Lanceurs européens : heureusement il y a Soyouz…

Arianespace a réalisé 10 lancements en 2020, mettant en orbite 166 satellites dont une part importante de très petits satellites allant de 250 grammes à 6,5 tonnes et 103 appartenant à la constellation OneWeb. Fait notable, Arianespace a mis en orbite 7 des 10 satellites de télécommunications GTO lancés dans le monde en 2020. Sur le plan commercial, sept nouveaux contrats de lancement de satellites géostationnaires ont été engrangés ; un marché qui sort de son apathie. Le carnet de commandes d’Arianespace, hors pré-réservations institutionnelles, s’élève à 3,2 milliards d’euros. La société européenne de lancement opère les lanceurs Ariane 5, Vega (Italie) et Soyouz (Russie), en attendant, avec impatience l’arrivée indispensable d’Ariane 6 qui doit permettre d’abaisser d’environ 50% les prix de lancement sur le marché commercial, mais aussi institutionnel. Le lanceur européen devra impérativement être compétitif en termes de prix aussi bien pour les clients commerciaux (SES, Eutelsat, par exemple) que pour les clients institutionnels. Arianespace attend cette année la signature avec l’Agence spatiale européenne (ESA) et la Commission européenne d’un accord-cadre pour une commande groupée de lancements pour Galileo et pour Copernicus (observation de la Terre), un contrat qui serait « de l’ordre d’un milliard d’euros », selon Arianespace.

Toutefois, si les clients institutionnels ont joué le jeu jusqu’à maintenant en acceptant de soutenir le futur lanceur européen et de « payer le prix», il n’est pas sûr que cette discipline survive longtemps à la concurrence de SpaceX. Les diverses organisations européennes dont Eumetsat, ont-elles aussi des impératifs financiers à respecter et elles ne pourront dépenser plus sous prétexte de soutenir la filière spatiale européenne.

Face à la concurrence de SpaceX, qui règne désormais sur le marché des lancements (SpaceX a effectué 26 lancements l’an dernier et lance cette année deux satellites turcs Turksat-5A et 5B, Arianespace doit s’assurer que son offre en termes de lanceurs est solide. Or, ce n’est pas le cas aujourd’hui. La fusée italienne a enregistré deux échecs  en moins de quinze mois (Vega devrait faire son retour en vol d’ici fin mars) et Ariane 6 enregistre un retard notable estimé entre 15 et 18 mois… Il reste à Arianespace 8 lanceurs Ariane 5 dont 5 sont déjà commercialisés. Au mieux, Ariane 6 prendra la relève en 2023 après un vol inaugural en 2022 qui sera suivi de plusieurs mois d’inactivité pour analyser les données techniques du premier vol. Sur la période 2021-2023, on peut imaginer que trois lancements par an d’Ariane 5 auront lieu pour assurer le tuilage avec Ariane 6. 2021 est donc une année cruciale pour le développement d’Ariane 6 et pour Arianespace qui doit effectuer le premier vol de la fusée Vega C avant le tir inaugural du lanceur lourd Ariane 6 au deuxième trimestre 2022. Durant cette période, le lanceur russe Soyouz est plus que jamais indispensable dans l’offre de lanceurs d’Arianespace. « Soyouz va donner de la robustesse à l’autonomie d’accès de l’Europe à l’espace pour ses missions institutionnelles. Il facilite la transition vers Vega C et Ariane 6, et c’est une excellente chose », rappelait récemment le PDG d’Arianespace dans la Tribune.fr. 

Concrètement,  tant que les lanceurs Ariane 6 et Vega C ne sont pas pleinement opérationnels, Arianespace exploitera Soyouz depuis Baïkonour, Vostochny et Kourou. Soyouz doit notamment effectuer 15 missions pour la constellation OneWeb. Si à un moment il a été envisagé en Europe de mettre un terme à l’exploitation de Soyouz en Guyane, le sujet n’est plus d’actualité, au contraire. Et côté russe, on se satisfait pleinement des accords commerciaux avec Arianespace qui rapportent des devises à l’Agence spatiale russe Roscosmos qui manque cruellement de financements, notamment avec la perte des vols vers la Station spatiale internationale désormais assurés par SpaceX (de $60 à $80 millions par passager) pour les astronautes américains et européens (Thomas Pesquet s’envolera vers la Station en mars à bord d’un lanceur SpaceX). La question épineuse pour les Européens et de savoir si les Russes accepteront toujours de lancer des Soyouz depuis Kourou alors qu’ils disposent désormais de deux sites : Baïkonour et Vostochny. Les Russes pourraient être tentés de promouvoir le nouveau site de Vostochny au détriment de la Guyane. D’un côté, Roscosmos a besoin de devises et de l’autre les Européens ont besoin de Soyouz. 

B.L.

A propos aerodefensenews

Bruno Lancesseur est rédacteur en chef la lettre bi-mensuelle AeroDefenseNews. Pour nous contacter envoyez votre adresse mail à aerodefensenews@gmail.com
Cet article a été publié dans Aviation Civile. Ajoutez ce permalien à vos favoris.