Embraer: quelles perspectives après la rupture avec Boeing? (quatrième partie)

Services & Soutien, un développement indispensable à la suite des concurrents. Avec 5600 avions en service dans une centaine de pays, et 1700 utilisateurs, Embraer a dû marquer un effort substantiel en créant, en 2017,  sa division services et soutien, à la suite de Boeing et d’Airbus. Avec un chiffre d’affaires de 4.719 millions de réais en 2020, elle représente maintenant 24% du CA total et détient 14% du carnet de commandes à hauteur de 2 milliards de dollars. La rationalisation des moyens suite à l’accord manqué avec Boeing a ramené ses effectifs à 2300 personnes, et ses centres de maintenance – propres ou autorisés – à 77. Elle s’appuie sur 2 centres d’appel 24/7 et compte 24 magasins de rechanges répartis sur les cinq continents.

Ces dernières années ont été marquées par des efforts d’automatisation des services avec un système de suivi des flottes d’avions commerciaux, une gestion de la maintenance des avions d’affaires couvrant 60% de la flotte actuelle, et une gestion de la navigabilité disponible en Amérique du Nord, en Europe et au Brésil. Pour étendre ses capacités, la division continue également de conclure de nombreux accords locaux ou régionaux, le dernier en date étant la certification de sa filiale OGMA au Portugal pour la maintenance des moteurs Pratt & Whitney. Elle offre maintenant des services de conversion d’avions ; le premier Legacy 450 vient d’être converti en Praetor 500 par un centre Embraer aux Etats-Unis.

Les différentes solutions proposées aux utilisateurs défense, pour l’essentiel dérivées des systèmes civils, pourraient recéler un potentiel d’amélioration et de croissance pour l’avenir. En fonction de l’évolution future de l’aéronautique mondiale, et de la croissance de ses ventes d’avions, ce domaine d’activité pourrait constituer un pilier solide de l’évolution future d’Embraer si elle poursuit avec constance les efforts de développement de son réseau déjà engagés.

Embraer X, retour vers le futur…

Créée en 2016 sur le modèle « start-up », cette division consacrée à l’innovation développe actuellement un démonstrateur appelé « eVTOL » (aéronef électrique à décollage et poser vertical). Destiné à favoriser la mobilité urbaine avec des « taxis volants », ce démonstrateur devrait être testé cette année. Embraer X est engagée dans le projet « Uber Elevate » qui a pour but de créer un réseau de mobilité aérienne urbaine, et contribue activement aux nécessaires adaptations des règles du trafic aérien à ce nouveau mode de déplacement. La société a conclu, en décembre dernier, un partenariat avec l’Australien AIRSERVICES pour développer un concept de mobilité aérienne urbaine à tester dans la ville de Melbourne, à l’instar du projet prévu aux Etats-Unis en Floride. Autre projet à l’étude: un drone cargo destiné aux livraisons, en partenariat avec la startup américaine ELROY.

Confrontée depuis bien avant la crise actuelle à des résultats en nette dégradation, Embraer se trouve aujourd’hui en situation de faiblesse face à la reprise économique attendue. La rupture de l’accord avec Boeing place sa division avions commerciaux en situation critique, alors que la situation financière de la société appelle impérativement une aide extérieure. Certains politiciens brésiliens ont réclamé sa nationalisation ; ce serait sûrement une mauvaise solution. Une prise de participation plus importante de l’état brésilien (qui détient pour l’instant 5,4% des parts) pourrait néanmoins intervenir, si toutefois les finances du pays, actuellement exsangues, le permettaient. Pour garantir le développement et mettre en oeuvre de nouveaux projets, des partenariats devront être conclus ; mais une participation accrue de l’état brésilien rendrait plus compliquée leur finalisation, du fait de la « golden share » qu’il détient au titre des activités  militaires.

Embraer risque de ne pouvoir compter que sur elle-même pour préserver ses capacités futures. La récupération sera donc longue. L’équilibre recherché – et presque atteint – entre les quatre divisions devrait y contribuer, sous réserve que les difficultés de chacun des secteurs soient surmontées sans trop de casse. A cet effet, les élections brésiliennes de 2022 seront déterminantes pour ce fleuron national qu’aucun gouvernement ne pourra se permettre laisser totalement à l’abandon. Le gouvernement actuel, très libéral, qui cherche actuellement des ressources en privatisant un secteur national hypertrophié, a d’autres préoccupations. Le retour de la gauche, encore improbable aujourd’hui, serait plus favorable si l’on considère son intérêt passé à préserver les grandes industries nationales et l’emploi au pays. Enfin, une troisième voie politique, encore hypothétique, reste une complète inconnue. On le voit bien, l’ambition du PDG Francisco Gomes Neto de dépasser en 2025 les résultats les plus élevés d’avant la crise apparaît bien ambitieux…

Jean-Marc Mérialdo, Attaché de Défense près l’Ambassade de France au Brésil – 1997-2000 Délégué du GIE RAFALE au Brésil – 2008-2014

A propos aerodefensenews

Bruno Lancesseur est rédacteur en chef la lettre bi-mensuelle AeroDefenseNews. Pour nous contacter envoyez votre adresse mail à aerodefensenews@gmail.com
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