Des F-35 bientôt dans le ciel émirati ; tout n’est pas perdu pour le Rafale de Dassault Aviation

Les Etats-Unis ont approuvé officiellement la vente aux Emirats arabes unis (EAU) de 50 F-35 dans le cadre d’un marché d’une valeur estimée à 10,4 milliards de dollars, selon les médias américains. Récemment, l’administration Trump avait officieusement informé le Congrès de son intention de livrer des F-35 aux EAU. Cette décision fait suite à des semaines de spéculations et de débats en coulisses sur la manière de structurer un accord de vente de F-35 aux EAU sans amoindrir l’avantage militaire qualitatif d’Israël. Si le Congrès, qui est à majorité républicaine,  donne son feu vert, les EAU disposeraient alors d’une « parité » avec Israël qui a 50 F-35. Toutefois, il est peu probable que les appareils émiratis soient équipés d’une variante équivalente aux F-35 israéliens, elle sera plutôt moins sophistiquée. Quoiqu’il en soit, cette vente changera de manière significative l’équilibre militaire dans le Golfe. « L’exportation de cet avion nécessite un examen très attentif et le Congrès doit en analyser toutes les ramifications. Il n’est dans l’intérêt de personne de précipiter ces ventes », prévient-on à Washington. A priori, Israël ne serait pas opposé à cette vente ayant, semble-t-il, obtenu la certitude que ses propres F-35 seront supérieurs technologiquement à ceux destinés aux EAU. Dans les mois à venir, l’administration américaine pourrait accéder à la demande d’autres pays du Golfe -en échange de liens normalisés avec Israël-, désireux d’acquérir eux aussi des F-35 mais toujours à condition que cela ne remette pas en cause l’avantage militaire d’Israël.

Le Rafale éjecté aux EAU ? Depuis une dizaine les équipes de Dassault Aviation sont en contact avec Abou Dhabi pour placer le Rafale. L’acquisition de F-35 met-elle un terme à ce choix ? Ce n’est pas sûr. D’une part, la proximité de l’administration américaine avec l’Etat hébreu est inflexible et Israël disposera quoiqu’il en soit d’une supériorité militaire (avions + missiles). Sans surprise, les émiratis disposeront de F-35 inférieurs aux F-35 israéliens avec une utilité d’emploi limité au bon vouloir géopolitique de Washington. D’autre part, tous les clients de Washington savent que cette « dégradation » d’un matériel militaire est le prix à payer pour s’équiper d’équipements high-tech « made in USA ». Ce n’est pas nouveau et c’est pourquoi de nombreux pays préfèrent acheter des avions de combat à la France pour au minimum avoir une double source dans le cas d’un veto américain. Non pas que la France soit moins regardante sur le profil de ses clients militaires mais sa politique étrangère est différente de celle de Washington. C’est une muance clé dans les grands contrats d’armement.

En achetant des Rafale, les EAU s’assureraient une autonomie stratégique. L’Iran est l’ennemi commun aux EAU et à Israël et développe un arsenal de missiles balistiques. Avec des Rafale, dotés de missiles Meteor et Scalp capables de frapper en profondeur si nécessaire en territoire ennemi. Les EAU disposeraient ainsi d’un potentiel de dissuasion s’assurant une autonomie stratégique de dissuasion. «Les EAU sont un partenaire de longue date de la France et ils savent qu’ils peuvent compter sur nous, contrairement aux Américains», nous explique un familier des dossiers émiratis. Paradoxalement, la vente de F-35 aux EAU pourrait débloquer celle de Rafale ! 

Bruno Lancesseur rédacteur en chef d’aerodefensenews.net

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