Avions de combat : jeu de dupes à Bruxelles

Les contours du Request for Governemt Proposal (RfGP) initié par la Belgique pour remplacer la flotte de F-16 deviennent de plus en plus complexes. Une chose est acquise dans cette affaire : les Belges ont un souci extrême de transparence afin de ne pas donner l’impression qu’ils sont les otages des Américains et que le F-35 sera le gagnant de cette compétition tronquée. Mais c’est raté parce qu’aujourd’hui c’est justement ce que pratiquement toutes les chancelleries européennes pensent. D’ailleurs, Boeing n’a-t-il pas jeté l’éponge estimant publiquement que les dés étaient pipés ? Les Suédois eux aussi se sont retirés de l’affaire mais pour des raisons de doctrine militaire, la Suède refuse en effet de vendre des avions de combat pouvant être dotés de l’arme nucléaire. Restent en lice le F-35, le Rafale français et l’Eurofighter qui a fait un retour remarqué dans ce jeu de dupes.

Contrairement à ses concurrents, qui ont répondu à l’appel d’offres, la France a proposé que le contrat se fasse dans le cadre d’un accord d’Etat à Etat comprenant également des mesures de coopération. Pour le ministre belge de la Défense, Steven Vandeput, la Belgique s’exposerait à des poursuites judiciaires en prenant en compte l’offre française, formulée hors du cadre de l’appel d’offres. L’offre de partenariat de Paris n’apporte «aucune réponse aux 164 questions posées aux candidats » dans le cadre de l’appel d’offres lancé en mars, ni «aucune offre de prix », a regretté Steven Vandeput. «Il appartient au gouvernement de décider des suites à donner ». A Bruxelles, on nous fait remarquer que « rien n’est perdu pour les Français et que rien n’empêche juridiquement le gouvernement belge de parler avec le gouvernement français et qu’à tout moment le RfGP peut être interrompu sans que Bruxelles ait la moindre explication à donner aux industriels ». La décision finale de Bruxelles est attendue courant 2018. La Belgique doit acheter 34 nouveaux avions de combat afin de remplacer sa flotte de F-16, un marché estimé à $3,6 milliards.
Le jeu de dupes se poursuit avec les Britanniques. Le ministre britannique du Commerce international, Liam Fox, a présenté lors d’une visite du siège de Sonaca à Gosselies, l’offre de défense et de sécurité du gouvernement britannique à la Belgique pour le remplacement des chasseurs F-16, qui impliquera, en cas de choix de l’Eurofighter, « un partenariat stratégique de plusieurs décennies », a indiqué l’ambassade du Royaume-Uni à Bruxelles.

L’offre du Royaume-Uni «représente le partenariat international d’équipement le plus complet jamais proposé par un pays partenaire du consortium Eurofighter Typhoon », a précisé l’ambassade. Cette offre « repose sur un mémorandum d’entente (MoU) entre la Belgique et le Royaume-Uni ». La proposition britannique dispose du soutien politique, militaire et industriel des gouvernements partenaires allemand, italien et espagnol _les autres membres du consortium Eurofighter _ et des entreprises partenaires (BAE Systems, Airbus et Leonardo). Voilà pour la diplomatie. Ce qui est sûr, c’est que si le F-35 se retrouve seul dans cette compétition, le gouvernement belge devra affronter les sarcasmes et les critiques de ses cousons européens qui ne manqueront pas de lui faire remarquer l’absence totale de transparence dans cette acquisition. Ce qui est plutôt mal vu actuellement. Heureusement, Londres vole au secours de Washington. Car, ce qui est cocasse dans cette affaire, c’est que les Britanniques, partenaires industriels du programme F-35, ont plus à gagner en termes de retombées financières par avion produit si la Belgique achète l’avion américain plutôt que l’avion européen Typhoon ! Certes les Britanniques jouent le rôle du lapin dans une course de lévriers, mais il ne faut jamais oublier comme le rappelle un industriel qu’un contrat d’armement est d’abord principalement politique, puis technique et enfin commercial. Il n’empêche, les conséquences du choix belges influenceront le choix de Berlin pour remplacer ses Tornado. A tort ou à raison, nombreux sont ceux qui sont persuadés aujourd’hui que l’avenir de l’Europe de la défense se joue peut-être à Bruxelles.

Publicités
Cet article a été publié dans Aviation Civile. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s