Europe de la défense : un ou deux moteurs franco-allemands ?

Le rapprochement entre la France et l’Allemagne est devenu, avec le Brexit, l’élection de Donald Trump puis d’Emmanuel Macron, une ligne forte de la nouvelle donne européenne et internationale. Madame Merkel n’attend pas les prochaines élections au Bundestag pour afficher sa volonté de travailler avec le nouveau Président français. Attendue dans le champ économique, cette connivence bilatérale a pris une dimension nouvelle avec l’ouverture d’un chapitre consacré à la défense. Cela se traduit à la fois par la consolidation d’un agenda partagé, officialisé le 13 juillet à Paris, et le soutien concerté des deux pays aux récentes initiatives de la Commission européenne visant à injecter des crédits européens dans des programmes de recherche et d’armement.

Car, et c’est la grande différence avec la coopération franco-britannique, cet axe franco-allemand vise à construire une défense commune. Il ne s’agit pas de rechercher la congruence conjoncturelle de deux moteurs nationaux soumis chacun à des impératifs politiques pouvant diverger à tout moment, mais bien de mettre en place un propulseur unique imposant sa dynamique aux deux pays. Cette volonté politique partagée de coopérer sur les questions militaires bouscule des habitudes : l’Allemagne a longtemps été considérée à Paris comme un partenaire junior, peu impliqué dans les opérations extérieures, faible budgétairement et industriellement en retrait. Cette perception évolue : l’implication des troupes allemandes sur le terrain, en Afghanistan ou au Mali, s’accroît. Il en va de même des crédits consacrés à la défense qui aujourd’hui dépassent en volume ceux de la France.

Reste la question de la base industrielle. Qui peut raisonnablement douter de la capacité des entreprises allemandes, si elles sont financées, à acquérir les compétences nécessaires pour mener à bien des projets militaires complexes ? La France possède une avance technologique assise sur des décennies d’investissement public. Mais est-ce le cas dans l’armement  terrestre, où deux acteurs nationaux ont fait le choix d’un rapprochement ? Ou dans les chantiers navals où les champions des deux pays se concurrencent  à l’exportation ?

Il subsiste un défi majeur concernant l’aéronautique militaire. La France bénéficie du double confort du programme Rafale dont la prolongation au-delà de 2040 est rendue possible par les contrats export enfin engrangés et d’un industriel national dont les compétences incontestées restent à la pointe grâce aux travaux conduits en franco-britannique sur les drones. 2040 est pourtant un horizon qui doit se préparer dès maintenant. Sauf à céder à la politique de l’autruche, il n’existe qu’un scénario. Aucun pays européen n’a la capacité industrielle et financière de lancer seul un programme de cette envergure. La France et l’Allemagne sont aujourd’hui les seules grandes puissances européennes à ne pas avoir fait le choix du F35 américain. L’Allemagne doit pourvoir au remplacement de ses Tornados, puis de ses Eurofighters dès 2035. Une coopération entre les deux pays est donc la seule option permettant de préserver une voie européenne face au F35.

Elle suppose une entente sur les spécifications opérationnelles du futur avion : les deux armées de l’Air doivent s’y employer dès maintenant. Leurs visions d’un concept de plateforme connectée au cœur du système de combat aérien sont convergentes. Il faut ensuite une entente sur les grandes caractéristiques techniques de l’appareil. Là également,  rien d’insurmontable, même si la France voudra un avion capable d’apponter et d’emporter l’arme nucléaire. Il faut enfin trouver une répartition industrielle tenant compte des compétences et préservant une gouvernance unifiée du programme. Ce sera sans doute le plus difficile, mais ce n’est pas inimaginable.

Les deux principaux acteurs concernés, Airbus et Dassault, travaillent aujourd’hui ensemble sur le programme quadripartite de drone européen : ils sont parvenus à proposer une gamme de solutions aux gouvernements. C’est maintenant à ces derniers de choisir. Et de résoudre la controverse baroque qui oppose Paris à Berlin sur la motorisation de l’engin : des règles différentes dans chacun des deux pays concernant l’insertion dans le trafic aérien imposeraient deux moteurs dans le ciel allemand là où un seul suffirait de ce côté du Rhin…

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