Sous la pression des ONG, le système bancaire français semble de plus en plus frileux à accompagner les exportations de matériels de défense et de sécurité.

Les banques sont l’un des éléments incontournables pour accompagner les entreprises exportatrices, notamment celles du secteur de la défense.  Financement, évaluation des risques, conseil, etc.,  leur rôle et leur expertise en font un partenaire précieux pour les chefs d’entreprises. Or, cet accompagnement destiné à la fois aux sociétés exportatrices et aux clients étrangers serait devenu moins accessible. «Depuis maintenant deux ans, notre industrie de défense est confrontée à un problème croissant : le système bancaire et financier français est de plus en plus réticentà accompagner nos entreprises du secteur de la Défense tant pour leur développement qu’en soutien à l’exportation», résume le Gicat (Groupement des Industries Françaises de Défense et de Sécurité Terrestres et Aéroterrestres) dans une note datée du 16 octobre dernier. Du fait de la pression des ONG, « les banques appliquent désormais des règles de conformité qui incluent la Défense comme secteur à risque pour un financement ». Une prudence qui à terme pourrait avoir de graves conséquences pour une industrie qui réalise près de 50% de son chiffre d’affaires à l’export.

Cette réticence des banques françaises touche toute l’industrie de défense et se matérialise de différentes manières : conditions de plus en plus contraignantes, refus de financement dans le développement, voire d’ouverture de compte auprès de jeunes entreprises « pure player » de la défense ou duales ;  refus de financement à l’exportpour l’octroi de prêt, de lettre de crédit, de garantie voire même de réception de paiement par un pays client.  « Encore marginal il y a 3 ans, note le Gicat, ce phénomène s’accélère depuis un an avec un point culminant actuellement, les banques profitant du COVIDpour refuser l’accès au financement pour des entreprises de défense (notamment dans le cadre de certains PGE). Aucune société n’est désormais à l’abri de se voir refuser un soutien d’une banque française, sous prétexte qu’elle évolue dans l’écosystème de la défense. Au-delà du discours affiché, les start-upsont les premières cibles du fait de leur demande de financement pour un développement», relève le Gicat.  Pour le Groupement professionnel, « cette problématique pose un réel et profond problème quant à la pérennité de notre industrie de défense et de sécurité. Si le système bancaire national ne soutient pas nos entreprises, ces dernières seront d’autant plus vulnérables à des faillites ou à des rachats par des investisseurs étrangers. Avec pour conséquence une perte de souveraineté et d’autonomie stratégique ».

Pour expliquer cette situation pénalisante pour les entreprises exportatrices de la défense, le Gicat avance plusieurs raisons :  «une application d’une stratégie dite d’« over-compliance . Les banques françaises étant pour la majorité à l’international, travaillant en dollar américain sur les marchés, sont exposées aux sanctions politico-économiques américaines, dans un contexte de guerre économique. La défense étant un secteur où la concurrence est forte et parfois frontale avec les Américains, il est davantage sujet à sanction que d’autres.  Sous la pression des ONG (Transparency International, Amnesty, etc.), les banques sont soumises à un regard croissant de la société civile quant à leur responsabilité directe ou indirecte. Ils mettent désormais leur risque à l’image comme une des priorités de leur évaluation des risques et donc de leur stratégie d’investissements (Message des ONG : Financement d’entreprises de défense = financement d’un potentiel crime de guerre et/ou de corruption = complicité des banques). Les ONG menacent de les citer dans leurs différents rapports et communications ».

Si le système bancaire national ne soutient pas les entreprises, ces dernières seront d’autant plus vulnérables à des faillites ou à des rachats par des investisseurs étrangers. Avec pour conséquence une perte de souveraineté et d’autonomie stratégique. Et le Gicat de citer un passage du dernier rapport d’Amnesty International qui appelle à renforcer la réglementation en matière d’exportation de technologies de surveillance, à « inclure l’ensemble des technologies de surveillance numérique dans son cadre de contrôle des exportations« , « à renforcer les garanties en matière de droits humains dans les décisions sur les exportations« , et « à veiller à ce que toutes les entreprises procèdent à une évaluation de l’impact de leurs exportations sur les droits humains« .

L’inconvénient d’une telle approche c’est qu’elle s’adresse aux démocraties culpabilisées de fabriquer et d’exporter des armements. Or, la France dispose déjà d’un arsenal réglementaire et juridique sévère pour contrôler ses exportations d’armements et couper les aides des établissements bancaires risque de voir disparaître des PME/PMI essentielles aux filières de  la défense et de l’aéronautique. In fine, cet affaiblissement des entreprises françaises de la défense profitera à ses concurrentes (Turquie, Russie, Chine, etc.) qui s’accommodent très bien de la non ingérence des ONG dans leurs affaires…

A propos aerodefensenews

Bruno Lancesseur est rédacteur en chef la lettre bi-mensuelle AeroDefenseNews. Pour nous contacter envoyez votre adresse mail à aerodefensenews@gmail.com
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