DEFENSE – ESPACE . Avec Syracuse 4A, les forces armées françaises renforcent leurs capacités en orbite

Les tensions géopolitiques s’exportent désormais jusque dans l’espace.   devenu un environnement potentiellement dangereux où les risques de menaces diverses ne cessent de croître. Il n’y a pas encore si longtemps quand on évoquait « l’espace », il s’agissait de conquête spatiale, de satellites scientifiques de plus en plus sophistiqués, de satellites de télécommunications. Aujourd’hui, la conquête spatiale prend des allures de bras de fer entre les Russes, les Chinois et les Etats-Unis avec comme enjeux l’installation de bases humaines sur la Lune, étape vers l’exploration de Mars… Surtout, les satellites commerciaux de télécommunications placés en orbite géostationnaire essentiels au bon fonctionnement de nos sociétés industrielles et commerciales sont devenus des cibles potentielles très vulnérables. De même les satellites d’observation, d’écoute et de télécommunications militaires sont eux aussi vulnérables. Les attaques « en orbite » sont l’objet d’essais qui donnent une idée de la menace : rendre sourd et aveugle momentanément ou durablement les satellites d’un pays.

C’est tout l’enjeu du satellite militaire français Syracuse 4A qui a été lancé avec une Ariane 5 samedi soir depuis Kourou en Guyane. Syracuse 4A, construit par Thales Alenia Space à Cannes, est justement conçu pour résister à des agressions militaires depuis le sol mais également dans l’espace où il peut se déplacer et éviter le brouillage. D’une masse de 3850 kg, sa durée de vie est de 15 ans. Syracuse 4A est équipé de moyens de surveillance de ses abords proches (une innovation permettant d’identifier le satellite ennemi !) et d’une capacité de déplacement pour échapper à une agression. En 2017, le ministère français des Armées avait révélée aux médias – une première -, le «satellite-espion» russe Louch-Olympe avait déjà tenté de s’approcher du satellite militaire franco-italien Athena-Fidus. Ce nouveau satellite est également protégé contre les impulsions électromagnétiques qui résulteraient d’une explosion nucléaire accidentelle ou volontaire.

Le satellite 4A du programme Syracuse, permettra aux armées françaises déployées aux quatre coins du globe de communiquer à haut débit (la quatrième génération multipliera par trois le débit de communications par rapport à Syracuse 3) et en toute sécurité depuis des relais au sol, aériens, marins et sous-marins. « Les nouvelles stations arriveront dans la Marine et l’armée de Terre d’ici à 2023 pour équiper tous les navires de premier rang, comme les frégates multi-missions (FREMM) et les frégates de défense et d’intervention (FDI), les sous-marins Barracuda, les porte-hélicoptères d’assaut et aussi les véhicules du programme SCORPION (Griffon et Serval). Le déploiement est massif : 4 à 5 fois plus de véhicules de l’armée de Terre seront dotés de ces terminaux de communication à la pointe de la technologie. Et pour la première fois des aéronefs disposeront d’une capacité de communication par satellite. L’avion ravitailleur MRTT sera le premier à être équipé d’une station militaire aéroportée souveraine à compter de 2026, qui renforcera ses aptitudes de plateforme de commandement », rappelle le ministère des Armées.

Le ministère des Armées souligne également l’importance et les enjeux que représentent l’espace en termes d’investissement. Un nouveau programme d’armement nommé « Maîtrise de l’Espace » a été  lancé, qui intègre deux volets : la surveillance : pour protéger ses moyens dans l‘espace la France surveillera « plus et mieux » ses satellites ; la défense active : lorsqu’un acte hostile a été détecté, caractérisé et attribué, la France doit pouvoir y répondre de façon adaptée et proportionnée, en conformité avec les principes du droit international.

Cet enjeu a été pleinement pris en compte par la Loi de programmation militaire LPM 2019-2025 : 3,6 Mds d’euros sont dédiés au renouvellement des capacités spatiales militaires. Dans le domaine de l’observation spatiale militaire : nouvelle constellation de 3 satellites CSO dont les deux premiers sont déjà opérationnels et le troisième doit être lancé en 2022. Dans le domaine du renseignement d’origine électromagnétique : constellation de 3 satellites CERES dont le lancement est prévu en novembre 2021. Dans le domaine des télécommunications spatiales militaires : 2 satellites SYRACUSE 4A et 4B, respectivement lancés en octobre 2021 et en 2022. D’ici à 2025 : commande du 3ème satellite SYRACUSE 4C, prévue par la LPM 2019-2025. Enfin, une enveloppe de 700 millions d’euros a été ajoutée pour développer les moyens des ambitions de la stratégie spatiale française.

Bruno Lancesseur

A propos aerodefensenews

Bruno Lancesseur est rédacteur en chef la lettre bi-mensuelle AeroDefenseNews. Pour nous contacter envoyez votre adresse mail à aerodefensenews@gmail.com
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