A400M : un accident qui arrive au pire moment pour la carrière de l’avion européen

2015 ne sera pas l’année de la montée en puissance du programme A400M. L’accident d’un A400M survenu ce samedi en Espagne complique singulièrement le bon déroulement du programme pour Airbus qui n’avait vraiment pas besoin de cela. Le programme A400M a déjà cumulé beaucoup de retards et de problèmes techniques, financiers et politiques depuis qu’il a été signé en 2003. L’avion a décollé de Séville où est situé le centre de livraison d’Airbus Military. Le premier avion est entré en service en 2013, avec quatre ans de retard, et le coût du programme atteint désormais près de 28 milliards d’euros. Soit 6,3 milliards de plus que prévu. L’A400M a été commandé à 174 exemplaires par sept pays (France, Allemagne, Royaume-Uni, Espagne, Luxembourg et Belgique) plus la Malaisie. L’Afrique du Sud a annulé sa commande et le Chili n’a pas renouvelé sa lettre d’intention initiale. En privé, des responsables industriels et politiques estiment, aujourd’hui, que le total de 174 commandes ne sera pas respecté et que la plupart des pays européens vont revoir à la baisse leurs commandes : la France ne prendrait par exemple que 25 avions à l’horizon 2025, l’Allemagne pourrait réduire drastiquement son format à 20 appareils (sur 52 commandés), ce qui correspond à ses besoins, selon des militaires. Seule la Grande-Bretagne projette de recevoir ses 22 A400M commandés.  Depuis plusieurs mois, l’A400M traverse une nouvelle zone de turbulences. Les retards s’accumulent et les clients s’impatientent. L’inquiétude est montée d’un cran mi-janvier quand les responsables d’Airbus DS ont annoncé une révision du calendrier de production, mais à ce jour, aucune précision n’a été donnée sur un nouveau calendrier de livraisons.  Tom Enders, le PDG d’Airbus Group, a ainsi dû s’excuser en janvier dernier, auprès de la Royal Air Force (RAF) après les retards de livraison accumulés par le programme. Comme à son habitude, le patron d’Airbus Group a rapidement tranché : Fernando Alonzo, senior vice-président en charge des essais en vol du constructeur depuis 2007, a remplacé Domingo Urena à la direction du pôle d’avions militaires. Parallèlement, un comité de surveillance» pour l’A400M a été créé et placé sous la responsabilité de Bernhard Gerwert, patron d’Airbus Defence & Space (DS).

A400M : une supply chaine complexe

Les faits. Parmi les principaux enjeux de l’année 2015 pour Airbus Defence & Space figurent la concrétisation des prospects export et l’augmentation des capacités de livraison de l’A400M. Alors que les multiples possibilités technico-opérationnelles ravissent les clients de l’avion de transport militaire européen A400M, Airbus Defence & Space voit sa Supply Chain se tendre aux limites de l’acceptable et les fournisseurs peinent à suivre. En cause, les améliorations particulières demandées par certains clients militaires, ce qui n’a rien d’extravagant compte tenu de ce que peut justement offrir l’avion. Seulement, en production et sur la chaîne d’assemblage ça coince, d’où la nécessité de revoir le calendrier de livraisons 2015. Une péripétie finalement assez banale pour un programme qui de plus est militaire, si l’A400M n’avait pas connu des débuts difficiles. « Les clients savent qu’ils peuvent demander des modifications en fonction de leurs besoins, on peut tout intégrer mais cela demande du temps, pour résumer les problèmes actuels chaque pays veut « son » A400M», explique un familier du programme. Le souhait d’opérer des missions très différentes les unes des autres par les armées de l’air entraîne une non-uniformisation des avions qui n’est pas facile à gérer. Un exemple parmi d’autres : les niveaux de protection demandés par les clients militaires varient d’un pays à l’autre selon qu’une armée de l’air veuille renforcer ses systèmes de protection en approche, en basse altitude ou très haute altitude. « Cette affaire sera résolue dans quelques mois », estime un industriel.

Conséquence : Airbus Defence and Space devrait dévoiler son nouveau calendrier 2015 de livraisons de l’avion de transport militaire A400M « probablement fin février », a annoncé Jean-Marc Nasr, son directeur général pour la France : «Nous sommes en train de retravailler le planning de livraisons avec les pays clients ». L’année 2015 « va être l’année de montée en puissance de l’A400M », a-t-il déclaré. Quand aux nouvelles commandes, elles devraient être au rendez-vous : « Nous aurons des prospects exports qui vont se réaliser en 2015 », a-t-il promis. Airbus a effectué neuf livraisons d’A400M l’année dernière, dont à trois nouveaux pays (Allemagne, Royaume-Uni, Turquie), et dispose d’un carnet de commandes de 163 appareils. Au total, 174 avions ont été commandés par huit pays à ce jour.

A400M : pour la DGA n’est pas satisfaite 

Laurent Collet-Billon, Délégué général pour l’armement, sait manier la carotte et le bâton. Malgré lui, le programme A400M lui en donne souvent l’occasion…

Voici pour les bons points «C’est un avion qui est bien né, nous en sommes au premier standard opérationnel donc aujourd’hui c’est un avion de transport que l’armée de l’Air a en mains et rien d’autre». Et cet avion «fait son job, c’est l’équivalent de trois Transall en matière de capacités de transport vers l’Afrique et cela sans stop pour être ravitaillé. C’est appréciable».

Le bâton : «il y a des développements techniques de l’avion qui posent problèmes comme les capacités de parachutage par les portes latérales, on continue de travailler sur ce point-là (…), il y a une solution qui a été trouvée mais je ne la trouve pas très satisfaisante en termes de conditions de vol ; en revanche le parachutage par la rampe arrière fonctionne extrêmement bien». Autre difficulté rencontrée au plan technique, «c’est le ravitaillement en vol des hélicoptères. Les espoirs permettant d’arriver à des conditions permettant une sécurité des vols suffisante pour les deux parties (avion et hélicos, ndlr) ne sont pas remplies, donc on a peu de chance d’y arriver».

La mise en garde. «Nous sommes extrêmement attentifs au bon respect du calendrier d’Airbus. A ce sujet il y a deux points : la production et le développement. Dans les deux cas nous ne sommes pas satisfaits » de la situation. Nous écouterons également ce qu’Airbus a à nous dire sur la fourniture du standard 1.5 qui devait être livré à la rentrée. Nous serons un client très exigeant. En 2015, nous attendons contractuellement quatre A400M (*). Les armées françaises, contrairement à d’autres, en ont besoin parce qu’elles sont engagées opérationnellement en Afrique. Sous entendu, la France pourrait demander la priorité sur la chaîne de production de l’A400M. Les industriels du programme sont prévenus.

A400M

(*)L’armée française possède déjà six A400M.

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