Gare à la politique de l’autruche ! La chronique de Charlemagne

Il est devenu de bon ton de brocarder l’Union européenne et d’afficher son scepticisme quand on prête encore à celle-ci des ambitions dans le domaine de la défense. Quatre réalités alimentent à Paris ce moulin des eurosceptiques :

L’impression de surplace donnée par les initiatives prises pour donner de la substance à l’agenda militaire de l’Union Européenne.

La recrudescence des opérations extérieures où la France est engagée qui nourrit un discours centré sur l’autonomie et la souveraineté.

Les succès remportés par l’industrie française à l’exportation qui confortent ce sentiment d’indépendance et de supériorité.

Les difficultés rencontrées par les gros programmes d’armement en coopération en phases de développement comme de production.

Cette situation se trouve, en outre, exploitée par une phalange europhobe qui, croyant invoquer les mânes du Général de Gaulle, en profite pour remettre au goût du jour une vision foncièrement nationaliste de la politique de défense. Il semble loin le temps où un Livre Blanc formulait comme une incontestable évidence la théorie des trois cercles, dont celui de la dépendance mutuelle acceptée entre partenaires européens. Certains, y compris au niveau politique, veulent malgré tout y croire et, pour illustrer la vitalité de l’Europe de l’armement, citent avec conviction la coopération franco-britannique ou – depuis 15 ans… -, le projet de drone de surveillance européen. D’autres enfin déplorent la faiblesse des budgets militaires de nos partenaires, faisant mine de croire que l’augmentation de la dépense va favoriser les rapprochements alors que la logique suggère plutôt l’inverse. La vérité, c’est que l’autruche et Gribouille sont les géniteurs de ces positions à courte vue :

Nos succès à l’exportation sont naturellement un élément très positif pour nos entreprises et notre balance commerciale. A l’échelle de la programmation, ce n’est pourtant qu’une poire pour la soif. La preuve en est que pour honorer les commandes les plus importantes, on prélève des matériels destinés aux armées françaises que la LPM ne permet plus de financer.

La coopération bilatérale avec le Royaume-Uni est un acquis indiscutable. Force est cependant de reconnaître qu’elle est antinomique de toute avancée européenne élargie à d’autres pays, puisque, BREXIT ou pas, Londres y est hostile. On ajoutera que le Traité de Lancaster House est construit sur un respect absolu des souverainetés nationales, interdisant en pratique toute initiative ne respectant pas un strict équilibre entre les deux partenaires.

Les causes des déboires rencontrés dans les programmes en coopération sont connues : empilement des exigences techniques, gouvernance éparpillée du pilotage étatique, accord entre industriels fondé sur le juste retour. Etrangement, ces maux sont d’ailleurs en germe dans le projet de drone qui se met actuellement en place entre la France, l’Allemagne, l’Italie et l’Espagne…

La difficulté de mise en œuvre des projets à plusieurs ne suffit pas à en démontrer l’inanité : il est en effet acceptable qu’ils soient plus coûteux dès lors qu’ils permettent à chacun des participants de réaliser une économie par rapport à une solution nationale. Grisé par les récents succès du Rafale à l’export, on oublie parfois un peu vite à Paris que l’Eurofighter a été vendu à ce jour à plus de 700 exemplaires…

Quant aux problèmes techniques rencontrés par l’A400M, ils sont somme toute assez comparables à ceux qui affectèrent l’entrée en service d’aéronefs militaires d’une complexité équivalente : l’urgence du besoin opérationnel et la dimension multinationale de ce programme en amplifient simplement la perception.

L’équation budgétaire enfin est simple, même si les succès à l’export ont retardé un peu le couperet qui nous menace : les industriels du secteur viennent de diffuser un argumentaire mettant en évidence la nécessité impérieuse, pour maintenir leurs capacités, de porter le budget d’équipement du ministère de la défense de 17 à 24 milliards d’Euros. Cette revendication sera abordée dans le cadre de la campagne présidentielle : il n’est pas certain qu’elle reçoive un accueil unanimement positif…

Oui, la coopération est ‎une solution pour répondre à nos besoins capacitaires, à condition de fonder les programmes sur des règles saines, respectant l’impératif d’efficacité industrielle et laissant aux entreprises la responsabilité des choix critiques. « La coopération est ‎une solution pour répondre à nos besoins capacitaires, à condition de fonder les programmes sur des règles saines, respectant l’impératif d’efficacité industrielle et laissant aux entreprises la responsabilité des choix critiques ».

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