Le Raïs, le Rafale et la Raison

La Chroniques de Vauban. Certains esprits chagrins trouveront que c’est le Raïs égyptien qui a offert à la France sa première exportation de l’avion d’armes Rafale ; d’autres, que cette exportation est fortement subventionnée et les derniers, que cette vente est une victoire à la Pyrrhus qui sonne le glas à Doha et à New Dehli où les bonnes nouvelles se font attendre. Loin de s’inscrire dans ce défaitisme et ce dénigrement si français, le parti pris de cette chronique est au contraire de prendre du champ et de voir en quoi cette exportation est révélatrice d’une vision industrielle nationale gagnante.

La première leçon est évidemment diplomatique. Lorsque la France retrouve les racines de sa diplomatie nationale, ses réflexes de grande nation, elle intéresse les pays en quête de respect et de souveraineté. L’Egypte a fait un choix clair : la France, en raison de son engagement dans la lutte contre le terrorisme certes, mais aussi parce que la France pèse d’un poids encore réel dans les négociations régionales et qu’elle a la volonté de corriger ses erreurs (diplomatiques) par une intervention en Libye qui aura très probablement lieu. Ni l’Europe ni l’OTAN n’ont eu la moindre importance dans cette grande affaire égyptienne. Alors que les Etats-Unis et d’autres pays européens faisaient la fine bouche devant Sissi, la France a su, heureusement, avoir le discernement nécessaire pour voir que seul un coup d’Etat militaire sanctionné par des élections allait éviter à l’Egypte le sort de l’Irak, de la Syrie ou de la Libye où l’intégrité du pays est menacé et les chrétiens d’Orient, massacrés de manière ignoble. Ce discernement – qui s’en étonnera ? – a fait défaut à Washington : la France, elle, s’est montrée une nation souveraine et non alignée et consciente de ses devoirs envers un vieil allié. On espère que cette leçon sera entendue à New Dehli, autre vieux partenaire de la France, comme à Abu Dhabi et Kuala Lumpur, fidèles partenaires stratégiques.

Le second enseignement est naturellement industriel. L’industrie d’armement – dans ce qu’elle a de plus sensible (un satellite, un avion d’armes, un système sol-air, un sous-marin conventionnel équipé de missiles de croisière, un radar de détection ou de veille, etc.) a des chances de l’emporter à l’étranger si elle est le prolongement d’une diplomatie nationale, c’est-à-dire si elle reflète dans la conception, la technologie et le mode opératoire de ses matériels l’indépendance de la politique de sa tutelle, l’Etat. On pense au développement de technologies « ITAR-free » naturellement, mais également à l’ensemble de la gamme de l’industrie : du char de combat à l’avion d’armes en passant par le satellite, tout doit être d’abord planifié et pensé en national et non en coopération européenne. Les coopérations européennes ont été un échec majeur comme le rappelait dernièrement le PDG d’Airbus, Tom Enders : programmes en retard, réduits en unités, sur-spécifiés au départ et sous-performants à l’arrivée : du Trigat-LP à l’A400M, l’Europe aura beaucoup déçu et sur des plateformes peu stratégiques. Seul un effort national conduit par une délégation à l’armement experte dans la durée permet de développer des systèmes d’armes comme le Rafale. Le Typhoon est un merveilleux contre-exemple industriel où la notion de juste-retour a étouffé tout bon sens industriel. Seule la prouesse marketing des Britanniques dans leurs terrains de jeu saoudien et omanais a su palier les défauts majeurs de cet avion toujours aussi en retard dans son domaine de vol, son armement et sa crédibilité opérationnelle.

La troisième morale du contrat Rafale concerne évidemment les finances. « Faites-moi de bonnes finances, je vous ferai une bonne politique » lançait le Baron Louis, ministre des Finances de Louis-Philippe. Ce contrat est une bouée de sauvetage pour une LPM à la dérive et qui coulera sous le poids de ses contradictions internes (envoyer aux quatre coins du monde une armée sous-financée ; les ressources extraordinaires manqueront à l’appel comme Grouchy à Napoléon 1er sur le champ de bataille de Waterloo…Morne plaine que cette LPM qui enterre nos ambitions à coup de compromis.

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