La bataille d’égos entre Jeff Bezos et Elon Musk va secouer l’industrie spatiale

Des défis à la hauteur de leur égo. Jeff Bezos président d’Amazon et de la très jeune société de transport spatial Blue Origin a enthousiasmé ou glacé, c’est selon, son auditoire lors de la conférence Satellite 2017 qui se tenait tout récemment à Washington. Bezos a promis des lancements de sa fusée réutilisable New Glenn dont les premiers lan­cements sont attendus en 2020. Cette annonce a été accompagnée par une autre venant d’Eu­telsat qui a décidé de confier au New Glenn son premier tir pour l’un de ses satellites géosta­tionnaire à l’horizon 2021-2022. Le montant du contrat serait inférieur à $50 millions, ce qui est un ordre de grandeur pour les lancements inauguraux. Certes, il s’agit d’une « annonce » à l’instar de SES qui sera le premier client du Falcon 9 réutilisable, de même que l’une des toutes premières Ariane 6, comme Eutelsat d’ailleurs. Il n’empêche que Jeff Bezos et Elon Musk secouent le secteur spatial. « Il était temps de sortir de cette monotonie entre quelques dinosaures confortablement instal­lés sur leurs position dominantes », explique un expert américain.

Les deux entrepreneurs de la Silicon Valley sont convaincus que les lanceurs réutilisables sont la clé de l’économie spatiale de la pro­chaine décennie. Si SpaceX et Blue Origin parviennent à sécuriser économiquement et techniquement les lanceurs réutilisables, les sociétés de lancement historiques comme ILS et Arianespace devront accélérer leur mutation vers des modèles économiques plus compétitifs. La commercialisation et le succès du programme Ariane 6 sont une urgence absolue, plus que jamais pour les Européens d’autant que le nouveau lanceur européen est le vrai concurrent des lanceurs commerciaux américains.

Les Russes d’ILS sont hors jeu ou du moins dans l’impossibilité de lancer des satellites commerciaux à des cadences soutenues. Les Russes sont passés de 30 lancements annuels (institutionnels et commerciaux) à seulement 18… Le Proton est en attente d’un feu vert depuis décembre 2016, les Soyouz sont réser­vés à la station spatiale, le futur lanceur russe Angara est en retard et globalement la qualité n’est plus au rendez-vous.

Dans cet environnement où les Européenspréparent fébrilement le passage de témoin entre Ariane 5 et Ariane 6 et où les Russes doutent, Jeff Bezos et Elon Musk ont devant eux une voie royale pour lancer des projets et faire rêver les investisseurs en racontant de belles histoires comme Wall Street les aime.

Une belle histoire ? C’est aller vers Mars pour Elon Musk et préparer le retour sur la Lune pour Jeff Bezos. Au-delà de la faisabilité technique et financière de ces deux projets les deux entrepreneurs américains mobilisent les énergies, les talents, les financiers et opposent leur égo quelque peu élevé. Si en Europe ils font sourire, aux Etats-Unis ils savent enthou­siasmer la communauté financière américaine qui se régale de voir ces deux purs produits de la nouvelle économie batailler. Blue Origin s’appuiera très probablement sur les investis­seurs privés pour développer son lanceur réu­tilisable New Glenn alors qu’Elon Musk compte bien profiter de la manne inépuisable de l’US Air Force dont il espère lancer quelques uns des satellites espion, de télécommunication et d’observation, notamment. Les budgets du Pentagone font rêver : le marché militaire spatial américain représentera environ $ 30 milliards d’ici à 2030, selon AlixPartners.

Mutatis Mutandis, on est guère loin des batailles homériques des grands capitalistes qui ont financé et lancé les projets de chemin de fer aux Etats-Unis au 19ème siècle. Jeff Bezos imagine des gens travaillant pour et dans l’espace, la nouvelle frontière. Il serait bienvenu que les Européens aient un projet de dimension internationale faute de quoi ils risquent d’être marginalisés ou d’être réduits au rôle de simple fournisseurs d’équipements. Ce serait dommage compte tenu des extraor­dinaires savoir-faire qui ont permis à l’Eu­rope d’être encore aujourd’hui l’un des grands acteurs mondiaux du secteur. Mais coincés entre d’un côté une Amérique hyper innovante, et de nouveaux entrants comme la Chine et l’Inde, le risque pour les Européens d’être relégués en seconde division existe. « Des forces de transformation du secteur spatial sont à l’oeuvre aux Etats-Unis et dans les pays émergents, observe un analyste, et cela pourrait être un danger mortel pour un esprit conservateur de les ignorer »

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A propos aerodefensenews

Bruno Lancesseur est rédacteur en chef la lettre bi-mensuelle AeroDefenseNews. Pour recevoir gratuitement un numéro, envoyez votre adresse mail à aerodefensenews@gmail.com
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