ce contrat entre la France et les EAU est d‘autant plus important qu’il illustre « l’évolution et la maturité diplomatique des EAU et donc, le développement opérationnel de leurs armées », nous explique un consultant américain. « Il y a désormais clairement une rupture opérationnelle, poursuit-il. Le message des Emiratis aux Américains est clair : nous serons à vos côtés sur le sujet Iran et peut-être sur le sujet Chine/Océan Indien mais nous déclarons, avec le contrat des 80 Rafale, une indépendance opérationnelle accrue qui de ce fait confère un leadership diplomatique des EAU. Pour résumer, les EAU travailleront avec les Etats-Unis mais leurs intérêts primeront». 

B.L.

A propos aerodefensenews

Bruno Lancesseur est rédacteur en chef la lettre AeroDefenseNews.net Pour nous contacter envoyez votre adresse mail à aerodefensenews@gmail.com
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