La nucléarisation de la Lune est en marche. Entre fantasmes et réalités

Le recours à l’énergie et à la propulsion nucléaire est jugé essentiel à l’établissement d’une présence humaine durable sur la Lune et les autres corps célestes. Rolls-Royce va étudier le potentiel de cette énergie dans le cadre de l’exploration spatiale dans le cadre d’un nouveau contrat avec l’Agence spatiale britannique. Le motoriste britannique s’appuiera sur son expérience de la production de réacteurs pour sous-marins dans le cadre de cette étude de six mois qui, selon elle, contribuera à « développer les technologies spatiales au cours de la prochaine décennie » » L’Agence spatiale britannique estime que la propulsion nucléaire pourrait révolutionner les voyages dans l’espace, en réduisant les temps de vol actuellement possibles avec la propulsion chimique, et être potentiellement deux fois plus efficace. Une approche identique à celle de la NASA aux Etats-Unis. « L’énergie et la propulsion nucléaires spatiales sont un concept qui pourrait changer la donne et débloquer les futures missions dans l’espace lointain qui nous mèneront vers Mars et au-delà », selon Graham Turnock, directeur général de l’Agence spatiale britannique. « Cette étude nous aidera à comprendre le potentiel passionnant des engins spatiaux à propulsion atomique, et si cette technologie naissante pourrait nous aider à voyager plus loin et plus vite dans l’espace que jamais auparavant ».

Rolls-Royce avance que ses développements en matière de gestion énergétique et thermique ainsi que les technologies nucléaires ont des applications considérables dans l’espace, non seulement pour soutenir le lancement, mais aussi pour fournir l’énergie nécessaire aux activités en orbite ainsi qu’à l’exploration et à l’utilisation des ressources. Le motoriste indique qu’il est actuellement en phase de conception pour le développement d’options d’énergie nucléaire dans l’espace et qu’il étudiera « l’ensemble des options d’énergie nucléaire » en vue d’une utilisation potentielle dans le domaine spatial. Selon l’Agence spatiale britannique, les petits générateurs d’énergie nucléaire pour l’espace sont attrayants car, lorsque les vaisseaux se déplacent vers les confins du système solaire, la lumière du soleil devient trop faible pour les panneaux solaires, tandis que des technologies telles que les piles à combustible deviennent moins fiables avec le temps. Outre le gain de temps, des vols interplanétaires plus courts permettraient de réduire les doses de radiation reçues par les astronautes une fois que l’engin a quitté la magnétosphère terrestre.

L’approche américaine

L’approche de l’Agence spatiale britannique rejoint celle de la NASA aux Etats-Unis. En effet, l’administration Trump s’est dotée en décembre 2020 d’une sixième Space Policy Directive (SDP-6) « National Strategy for Space Nuclear Power and Propulsion » (1). Cette SDP-6 trace les grandes lignes directrices (NASA, DoD, Département de l’Energie, etc.) et définit les responsabilités de chaque agence fédérale pour permettre le développement sécurisé et durable de l’énergie et de la propulsion nucléaires au profit des activités spatiales américaines, notamment dans le domaine de l’exploration. La SPD-6 fixe un certain nombre d’objectifs calendaires qui illustrent les ambitions et l’agenda de la NASA en matière d’exploration, incluant notamment la conception d’un système de production d’énergie par fission nucléaire sur la surface lunaire d’ici le milieu de la décennie 2020, et le développement d’un système similaire pouvant être utilisé dans le cadre de l’exploration de Mars pour la fin de la décennie.

Commentaire : La nouvelle administration Biden entérinera-t-elle les décisions prises par Trump ? Rien n’est moins sûr d’autant que le nouveau président des Etats-Unis a pris des positions « écolos » durant sa campagne qui tranchent carrément avec l’ancienne administration. Or, annoncer que l’on va produire de l’énergie nucléaire sur la Lune risque d’être assez mal perçu par l’opinion publique américaine. Cela n’empêche pas de lancer aujourd’hui des travaux d’étude même si l’on est aujourd’hui largement dans le domaine du prospectif.  Au-delà de la nucléarisation de la Lune, il faudra regarder de très l’évolution du programme spatial habité Artemis de la NASA, dont l’objectif est d’amener un équipage sur le sol lunaire d’ici à 2024. Un projet cher à Trump qui a avancé cette date (élections présidentielles aux Etats-Unis en 2024…) alors que la NASA, prudente, l’avait fixée à 2028. Les Européens, en particulier l’Italie et l’Agence spatiale européenne, se sont engagés dans ce programme qui pourrait désormais glisser vers 2030.

(1)https://www.whitehouse.gov/presidential-actions/memorandum-national-strategy-space-nuclear-power-propulsion-space-policy-directive-6/

A propos aerodefensenews

Bruno Lancesseur est rédacteur en chef la lettre bi-mensuelle AeroDefenseNews. Pour nous contacter envoyez votre adresse mail à aerodefensenews@gmail.com
Cet article a été publié dans Aviation Civile. Ajoutez ce permalien à vos favoris.