Belgique : le Rafale n’a pas perdu la bataille

Le dossier pour le renouvellement des F-16 de la composante Air belge est d’autant plus passionnant qu’il ne concerne pas seulement les aviateurs belges mais aussi les politiques locaux et que la décision finale influencera, toute proportion gardée, la construction ou l’arrêt de l’Europe de la défense. Tout comme le choix allemand le sera pour le renouvellement de la flotte des Tornado. L’offre faite par la ministre de la Défense, Florence Parly, gêne d’autant le gouvernement belge que le package industriel proposé par Paris est extrêmement attractif même si la Wallonie est plus favorisée par les retombées industrielles que la partie flamande.

Dans cette affaire, les Français ont mis le paquet. D’ailleurs, la proposition française est jugée tellement «innovante» que même l’ambassadeur du Royaume-Uni à Bruxelles pousserait Londres à faire une démarche comparable à celle des Français. Que manque-t-il pour que le Rafale l’emporte face au F-35 ? A Bruxelles, on assure qu’une manifestation du président français Emmanuel Macron pourrait « chauffer les cœurs et enflammer les esprits ». En attendant, il reste encore quelques efforts à produire pour convaincre les différentes parties : gouvernement, composante Air, les Flamands et les Wallons…

« Nous sommes favorables à cette proposition de l’Etat français d’abord parce qu’elle  s’inscrit dans une logique de création d’un pilier européen de la défense au sein de l’Otan et ensuite parce que ce partenariat propose de vraies collaborations industrielles, technologiques structurantes avec les industries et les universités en Belgique», résume Sébastian Pirlot, député fédéral groupe PS, membre des commissions Défense, Suivi des opérations militaires à l’étranger et Achat de matériel militaire. Avec trois de ses collègues, le député a déposé mi-octobre une « proposition de résolution visant à inclure impérativement le remplacement des F-16 décidé par le gouvernement dans une véritable politique européenne de la défense et de la sécurité ». Les parlementaires soulignent dans ce document que « ce remplacement (des F-16) doit se faire dans une offre globale tenant compte également des retours sociétaux potentiels pour notre économie et notre recherche et développement sur le long terme. En l’occurrence, le but est de dépenser mieux et non pas de dépenser plus ».

Flamands/Wallons ? C’est la grande question, car il y a une différence de vision. Les Wallons sont sensibles aux retombées économiques car c’est là que se fait une grande partie du chiffre d’affaires aérospatial belge. Le Nord, plus nationaliste, plus centré sur un atlantisme bien ancré est beaucoup moins sensible aux retombées industrielles et économiques. « C’est donc moins dommageable pour la Flandre de choisir le F-35 puisqu’il y a moins d’emplois en jeu ! Sincèrement, aujourd’hui, il est difficile de discerner quelle est la vision politique qui va l’emporter », nous explique Sébastian Pirlot.

Composante nucléaire ? « Je suis favorable à ce que les Rafale achetés par la Belgique n’emportent pas de bombe nucléaire, indique Sebastian Pirlot. « Il y aura quelques F-16 qui seront disponibles au cours des prochaines années et qui pourront remplir cette mission. Objectivement, est-ce que la Belgique, vue sa taille et sa zone d’influence traditionnelle a besoin d’assurer le transport d’armes nucléaires ? Personnellement je n’en suis pas convaincu ».

En outre, certains estiment que la Belgique n’étant pas dans le club fondateur des pays F-35, en termes de retombées économiques, ce sera quasi nul pour l’industrie belge. De plus, les coûts astronomiques du programme F-35 inquiètent : explosion des coûts de maintenance et très grande différence entre les coûts promis lors de l’achat et ceux lors de la livraison comme les Israéliens l’ont découvert à leurs dépens semble-t-il. « J’ai l’impression que Lockheed Martin veut faire payer les surcoûts du programme à ses clients », tranche le député belge.

La Belgique doit conclure en 2018 l’achat d’un total de 34 nouveaux avions de combat afin de remplacer sa flotte de F-16 américains, un marché estimé à 3,5 milliards d’euros. Les premières livraisons sont prévues autour de 2024. La décision finale, attendue courant 2018, doit être prise par le gouvernement de coalition (associant des libéraux francophones au centre-droit et aux nationalistes flamands) et non par le seul ministère de la Défense.

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