La Belgique ouvre la voie à une compétition élargie pour remplacer ses F-16

C’est une petite précision qui a eu son importance dans la communauté des constructeurs d’avions de combat. Lors de la Fighter Conference qui se tenait à Londres les 17 et 19 novembre derniers, le colonel Didier Palomé, de l’armée de l’air belge, a indiqué que l’appel d’offres concernant le remplacement des 54 F-16 qui équipent actuellement la Force aérienne belge ne comporterait pas de capacité nucléaire. Membre de l’Otan, la Force aérienne belge est associée à l’US Air Force dans le cadre d’un accord de dissuasion nucléaire dont la composante est la bombe B-61. Cette précision, si elle est confirmée, donnerait désormais des ailes aux constructeurs face à Lockheed Martin et à son F-35 même si certains en Belgique présentent malgré tout le F-35 comme le futur vainqueur de l’appel d’offres. «Si les Belges conservent cette mission dans leur appel d’offres, alors ils s’enferment et n’ont d’autre solution que le F-35 qui a cette capacité nucléaire de série. Le gouvernement suédois interdit l’emport d’une capacité nucléaire sur les Gripen, seuls l’Eurofighter et le Rafale ont cette capacité nucléaire mais cela demanderait des intégrations coûteuses et très sensibles technologiquement puisqu’il faudrait coopérer avec les Américains», souligne-t-on à Bruxelles.

Le ministère belge de la Défense a adressé début juin 2014 à cinq agences étatiques, deux américaines et trois européennes, une demande d’information concernant cinq avions de combat existants et susceptibles de succéder aux F-16 dans le cadre du Belgian Defence – Air Combat Capability (ACCap) Successor Program, un marché d’au moins 4 milliards d’euros. Les cinq agences interrogées sont le Joint Program Office (JPO), qui pilote le programme F-35 Lightning II de Lockheed Martin, le US Navy PMA 265 pour le F/A-18E/F Super Hornet de Boeing, la Direction générale de l’Armement (DGA) pour le Rafale, la Swedish Defence and Security Export Agency (FXM) pour le JAS-39E de Saab et le UK Trade and Investment Defence and Security Organisation (UKTI DSO) du MoD pour l’Eurofighter d’Airbus Group.

La Défense espère obtenir en 2018 du prochain gouvernement l’autorisation d’acquérir un nouvel avion de combat pour succéder aux F-16 entre 2023 et 2028.

Ce qui est sûr aujourd’hui, c’est que le F-35 de Lockheed Martin n’est plus la seule solution qui s’offre aux aviateurs belges même si ceux-ci sont très favorables au F-35, en partie pour des questions de prestige que l’on imagine. Au sein de l’armée de l’air belge plusieurs voix se font entendre pour expliquer que le F-35 ne répond pas forcément à toutes les missions : «le F-35 est un avion d’entrée de mission, dès les premiers jours sur le théâtre d’opération, or, les Belges semblent privilégier l’intervention après les premières frappes, et plutôt dans des opérations menées par une coalition», explique-t-on à Bruxelles. Les missions dédiées aux futurs avions se résument à la permanence de défense aérienne dans l’espace aérien belgo-néerlandais et à la capacité de projeter une dizaine d’avions en OPEX. Le F-35 apparaît surdimensionné pour effectuer ces deux types de mission.

Par ailleurs, outre le remplacement des F-16, la Défense belge risque d’être  confrontée à des choix budgétaires cruciaux pour ses armées : les marins réclament des frégates et des chasseurs de mines, l’armée de Terre a besoin de nouveaux véhicules blindés, les investissements dans la cyber-défense sont urgents, les aviateurs veulent des avions-ravitailleurs et doivent préparer l’arrivée des A400M…

Enfin, et ce n’est pas négligeable dans la période actuelle en Europe, les coûts prohibitifs du F-35 affolent les politiciens belges dans un contexte de restrictions budgétaires. Quant au retour industriel, alors que les pays du consortium Eurofighter, Saab, Boeing et Dassault Aviation promettent d’impliquer l’industrie belge de défense, Lockheed Marin est plus gêné par les retours industriels parce que la Belgique ne fait pas partie du « Club F-35» comme l’Italie ou encore le Royaume-Uni. Et ceux-ci n’ont pas l’intention de céder une partie de leur charge de travail sur le programme. « Pour les industriels belges, le F-35 est le pire choix », assure-t-on.

B.L.

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A propos aerodefensenews

Bruno Lancesseur est rédacteur en chef la lettre bi-mensuelle AeroDefenseNews. Pour recevoir gratuitement un numéro, envoyez votre adresse mail à aerodefensenews@gmail.com
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