La chronique de Charlemagne

Dépendre de l’Europe pour notre défense, nous n’avons pas le choix!

Les lecteurs d’Aerodefensenews connaissent les convictions européennes de Charlemagne : nul besoin de les réitérer ici au motif que nos chroniques sont désormais diffusées sur un blog. Il semble en revanche nécessaire, dans le contexte de crise actuel, de réexpliquer à grands traits pourquoi ces convictions sont davantage étayées par la réalité que par je ne sais quelle théologie aisée à caricaturer (comme les contradicteurs de Charlemagne s’y sont parfois risqués…).

Rappelons les faits et leur implacable rationalité :

1) En dépit de sa position prééminente en matière de défense parmi les pays de l’Union Européenne, la France ne dispose plus de cette souveraineté pleine et entière dont certains voudraient continuer à croire qu’elle résulterait du modèle d’armée complet que doit préserver, envers et contre tout, la programmation. Qui peut prétendre que, dans le monde actuel, un budget militaire de 50 milliards d’Euros suffit à garantir l’indépendance et l’autonomie d’action d’un pays capable à la fois de projeter ses forces armées sur un, voire deux théâtres d’opérations, et d’assurer la défense de son territoire national ? Qui peut soutenir, dans le monde globalisé et interconnecté qui est le nôtre, qu’il est possible d’assurer sa sécurité en se claquemurant derrière ses frontières et en s’interdisant toute dépendance opérationnelle ou technologique ?

2) La réalité, c’est que les dépendances imposées aujourd’hui à notre politique de défense sont multiples. Elles touchent des capacités essentielles comme le renseignement ou le transport stratégique. Elles se traduisent par l’équipement de nos forces avec des matériels produits ailleurs, souvent aux Etats-Unis. Elles se ressentent aussi lorsque l’exportation devient une condition de réalisation de la programmation militaire et que, par exemple, le parc d’avions de combat de l’armée de l’air doit être ajusté pour livrer en priorité un client étranger.

Il n’est pas difficile d’anticiper comment le contexte international et l’évolution du budget des armées, même vertébrée par les engagements de la LPM, ne pourront qu’accentuer ces angles morts de notre souveraineté militaire.

3) C’est à cette dérive inéluctable que la construction de l’Europe de la défense entend apporter une réponse : dès lors que des dépendances doivent être acceptées, il est évidemment préférable de les choisir et de les organiser. Et, face à la bipolarisation croissante du monde entre la Chine et les Etats-Unis, le cadre européen s’impose pour des motifs qui sont à la fois géopolitiques, opérationnels et économiques. C’est le seul à même de permettre la défense de nos intérêts et de notre sécurité, alors que l’interopérabilité des forces et la consolidation industrielle doivent être recherchées entre alliés exposés aux mêmes risques et partageant un destin commun, pour des raisons qui sont historiques et géographiques.

4) Le choix qui a été fait il y a maintenant plus de trois ans de nous rapprocher de l’Allemagne pour relever ce défi obligé d’une défense partagée était celui d’une continuité historique consacrée dans le Traité de l’Elysée, mais fondamentalement inscrite dans le projet européen. Il s’imposait car la coopération franco-britannique portée par le Traité de Lancaster House n’ouvrait aucunement, le Brexit l’a hélas confirmé, cette perspective d’une défense intégrée élargie au cadre de l’Union Européenne. C’était aussi reconnaître, au travers du lancement de grands programmes d’armement, la logique économique de rapprochements industriels dont Airbus avait démontré la pertinence dans le domaine de l’aéronautique civile.

Si cette démarche fondatrice fait encore débat, ne nous y trompons pas : les réactions négatives qu’elle suscite rappelle la confrontation qui opposait dans les années trente les partisans d’une guerre de mouvement mécanisée à l’Etat-major conservateur misant sur une défense statique de positions préétablies. Le combat légitime pour la souveraineté doit, s’il veut atteindre son objectif, changer de nature et admettre qu’il doit être mené sur un palier européen pour être gagné. C’est cette souveraineté européenne à laquelle il est désormais courant de se référer et qui, sans se substituer à elle, sera en définitive pour nous la seule façon de protéger notre souveraineté nationale dans le monde qui s’annonce.

A propos aerodefensenews

Bruno Lancesseur est rédacteur en chef la lettre bi-mensuelle AeroDefenseNews. Pour nous contacter envoyez votre adresse mail à aerodefensenews@gmail.com
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2 commentaires pour La chronique de Charlemagne

  1. gosnold dit :

    L’Europe de la défense c’est aussi et surtout la coopération avec le Royaume-Uni. C’est avec lui qu’on développe le système de lutte anti-mines du futur, essentiel à la protection des abords de Brest et donc à la dissuasion. C’est aussi avec lui qu’on développe les futurs missiles de croisière et antinavire/antiradar, qui seront le fer de lance de l’armée de l’air. C’est bien beau de faire le FCAS avec l’Allemagne, mais c’est la munition qui fait les derniers kilomètres vers la cible.

    Il ne faut pas faire des programmes en coopération avec l’allemagne l’alpha et l’omega de l’europe de la défense. Ils ne sont pas exempts de défauts (récemment le FCAS a pris un an de délai en un an) et nous avons d’autres partenaires potentiels comme l’Italie.

    • Je partage votre point de vue mais il semble que nous soyons les deux seuls à penser ainsi! En novembre aura lieu l’anniversaire du Traité de Lancaster House et pourtant aucune commémoration n’est prévue…Rien, silence radio. Londres et Paris sont aux abonnés absents. C’est vraiment regrettable, très bonne journée

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