Après l’échec de Vega, la pression s’accroît sur la filière européenne des lanceurs

« La mission est perdue». Le lanceur européen Vega devait placer en orbite deux satellites pour le compte de l’Europe dans la nuit de lundi à mardi depuis Kourou. « Huit minutes après le décollage de la mission, immédiatement après le premier allumage du moteur du quatrième étage, une dégradation de la trajectoire a été constatée, entraînant la perte de la mission », selon Arianespace. C’est le deuxième échec de la fusée européenne, après la perte d’un premier lanceur en 2019. Un revers qui intervient la nuit même où SpaceX a transporté quatre astronautes vers la station spatiale . Pour son deuxième lancement de l’année – après le succès de septembre-, Vega devait placer en orbite à 700 kilomètres d’altitude SEOSAT-Ingenio, le premier satellite d’observation de la Terre espagnol pour le compte de l’agence spatiale européenne (ESA) et de l’Espagne ainsi que Taranis, le premier satellite conçu pour observer les phénomènes électromagnétiques radiatifs et lumineux survenant à des altitudes comprises entre 20 et 100 km au-dessus des orages.

Après l’échec de d’un Vega 2019, et la remise en vol réussie en septembre dernier il était permis d’espérer que Vega allait donner toute satisfaction, il n’en n’est rien et l’italien Avio (maître d’oeuvre du lanceur Vega) se retrouve sous pression. En outre, avec deux échecs en deux ans il va être difficile de convaincre de nouveaux clients de confier leurs charges utiles à ce lanceur. Cet échec intervient au plus mauvais moment pour la filière européenne des lanceurs et Arianespace alors que la concurrence américaine menée par SpaceX s’accroît succès après succès. Certes, le domaine spatial est un «risky business» mais la firme américaine devient incontournable sur le marché des lancements commerciaux, des lancements militaires auprès de l’US Air Force et celui de l’acheminement des spationautes vers la Station spatiale internationale qui concrétise la reprise des vols habités depuis les Etats-Unis en mai dernier, après neuf ans d’interruption et de dépendance envers la Russie. «Dans les 15 prochains mois, nous lancerons sept missions Dragon habitées et cargo pour la Nasa», rappelle-t-on chez SpaceX. Sans oublier une constellation Starlink pour commercialiser Internet. La société d’Elon Musk est aujourd’hui présente dans tous les domaines spatiaux avec des positions de leader…

La force de frappe de SpaceX est telle aujourd’hui que même aux Etats-Unis Elon Musk parvient à écarter ses concurrents potentiels. Northrop Grumman a ainsi jeté l’éponge avec son projet de lanceur OmegA après avoir été écarté de l’appel d’offres de l’US Air Force dans le cadre de la Phase 2 du programme National Security Space Launch (NSSL).

Seul Jeff Bezos, lui aussi écarté du programme NSSL, croit encore dans son étoile pour sa constellation Kuiper et sa société Blue Origin va poursuivre le développement du lanceur New Glenn dans le but d’assurer des vols de contrats commerciaux en 2021. L’aventure de Blue Origin sera possible tant que Jeff Bezos investira des milliards de dollars, ce dont il ne manque pas. Blue Origin a jusqu’à maintenant investi dans le développement du New Glenn avec un pas de tir à Cape Canaveral Air Force Station (Floride) ainsi que dans deux usines de production : l’une à Kennedy Space Center (Floride) pour les lanceurs, l’autre à Huntsville (Alabama) pour les moteurs BE-4 qui propulseront le New Glenn et le Vulcan Centaur d’ULA.

La suprématie de SpaceX est aujourd’hui telle qu’il devient hasardeux de se lancer sur les marchés où la firme d’Elon Musk est présente. Pendant longtemps, les Européens avec Arianespace ont bénéficié du relatif désintérêt des Américains pour les vols commerciaux, leur priorité étant l’achement de charges utiles militaires au profit du Pentagone. L’arrivée de SpaceX avec ses lancements à 50 millions de dollars, la moitié d’une Ariane 5, a redistribué les cartes et pas en faveur des Européens. Ariane 6, qui doit succéder à Ariane 5, a désormais deux ans de retard et le tuilage entre les deux lanceurs ne semble pas optimum. Arianespace dispose aujourd’hui de 8 Ariane 5 à lancer dont 5 sont déjà  commercialisées. Vega sera indisponible pendant plusieurs mois. Il ne reste aux Européens que le lanceur russe Soyouz… Quelle ironie. 

Bruno lancesseur@gmail.com

A propos aerodefensenews

Bruno Lancesseur est rédacteur en chef la lettre bi-mensuelle AeroDefenseNews. Pour nous contacter envoyez votre adresse mail à aerodefensenews@gmail.com
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