F-35 aux Emirats arabes unis : les contours du contrat sont plus complexes que prévu

L’administration Trump veut conclure la récente proposition de vente de F-35 aux Émirats arabes unis avant que le président élu Joe Biden ne prête serment le 20 janvier. Rien n’est moins sûr d’autant que des divergences sont apparues au Congrès où certains représentants restent préoccupés par les changements d’équilibres qu’apporteraient une telle vente dans la région. Peu importe que le président soit républicain ou démocrate. Aux Emirats arabes unis, on se félicite de la volonté de l’administration Trump de vendre des F-35, mais les contours du contrat vont être auscultés de très très près. Abu Dhabi n’entend pas acquérir les yeux fermés des appareils qui ne pourraient être utilisés qu’avec le feu vert de Washington. Le contrat des F-35 fait partie d’un ensemble plus important d’un montant de 23,3 milliards de dollars approuvé par le département d’État comprenant jusqu’à 50 F-35 d’une valeur de 10,4 milliards de dollars, mais aussi 18 Reaper MQ-9B d’une valeur de 2,97 milliards de dollars et 10 milliards de dollars pour notamment des missiles dont les principaux bénéficiaires sont General Atomics, Lockheed Martin Corp et Raytheon Technologies Corp.

Face aux partisans de cette vente, ses opposants avancent qu’elle est précipitée et que l’administration américaine ne dispose pas d’assurances suffisantes que ces matériels de haute technologie ne tomberaient pas entre de mauvaises mains ou n’alimenteraient pas l’instabilité au Moyen-Orient. Les EAU n’ont pas que des partisans à Washington. Certains législateurs américains critiquent en effet les EAU pour leur implication dans la guerre au Yémen, un conflit considéré comme l’une des pires catastrophes humanitaires au monde.

Les Etats-Unis veulent qu’Israël conservent un Qualitative Military Edge (QME) ou avantage militaire qualitatif. Parallèlement, les Émirats arabes unis sont présentés comme un partenaire américain important au Moyen-Orient. Israël a déclaré ne pas s’opposer à cette vente ce qui laisse supposer que l’utilisation des matériels livrés par les Etats-Unis aux EAU sera subordonnée au bon vouloir de Washington. Un point crucial qui sème le doute à Abou Dhabi d’autant que les EAU veulent disposer d’une capacité opérationnelle aérienne indépendante et sans avoir besoin de l’aval des Etats-Unis pour intervenir. Pour assurer cette indépendance militaire, la Force aérienne des émirats est aujourd’hui équipée de F-16 Block60 et de Mirage 2000-9 en cours de modernisation. Cependant, les EAU devront très probablement disposer aux côtés de leurs nouveaux F-35 de quelques escadrilles d’avions neufs, ne serait-ce que pour remplacer à termes les Mirage 2000-9… Les F-35 vont remplacer les F-16 vieillissants, et pour les Mirage 2000-9, le choix devrait logiquement se faire en faveur des Rafale. Toutefois, comme les Etats-Unis veulent être maîtres du jeu au Moyen-Orient, sans surprise Washington fera tout pour empêcher une vente de Rafale aux Emirats arabes unis.

Encadré – Des drones MQ-9B SeaGuardian pour le Maroc ?

Après la régularisation des relations diplomatiques entre le Maroc et Israël, les États-Unis seraient sur le point de vendre quatre drones MQ-9B SeaGuardian au Maroc, selon l’agence Reuters. General Atomics Aeronautical Systems est le fabricant des quatre drones SeaGuardian MQ-9B que le Maroc pourrait recevoir des États-Unis. Avec une portée de 6 000 miles nautiques (9 600 kilomètres), les drones peuvent surveiller d’immenses étendues de mer et de désert. L’accord comprend également des munitions à guidage de précision Hellfire, Paveway et JDAM fabriquées par Lockheed Martin, Raytheon et Boeing.

A propos aerodefensenews

Bruno Lancesseur est rédacteur en chef la lettre bi-mensuelle AeroDefenseNews. Pour nous contacter envoyez votre adresse mail à aerodefensenews@gmail.com
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